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Full text of "Comptes rendus Academie des sciences 0024"

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COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



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SÉANCE DU LUNDI 4 JANVIER 1847. 
PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



RENOUVELLEMENT ANNUEL DU BUREAU ET DE LA 
COMMISSION ADMINISTRATIVE. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un vice- 
président, qui, cette année 1847, doit être pris parmi les membres des Sec- 
tions mathématiques. 

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant de 5i, 

M. Pouillet obtient 44 suffrages. 

M. Le Verrier ... 5 

M. Piobert 1 

M. Poinsot f 

M. Pouillet, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est proclamé 
vice-président pour l'année 1847- 

M. Adolphe Brongniart , vice-président pendant î année r846, passe aux 
fonctions de président. 

Conformément au règlement, M. Mathieu, avant de quitter le fauteuil de 
président, rend compte de ce qui s'est fait pendant l'année 1846, relative- 
ment à l'impression des Mémoires de l'académie et des Mémoires des Sa- 
vants étrangers. 

C. a , 1847 , y" Semestre. ( T. XXIV , N° I. ) I 



( » ) 

Le tome XX des Mémoires de l'Académie est à peu près terminé et 
l'on a déjà commencé l'impression du tome XXI qui se composera, en très- 
grande partie, des Mémoires lus à l'Académie par M. Regnault, dans les 
derniers mois de l'année qui vient de s'écouler. 

Le tome IX des Mémoires des Savants étrangers a été publié en 1846; 
et cinquante-deux feuilles du tome X sont déjà imprimées. 

L'Académie procède , par la voie du scrutin , à la nomination des deux 
membres appelés à faire partie de la Commission centrale administrative. 
MM. Chevreul et Poîvcelet réunissent la majorité des suffrages. 

MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

chimie. — Sur la composition de la pyroxyline ; par M. J. PEiouzt. 

« La pyroxyline se décompose avec tant de violence lorsqu'on la 
chauffe , que j'avais d'abord cru son analyse sinon impossible , au moins 
d'une exécution très-difficile par la méthode ordinaire. Gette crainte pro- 
venait, surtout, d'une détonation très-vive qui détermina la rupture d'un 
tube de verre dans lequel je chauffais un mélange de coton-poudre et 
d'oxyde de cuivre. Toutefois, ne pouvant oublier que MM. Gay-Lussac et 
Liebig avaient analysé avec ce même oxyde le fulminate d'argent, matière 
beaucoup plus-détonante encore que la pyroxyline et bien plus dangereuse à 
manier, je ne doutai pas que, moyennant certaines précautions, l'appareil 
à combustion ordinaire des substances organiques ne pût servir à détermi- 
ner la composition même de la pyroxyline. 

» On va voir, en effet, que le coton-poudre peut être brûlé et analysé 
avec la plus grande facilité, par l'oxyde de cuivre, sans l'intervention d'au- 
cun autre corps que le cuivre métallique, dont l'usage est indispensable 
pour détruire les composés nitreux qui prennent naissance lorsqu'on chauffe , 
comme c'est ici le cas, une matière azotée. 

» Mais, avant d'indiquer les résultats de l'analyse de la pyroxyline, je 
crois devoir aborder un point important qui m'avait déjà occupé , et dont 
l'étude peut d'ailleurs jeter beaucoup de jour sur la composition de cette 
"substance inflammable : je veux parler de la proportion de pyroxyline que 
le coton, convenablement purifié, est susceptible de produire. 

» Il paraît bien démontré que les seules substances qui résultent de l'ac- 



(3) • 
lion de l'acide nitrique concentré sur la cellulose, sont de l'eau et de la py- 
roxyline. Il ne se dégage, en effet, aucun gaz dans cette curieuse réaction : 
Ja liqueur acide, saturée par l'ammoniaque, évaporée et décomposée par la 
chaleur, ne laisse pas de résidu, ne donne pas ou ne donne que des traces 
d'acide carbonique, et, d'un autre côté, sa densité diminue; elle devient 
plus aqueuse et bientôt impropre à la préparation d'une nouvelle quantité 
de matière inflammable. Le rôle de l'acide sulfurique, quoique si important 
au point de vue d'une fabrication économique, n'apporte en réalité aucun 
changement à cet état de choses. Le coton lui-même change à peine d'aspect, 
et sa transformation en pyroxyline a lieu en un instant. 

» Si quelquefois la réaction se complique d'une combustion qui amène 
un dégagement de vapeurs nitreuses et une perte dans la proportion de la 
pyroxyline, comme cela se remarque quelquefois, cette circonstance ne 
peut être cependant considérée comme une complication réelle de l'action 
qu'exerce l'acide nitrique sur la cellulose. Cette action, pour être normale, 
pour se réduire à une simple formation d'eau et de pyroxyline, doit avoir 
lieu à une basse température, et se manifester, il est peut-être inutile de le 
dire, entre des corps purs. Si donc, au lieu de plonger rapidement le coton 
dans l'acide nitrique seul ou mêlé d'acide sulfurique, on l'y met avec len- 
teur, une petite quantité d'acide mouille le coton non encore immergé, et 
s'unit à lui en produisant une élévation de température assez considérable 
pour détruire et quelquefois même pour enflammer la matière organique, 
coton ou pyroxyline; tandis qu'une immersion rapide produit une^haleur 
qui n'atteint pas le terme où se manifeste une décomposition, parce qu'elle 
se divise dans la masse entière du mélange acide. La présence, dans le 
coton, de matières étrangères diminue évidemment son rendement en py- 
roxyline; car ces matières se dissolvent ou se détruisent dans l'acide azotique. 
Ce qui prouve que les choses se passent ainsi , c'est que le coton, purifié par 
les alcalis, les acides, l'éther et l'alcool, et plongé dans les acides azotique 
et sulfurique concentrés et purs, donne une proportion constante de pyroxy- 
line, soit après une immersion de quelques minutes, soit après une immer- 
sion de dix-huit heures. 

» Le coton purifié et le papier à filtre de Suède, connu sous le nom de 
papier Berzelius , desséchés à i5o et 160 degrés, immergés dans un mé- 
lange à volumes égaux d'acide azotique et d'acide sulfurique monohydratés, 
donnent une quantité de pyroxyline s'élevant à i 7 5 pour 100 de cellulose' 
pure. Cette pyroxyline, avant d'être pesée, était desséchée à une tempéra- 
ture comprise entre 4o et 55 degrés. A cette température, elle ne s'altère pas 

i.. 



(4) 

d'une manière sensible; mais plus haut, vers ioo degrés, elle répand une 
odeur nitrique très-prononcée et se décompose, bien quavec lenteur. Dans 
l'espace d'une heure, entre .00 et no degrés, elle peut perdre les dix 
centièmes de son poids : elle jaunit, devient très-friable, et il n est pas rare 
qu'elle s'enflamme subitement. 

. Le coton, après une immersion de quelques minutes, est entièrement 
transformé en pyroxyline. Je me suis assuré qu'après une seconde immersion 
dans des acides monohydratés, la pyroxyline desséchée n augmente pas de 
poids'; il s'en dissout ou il s'en détruit, au contraire, une tres-faible quantité , 
que Teau précipite sous forme de quelques légers flocons blancs. 

. La pyroxyline est entièrement soluble dans les éthers acétiques de 1 al- 
cool et de l'esprit-de-bois, Cette observation curieuse est due a M. Ricb.er, 
préparateur à l'École municipale de Paris. 

«Cette propriété fournit le moyen d'obtenir la pyroxyline en poudre. 
Il suffit pour cela, de l'exposer quelques instants à l'action d'une petite 
quantité de l'un ou de l'autre de ces éthers, et de la broyer légèrement entre 
les doiets ou dans un mortier. 

„ Elle m'a surtout servi à constater la pureté de la pyroxyhne, avant de 

la soumettre à l'analyse. , 

,. La disparition du coton-poudre dans l'acide sulfurique affaibli, a une 
température inférieure à 100 degrés, sans coloration de la liqueur, ma 
également permis de reconnaître l'absence de la cellulose dans la py- 
roxyhne. Cette propriété a été observée, il y a peu de temps, par M. Van- 

kercknoff. , , 

, Le rendement de la cellulose en pyroxyline, fixe a i 7 5 pour 100 de 
matière sèche, la solubilité sans résidu de cette substance dans les acétates 
d'éthvle et de méthyle, sa disparition sans aucune coloration dans 1 acide 
.ulfurique à 1,7 de densité, étant des faits bien établis, j'ai pu procéder, 
d'une manière plus sûre, à l'analyse de la pyroxyline. J'ai apporté a cette 
détermination d'autant plus de soin et d'attention , que les nombres que j a, 
obtenus dès l'origine de mes premières expériences différaient beaucoup 
de ceux déduits de la formule assignée, par M. Peligot, à la pyroxyhne. 
La constance des résultats de mes analyses, leur nombre, qui est considé- 
rable, l'harmonie qu'ils présentent avec le rendement delà cellulose en 
pyroxyline, la combustion de cette matière opérée de la manière la plus 
.impie comme celle des autres matières organiques; toutes ces Circon- 
stances' m'autorisent, peut-être, à considérer comme exacte la composition 
que j'ai trouvée à la cellulose nitrique. 






I ) 

» Cette composition est la suivante : 

C 5i H l; 0", 5AzO s . 

Elle suppose que 100 parties de coton pur et sec doivent donner 174,9 de 
pyroxyline, et j'ai trouvé qu'il s'en formait 174 à 176. 

» Elle représente 25,4o de charbon, 2,99 d'hydrogène et 12,34 d'azote. 

» L'expérience m'a donné : 

_ . (25,2 minimum, 

Carbone / ' . ' 

( 20,0 maximum; 

_. , (2,0 minimum, 

Hydrogène : „ ^ . ' 

(6,2 maximum; 



Azote j '*' 6 

( i3,o 



12,6 minimum, 
maximum. 



» J'ajouterai que, soit dans le but de contrôler les analyses précédentes » 
soit pour m'assurer de la pureté des produits servant à la préparation de 
la pyroxyline , j'ai cru devoir déterminer, de mon côté, la composition de 
la cellulose sur les échantillons mêmes destinés à être transformés en matière 
inflammable. J'ai trouvé au coton purifié comme je l'ai indiqué , et séché 
à 160 degrés, la composition que lui a depuis longtemps assignée M. Paven, 
c'est-à-dire C ,2 H ,0 0'°. 

» Cette formule paraît devoir être doublée pour représenter r équivalent 
de cellulose. Dès lors la transformation de cette substance en pyroxyline 
aurait lieu d'après l'équation suivante : 

C ! 'H»(P-f-5(AzOSHO) = 8HO + C 2i H"O l! , 5Az0 5 . 

1 équivalent réquiv. de pyroxyline. 

de cellulose. 

» 5 équivalents d'acide azotique, en réagissant sur 1 équivalent de cel- 
lulose, donneraient naissance à 8 équivalents d'eau et à 1 équivalent de 
pyroxyline : de ces 8 équivalents d'eau, 3 proviendraient de la matière 
organique , et 5 de l'acide azotique monohydraté. 

" Cette élimination d'une quantité d'eau considérable explique pourquoi 
un mélange d'acides azotique et sulfurique concentrés s'affaiblit rapidement 
lorsqu'on vient à y tremper du coton, au point que souvent il ne peut plus 
servir à la préparation d'une nouvelle quantité de poudre. 

« La formule de la pyroxyline, telle que je l'ai déduite de mes analyses 
(C 2 *H"O n , 5Az0 5 ), explique pourquoi cette matière détonante ne laisse 
aucun résidu charbonneux dans les armes. On voit, en effet, que sa trans- 
formation complète en fluides élastiques et en vapeur d'eau est possible; 



(6) 
car elle contient, indépendamment de l'azote et des éléments de l'eau, 
24 équivalents de carbone pour a5 équivalents d'oxygène, c'est-à-dire une 
proportion de ce dernier corps plus que suffisante pour transformer la tota- 
lité de son carbone en oxyde de carbone. 

» Les produits de la détonation de la pyroxyline peuvent être représentés 

comme il suit : 

46 volumes d'oxyde de carbone ... C 23 O n 

h. volumes d'acide carbonique. . . . CO 2 

10 volumes d'azote 5 Az 

34 volumes de vapeur d'eau 17 HO 

dont la somme représente 1 équivalent de pyroxyline, G 24 H n O", 5AzO. 

» Mais ce sont là des îuwnbresjpurement théoriques, que devront néces- 
sairement altérer_ou modifier une foule de circonstances , parmi lesquelles il 
faut surtout citer les pressions et les températures plus ou moins élevées 
auxquelles aura lieu la détonation de la pyroxyline. « 

RAPPORTS. 

astronomie. — Rapport sur un Mémoire de M. Delacsay concernant la 
théorie analytique du mouvement de la Lune. 

(Commissaires, MM. Biot, Laugier, Liou ville rapporteur.) 

« L'Académie nous a chargés, M. Biot, M. Laugier et moi, de lui rendre 
compte d'un Mémoire de M. Delaunay concernant la théorie analytique du 
mouvement delà Lune. L'auteur s'est proposé de reprendre en entier cette 
théorie et même de pousser les développements au delà du terme auquel on 
s'est arrêté jusqu'ici. Mais, avant d'achever ces immenses calculs, il a désiré 
soumettre au jugement de l'Académie les principes de sa méthode, qui lui 
paraît nouvelle en quelques points. Cette méthode est d'ailleurs susceptible 
d'applications diverses ; il était donc naturel de la présenter à part dans un 
premier Mémoire , contenant seulement les calculs nécessaires pour en bien 
montrer le mécanisme et l'usage dans la pratique. Nous allons essayer 
d'expliquer en quoi elle consiste, autant du moins que cela est possible sans 
le secours des signes algébriques. 

;> Pour étendre au mouvement de la Lune produit par la double action 
de la Terre et du Soleil, les formules relatives au mouvement elliptique qui 
aurait lieu si la Terre agissait seule , il suffit, comme on sait, de faire varier 
les six constantes arbitraires de ce mouvement elliptique- De là, six incon- 



(7) 
nues dont la détermination dépend de l'intégration d'un système de six 
équations différentielles du premier ordre, dans le second membre desquelles 
entrent les éléments du mouvement du Soleil. M. Delaunay suppose, dans 
son Mémoire, ce dernier mouvement rigoureusement elliptique, et il laisse 
aussi de côté les inégalités qui proviennent de l'aplatissement de la Terre 
Dans letat actuel de la science, ce n'est plus là que résident les difficultés 
de la théorie de la Lune, et il sera aisé de traiter plus tard cette partie de la 
question. 

» Les six équations différentielles du premier ordre, dont nous venons 
de parler, expriment que la dérivée relative au temps de chaque constante 
du mouvement elliptique est une fonction linéaire des dérivées de la fonction 
perturbatrice prises par rapport aux constantes elles-mêmes. Les coefficients 
de ces dérivées partielles ne renferment pas le temps explicitement, mais 
Us peuvent, du reste, prendre des valeurs plus ou moins compliquées sui- 
vant qu'on adopte te! ou tel système de constantes elliptiques. Le système 
dont M. Delaunay fait choix en l'empruntant à un savant Mémoire de notre 
confrère M. Binet (Journal de V École Polytechnique, XX vu r e cahier), donne 
aux équations du problème la forme la plus simple qu'elles puissent avoir; 
dans chacune de ces équations il n'entre, en effet, qu'une seule dérivée de 
la fonction perturbatrice, et le coefficient de cette dérivée est + r ou - i. 
» Mais comme une des dérivées partielles est prise en faisant varier lé 
grand axe et, par suite, le moyen mouvement, le temps sort des signes 
tngonométriques par cette différentiation. Pour l'y faire rentrer et parer au 
grave iuconvénient qui résulterait de sa présence sous forme algébrique 
dans les équations différentielles, les géomètres donnent ordinairement au 
moyen mouvement la forme d'une intégrale et introduisent ensuite une in- 
connue nouvelle, savoir, ce moyen mouvement lui-même dont la différen- 
tielle seconde figure, dès lors, dans les calculs. Rien de plus ingénieux et, 
en général, de plus commode que cet artifice. Toutefois, dans le Mémoire 
que nous examinons, M. Delaunay en emploie un autre, digne de remarque 
et mieux adapté à la marche de ses calculs, en ce qu'il conserve aux équa- 
tions différentielles leur forme actuelle. Pour cela M. Delaunay substitue à 
deux des anciennes inconnues, dont l'une était la constante jointe au temps 
dans les formules du mouvement elliptique, et l'autre une fonction du grand 
axe, deux inconnues nouvelles , qui sont l'anomalie moyenne , et une certaine 
quantité dépendante de ce même grand axe; puis il rejette dans la fonction 
perturbatrice un terme exprimable aussi par le grand axe et indépendant de 
la masse troublante, ce qui serait gênant dans les méthodes ordinaires 



(8) 
d'approximation, mais non dans celle dont il va faire usage. De cette ma- 
nière l'auteur, nous l'avons dit d'avance, se trouve conserver six inconnues 
à déterminer par sis équations différentielles du premier ordre de la forme 
déjà indiquée, et l'on voit, en outre, que le temps n'est plus introduit dans 
la fonction perturbatrice que par les coordonnées du Soleil; il est remplace, 
dans celles de la Lune, par l'anomalie moyenne. 

„ Les six inconnues auxquelles M. Delaunay s'arrête définitivement sont 
ainsi • i° trois angles représentant la longitude du nœud ascendant de l'or- 
bite lunaire, la distance du nœud au périgée, et l'anomalie moyenne; 
2 ° fois quantités qui dépendent respectivement, la première du grand axe, 
ia seconde du grand axe et de l'excentricité, la troisième du grand axe, 
de l'excentricité et de l'inclinaison. 

,. La fonction perturbatrice se développe facilement en une série de co- 
sinus d'angles formés par la réunion de divers multiples des trois angles ci- 
dessus désignés, et des angles analogues correspondant au Soleil. Dans ce 
développement, qui se compose d'un terme non périodique et d'une infi- 
nité de termes périodiques, les arguments sous les signes cosinus se forment 
à l'aide de nos trois angles et du moyen mouvement du Soleil, et les divers 
coefficients ainsi que le terme non périodique sont fonctions des trois autres 

variables seulement. , 

,, Or M. Delaunay démontre qu'en réduisant la fonction perturbatrice 
au terme non périodique, plus un nombre quelconque d'autres termes dont 
les arguments soient exprimés par des multiples d'un même argument 
donné',' on peut intégrer complètement, et en toute rigueur, les équations 
différentielles, et cela en les ramenant d'abord à deux équations ne conte- 
nant plus que deux inconnues, à l'aide desquelles s'expriment de suite les six 
inconnues cherchées. Cette réduction des six inconnues à deux , et cette fa- 
cilité d'intégrer dans le cas particulier que nous venons d'indiquer, sert de 
base à la méthode de M. Delaunay. Elle se retrouve d'ailleurs, on le verra , 
dans les diverses phases que parcourt son analyse; et cela diminue beaucoup 
la complication qu'introduisaient les six inconnues qu'on substitue aux trois 
coordonnées de la Lune dans la théorie de la variation des constantes arbi- 
traires. Au fond, dans les intégrations successives effectuées par M. De- 
launay, on n'a jamais à considérer que deux inconnues. 

„ Nous pourrions à présent faire observer que le théorème de calcul in- 
tégral énoncé ci-dessus s'étendra à un nombre quelconque de planètes 
réagissant les unes sur les autres, en rendant d'abord la fonction perturba- 
trice la même dans toutes les équations différentielles , à l'aide d'une transfor- 



(9) 
mation imaginée par M. Jacobi {Mémoire sur l'élimination des nœuds dans 
le problème des trois corps), et se bornant ensuite à considérer une partie 
convenable de cette fonction perturbatrice. Mais quoiqu'une telle généra- 
lisation offre de l'intérêt , nous devons la négliger ici pour revenir à notre 
objet principal. Il faut montrer comment le tbéorème dont il s'agit fournit 
une méthode d'approximation convenable dans la théorie de la Lune, et 
surtout comment , à chaque opération nouvelle , on est ramené à des équa- 
tions de même forme que celles dont on était parti d'abord. 

» Suivons donc M. Delaunay dans tous les détails de ses calculs. 
» Il commence par prendre, dans le développement de la fonction per- 
turbatrice, outre le terme non périodique, un certain nombre de termes 
auxquels il suppose que ce développement se réduise et qui répondent à des 
multiples d'un même argument : il n'est pas nécessaire et même il serait in- 
commode de prendre tous les termes de cette espèce; on se bornera à un, 
deux ou trois, suivant les cas, et la plupart du temps à un seul, le plus con- 
sidérable bien entendu. En substituant la fonction perturbatrice ainsi sim- 
plifiée dans les équations différentielles, on trouve, nous l'avons dit tout à 
heure, qu'elles s'intègrent complètement. Les valeurs qu'on obtient pour les 
six inconnues en fonction du temps et de six constantes arbitraires ne sont 
pas, il est vrai, celles qu'on doit mettre dans les expressions des coordon- 
nées de la Lune, puisqu'on n'y est arrivé qu'en réduisant la fonction pertur- 
batrice à quelques-uns de ses termes ; mais on peut en profiter pour simpli- 
fier la recherche des intégrales des six équations différentielles du mouvement 
de cet astre, en y considérant les constantes arbitraires qu'elles renferment, 
comme de nouvelles variables, et regardant les relations entre les variables 
primitives et ces constantes , comme des formules de transformation destinées 
à remplacer les anciennes variables ou inconnues par les nouvelles. Au 
moyen d'un choix convenable des constantes arbitraires qui doivent devenir 
les nouvelles variables, on trouve, pour les déterminer en fonction du temps, 
des équations différentielles de même forme que celles où entraient les an- 
ciennes inconnues : seulement la fonction perturbatrice s'y trouve remplacée 
parla portion de cette fonction qu'on avait négligée lorsqu'on l'avait supposée 
réduite à quelques-uns de ses termes, et dans cette nouvelle fonction pertur- 
batrice on doit substituer aux anciennes inconnues leurs valeurs en fonction 
du temps et des nouvelles variables. 

» Au premier abord, il semble que la question a été ramenée à ce qu'elle 
était primitivement, si ce n'est que la fonction perturbatrice a été débar- 

C. H., 1S47, !" Semestre. (T. XXIV, N°l.) 2 



( IO ) 

rassée de quelques-uns de ses termes. Mais, en y réfléchissant, on verra 
bientôt qu'il n'en est point ainsi. En effet, la nouvelle fonction perturba- 
trice présente une composition différente de celle de la première fonction ; 
en la supposant développée, comme la première, en une séné de termes 
périodiques, trois des six variables entreront seulement sous es signes 
cosinus, tandis que les trois autres entreront à la fois dans les coetn- 
cients des cosinus et dans les coefficients du temps sous les signes cosinus. 
A cause de l'existence de ces trois dernières variables dans les coefficients du 
temps, le temps sortira des signes trigonométriques dans trois des équa- 
tions différentielles, inconvénient que nous avons déjà rencontre et cor- 
ripé une fois, mais qui se reproduit ici avec une complication nouvelle. 
Toutefois, au moyen d'an nouveau changement de variables, et en 3 ap- 
puyant sur une propriété remarquable des coefficients du temps de pro- 
venir des dérivées partielles d'une même quantité, M. Deiaunay réussit 
encore à y remédier, en donnante la nouvelle fonction perturbatrice une 
composition entièrement analogue à celle de la première; puis, en ajoutant 
à cette fonction un terme non périodique, il rend aux équations différen- 
tielles leur forme primitive qu'elles avaient perdue un instant, et quil était 

essentiel de rétablir. . , 

„ Telle est la série de transformations qu'il faut parcourir pour revenir a 
des équations réellement semblables à celles qu'on avait d'abord et capables 
de se prêter à des calculs du même genre, mais d'ailleurs plus simples dans 
leurs seconds membres, puisque la fonction perturbatrice a perdu au moins 
un de ses termes périodiques qu'on a pu choisir à volonté parmi les plus 
importants, et en général a perdu les termes périodiques qu on a joints au 
terme non périodique en effectuant une intégration. 

-, On conçoit maintenant qu'en répétant les opérations précédentes, on 
pourra faire dUparaltre successivement de la fonction perturbatrice tous 
es termes périodiques capables de donner des résultats sensibles , et roduire 
en conséquence , par une sorte d'exhaustion , cette fonction à son terme non 
périodique seul. Dès lors (et même dès qu'il n'y aura plus qu un seul erme 
périodique avec le terme non périodique) les dernières équations différen- 
tielles auxquelles la question aura été ramenée s'intégreront de suite, et le 
problème sera complètement résolu. # 

„ Au lieu de suivre strictement la marche qui vient d'être indiquée et de 
faire disparaître delà fonction perturbatrice tous les termes -périodiques 
dont l'effet n'est pas négligeable, il vaudra mieux ne faire disparaître que 



( 11 ) 

les plus influents d'entre eux , en nombre suffisant toutefois et de manière à 
ne laisser dans la fonction perturbatrice que des termes périodiques assez 
faibles pour qu'en en tenant compte, on puisse négliger le carré de la force 
perturbatrice partielle à laquelle ils correspondent. Alors, en effet, il n'y 
aura plus de difficulté à intégrer les équations différentielles en y sub- 
stituant d'un seul coup le développement complet auquel la valeur de la 
fonction perturbatrice aura été réduite. 

» Dans les méthodes, d'ailleurs diverses, qui ont été suivies jusqu'ici pour 
la théorie de la Lune, on calcule successivement les inégalités des différents 
ordres par rapport à la force perturbatrice, et, d'un ordre à l'autre, les 
opérations sont de plus en plus longues. Dans la méthode de M. Deiaunay, 
les premières opérations, au contraire, seront les plus compliquées; c'est pat- 
elles qu'on débarrassera la fonction perturbatrice de ceux de ses termes qui 
ont le plus d'importance et qui produisent le plus d'inégalités sensibles; il y 
aura simplification à mesure qu'on arrivera à des ternies d'un effet moindre. 
Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'on trouve aisément différents moyens 
de vérification. 

» M. Deiaunay a déployé, dans son Mémoire, toutes les qualités d'un 
géomètre habile. Mais l'exécution complète des calculs algébriques et numé- 
riques nécessaires pour obtenir les formules définitives du mouvement de la 
Lune, avec le degré d'approximation auquel il veut atteindre, exigera 
qu'il se montre aussi calculateur intrépide et persévérant. Nous engageons 
vivement M. Deiaunay à poursuivre jusqu'au bout l'œuvre utile et pénible 
qu'il a commencée. Mais, dès à présent, les géomètres doivent comprendre 
que la méthode analytique dont il s'est servi pourra être employée dans 
plusieurs cas, et nous pensons que le Mémoire où l'auteur a exposé cette 
méthode en elle-même , et avec assez de détails pour en bien faire saisir 
l'esprit , mérite d'être inséré dans le Recueil des Savants étrangers, » 
Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

MÉMOIRES LUS. 

médecine, — De lague'rison de la phthisie par la gymnastique des poumons 
et par l'engraissement; par M. Bdreaud-Rioffrey. 
(Commissaires, MM. Serres, Andral, Rayer.) 
L'auteur expose , dans les termes suivants, les conséquences qui lui sem- 
blent se déduire des considérations exposées dans son Mémoire : 

« Les recherches anatomiques et les autopsies ayant prouvé jusqu'à 1 evi- 



( 12 ) 

dence que les tubercules sont des corps étrangers, inorganiques, inassimi- 
lables dans l'économie, il faut préparer les voies à travers lesquelles ces 
corps peuvent être expulsés. 

» La gymnastique des poumons peut remplir ce but dans les cas ordi- 
naires, en fortifiant les bronches et en les dilatant avec mesure. Il faut 
régulariser et coordonner la respiration avec les forces du malade et les 
besoins de la combustion pulmonaire. 

»» L'alimentation doit fournir les éléments plastiques et les éléments de la 
respiration. En analysant tous les cas de guérisou bien constatés, on trouve 
que ces guérisons se sont opérées sous l'influence d'une alimentation restau- 
rative; que, chez les individus qui offraient un retour du développement 
de l'élément adipeux , les matières crétacées des tubercules demeuraient 
comme suspendues dans les organes et à l'état inerte, tandis que, chez les 
individus débilités , les tubercules tendaient toujours vers le ramollissement 
et la désorganisation. 

» En réparant les pertes des phthisiques, on doit tendre à l'engraissement 
pour prolonger leur vie et pour changer leur constitution ou leur diathèse 
tuberculeuse. Le tubercule étant une maladie qui se reproduit , on ne peut 
être assuré contre les rechutes que par un changement complet de consti- 
tution. » 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

anatomie comparée. — Recherches d'anatomie microscopique sur le test 
des Crustacés décapodes; par M. J. Lavalle. ( Extrait. ) 

(Commissaires, MM. Serres, Flourens, Milne Edwards.) 
« Au point de vue de mes recherches , dit l'auteur, on peut diviser l'appareil 
tégumentaire des Crustacés en deux parties : i° l'une, extérieure et encroûtée 
de sels calcaires, n'a pas de vaisseaux évidents; c'est la caparace, le test 
proprement dit : elle forme à elle seule la charpente solide de l'animal , et 
son inextensibilité exige qu'elle tombe à certaines époques , pour être rem- 
placée par une enveloppe pins vaste; 2 l'autre, placée à l'intérieur, double 
la première dans tous ses points : molle et éminemment vasculaire, elle per- 
siste après la chute de la carapace, et semble surtout destinée à en reproduire 
une nouvelle. 

» C'est au test seul, à la partie caduque de l'appareil tégumentaire, que 
s'applique tout mon Mémoire, et c'est à dessein que j'en ai ainsi limité le 
sujet, car c'est sur la nature de cette enveloppe coriace et endurcie qu'il a 



( i3 ) 
été presque impossible, jusqu'à ce jour, de baser une opinion suffisamment 
fondée. C'est sur elle seule que tant d'hypothèses contradictoires ont été 
soutenues. 

» Les faits que j'expose dans ce travail suffisent, je crois, pour établir les 
propositions suivantes : 

» La partie solide et caduque de l'appareil tégumentaire des Crustacés 
décapodes diffère essentiellement des coquilles, en ce que, traitée par un 
acide, elle perd son carbonate de chaux, sans changer en rien dans son 
organisation. Elle est, sous ce rapport, assimilable aux os des animaux 
vertébrés. 

" Le test constitue une enveloppe d'une seule pièce, partout continue à 
elle-même, et qui n'offre de solution de continuité qu'au niveau des ouver- 
tures naturelles. Les points flexibles et les parties plus molles de cette enve- 
loppe ne diffèrent des parties solides que par l'absence de sels calcaires; 
elles ont une organisation tout à fait identique. Les articulations ne sont que 
des replis plus ou moins compliqués, mais souvent très-simples, de cette 
enveloppe. Il en est de même des parties ossiformes placées à l'intérieur des 
organes, et destinées à l'insertion des muscles locomoteurs. Les parties des- 
tinées à écraser ou à broyer les aliments, ne sont que des parties du test 
plus épaisses et à texture plus dense. Aussi, lors de la mue, toutes ces par- 
ties tombent-elles à la fois. 

» Le test présente, à l'état le plus parfait, trois couches parfaitement dis- 
tinctes et facilement séparables : 

» La plus extérieure, homogène, transparente, cornée, ne présente d'ou- 
verture que pour le passage des poils ou des organes analogues, et recouvre 
le test en entier d'un vernis souvent extrêmement mince; elle est évidem- 
ment analogue à l'épidémie des animaux supérieurs: je l'ai désignée sous le 
nom de couche épidermique. 

» La couche moyenne est surtout destinée à contenir la matière colorante 
du test; elle a une organisation propre et renferme toujours, dans son 
ep ai sseur, la base des poils et les tubercules cornés : c'est la couche pi*- 
mentaire. " & 

» La couche interne est de beaucoup la plus épaisse, et constitue, pres- 
que à elle seule, tout le test; on y rencontre les canaux des poils, des tuber- 
cules et des ongles, ainsi qu'un très-grand nombre de petits corps irrépaliere 
de nature organique : c'est la couche dermique. 

» Ces deux dernières couches sont les seules dans lesquelles se dépose le 
carbonate de chaux; elles ont une organisation à peu près analogue. A un 



( i4 ) 

faible grossissement, on constate qu'elles sont formées, dans toute leur 
épaisseur, par des ligues extrêmement fines et délicates, et dont le caractère 
le plus général, comme le plus frappant, est d'être constamment parallèles 
entre elles. Cette organisation existe dans l'immense majorité des cas, et l'on 
remarque que, lorsqu'elle n'existe pas, ou qu'elle est très-difficile à constater, 
la couche dermique présente des nuances irisées, souvent aussi vives que 
celles des plus belles coquilles (les Anomoures). Ces lignes ne sont pas pro- 
duites par des couches indépendantes et superposées, car le test n'est pas 
séparable en feuillets correspondants à ces lignes. Au moyen de très-forts 
grossissements, on peut constater que ces lignes font partie d'un même tout. 
L'organisation intime du test se présente alors sous trois formes principales : 
i° on ne trouve que des filaments extrêmement ténus, accolés les uns 
aux autres et dirigés de dedans en dehors, perpendiculairement à la sur- 
face; ces filaments, devenant tous plus épais et plus opaques à des niveaux 
semblables, forment une apparence de lignes parallèles; 2 ces filaments 
existent, mais sont traversés à aDgle droit et suivant des zones parallèles, par 
d'autres faisceaux de filaments: de ces derniers partent des ramifications 
qui s'anastomosent avec les zones voisines et réunissent ainsi tous les faisceaux ; 
3° les filaments perpendiculaires n'existent plus, et l'on ne rencontre que 
des bandes parallèles, d'où partent des ramifications très-irrégulières qui 
s'unissent aux bandes voisines. 

» Les poils des Crustacés décapodes sont simples ou muùis de barbes; ils 
n'ont jamais de barbules. Ils ne sont pas un prolongement de la couche épi- 
dermique; ils sont toujours en communication avec l'intérieur du test par 
un canal qui traverse en droite ligne toute l'épaisseur de la carapace , et qui 
est tantôt vide et tantôt rempli d'une matière semblable à celle qui existe à 
l'intérieur des poils. Ils ont tous un canal central rempli d'une moelle ana- 
logue à celle qu'on trouve dans les poils des animaux supérieurs. Ils naissent 
tous d'une partie arrondie, qui a la plus grande analogie avec les bulbes. 
Ces sortes de bulbes sont toujours situées dans la couche pigmentaire. Les 
corps irréguliers qui recouvrent certains Crustacés, et en particulier les Pisa 
tetraodon, ne sont que des poils dont les barbes sont soudées entre elles. 

» Les ongles des Crustacés décapodes semblent se continuer avec !a 
couche épidermique, avec laquelle ils ont la plus grande analogie d'aspect 
et de composition. On trouve, dans leur épaisseur, un nombre très-considé- 
rable de petits canaux analogues à ceux des poils, et qui, comme ces der- 
niers, traversent tout le test pour arriver jusqu'à l'ongle. 

« Qiiam aux tubercules que l'on rencontre souvent dans la couche pig- 



( i5 ) 

mentaire, et qui ont chacun un petit canal qui les met en communication 
avec l'intérieur du test, on ne peut les considérer que comme des organes; 
analogues aux bulbes que l'on trouve à la base des poils. 

» Dans ce travail, tout entier destiné à l'anatomie, je ne chercherai 
pas à exposer les diverses conséquences physiologiques que me parais- 
sent contenir les propositions auxquelles j'ai été conduit. Je dirai seule- 
ment qu'elles me semblent en opposition complète avec les théories qui 
rapprochent le test des Crustacés de l'épidémie écailleux des Serpents et 
des Lézards. Je ne vois nulle analogie entre la mue des Crustacés, qui les 
dépouille d'organes destinés à donner au corps sa forme et son volume, à 
servir de points d'attache aux muscles locomoteurs, à fournir les instru- 
ments de préhension et de mastication ; d'organes placés non-seulement à la 
surface du corps, mais plongés souvent au milieu des parties molles et chez 
lesquels on trouve une organisation telle que je l'ai décrite, et la chute pé- 
riodique qui s'observe , chez les Reptiles, d'un épiderme mince, sans con- 
sistance, complètement inorganisé et incapable de remplir aucun des usages 
auxquels est destiné le test. 

» Mes recherches m'ont convaincu de la vitalité du test, au moins dans 
les premiers temps de son existence; et, sous ce rapport, je me range plei- 
nement à l'opinion de Cuvier quand , dans son Anatomie comparée, il disait : 
« L'enveloppe de Crustacés est d'abord molle , sensible et même pourvue 
« de vaisseaux ; mais une quantité de molécules calcaires ne tarde pas à y 
» être portée, à la durcir et à en obstruer les pores et les vaisseaux. » 

« Telle était aussi l'opinion bien arrêtée de Dugès, et, s'il ne put la faire 
complètement prévaloir, c'est sans doute parce qu'il n'avait pas pénétré 
assez loin dans l'étude intime du test. » 

zoologie. — Observations sur le développement des Oursins (Echinus 
esculentus). [Extrait d'une Lettre de M. Dofossé à M. Milne Edwards.] 

(Commissaires, MM. Milne Edwards, Valenciennes. ) 

« Je me suis assuré que tous les œufs contenus dans l'ovaire des Oursins 
pouvaient être fécondés artificiellement, en mettant quelques-uns des points 
de leur membrane testacée en contact avec une gouttelette de semence et 
de l'eau de mer suffisamment renouvelée. 

» La durée de la vie embryonnaire de l'Oursin m'a paru varier de 
vingt-quatre à quarante-deux heures, suivant la température et diverses 



( i6) 
autres circonstances. De treize à quinze minutes après l'imprégnation, 
on voit le plus ordinairement la masse vitelline s ébranler et s'animer d'un 
mouvement de rotation plus ou moins rapide. De la quatrième à la sixième 
heure, le vitellus commence à se fractionner, et les segments qui résultent 
de ce fractionnement deviennent de plus en plus transparents. Alors une 
foule de globulins se produit à la surface et aux dépens des gros globules, 
pour les entourer ensuite complètement, et constituer ainsi une couche assez 
épaisse. Quand cette couche de globules, qui est le rudiment de l'enveloppe 
tégumentaire, s'est étendue à toute la surface vitelline, l'embryon a acquis 
à peu près la forme sous laquelle il sortira de l'œuf. 

„ La membrane vitelline, très-distincte pendant la première période du 
fractionnement, a complètement disparu, et l'albumen, d'abord opalin, est 
devenu d'une transparence égale à celle de l'eau de mer. Bientôt après, la 
surface tégumentaire de l'embryon se couvre d'appendices filiformes d'une 
extrême ténuité. Généralement vers la vingt-quatrième heure, mais quel- 
quefois un peu plus tard, l'embryon agite avec une grande vitesse ses ap- 
pendices, qui ont acquis assez de force pour lui servir d'organes locomoteurs. 
L'animal ne tarde pas alors à se débarrasser de la membrane testacée de 

l'œuf. 

„ Au moment de son éclosion, la larve de l'Oursin a une forme tres-ana- 
ïoPue à celle des Méduses et des Rayonnes, en général. Son corps est ar- 
rondi comme celui de l'animal adulte, offrant simplement , sur un point, une 
légère concavité, au centre de laquelle est l'ébauche de l'orifice buccal. On 
peut distinguer cette portion dont le degré de développement est plus avancé 
nue celui des autres parties du corps, sous le nom de pôle oral. 

» A l'aide de ses appendices filiformes, la larve se meut avec assez de 
facilité et presque toujours en roulant sur elle-même. 

„ Au sixième ou au huitième jour, la forme de l'animal s'est modifiée; une 
moitié du corps, celle où se trouvera l'anus, et qu'on pourrait nommer pôle 
anal, s'est un peu allongée. La surface de l'enveloppe extérieure est devenue 
plus unie et plus transparente, les gros globules qui étaient au centre du 
corps ont disparu. On observe alors les premiers rudiments du canal intes- 
tinal, dans lequel on distingue un œsophage court, un estomac ayant la forme 
d'une grosse ampoule et un intestin très-court. 

, Au douzième ou au quinzième jour, le corps de la larve est devenu 
complètement pyriforme. Le pourtour de l'anus présente de petits disques 
formant une sorte de petite rosace, et des lignes circulaires profondes se ma- 
nifestent sur la portion du tégument, comprise entre les deux pôles. La dh 



( i7) 
mension du pôle oral s'est beaucoup accrue, et dès ce moment on aperçoit, 
autour de la bouche , des appendices analogues à des tentacules labiaux. 

» Parvenue à ce degré de développement, c'est-à-dire vers le seizième ou 
dix-huitième jour, la larve de l'Oursin, qui a perdu toute son agilité , s'atta- 
che , par le pôle anal , au corps près duquel elle s'est arrêtée; et un pédi- 
cule cylindrique assez gros, et long d'une fois et demie le diamètre du corps , 
se développe très-rapidement. Fixé ainsi sur une tige flexible , le jeune animal 
n'a d'autres mouvements que ceux qui lui sont imprimés par l'agitation du 
liquide. On distingue, pendant cette période , des petits mamelons disposés 
en rangées régulières autour du pôle oral. Vers le vingtième jour, il se dé- 
veloppe , au sommet de ces mamelons , des appendices spiniformes , d'une 
grande longueur comparativement au volume de l'animal. La matière cal- 
caire entre déjà en si grande quantité dans leur composition , que le moindre 
choc suffit pour les briser sans les faire plier. 

» J'ai suivi les progrès de l'animal jusqu'au moment où il se détache de son 
pédicule pour vivre sans doute comme il le fera durant le reste de son exis- 
tence. Quelque incomplètes que soient mes observations, je crois quelles 
peuvent donner une idée générale du développement de l'Oursin , et per- 
mettre d'en tirer les conséquences suivantes : Dès que l'embryon a une forme 
qui lui est propre, toutes les parties de son corps sont disposées presque 
symétriquement autour de l'axe bucco-anal, et , par conséquent , il porte au 
plus haut degré tous les caractères du type de l'embranchement zoologique 
dans.lequel il est classé, c'est-à-dire du type rayonné. 

» C'est autour de Taxe bucco-anal que l'activité du travail générique se 
manifeste dès l'origine , et se maintient constamment plus grande durant 
tout le cours du développement, et c'est principalement des deux extrémités 
de cet axe qu'il rayonne, qu'il s'étend de proche en proche aux autres par- 
ties de l'enveloppe tégumentaire. 

,. Qu'on cherche tant qu'on le voudra, dans la disposition des diverses 
parties de VEchinus esculentus, une tendance au développement bilatéral 
semblable à celle signalée par M. Sars, chez une Astérie, et l'on n'en trou- 
vera pas la moindre trace, même pendant 'la plus courte durée d'une des 
phases des phénomènes génésiques. Chez la larve de l'Oursin , lorsque le 
corps s'allonge, aussi bien que lorsqu'il se raccourcit pour revenir à peu près 
à sa configuration initiale , ces changements s'opèrent suivant l'axe bncco- 
anal, de sorte que la forme radiaire n'en reçoit aucune atteinte. 

» En résumé, dès que l'on peut distinguer les premiers linéaments orga- 

C. a., iS-7, i" Semestre. (T XXIV, N° 1.) J 



(i8) 

niques do cet être, c'est déjà un embryon radiaire, et l'animal, dans toutes 
les autres phases de sa vie, demeure invariablement radiaire. » 

M. Mnumg Edwards présente une Note sur la circulation du sang chez 
les Coléoptères, par M. Nicoiet. L'auteur a observé le mouvement circula- 
toire des fluides nourriciers dans les élytres des Coccinelles, où un système de. 
lacunes, en communication avec la cavité générale, tient lieu de vaisseaux 



sanguins. 



(Commissaires, MM. Duméril, Milne Edwards.) 



médecine. — Sur les maladies des pays chauds. Topographie médicale de 
Tlemcen; compte rendu des maladies externes qui ont régné pendant les 
années 1 843-46 ; par M. Cahbay. 

(Commission des prix de Médecine et de Chirurgie.) 

mécanique appliquée. — Mémoire sur un chemin de fer à quatre rails ; 

par M. J. Bazin. 

(Commission des chemins de fer. ) 

médecine. — Mémoire sur un plan détaillé d'un enseignement agricole 
complet, tel qu'il convient à la France,- par M. Jacquemin. 

(Commission précédemment nommée.) 

La Commission chargée de l'examen de deux Notes de M. de Paravej- sur 
l'emploi à faire, dans les constructions, des larves d'Auvergne et des ardoises 
des Jrdennes, demande l'adjonction d'un membre de la Section de Géologie 
et de Minéralogie. 

M. Êlie de Beaumont est désigné à cet effet. 

CORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de ia Guerre annonce qu'il a fait déposer au Secrétariat, 
conformément au vœu exprimé par l'Académie, les manuscrits laissés par 
feu M. Aimé, membre de la Commission scientifique de l'Algérie; un in- 
ventaire détaillé de ces diverses pièces rapprochées comme elles l'avaient 
été par M. Aimé lui-même avant son départ pour l'Afrique. 

« A cette occasion, ajoute M. le Ministre, je crois devoir vous informer 
qu'un des employés de la direction des affaires de l'Algérie, a été chargé 



('9) 
d'exécuter un grand nombre de copies pour M. Aimé, qui lui avait fait con- 
naître en partie l'ordre qu'if se proposait d'adopter dans les publications des 
deux derniers volumes. Cet employé pourra donner des renseignements à la 
Commission chargée de l'examen des manuscrits de M. Aimé, et, si vous 
pensiez que ces renseignements pussent lui étre.ntiles, je m'empresserais de 
le mettre à votre disposition. » 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée,) 

M. le Mens™ de la Mar,* e , qui avait demandé précédemment à l'Aca- 
démie des Instructions relatives aux observations scientifiques à faire dans 
le cours d une exploration de l'Amazone, qui devait s'exécuter sous le com- 
mandement de M. Tardj de Montrai, annonce que l'expédition est 
ajournée. 

M le Ministre de l'Instrccton publique accuse réception de l'ampliation 
qui lui avait été adressée , conformément à une décision prise par l'Académie 
des Instructions préparées pour le voyage de M. Tardj de Montravel. 

M. le Mimstbe des Fiances invite l'Académie à lui faire connaître , le plus 
promptement possible, le jugement qu'aura porté, sur Xèbullioscope alcoo- 
métrie de M. Brossard Vidal, la Commission à l'examen de laquelle cet 
appareil a été renvoyé. 

(Renvoi à la Commission nommée. ) 

chimie. - Sur la pjroxjline. (Lettre de M. Vaij, professeur de chimie 
à Rotterdam, à M. Pelouze.) 

« L'amidon, qui, traité par l'acide nitrique monohydraté, se gonfle en se 
transformant en xyloïdine, ne se gonfle pas du tout dans un méWe à vo- 
lumes égaux d acides nitrique et sulfurique, mais se transforme en pyroxvline 
qui a toutes les propriétés du coton traité de la même manière. Avec quatre 
grams d'amidon préparé de cette manière, chargés dans un pistolet à balle 
torcee, j obtins les mêmes effets qu'avec seize grains de poudre de chasse 
» La pyroxyhne, préparée avec le coton ou le papier, moyennant le mé- 
auge d acides nitrique et sulfurique, se dissout dans l'acide nitrique mono- 
hydrate, à l'aide d'une chaleur de 8d à 90 degrés centigrades. Si l'on ajoute 
de l acide sulfurique concentré à cette dissolution , en agitant continuellement 
toute la pyroxyline est précipitée en flocons blancs , sans perte appréciable 
de poids, avec toutes ses propriétés primitives, excepté la forme. Peut-être 

3.. 



(ao) 
que cette forme pulvérulente, sous laquelle on obtient la pyroxyline en sé- 
chant ces flocons blancs, pourra être utilisée dans l'application ingénieuse 
que vous avez déjà faite de la pyroxyline pour préparer des capsules a per- 
cussion. Mais si, au lieu d'acide sulfurique, on ajoute de l'eau à la dissolution 
nitrique, il se précipite un corps blanc, floconneux, d'une saveur amere 
soluble dans l'alcool comme aussi dans une grande quantité deau, qui brûle 
bien par le contact d'une flamme ou en la chauffant, mais dune manière 
beaucoup plus lente que la pyroxyline et en laissant un résidu de charbon. 
. „ L'acétone transforme la pyroxyline immédiatement en une gelée trans- 
parente qui est coagulée par l'eau en des flocons blancs ayant beaucoup de 
ressemblance avec le coton. En employant une grande quantité d acétone , la 
pyroxyline est tout à fait dissoute. 

» La potasse caustique dissout la pyroxyline , tandis qne le coton qui avait 
servi à sa préparation n'était pas attaqué du tout. Cette dissolution n était pas 
précipitée par l'eau ni par des acides. 

* , L'acide sulfurique concentré dissout la pyroxyline à la température or- 
dinaire, sans coloration. Si l'on tient une baguette .mouillée d'ammoniaque 
au-dessus de la dissolution, on voit immédiatement apparaître des vapeurs 
blanches qui décèlent la présence d'un des acides de l'azote dans la dis- 

solution. ■ „ , i , 

>,' Gardée pendant cinq semaines dans un flacon rempli deau et secbee 
de nouveau, la pyroxyline n'avait pas perdu ses propriétés. Cette propriété 
pourra être utile pour conserver des grandes masses de pyroxyline sans le, 

moindre danger. , 

, Si l'on traite du coton ordinaire par l'acide nitrique monohydrate , 
en élevant la température jusqu'à 3o ou 35 degrés il se transforme en 
un mucilage épais et limpide, et finit par se dissoudre tout a fait; 1 eau 
précipite de cette dissolution la xyloïdine , comme l'a déjà observe M. Bra- 
connot : mais si , au lieu de l'eau , on verse de l'acide sulfurique concentre dans 
cette dissolution nitrique du coton , il se forme un précipité de pyroxyline. 
» L'acide acétique concentré dissout la xyloïdine, tandis que la pyroxy- 
line n'est pas dissoute par cet acide. La dissolution acétique de xyloïdine pré- 
parée avec le coton est précipitée par l'eau sous la forme d un coagulum 
cohérent, tandis que l'eau précipite la dissolution acétique de la xyloïdine 
préparée avec de l'amidon, sous la forme d'une poudre, ce qui me fait 
douter de l'identité de ces deux produits. 

„ En chauffant la pyroxyline, préparée du coton , dans un bain d huile , 
j'ai obtenu les mêmes résultats que M. Vankercknoff. La température a 



( « ) 

laquelle la pyroxyline s'est enflammée a varié depuis n5 jusqu'à 180 de- 
grés. Une seule fois la température s'est élevée jusqu'à 210 degrés sans qu'il 
y eût inflammation de la pyroxyline; mais elle était devenue brune, et 
brûlait à l'approche d'une flamme en laissant beaucoup de charbon. •> 

chimie. — Sur un nouveau dosage de l'acide azotique et des azotates. 
(Lettre de M. Gossart, commissaire des Poudres, à Lille, à M. Pelouze.) 

« L'examen de l'action oxydante du salpêtre sous l'influence de l'acide 
sulfurique m'a démontré que, dans un grand nombre de cas, on peut rendre 
constants les produits de cette action; ce qui peut fournir un grand nombre 
de procédés pour le dosage exact de l'acide nitrique et des nitrates. 

» Pour arriver à un procédé pratique et exact, j'ai pris pour guide le 
principe appliqué pour le dosage du cuivre par M. Pelouze. 

« Voici comment j'opère pour l'analyse du salpêtre brut. 

» Je me sers, comme réactifs, 

» i°. D'une dissolution de sulfate acide de protoxyde de fer; 

>, 2 . D'une dissolution très-étendue de cyanoferrure rouge de po- 
tassium. 

» (La dissolution de sulfate de protoxyde de fer, dont je me suis le plus 
généralement servi, était fortement acide et assez proche de son pointde sa- 
turation.) Pour la doser, je verse dans un ballon à long col 5o centimètres 
cubes d'acide sulfurique à 60 degrés, et a5 d'une dissolution salpétrée renfer- 
mant dans un demi-litre 10 grammes de salpêtre raffiné; j'y ajoute, avec une 
burette graduée, quelques gouttes de la dissolution de sulfate de protoxyde 
de fer: j'agite légèrement; le mélange brunit, s'éclaircit promptement et 
prend une couleur d'un jaune paille plus ou moins foncé. Je continue alors 
à ajouter goutte à goutte la dissolution normale que je veux doser, en ayant 
soin d'attendre chaque fois que la liqueur s'éclaircisse ; lorsque les change- 
ments de coloration deviennent moins rapides, je commence à chauffer lé- 
gèrement , et, dès qu'ils ne sont plus sensibles, j'examine si , en prenant quel- 
ques gouttes avec une pipette , elles ne donnent pas encore de coloration 
bleue avec le cyanoferrure rouge de potassium. 

» Lorsque cette coloration bleue apparaît et ne disparaît pas en portant 
la liqueur à lebullition, je note le nombre total des divisions employées. 

« Une seconde épreuve , dans laquelle je diminue le nombre des essais , 
me donne un résultat exact. 

» Soit N le nombre de divisions de dissolution normale nécessaires pour 
saturer complètement 25 centimètres cubes de la dissolution de salpêtre 



( 22 ) 

raffiné: je pèse io grammes du salpêtre à essayer que je dissous également 
dans uu demi-litre d'eau; je détermine, comme je l'ai fait pour la dissolution 
de salpêtre raffiné, le nombre N' de divisions de sulfate de protoxyde de fer 
nécessaires pour saturer complètement 2j centimètres cubes de cette disso- 
lu' 
lution, et la fraction — me donne le litre du salpêtre à essayer, avec une 

grande exactitude. 

» Ce procédé, applicable au dosage de l'acide nitrique et de tous les ni- 
trates en général, peut servir à doser la quantité d'acide nitrique contenu 
dans la pyroxyline. 

» Pour cela, on oxyde tout le coton qui y est renfermé, à l'aide d'un mé- 
lange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse , on étend la liqueur 
obtenue, on la filtre et on la décolore à l'aide de quelques gouttes de sulfate 
de protoxyde de fer qui décomposent tout le sesquioxyde de manganèse 
avant d'agir sur l'acide nitrique. On obtient ainsi une dissolution qui ren- 
ferme tout l'acide nitrique qui était contenu dans la pyroxyline, et dont il est 
facile de faire le dosage. 

» Je continue à m'occuper en ce moment de l'étude des phénomènes qui 
accompagnent la formation et la décomposition des nitrates; si, comme je 
l'espère , je parviens à des résultats plus exacts que ceux obtenus jusque 
aujourd'hui , j'aurai l'honneur de rendre compte de mes travaux à l'Aca- 
démie. » 

chimie. — Faits divers relatifs au coton-poudre. Teinture en rose. Prise de 
revient. Nouvel accident } etc. (Extrait d'une Note de M.Boxjeas.) 

« On a généralement reconnu l'utilité de colorer le coton-poudre, afin 
d'éviter les accidents que pourrait causer une méprise à ce sujet. Déjà 
M. Gandin a proposé défaire subir au coton une légère torréfaction, de 
manière à le rendre roussâlre. Je crois avoir trouvé un moyen beaucoup 
plus simple et moins long, en teignant directement le coton eu rose, et 
profitant pour cela d'un des nombreux lavages dont cette substance est l'ob- 
jet à sa sortie du bain acide. Ainsi, par exemple, je jette, dans la dernière 
eau de lavage, assez de teinture de santal rouge pour lui donner une teinte 
rose-rouge, et je plonge dans cette eau le coton lavé encore humide. Après 
une minute, on peut retirer le coton, l'exprimer et le faire sécher comme 
d'ordinaire. 

» Si l'on ajoute an bain de teinture un peu d'alun , la teinte rose du 



( *3 ) 



» Dans les chvers calculs qui ont été faits, on a ce me semlT 'A : . 

deux der Die r" 0eS a^ t 1 1 ; eC<,nna " re q " e '< P ril de re ™"' des 
le kilogramme 11 P ' ma, °- dœavrc a P»«, «"dessous de 8 à ,o fr. 
r eW„ 6ramm e > en supposant encore q „ero Dlirât part du r(M „ des op .. 

matin, j'ai failli Se victime m ?T < «" d '" M<! » Particuliers..!! Hier 

7 juillet ,845 à I» r„ ■ q V <|a '' ' préseDtée dansla s<! ance du 
M.VlrT ' m "" SS " m '^ *>,''«—« du système de 

M. Sainte-Preuve annonce qu'il mettra sous les veux de la r„ m • • 
Averse, p lèC e, qu i é ta bli r 011 ,, en sa fayeul . Ja ^ ^Z 

(Renvoi à la Commission nommée.) 

M Perreve adresse un paquet cacheté. 
L Académie en accepte le dépôt. 

A 4 heures et demie, l'Académie se forme en comité secret. 
La séance est levée à 5 heures. ,, 



(34) 
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

académie a reçu, dans cette séance, les ouvrages dont voici les pitres : 
Comptesrendushebdomadairesdesséàncesdel'AcadémieroyaledesSciences, 

vaiTT DoMâ-, PRLOO.E.Bonw.wm.T-B^Ain.T., 3° série, tome XIX; 

j l^ V ÏÏU ^ * "; ton. XII , *•*«*•>£* des 
Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Saences, d> *?**£** 

Ans etc.! nouvelle édition, publiée par MM. DmOT, sous la érecUon de 

M. L. Resieh; 49 e livraison ; in-8°. 

AmalafinsUn*; tome V, 5<= année; décembre ,846, m-8 . 

/ouiro* des Connaissances utiles; décembre 1846; m-8 ■ 

HMoriàp» ««elfe rfe &«*««; n- 1 1 à xo ; ^^fj^f ' ° partie . 

^ la Drssenterie et des Maladies du Foie qui la compliquent; par M. ChCambay, 
! !S • (Cei ouvrage est adressé pour le concours aux prix de Medecme 

(nrlrMséDOur le même concours). 

'^L rfe r^™e ^^^*^ p ^££ 

rie -Sciences mathématiques, physiques et naturelles, tome VI -i partie. 
Sciences-mathématiques etphjsiques, tome IV; a* livraison; in-4- 

rie -Sciences mathématiques, physiques et naturelles, tome VI. - a partie. 
Sciencesnaturelles,toxaeY;^ et^\ivv^ons;m-^. 

Baccolte... Recueil scientifique de physique et de mathématique; a année, 

«os ^ P t ?A i846; in-8°. „ - ,- 

Alonomhche • ' AW/fe astronomiques de M. Sghumagbkr; n» ,8a; 

^"istôria . Histoire du Tremblement de terre qui a dévasté les cantons de la 
côte de Toscane le i4 ooût x846; par M. L. Pilla Pise , 1846 ; in,*. 

ftaefto métffcafa <& Pans; ,7- année, .1846; 3 e séné, tome II, ^ i«, 

in-4°- ..„ . n t 

Gazette des Hôpitaux; n° s i5a et ii>3; in-folio. 

L'Union agricole ; n° i3a. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 11 JANVIER 1847. 
PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMTC. 

BlÉCâNIQDE appliquée. — Note sur la relation des charges de poudre avec 
les vitesses initiales qu'elles communiquent aux balles, et sur celle qui 
lie les forces vives de ces balles au volume de l'impression produite 
dans le plomb; par M. A. Morin. 

« On sait que Hutton , dans ses expériences sur les vitesses initiales com- 
muniquées aux projectiles par différentes charges de poudre, a trouvé que 
ces vitesses variaient en raison directe des racines carrées des charges. 
Mais cette relation simple n'a été vérifiée, jusqu'ici, dans les canons, que 
pour les petites charges; et quant aux fusils, on ne possédait pas d'expé- 
riences qui en aient constaté l'exactitude dans des limites étendues. 

» Les expériences de Hutton et les recherches beaucoup plus complètes 
de la Commission des principes du tir de l'école de Metz ont fait voir 
qu'aux très-petites charges, les vitesses communiquées aux projectiles, dans 
les armes ordinaires, sont inférieures à celles qui résulteraient de la loi citée, 
et que, d'une autre part, dans les canons, aux charges supérieures à £ du 
poids du projectile, une portion de la charge étant projetée sans être brûlée 

C. a., 1847, i" Semestre. (T. XXIV, N° 2. ) 4 



( a6) 
ou sans avoir produit son effet, les vitesses sont d'autant plus inférieures à 
celles que fournit celte loi, que les charges sont plus fortes. On a reconnu 
aussi que, pour des bouches a feu d'an.ejongnetir donnée, la vitesse initiale 
atteint promptement sa valeur maximum, et qu'un accroissement de charge 
au delà de ce terme produisait une diminution dans la vitesse. 

» Ainsi, dans ies houches à feu courtes , La loi de Hutton n'est vraie qu'en- 
tre des limites assez étroites. Cependant cette loi , que le physicien anglais 
n'avait entrevue que comme une relation approximative déduite des faits 
observés, est une conséquence du principe général des forces vives, ou de la 
transmission du travail. C'est ce que M. Poncelet a le premier démontré 
d'une manière très-simple, dès l'année 1829, dans la première édition de 
son introduction à Y Étude de lar Mécanique industrielle. Elle n'est même 
qu'un cas particulier delà loi plus générale, énoncée en ces termes, par le 
savant géomètre, savoir que : Les forces vives communiquées aux projec- 
tiles sont proportionnelles aux charges de poudre qui les produisent. 

>, fia démonstration de cette proposition suppose que le tir satisfait à 
deux conditions : la première, que la perte de gaz par la lumière et par le 
vent du projectile est nulle ou assez faibie pour être négligée, ou sans in- 
fluence notable; la seconde, que toute la charge est assez complètement 
brûlée dans l'intérieur de la bouche à feu pour produire son effet. 

» Or on conçoit facilement que pour les très-faibles charges , avec les di- 
mensions ordinaires données au vent et à la lumière, le volume de gaz qui 
s'échappe, et qui dépend essentiellement de ces dimensions , doit être, à pro- 
portion, heaueoup plus considérable que pour les grandes charges. D'une 
autre part, dans les canons dont la longueur est comprise entre seize lois et 
vingt-quatre fois le diamètre du projectile, les fortes charges n'ont pas le 
temps de brûler, et une portion notable de l'effet qu'elles pourraient pro- 
duire est perdue. Mais dans les fusils de calibre dont la longueur est de 
soixante à soixante-dix fois le diamètre du projectile, et à proportion beau- 
coup plus considérable que dans les armes précédentes, la loi doit être ob- 
servée dans des limites plus étendues et pour des charges plus fortes. 

» Il m'a paru qu'il serait utile de vérifier, pour ces armes longues, l'exac- 
titude de la loi simple qui nous occupe, et de confirmer, par l'expérience, 
les principes sur lesquels elle est fondée, en cherchant en même temps à 
reconnaître quelle pouvait être, dans les fusils, l'influence plus ou moins 
grande du vent. 

» .T'ai invité, à cet effet, M. le chef d'escadron d'artillerie Mallet à entre- 
prendre, avec le pendule balistique de la direction des poudres, une série 



( *7 ) 
d expériences sur les vitesses initiales communiquées aux balles de fusil, en 
faisant varier : i° les charges depuis i gramme jusqu'aux plus fortes dont 
1 appareil pourrait permettre l'usage; 2 le calibre des fusils selon les moyens 
dont on pouvait disposer; 3° le vent des projectiles. 

» Ces expériences, exécutées avec tout le soin désirable, ont fourni . pour 
six proportions du vent, les vitesses communiquées aux projectiles par des 
charges différentes. Connaissant donc, dans chaque cas, le poids et, par 
suite, la masse de la balle, la vitesse qui lui était communiquée, ainsi que la 
charge, il a été facile de comparer les forces vives aux charges qui les pro- 
duisaient. 

» Pour dégager les résultats de cette comparaison de l'influence des ano- 
malies que présentent toujours de semblables expériences, quelque soin que 
l'on y apporte, je les ai représentés graphiquement, en prenant les charges 
pour abscisses, et les forces vives pour ordonnées. Si la loi énoncée plus haut 
était vraie, tous les points ainsi déterminés devaient se trouver sur une 
même ligne droite, passant par l'origine des charges. 

» Tons les résultats des expériences et de la discussion que je viens d'in- 
diquer sont consignés dans le tableau suivant : 



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( »8) 



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( 2 9 ) 
» En examinant ce tableau, le premier tir exécuté avec un canon de fusil du 
calibre de 18 millimètres et une balle de i6 mm ,3 de diamètre, pesant a5s r ,8o, 
ayant par conséquent un vent de i mm ,7, montre que, pour les charges de 
7 grammes et au delà jusqu'à celle de 1 5 grammes, la plus forte que le pen- 
dule ait permis d'employer, les forces vives communiquées sont effective- 
ment proportionnelles aux charges; et la construction graphique donne , pour 
lier les forces vives aux charges, la formule 

mV 2 = 4 7 G , 

dans laquelle la masse du projectile est représentée par m, la vitesse initiale 
par V exprimée en mètres, et la charge par C exprimée en grammes. 

» Mais l'on voit aussi qu'au-dessous de la charge de 7 grammes, les forces 
vives communiquées sont d'autant plus inférieures à celles que donnerait 
cette loi , que les charges sont plus faibles. On reconnaît ici la grande in- 
fluence du vent considérable qu'avait le projectile. 

» Le deuxième tir exécuté avec le canon de fusil du calibre de i7 mm ,5 et 
une balle de i6 mm ,3 de diamètre, pesant 2D 3r ,8o et ayant un vent de i Dim ,-2. 
montre que, dans la charge de 6 grammes jusqu'à celle de i5 grammes, la 
loi se vérifie et fournit, entre les forces vives et les charges, la relation 

mV 2 = 5 7 C, 

mais qu'au-dessous de 6 grammes les forces vives sont inférieures à celles 
fournies par cette formule. Toutefois, l'écart est déjà moins grand que dans 
!e cas précédent, ce qui provient évidemment de la réduction du vent. 

» Quelques expériences faites avec de petites charges, et dont les résultats 
m'ont été communiqués par M. le colonel Piobert (1), ont donné des résultats 
qui s'accordent avec ceux des observations de M. le commandant Mallet. 

» Le troisième tir avec un canon de fusil du calibre de 18 millimètres et 
des balles de 17 millimètres, pesant 29 grammes, et ayant un vent de 1 mil- 
limètre, montre aussi qu'à partir des charges de 5 à 6 grammes environ, la 
loi se vérifie, et que la force vive serait donnée par la formule 

mV 2 = 60 C. 



(1 ; Ces expériences ont, en effet, fourni les résultats suivants : 



Chartres. 



Vitesses , 

Forces vives . , 



o,5o 

,5 
.4,34 



125 

39,82 



1 ,5o 

m 
l60 

65,25 



Les balles employées pesaient 25 grammes. 



2,00 

m 
190 

8 9î9 2 



2,5o 

m 
2l8 

J2I , 12 



3,00 

245" 

162,88 



Ç3o) 

Au-dessous de la charge de 5 à 6 grammes environ, la forée vive est in- 
férieure à celle que fournirait eette relation. 

» Le quatrième tir, exécuté avec un canon de fusil de ï'] mm ,B et une 
balle de 17 millimètres, du poids de 29 grammes, ayant un vent de o mm ,5 
seulement , montre qu'à partir de la charge de a grammes seulement jusqu'à 
celle de 1.2 grammes, la plus forte que le pendule ait permis d'employer 
dans ce cas, la loi représente tous les résultats de l'expérieuce, et que Les 
forces vives sont exprimées par la formula 

?? i V 2 = 8iC. 

On voit, par ce résultat, que les écarts entre la loi mathématique et 
l'expérience sont, comme on l'a dit, effectivement dus à l'influence du vent 
et de la lumière, puisqu'ils diminuent graduellement à mesure que le vent 
devient plus petit. 

» Le cinquième tir, exécuté avec un canon de fusil du calibre de I7 mm ,55 
et des balles de I7 mra ,4, du poids de 3 1^,30, ayant un vent de o mm ,i5, 
montre que, depuis la charge de i gr ,5 environ jusqu'à celle de 8 grammes, 
la plus forte que le pendule ait permis d'employer, la loi est vérifiée, et que 
la force vive communiquée est représentée par la formule 

wV 8 = 8 9 ,8C. 

» Enfin, le sixième tir relatif à un canon de fusil du calibre de i7 mm ,5o, 
avec des balles de 1 7 mm ,4 , du poids de3iS r ,3o, qui n'avaient qu'un vent 
deo mm ,io, a encore fourni une semblable vérification, et montré que la 
force vive communiquée à la balle peut se calculer par la formule 

» De l'ensemble de toutes ces expériences, l'on peut donc conclure : 

» i°. Que les forces vives communiquées aux projectiles sont propor- 
tionnelles aux charges de poudre qui les impriment, ainsi qu'on le déduit 
du principe général des forces vives ; . 

» 2 . Que pour les faibles charges-, les forces vives communiquées 
sjécartent d'autant moins de cette loi , que le vent est plus petit , et qu'elles 
doivent la suivre pour les armes à balle foreée ; 

» 3°. Que cette loi est vérifiée pour les fusils, par ces expériences, jus- 
qu'à des charges qui dépassent la moitié du poids dé la balle. 

» Si l'on réunit les formules pratiques déduites de chacun des tirs pré- 
cédents, ainsi que les données principales,. on peut en former le tableau 
suivant : 



(il ) 



MODELE 

canon. 



1842 
1816 
1842 
1816 

1816 



DIAMETRE 

du 
canon. 



18,00 
17, 5o 
18,00 
I7,5o 
17,55 
17, 5o 



D1AUETBE 

de 
la balle. 



16, 3o 
16, 3o 
17,00 
17,00 
17, /p 
I7,4o 



POIDS 

de 
la balle. 



VENT 

de 
la balle. 



6' 
25,80 

25,80 

29,00 

29,00 

3i ,3o 
3i ,3o 




FOKÎICI.E 

donnant la force vive 
imprimée au projectile 

en fonction 
de la charge en grammes. 



I .70 

J,20 

I ,00 
0,5o 
o, i5 

O, (O 



mV 1 = 47,0 C 

«V 1 = 57,0 c 

mV 2 = 60,0 C 
m\" = 8i,oC 
mV = 89,8 c 
m\' = 94,0 C 



» On voit, par la comparaison des coefficients des charges dans ces for- 
mules, avec la proportion du vent, combien est grande la perte d'effet pro- 
duite par l'échappement des gaz. 

>• Il suit de là qu'un forcement léger de la balle, qui annule simplement 
le vent, produit un accroissement très-considérable de vitesse. Gela prouve 
que, dans les armes rayées, la perte de vitesse de translation produite par le 
frottement et la rotation des balles doit être plus que compensée par l'effet 
de la suppression du vent. C'est ce que nous nous proposons de vérifier plus 
tard. 

» On en déduit aussi que l'emploi des armes à balle forcée , tirées avec 
des capsules, ou tout autre moyen par lequel la lumière est fermée ou sup- 
primée, contribue beaucoup à augmenter les effets, et explique comment 
telle matière explosive, telle que le papier azotique, qui en produit d'assez 
notables dans ces armes, n'en donne que de tout à fait nuls dans les armes 
ordinaires. 

» Comparaison des forces vives des balles aux volumes des impressions 
qu'elles produisent. — Dans les expériences au fusil-pendule, la balle frappe 
un bloc de plomb placé dans le récepteur et y forme une impression dont le 
volume dépend de la force vive du projectile. Déjà dans des expériences 
nombreuses, faites à Metz, nous avons constaté, M. Piobert et moi, que 
dans le tir des boulets de tous calibres dans la maçonnerie, dans la terre, 
dans le plomb, et même sur la fonte, le volume de l'impression est propor- 
tionnel à la force vive du projectile. 

» M. le commandant Mallet ayant mesuré, en le remplissant d'eau, le 



(3a ) 
?ide formé à chaque coup dans les expériences précédentes , il a été facile 
de vérifier de nouveau cette loi déduite aussi du principe des forces vives, 
Les résultats de ces mesures, ainsi que les forces vives correspondantes, sont 
réunis dans le tableau suivant pour les calibres de 18 millimètres et i 7 mra ,5: 

Comparaison des forces -vives des balles au volume des impressions qu'elles produisent dans le 

plomb. 



CHARGES. 



Calibre du fusil.... !8 mm ,o 

Diamètre de la balle. i6 mm ,3 

Poids de la balle... 2Ô§ r ,S 

Vent i mm ,7 



POUCES VIVES. 



VOLl'HES 

de 
l'impression. 



Calibre du fusil,... I7 mm ,5 
Diamètre de la balle. iS^s 
Poids de la balle.,. 25§ r ,8 
Vent i mnl ,2 



FORCES VIVES. 



VOLCMES 

de 
l'impression. 



Calibre du fusil.... i7 mm ,5 
Diamètrede la balle. i7 mm ,o| 
Poids de la balle... 2g3 r ,o 



FORCES VIVES. 



VOLUMES 

de 
l'impression. 




. En prenant dans ces trois séries d'expériences les forces vives des 
balles pour abscisses, et les volumes des impressions pour ordonnées, on 
reconnaît, malgré quelques irrégularités, que le lieu des points ainsi détej- 
miaés est une ligne droite passant par l'origine des abscisses, et inclinée de 
telle sorte qu'en nommant Q le volume de l'impression en centimètres cubes, 
et en conservant les notations précédentes, l'on a entre le volume de 11m- 



(33) 
pression produite dans le plomb et la force vive du projectile , la relation 

Q oc = o,o4mV 2 ; 

ce qui nous fournit une nouvelle vérification de la loi de la proportionnalité 
des volumes des impressions aux forces vives des projectiles qui les pro- 
duisent. » 

astronomie. — Eléments provisoires de la planète de M. Le Verrier, pour 
l'époque du 7 décembre 1846. (Lettre de M. Benj. Valz à M. de Gasparin.) 

« Le mouvement de la planète dont la découverte a été due si inopi- 
nément aux belles et ingénieuses recherches de M. Le Verrier, est telle- 
ment lent, qu'il pourra paraître prématuré d'en déterminer les éléments , 
sur un arc parcouru d'une fraction de degré seulement, et sur un aussi 
faible intervalle entre les observations; mais, du moins, l'intérêt qu'il y 
aura à comparer la théorie, obtenue d'une manière si remarquable, avec celle 
déduite des observations, servira d'excuse à la tentative faite pour les pre- 
miers éléments obtenus. La petitesse des latitudes observées, qui rejette 
dans les cas d'exceptions des méthodes les plus favorables, vient augmenter 
aussi la difficulté, et rendre plus délicate encore une pareille recherche. Le* 
méthodes de calcul se trouvent donc, dans ce cas-ci, en défaut, ou du 
moins on est obligé de recourir à quatre observations, ainsi que c'est néces- 
saire avec la méthode la plus complète et la plus rigoureuse que nous ayons, 
et qui joint à l'avantage d'approximations successives, une marche unique 
et identique dans les calculs; mais, on ne saurait en disconvenir, elle est 
assez laborieuse: il faut recourir à des Tables auxiliaires, dont la con- 
struction et l'emploi sont fort remarquables sans doute, mais dont il serait 
cependant avantageux de pouvoir se passer. D'ailleurs, l'emploi de quatre 
observations paraît présupposer qu'on peut compter sur les troisièmes dif- 
férences, ce que les erreurs ordinaires d'observations pourraient ne pas 
permettre. J'ai donc essayé d'abord de chercher une méthode qui pût réussir 
généralement, et fût aussi simple que possible, et je suis parvenu, en effet, 
à rendre les calculs plus courts et plus faciles que d'ordinaire. J'ai pu ob- 
tenir ainsi les éléments suivants, assez satisfaisants dans un cas d'exception qui 
présentait quelques difficultés. Je désignerai sous le nom de méthode différen- 
tielle, la marche que j'ai suivie dans mes calculs; elle est due eu effet à des 
formules de cette nature. On doit s'attendre, du reste, qu'avec un arc par- 
couru, qui n'est que d'une fraction de degré seulement, on ne puisse obtenir 

G. R., 1 84 7 , i" Semestre. (T. XXIV, H» 2.) 5 



( 34 ) 
une bien grande exactitude. Nous pensons cependant que le rayon vecteur 
et le paramètre ont pu être déterminés à un millième près; mais l'excen- 
tricité, à cause de sa petitesse et d'un arc parcouru si faible, pouvant 
présenter quelque incertitude, le grand axe ne serait exact qu'à un centième 
près, et la longitude du périhélie qu'à quelques degrés tout au plus. Pour 
pouvoir obtenir l'excentricité avec plus de sûreté, on se trouvera obligé 
d'attendre la prochaine opposition. Ces restrictions convenues, voici les élé- 
ments auxquels je suis parvenu par ma nouvelle méthode, mis en regard de 
ceux de M. Le Verrier, pour qu'on puisse mieux juger de leurs différences, 
de peu d'importance du reste, relativement à leur origine si diverse : 

Demi-grand axe 3o,020 d'après les observ. 36, 1 54 d'après M. Le Verrier. 

Révolution i65ans » 217 ans » 

Demi-paramètre 29.725 » 35-736 » 

Excentricité 0.100 » 0.107 ■» 

Dist. aaSoleil, 7déc... . 30.17 * 33, 06 1 janvier 1847. 

Long, moyenne, id. . . 3i5°58'27" * 3i8°47' là. 

Long. hél. vraie, id. .. 327. 24 -55 » 326.3a Id, 

Long, du périhélie 228.56. o » 284.4s 

Long, du nœud ascend.. i33. i.3g » i56° 

Inclinaison 2. 9. 5 » 6° 

» Comme, au sujet de la nouvelle planète, on a rappelé les astres ob- 
servés par MM. Cacciatore et Wartmann , je puis ajouter à ce qui a déjà été 
mentionné, que le premier de ces observateurs n'ayant pas précisé les épo- 
ques, ni assez spécifié les positions, j'en obtins des éclaircissements, d'après 
lesquels le sens du mouvement était changé. Dans la supposition d'une pla- 
nète circulaire, elle se trouverait être une nouvelle sœur des petites pla- 
nètes, différente d'Astrée, et dont la révolution serait de 3 ans, la distance 
au Soleil 2,12, l'inclinaison 3° 45', et le nœud ascendant 347° 1 5'. 

» Quant au second astre , en ayant obtenu les observations originales, j'ai 
essayé vainement toute espèce de trajectoire, et exécuté les calculs les plus 
prolixes , sans parvenir à en représenter le cours. Considéré comme planète . 
sa demi-rétrogradation de 86 jours, ne pourrait convenir qu'à une distance 
au moins huit fois plus grande que celle d'Dranus, tandis que, d'après son 
demi-arc de rétrogradation de 2°3ô', il devrait être au-dessous de la nouvelle 
planète. 

» Sans la moindre intention d'atténuer en rien le mérite de la belle décou- 
verte du nouvel astre, que j'apprécie aussi bien qu'il est possible, je crois 



( 35 ) 

pouvoir rappeler que j'avais pressenti, il y a onze ans, son existence, ainsi 
que cela est consigné dans les Comptes rendus de V Académie des Sciences, 
tome I er , page i3o, à l'occasion du retour de la comète de Halley, qui peut 
s'en trouver à une plus grande proximité encore qu'Uranus, et dont l'incli- 
naison en serait surtout affectée. Mais, comme il s'est glissé une faute d'im- 
pression dans le passage cité, je crois devoir reproduire les propres expres- 
sions de ma Lettre , en date du 14 septembre ï 835 , qui se trouve entre les 
mains de M. Arago. Après avoir remarqué que , pour expliquer le désaccord 
sur le passage au périhélie par la résistance d'un élher, il faudrait lui sup- 
poser un mouvement rétrograde, ce qui n'est guère admissible, je conti- 
nuais comme il suit : « Je préférerais recourir à une planète invisible, placée 
au delà d'Uranus; sa révolution, d'après la progression des distances, serait 
au moins triple de celle de la comète, de façon que de trois en trois appa- 
ritions, ses perturbations se reproduiraient à peu près de même, et le calcul 
des quatre ou cinq intervalles avérés pourrait les faire reconnaître. Ne serait- 
il pas admirable de parvenir ainsi à s'assurer de l'existence même d'un corps 
qu'on ne saurait apercevoir? Mais ces calculs, etc. » 

M. Arago a présenté, de la part de MM. James Watt et Muiriiead, un 
ouvrage intitulé : Correspondence ofthe late James TVatt, on the discoverj 
of the theorj of the composition of the water, wiih a letter froin his son. 
ediled with introductorj remarks and an appendice , hj James Patrick 
Muirhead, Esq, F. R. S. E. 

En rendant un compte verbal de ce bel ouvrage, M. Arago s'est attaché 
à montrer que la famille de l'illustre ingénieur ne pouvait pas tarder dIus 
longtemps à en réunir les matériaux et à les publier. Il a cité !a Lettre que 
M. James Watt, d'Aston-Hall, a adressée à l'éditeur et qui figure en tête 
du livre, comme un modèle de discussion. La dignité, le calme, !a modé- 
ration de l'écrivain, a dit M. Arago, n'enlèvent rien à la force irrésistible 
de ses arguments. Quant à la partie de l'ouvrage due à M. Muirlie.id et >i 
modestement appelée : Introductorj remarks, elle renverse de fond en 
comble, suivant l'opinion du Secrétaire perpétuel, l'échafaudage d'arguties 
élevé à grand'peine par le révérend Harcourt-Vernon et par ses prôneurs, 
Néanmoins, M. Arago estime qu'il lui reste encore un devoir à remplir eu- 
vers la mémoire de l'homme à jamais célèbre que l'Académie des Sciences 
compta parmi ses associés étrangers. Quelque petite que soit la place que 
MM. Watt 61s et Muirhead aient laissée à M. Arago, il en profitera pour 

5.. 



( 36 ) 
assurer, autant que cela dépendra de lui, le triomphe du bon droit et de 
la vérité, contre la préoccupation, l'aveuglement et l'erreur. 

M. Serres donne des nouvelles de la santé de M. Dutrochet. 

M. le Président annonce que le XXII e volume des Comptes rendus est en 
distribution au secrétariat. 

RAPPORTS. 

navigation. — Rapport sur un appareil proposé par M. le capitaine 
de corvette Léon dd Parc, ayant pour objet d'établir un curseur de 
direction sur la rose des vents du compas de route dont on fait usage 
à bord des bâtiments à vapeur. 

(Commissaires, MM. Beautemps-Beaupré, Duperrey rapporteur.) 

u Lorsque la mer est calme et parfaitement unie, les bâtiments à vapeur 
obéissent aux moindres actions du gouvernail et parviennent ainsi à tracer 
cm ligne régulièrement droite la route qu'ils ont à parcourir. Mais il n'en 
est pas de même du moment que la mer s'agite, que les lames se mani- 
festent ou que la houle devient puissante. Alors, les navires dont nous 
parlons ont sur les bâtiments à voiles l'inconvénient de s'élancer tantôt à 
droite, tantôt à gauche de la route initiale, décrivant des amplitudes plus 
au moins considérables, que le timonier, chargé de mouvoir le gouvernail, 
tempère le plus habilement qu'il peut, mais jamais d'une manière assez 
complète pour obtenir la fixité qui est le but de tous ses efforts. 

■■•. La position par rapport an centre de gravité du navire, soit des roues, 
soit de l'hélice, employés comme moyens de propulsion; l'inégalité dans les 
formes des deux sections longitudinales de la carène; l'inégale répartition 
de? poids, tant dans la construction que dans l'arrimage, de chaque côté du 
plan médian qui sépare ces sections; l'excessive longueur de la quille com- 
parativement à la largeur du maître -couple; la rapidité de la marche; 
enfin, l'état le plus ordinairement mobile de la surface de la mer, sont autant 
de causes qui, réunies ou isolées, nuisent à la rectitude de la route, en 
donnant aux bâtiments mus par la vapeur des allures toutes particulières. 

» Les amplitudes, ou, pour nous servir du terme employé par les 
marins, les embardées que ces bâtiments font sans cesse et alternativement , 
d'un côté à l'autre de la direction de la route prescrite, ont le grave incon- 
vénient, non-seuiement de tenir le gouvernail en action continue, ce qui 



( 3 7 ) 
nuit beaucoup à la célérité de la marche, mais encore de faire incessamment 
circuler en sens divers, devant la ligne de foi de la boussole, ou compas de 
route, des portions plus ou moins étendues de la rose des vents, ce qui 
absorbe toute l'attention du timonier qui gouverne, en le mettant dans la 
nécessité de chercher sans cesse, parmi toutes les directions figurées sur 
cette rose, celle qu'il voudrait ne jamais perdre de vue et dont il serait im- 
portant qu'il ne pût jamais s'écarter. 

» On parviendra peut-être un jour ci rendre les bâtiments à vapeur 
plus dociles aux actions du gouvernail; mais Ton peut du moins remédier, 
dès à présent, aux dangers de faire fausse route par suite d'erreurs involon- 
taires que le timonier pourrait facilement commettre au milieu des préoccu- 
pations dont il est accablé, lorsque les circonstances de la navigation de- 
viennent pénibles et difficiles. 

» On conçoit, en effet, que ce danger n'existerait pas si, parmi toutes 
les directions figurées sur la rose des vents, celle que l'on doit considérer a 
l'exclusion de toutes les autres était affectée d'un signe particulier , suffi- 
samment apparent pour qu'il ne soit jamais possible de faire confusion entre 
la vraie direction à suivre et toutes celles dont on n'a pas à s'occuper. 

» Tel a été le but que M. Léon du Parc s'est proposé d'atteindre. Cet 
officier, auquel la navigation par la vapeur doit plusieurs perfectionnements, 
a imaginé un appareil simple et ingénieux à l'aide duquel on parvient faci- 
lement, sans ouvrir la boussole, à déposer sur la rose des vents et dans la 
direction de celui des rayons qui répond à la route prescrite, une aiguille 
indicatrice, fixe, mais susceptible d'être changée de rayon toutes les fois 
qu'une nouvelle direction de route est ordonnée. 

« Cette aiguille , à laquelle on pourrait donner le nom de curseur, est en 
cuivre. Elle part du centre de la rose, où sa largeur est d'environ i centi- 
mètre, et se termine en pointe à la circonférence. Dans le prolongement 
inférieur de son axe de rotation, il existe un petit tourillon de forme conique, 
qui s'introduit dans une cavité de même forme , pratiquée dans la partie 
supérieure de la chape qui repose, comme on le sait, sur la pointe du pivot 
de la boussole. 

» Abandonnée à son propre poids dans la position qu'on lui destine, l'ai- 
guille en question adhère suffisamment à la rose des vents à ses deux extré- 
mités, par le fait du frottement et du tourillon conique dont nous venons 
de parler, pour être entraînée par elle sans dévier de sa position , quels que 
soient les chocs transmis à la boussole, à moins qu'ils ne soient très-violents: 
c est , du moins , ce dont nous avons pu nous assurer ici , car il reste encore 



(38 ) 
à examiner la question de savoir ce qui se passera à bord du navire, soit au 
milieu des salves d'artillerie, soit sur une mer très-agitée, alors que toute la 
carène éprouve des ébranlements multipliés et très-considérables. 

» Ouant à l'appareil à l'aide duquel M. Léon du Parc rend cette aiguille 
indicatrice indépendante de la rose des vents , ou change sa position lorsque 
les circonstances l'exigent; il nous a été plus facile d'en faire promptement 
usage que de le décrire. Néanmoins , voici à peu près en quoi il consiste : 

»' Une tige en cuivre, d'environ 3 centimètres de longueur, est placée 
verticalement au-dessus du centre de la rose, mais elle ne l'atteint pas. Elle 
traverse la glace qui recouvre la boussole, en passant dans un trou pratique 
pour cet effet et garni d'un tube en cuivre dans lequel on la tourne, descend et 
monte selon l'usage que l'on veut en faire. Cette tige est repoussée vers le haut, 
dans un parcours d'une étendue déterminée, au moyen d'un ressort qui dis- 
pense l'observateur d'avoir à s'occuper de ce dernier mouvement. Elle est 
terminée à sa partie supérieure par un bouton circulaire, et à sa partie in- 
férieure par une petite barre horizontale de a centimètres de longueur, et 
dont les bouts sont recourbés de manière à former deux petits crochets 

remontants. ~ 

, Il est facile actuellement de concevoir l'usage de cet appareil, hn erret, 
il suffit pour cela de savoir qu'il y a, sur la partie centrale de l'aiguille indi- 
catrice, deux petits crochets tournés, l'un par rapport à l'autre, en sens in- 
verse et placés de telle sorte que si, au moyen de la tige verticale, Ion 
pousse et dirige la petite barre horizontale qui adhère à son extrémité infé- 
rieure, de manière à l'engager dans les crochets dont il s'agit, et qu on aban- 
donne ensuite l'appareil , l'aiguille prise ainsi par ses crochets se trouve im- 
médiatement suspendue au-dessus de la rose des vents , dont elle ne dépendra 
plus qu'après avoir été dirigée et déposée de nouveau , toujours avec le même 
appareil , sur un autre rayon de cette rose. 

. il nous a semblé que l'on pouvait se dispenser d'arrêter le mouvement 
de la rose des vents pendant que dure cette dernière opération. Néanmoins 
l'auteur a prévu le cas où l'immobilité serait peut-être nécessaire. Il a établi 
ponr cet effet un levier articulé qui, agissant du dehors au dedans de la 
boussole, satisfait parfaitement à cette condition. 

. L'aiguille indicatrice a l'inconvénient d'éprouver de légers mouvements 
de trépidation lorsqu'elle est suspendue par ses crochets ; cela provient de ce 
que la barre horizontale qui la soutient est de forme cylindrique. Si cette 
barre était un prisme ayant une de ses arêtes tournée vers le haut, et si les 
crochets étaient construits de manière à se juxtaposer sur les faces de ce 



(3 9 ) 
prisme, les trépidations que nous avons remarquées n'auraient plus lien et 
l'aiguille n'en serait que plus facile à manœuvrer. 

» Nous avons examiné avec beaucoup de soin l'appareil ingénieux dont 
nous venons de rendre compte, et nous n'hésitons pas à dire que son usage 
mérite, en raison des services qu'il peut rendre, d'être pris en considération 
par les officiers chargés de la conduite des bâtiments à vapeur. 

» En conséquence, nous avons l'honneur de prier l'Académie des 
Sciences de bien vouloir remercier M. le capitaine Léon du Parc de la 
communication qu'il lui a faite et qui est l'objet de ce Rapport. « 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

météorologie. — Rapport sur une Note présentée à l'Académie; 
par M. Edouard Biot. 

(Commissaires, MM. Babinet, Arago rapporteur.) 

« L'Académie, sur les conclusions conformes d'une Commission, a décidé 
qu'un travail de M. Edouard Biot, concernant les étoiles filantes et les 
bolides observés à la Chine à des époques reculées, serait inséré dans le 
Recueil des Savants étrangers. L'auteur présente aujourd'hui une Note 
supplémentaire à ce premier travail. Les physiciens y trouveront une discus- 
sion nouvelle des anciennes observations. En faisant un usage très-intelligent 
des représentations graphiques, M. Biot rend sensible , pour les yeux les moins 
exercés, l'existence de deux maximums dans le nombre des apparitions du 
phénomène. L'un correspond à une époque comprise entre le 18 et le 27 
juillet, années juliennes; l'autre se trouve entre le 11 et le 20 octobre. A la 
simple inspection, il résulte également des figures que, du solstice d'hiver 
au solstice d'été, on voit beaucoup moins d'étoiles filantes et de bolides, 
qu'entre le solstice d'été et le solstice d'hiver. Dans cette seconde période, 
de 960 à 1275 après Jésus-Christ, le nombre total s'élève à 462, tandis 
que dans la première il n'est que de 1017. Ces résultats concordent, quant 
anx époques des maximums et des minimums, avec ce qu'on a trouvé en 
Allemagne, en discutant l'ensemble des observations modernes. La ressem- 
blance s'étend jusqu'au rapport numérique des deux nombres, si on prend 
pour terme de comparaison , les résultats consignés dans les précieux ta- 
bleaux que M. Coulvier-Gravier a déduits de ses propres recherches, et 
qui, grâce au zèle infatigable de cet observateur, acquièrent chaque année 
plus d'intérêt. 

» Peut-être faudra-t-il un jour rapporter les observations au périhélie et 



C4o) 

à l f aphélie, c'est-à-dire aux deux extrémités de l'axe de l'orbite terrestre; 
mais les données dont on dispose ne sont pas assez anciennes pour qu'il y ait 
présentement utilité, comme le remarque l'auteur du Mémoire, à entre- 
prendre ce travail. 

,. La Note de M. Edouard Biot est terminée par des considérations in- 
téressantes sur ce qu'on appelle les apparitions en masse des étoiles filantes, et 
sur la direction que ces météores affectent. En Chine, comme en Europe, ces 
apparitions ont quelquefois manqué pendant une longue suite d'années. 
Entre 960 et 127b, le sens le plus fréquent, dans la direction du météore, 
a été vers la partie du ciel comprise entre le sud-ouest et le sud-est. 

Conclusions. 

,, La Note de M. ÉdouarJ Biot offre une discussion ingénieuse d'obser- 
vations qui , jusqu'ici , étaient restées ensevelies dans les annales, de la 
Chine. Nous estimons qu'elle doit être insérée dans le Recueil des Savants 
étrangers, à la suite d'un premier travail qu'elle complète , et dont l'Académie 
a déjà ordonné l'impression. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

MÉMOIRES LUS. 

économie rurale. — Note sur le dommage causé, en 1846, aux récoltes 
d'olives, par le ver ou larve du Dacus oleœ; parM. F.-E. Gbérin-Ménevilie. 
(Extrait.) 

(Commissaires, MM. Dnméril, de Gasparin, Milne Edwards.) 
« Dans une courte Note, que nous avons eu l'honneur de lire à l'Académie 
des Sciences, le 3 août 1846, nous avons annoncé qu'il était possible de dé- 
truire les vers ou larves qui rongent le parenchyme des olives et sont cause 
de la perte des récoltes d'huile, en faisant la cueillette de ces fruits hâtive- 
ment, lorsque les vers sont encore tous dans le fruit, et en broyant im- 
médiatement ces olives, pour broyer en même temps les larves qu'elles ren- 
ferment 

., En arrivant dans le midi de la France, un mois après la publication de 
notre Note dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, et par 
suite dans les journaux, nous avons eu la satisfaction de voir que nos idées 
étaient approuvées par les praticiens. Dans l'arrondissement de Toulon, où 
nous avons séjourné assez longtemps pour propager cette manière de voir ? 



(4i ) 

beaucoup de propriétaires se sont hâtés de faire abattre leurs olives avant 
lepoque habituelle, et tous s'en sont applaudis quand ils ont vu qu'ils avaient 
obtenu encore assez d'huile, lorsque d'autres n'en retiraient presque plus 
quelques jours plus tard. 

» Voulant connaître, d'une manière certaine le rendement des olives 
attaquées par le ver, suivant qu'on les avait détritées plus tôt, nous avons 
visité un assez grand nombre de mouiins à huile, et, entre autres, le bel 
établissement de M. Senequier, près de Toulon. M. Senequier nous a assuré 
avoir remarqué que 16 doubles décalitres d'olives avaient donné, jusqu'au 
12 octobre, 33 à 34 litres d'une huile de médiocre qualité; mais que, passé 
cette époque, et jusqu'au 21 octobre, la même mesure ne donnait plus que i5 
à 16 litres de la plus mauvaise huile. Plus tard, le résultat était tellement 
minime et de si mauvaise qualité, qu'on avait renoncé à porter les olives au 
moulin. 

» H y a, certes, loin des meilleurs rendements obtenus en 1846 à ceux 
qu'on est habitué d'avoir pendant les bonnes années , quand le ver n'a pas 
envahi les olives, puisque, dans les bonnes récoltes, 16 doubles décalitres 
d'olives produisent, dit-on, de 5o à 80 litres d'excellente huile; mais il vaut 
encore mieux avoir les 33 à 34 litres d'huile qu'on obtient en faisant une 
récolte hâtive, pendant les mauvaises années, que de n'avoir rien, surtout 
quand ce procédé a encore l'avantage de faire périr tous les vers renfermés 
dans les olives, lesquels sont destinés à perpétuer cette race nuisible. « 

M. Guérin-Méneville, en déposant sur le bureau la Note dont nous ve- 
nons de donner l'extrait, y joint, comme pièce justificative, la copie d'une 
Lettre qui lui a été adressée, à l'occasion de ces recherches, par M. de Jessë 
Charleval. Cette Lettre est également renvoyée à l'examen de la Commis- 
sion indiquée ci-dessus. 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

mécanique appliquée. — Description et figure d'une attache de sûreté 
pour les voitures des chemins de fer; par M. de Bavay. 

(Commission des chemins de fer.) 

« C'est par la locomotive, bien plus souvent que par les autres voitures, dit 
l'auteur du Mémoire, que commence le déraillement des convois, tant parce 
qu'elle est la première à rencontrer les obstacles, que parce qu'elle est plus 
sujette à la rupture des essieux , surtout de l'essieu du devant. Dans plusieurs 

C. S.. 1847, i« Semestre. (T. XXIV , N° 2.) 6 



(4») 
circonstances où le déraillement s'était opéré de cette manière, il n'y a pas eu 
des conséquences aussi graves qu'on le pouvait craindre, grâce à la rupture 
de la chaîne qui unissait le tender au premier wagon. » Gomme on ne peut 
cependant compter sur un tel moyen de salut, M. de Bavay a cherché à ob- 
tenir, à coup sûr, le même résultat, et il pense y être parvenu au moyen du 
système d'attache qu'il soumet au jugement de l'Académie. « Il est arrivé quel- 
quefois , dit-il , que la locomotive venant à dérailler, par suite de la rencontre 
d'un obstacle placé sur la voie ; écartait complètement cet obstacle ; on conçoit 
qu'en pareil cas le reste du train, devenu indépendant, pourrait continuer sa 
route, épuiser la vitesse sans quitter les rails : à la vérité, si la cause de dé- 
raillement est permanente, comme cela arrivera le plus souvent, chacune 
des voitures à son tour sera jetée hors de la voie; mais l'accident n'en perdra 
pas moins beaucoup de sa gravité puisque le train, débarrassé de sa locomo- 
tive, sera bien plus sensible à l'action des freins. » 

chirurgie. — Supplément à une précédente Note sur des modifications 
récemment introduites dans l'opération de la cataracte; par M. Guépin. 

(Commission précédemment nommée.) 

M. Krdsell adresse, de Rexholm, en Finlande, un Mémoire ayant pour 
titre : Traitement électroly tique, ou le galvanisme comme remède chimique 
contre les maladies locales. 

(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Becquerel.) 

MM. DARPEvrxGNY etBiutGÈRE, à l'occasion de la Lettre adressée à l'Aca- 
démie par M. le Ministre de V Intérieur, concernant -un projet d'établisse- 
ment d'une caisse de retraite pour la classe ouvrière, envoient divers do- 
cuments relatifs à la condition des ouvriers employés dans les filatures de 
coton, et, en général , des hommes qui travaillent dans les manufactures. 
(Renvoi à la Commission nommée par suite de la Lettre de M. le Ministre de 

l'Intérieur.) 

CORRESPONDANCE. 

M. "le Ministre des Affaires étrangères transmet un opuscule lu au Con- 
près scientifique de Gênes, par M. S. Ferrari, et ayant pour titre : Ricerca 
sul numéro aritmetico. {Voir au Bulletin bibliographique.) 

M. Binet est invité à prendre connaissance de cet opuscule, et à en faire 
l'objet d'un Rapport verbal. 



(43 ) 

M. Arago fait l'analyse verbale d'un Mémoire de M. Henry, concernant 
les influences de toute nature que l'électricité atmosphérique a exercées 
sur les télégraphes électriques des États-Unis. 

optique . — Sur une modification du phénomène des houppes colorées de 
Haidinger. (Extrait d'une Lettre de M. Botzeivhart à M. Arago.) 

« L'intérêt que plusieurs membres de l'Académie ont pris à la belle dé- 
couverte de M. Haidinger, concernant les houppes colorées qu'on observe 
dans la lumière polarisée, m'encourage à vous communiquer une modifica- 
tion de ce phénomène dont j'ai fait la découverte; elle me semble le 
généraliser; elle contribuera peut-être à en faire trouver une explication 
complète. 

» J'exposerai d'abord la méthode d'observation , et je décrirai ensuite 
l'instrument dont je me sers : 

» Cet instrument est nommé par Haidinger loupe dichroscopique , et con- 
siste principalement en un rhomboèdre un peu allongé de chaux carbonatée 
d'Islande, obtenu par le clivage. La figure ci-jointe 




est la coupe principale, bd l'axe du rhomboèdre, et ab la diagonale d'un 
plan. Aux faces terminales ah et cd, est appliqué un prisme de verre for- 
mant un angle de 1 8 degrés environ , de manière que la coupe se change 
alors en 



WT~7 



U 



Une face terminale, l'antérieure, a un couvercle muni d'une petite ouver- 
ture carrée; sur la face postérieure se trouve une lentille un peu agrandis- 
sante. Par cet instrument, on voit deux images de l'ouverture carrée; elles se 
touchent si l'instrument a de justes dimensions. 

» Tient-on l'instrument de manière à ce que les deux images apparaissent 
l'une sur l'autre; regarde- t-on ainsi sur du papier blanc, et fixe-t-on pendant 
quelques moments, et exclusivement, tantôt l'une de ces images et tantôt 

6.. 



(44) 

l'autre; en alternant ainsi, on distinguera fort bien les bouppes de M. Hai- 

dinger. 

» Je passe maintenant à la nouvelle modification de ce phénomène. Si 
l'on pose entre l'œil et la loupe dichroscopique , une lamelle de quartz taillée 
en plaque , perpendiculairement à l'axe , et si l'on regarde comme je l'ai 
dit ci-devant, on verra : 

» i°. Une déviation de la direction des houppes, plus ou moins grande, 
à gauche ou à droite, suivant l'épaisseur de la lamelle, et selon que le quartz 
tourne le plan de polarisation à gauche ou à droite. On peut se convaincre 
de cette déviation, en ôtant subitement et alternativement la plaque de 
quartz et en la remettant. Si l'on prend deux lamelles de même épaisseur, 
mais l'une d'un quartz tournant à droite , et l'autre d'un quartz tournant à 
gauche, et que l'on pose toutes les deux entre l'œil et la loupe, les houppes 
conservent alors la même direction qu'elles avaient sans ces plaques. 

» a . Outre les houppes jaunes et violettes, on verra aussi, en se servant 
d'une plaque mince, des houppes rouges et vertes, de sorte qu'on peut voir 
ainsi à la fois des houppes de quatre couleurs différentes : les houppes d'une 
même couleur sont placées, dans les deux images de l'ouverture, perpendi- 
culairement l'une sur l'autre. Il y a des plaques qui ne montrent que des 
houppes rouges et vertes; il y en a qui ne montrent que des houppes jaunes 
et violettes, et d'autres enfin qui montrent quatre houppes : jaune, violette, 
rouge et verte : tout cela dépend de l'épaisseur de la plaque. 

» L'explication de ces phénomènes dépend, je crois, de la propriété 
que possède le quartz, de tourner le plan de polarisation de la lumière pola- 
risée rectilignement; et, comme l'angle de la déviation varie avec la couleur 
du rayon, il est clair que les rayons différemment colorés, en traversant une 
telle lamelle, en sortent polarisés en divers plans; et, comme nous pouvons les 
voir séparément , il faut attribuer à notre œil une nouvelle propriété incon- 
nue, je crois, jusqu'à présent, et qui consiste à sentir, pour ainsi dire, la 
direction des vibrations des molécules d'éther, propriété qui n'est pas moins 
intéressante pour la physique de l'œil, que celle de sentir la quantité relative 
des vibrations, ou, en d'autres termes, de sentir les couleurs. » 

ANATOMIE. — M. Botjbgery écrit à l'Académie des Sciences pour lui faire 
hommage , au nom de M. W. Frolik, Secrétaire perpétuel de l'Institut royal 
des Pays-Bas, d'un Mémoire de cet anatomiste, qui a pour objet l'existence 
du système nerveux des membranes séreuses. 

« M. W. Vrolik a profité de ce qu'un hyperoodon était venu échouer sur 



(45) 

les côtes de Hollande, pour vérifier sur cet animal colossal si réellement on 
peut reconnaître des nerfs dans le péritoine. En disséquant la lame de tissu 
cellulaire ( tela conjunctlva des Allemands), située sur la face externe du 
péritoine, il a observé tout cet entrecroisement de fibres en canevas décrit 
par M. Bourgery, et s'est assuré que ces fibres renferment des nerfs en très- 
grand nombre. Ces filets nerveux naissent, sur les parois abdominales et dans 
le mésentère, de branches assez fortes. « Là où les fibrilles nerveuses pro- 
» viennent de troncs différents , elles s'entrecroisent et s'anastomosent. Leur 
» nombre est très-grand. » 

» L'auteur ne conserve aucun doute sur la nature de ces nerfs , démontrée 
par leur origine et par l'observation microscopique de leurs fibres primi- 
tives, observations qu'il a faites en commun avec M. le docteur Doijer. Il 
ajoute qu'il a pu faire partager sa conviction aux savants, ses collègues, aux- 
quels il a monlré ses préparations, dans les séances de l'Institut royal des 
Pays-Bas des 3 et 3i octobre. » 

chimie. — Réponse de MM. Figuier et Poumakède à une réclamation de 
priorité adressée dans une précédente séance parM. Gerhardt. 

MM. Figuier et Poumarède ont présenté, il y a quelque temps, à l'Aca- 
démie, un Mémoire dans lequel ils établissent, entre autres résultats, l'iden- 
tité de nature entre le ligneux et la pectine. M. Gerbardt ayant déjà, dans 
son Précis de Chimie organique, déduit de quelques considérations théo- 
riques cette identité de constitution, a reproché aux deux chimistes sus- 
nommés, l'oubli qu'ils avaient fait de ses opinions à cet é.ward. 

M. Figuier, en l'absence de son collaborateur, répond aujourd'hui à 
M. Gerhardt que les faits relatifs à l'identité du ligneux et de la pectine ont 
été annoncés par M. Poumarède, il y a près de huit ans, ainsi qu'on peut 
s'en assurer en consultant une Note insérée page 660 des Comptes rendus 
de i83ç). Il ajoute que le compte rendu ne renferme d'ailleurs qu'un extrait 
trop court pour que l'historique de la question ait pu y être introduit , mais 
que les opinions de M. Gerhardt sur cette question se trouvent indiquées 
dans le Mémoire lui-même , qui sera prochainement publié. 

M. Dujardiiv réclame de nouveau la priorité d'invention pour son appa- 
reil magnéto-électrique, et déclare n'avoir trouvé, dans aucun des recueils 
scientifiques qu'il a pu consulter, la preuve que l'idée appartient à M. Page, 
comme l'a avancé M. Breguet. 

M. Arago, en réponse à cette nouvelle réclamation , présente la Note même 



(48) 
dans laquelle M. Ereguet renvoie aux Jnnals of Electricitj, Magnetism 
and Chemistry, année i83 9 , page 489 où se trouve la description de l'ap- 
pareil de M. Page. 

M. Chabert prie l'Académie de regarder comme non avenue la Note qu'il 
lui a adressée en commun avec M. Desplaces, sur les oscillations d'un corps 
métallique suspendu par un fil au-dessus dune autre masse de métal. 

M. Lerhier écrit qu'il s'occupe, dès l'année 1827, d'expériences sur le 
même sujet; qu'il en avait fait l'objet d'une Note adressée à l'Académie sous 
pli cacheté, et que, Tannée suivante, il fit connaître ses résultats dans un 
Mémoire adressé à l'Académie de Médecine. A la Lettre de M. Lermier est 
joint un extrait du journal l'Hermès (numéro d'avril 1828), dans lequel se 
trouve un compte rendu de quelques-unes de ces expériences. 

M. Baudelocque prie l'Académie de vouloir bien laire constater l'état d'une 
idiote sourde-muette, âgée de neuf ans, qu'il a soumise à un traitement mé- 
dico-chirurgical. _ 

M. Rayer est invité à prendre connaissance de l'état de cette jeune tille et 

du mode de traitement auquel elle est soumise. 

M. Deleau annonce qu'il est parvenu à pulvériser et à tamiser les calculs 
dans la vessie, de manière à n'avoir que des fragments d'un volume propor- 
tionné à la largeur de l'issue. Il prie l'Académie de vouloir bien charger une 
Commission de constater ce résultat de ses recherches. 
(Renvoi à la Commission précédemment nommée pour d'autres communi- 
cations du même auteur relatives à la lithotritie.) 

MM. les Secrétaires généraux du Congrès scientifique de France pour 
l'année 1 847 annoncent que le congrès se réunira cette année à Tours, et que 
la session s'ouvrira le i er septembre. 

MM. Reuter et Vankercknoff adressent les résultats numériques d'une 
analyse qu'ils ont faite du coton fulminant par une méthode qu'ils disent 
nouvelle, mais qu'ils ne font pas connaître. 

M. Ar^go annonce qu'il a reçu de M. Blanqcart-Évrard la description du 
procédé au moyen duquel ont été obtenues les images photographiques sur 
papier, mises sous les yeux de l'Académie: la Note est sous pli cacheté, et 
l'auteur demande que le paquet ne soit ouvert que si le procédé doit être 



(47 ) 
publié dans les Comptes rendus. L 'Académie ne pouvant prendre une déci- 
sion sur une Note qu'elle ne connaît pas encore , le paquet sera conservé à 
titre de dépôt jusqu'à ce que l'auteur ait fait connaître son intention. 

M. Chevreul fait, au nom de M. Abel Niepce, le dépôt d'un second pa- 
quet cacheté, et annonce que les recherches auxquelles se rapportent ces 
deux dépôts sont assez avancées, pour qu'on doive s'attendre que les résul- 
tats pourront être prochainement rendus publics. 

L'Académie accepte le dépôt de quatre autres paquets cachetés adressés 
par M. Dupuis-Delcocrt , par M. Faure, par M. Matthiessen et par 
M. Roche. 

A 4 heures et demie, l'Académie se forme en comité secret. 

COMITÉ SECRET. 

L'Académie ayant, dans le comité secret de la précédente séance, décidé 
qu'il y avait lieu de nommer à la place vacante dans la Section d'Astro- 
nomie, par suite du décès de M. Damoiseau, la Section présente la liste 
suivante de candidats : 

i°. M. Faye; 

2°. M. Delaunay. 

Les titres de ces candidats sont discutés. L'élection aura lieu dans la pro- 
chaine séance. MM. les membres en seront prévenus par lettres à domicile. 

La séance est levée à 5 heures. A. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

L'Académie a reçu, dans cette séance, les ouvrages dont voici les titres: 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences, 
tome XXII, I er semestre f846; in-4°- 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences , 
tome XXIV, I er semestre 1847, n ° '"' i n- 4°- 

Connaissance des Temps ou des Mouvements célestes, à l'usage des Astronomes 
et des Navigateurs , pour l'an 1849, publié par le Bureau des Longitudes. (Avec 
Additions. — Recherches sur les mouvements de la planète Herschel dite Uramis ; 
par M. U.-J. Le Verrier.) Paris, 1846; i»S°. 



( 48) 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arls, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. DiDOT, sous la direction de 
M. L. Rejsieh; 5o e et 5i e livraisons; in-8°. 

Rapport annuel sur les Progrès de la Chimie, présenté le 3i mars 1846 à 
l'Académie royale des Sciences de Stockholm; par M. Beezelius; traduit du 
suédois par M. Plantamour; 7 e année. Paris, 1847; io-8°. 

Restauration de la Prospérité industrielle du filage et du tissage des cotons, et 
Améliorwtioîis de la condition des ouvriers de filahires; par MM. Darpentigey 
et Brigère. Rouen, i845; brochure in-8°. 

Annales de Thérapeutique médicale et chirurgicale et de Toxicologie; par 
M. Rognetta; janvier 1847 ; in-8°. 

Journal des Connaissances médico-chirurgicales; janvier 1847 ; in-8°. 

Journal de Pharmacie et de Chimie; 3 e série, 6 e année, tome Xï; janvier 

1847, in-8°. 

Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie; n° I er , jan- 
vier 1847; in- 8°. 

Annales scientifiques, littéraires et industrielles de V Auvergne; tome XIX, 
septembre et octobre 1 846 ; in-8°. 

Recueil de la Société Polytechnique; novembre 1846; m-8°. 

Bulletin de la Société d'émulation du département de l'Allier (Sciences, Arts 
et Belles-Lettres); août 1846; in-8°. 

De l'Asthme.— Recherches médicales sur la nature, les causes et les traitements 
de cette maladie; par M. A. Lefèvre; in-8°. 

Mémoires présentés à l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, 
par divers savants, et las dans ses assemblées; tome V, livraisons 1 à 6; et 
tome VI, i re livraison; in-4°- 

Bulletin de la Classe physico-mathématique de l'Académie impériale des 
Sciences de Saint-Pétersbourg; tome V; n os 1 à 20; in-4°. 

Ricerca. . . Recherches sur le nombre arithmétique (arithmétique duodéci- 
male) ; par M. S. Ferrari , lues à la réunion des Savants italiens à Gênes, en sep- 
tembre 1846. Alexandrie, 1846; in-8°. 

Aanteekeningen. . . Découverte des nerfs du péritoine chez l' Hyperoodon ; 
par M. Vrolik ; brochure in-8°. 

Gazette médicale de Paris; 17 e année, n° 2; in-4°. 

Gazette des Hôpitaux; n os 1 à 3; in-folio. 

L Union agricole; n° i33. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 18 JANVIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 
M. Segdier dépose un paquei cacheté. 

M. Ghasles fait hommage à I Académie d'un exemplaire du Discours d'in- 
troduction au Cours de Géométrie supérieure, qui a fait le sujet de sa pre- 
mière leçon à la Faculté des Sciences, le 22 décembre dernier. 

RAPPORTS. 

hydrographie. — Rapport sur un travail de M, Relier, ingénieur hydro- 
graphe de la Marine , intitulé : Essai sur les courants de marée et sur 
les ondes liquides. 

(Commissaires, MM. Arago, Pouillet, Duperrey rapporteur.) 

« Ce travail, que l'Académie nous a chargés d'examiner, se compose de 
deux forts volumes divisés en treize sections ou Mémoires distincts. Chacun 
de ces Mémoires mériterait d'être l'objet d'un Rapport particulier, par le 
grand nombre de questions importantes qui y sont traitées. Un seul Rapport 
sur l'ensemble d'un travail d'aussi longue haJeine ne peut donc donner 
qu'une idée générale de son utilité théorique et pratique. 

C. R. . 1847 , 1" Semestre. (T. XXIV , N° 3.) 7 



( 5o ) 
» La prédiction exacte des courants de marée, et l'étude "du régime de la 
mer sur nos côtes, forment l'objet principal des recherches de M. Keller; 
mais les conséquences de ses principes théoriques et leur application aux 
faits observés dans toutes les mers du globe, donnent une portée beau- 
coup plus étendue à son travail. 

., L'onde marée renferme, comme on le sait, deux courants opposés 
appelés flot et jusant, séparés dans leur mouvement successif par la molle 
eau ou la mer étale. A la fin du flot commence l'étalé de haute mer, et à 
la fin du jusant l'étalé de basse mer. La position de l'instant milieu de ces 
étales, par rapport à la forme de l'onde, varie avec la distance au rivage : 
à la côte, l'étalé de haute mer coïncide avec la haute mer; mais, en avan- 
çant vers'le large, l'étalé de haute mer retarde progressivement, et ce re- 
tard peut excéder trois heures. 

» La prédiction des courants de marée repose sur la connaissance du 
retard de l'étalé de haute mer sur la haute mer aux divers points d'une lo- 
calité maritime. En ajoutant ce retard à l'instant de la haute mer d'un jour 
donné, on obtient pour ce jour l'instant correspondant de l'étalé, et l'on 
sait alors que le courant de flot est compris dans les six heures qui pré- 
cèdent, et le courant de jusant dans les six heures qui suivent cet instant. 
On a donc été conduit, pour prédire les courants de marée, à déterminer 
en divers points le retard de l'étalé de haute mer sur la haute mer; et c'est 
précisément ce que l'on faisait déjà au XVI e siècle, ainsi que l'attestent un 
grand nombre d'observations extraites par M. Keller des routiers hollandais 
et espagnols de cette époque. 

» Cette méthode serait rigoureuse si le retard de l'étalé observé à une 
marée était constant et se reproduisait toujours le même à toutes les ma- 
rées; mais il n'en est point ainsi, et nous verrons plus loin que ce retard est 
soumis à des variations dont il est essentiel de connaître la loi. Or, bien 
que l'existence de ces variations ait été signalée dès la fin du xvi e siècle pat- 
don Francisco de Seixas, qui a constaté pour l'étalé de haute mer sur la 
côte de Flandre un retard moindre de 45 minutes aux syzygies qu'aux 
quadratures, et que les Instructions nautiques, publiées récemment par le 
Dépôt général des cartes de la Marine, fournissent une tradition analogue 
sur les variations des courants dans la baie de la Seine, on s'est gravement 
mépris sur la loi et le sens de ces variations en les faisant ainsi dépendre 
des phases de la lune, et en les supposant toujours de même signe dans les 
mêmes phases. Cela est d'autant plus regrettable, que Daniel Bernoulli, 
dès 1740, en avait révélé la cause vraie dans la marée diurne qui est pro- 



( 5r ) 

portionnelle à la déclinaison de la lune. Cette déclinaison étant grande aux 
syzygies et faible aux quadratures dans les trois mois qui comprennent le 
solstice d'été, époque probable des observations existantes, l'on comprend 
qu'on ait pu attribuer aux syzygies l'influence des grandes déclinaisons, et 
aux quadratures celle des faibles : les phases de la lune jouent d'ailleurs un 
rôle si important à l'égard de la grandeur des marées, que l'on a été con- 
duit, tout naturellement, à leur attribuer aussi les variations du retard des 
étales ou de la durée des courants, alors que des observations nombreuses, 
faites sans doute dans la belle saison, semblaient indiquer cette corrélation. 
Mais si cette méprise est excusable, elle n'en conduit pas moins à de p raves 
erreurs. 

» En effet, l'onde diurne embrassant deux ondes semi-diurnes, surélève 
celle qui est située dans son flot, et surbaisse celle qui est située dans son 
jusant. Son flot prolonge le flot de la marée surélevée, et son jusant raccourcit 
le flot de la marée surbaissée qui précède ou qui suit; si donc la variation 
est additive le jour, elle est soustractive la nuit, et réciproquement. 

» Sans l'onde diurne les courants seraient égaux en durée dans toutes les 
marées, et les retards des étales ne subiraient aucune variation; mais l'onde 
diurne n'est nulle qu'un jour sur quinze: il y a donc quatorze à parier contre 
un que les observations dont on a cru pouvoir déduire les faits qui précèdent, 
se rapportent à des marées surbaissées ou surélevées, dont les étales de haute 
mer étaient en avance ou en retard. Or, telle étale observée de jour dans 
une marée surbaissée, pouvant être en avance sur l'instant de l'étalé moyenne 
d'environ 45 minutes, d'après les observations de don Francisco de Seixas, 
et la variation de nuit étant de signe contraire, on commettrait une erreur 
de i h 3o m en appliquant cette observation à la prédiction de l'étalé de la 
marée surélevée de nuit. D'un autre côté, comme la période semi-annuelle 
de la marée diurne amène de jour, en hiver, les marées surélevées qui ont 
lieu de nuit, en été, la même observation conduirait à la même erreur dans 
la prédiction des courants de jour des six mois d'hiver. Bien plus, si l'on 
appliquait à cette même observation la correction indiquée par la prétendue 
loi fondée sur les phases de la lune, on compterait aux syzygies sur un re- 
tard plus faible d'environ 45 minutes que celui fourni par l'observation, et 
il eu résulterait qu'an lieu d'une erreur de i h 3o m , l'observation corrigée 
conduirait à une erreur de a h i5 m sur les marées de nuit, en été, et sur les 
marées de jour, en hiver. 

» De pareilles erreurs étaient excusables au xvi e siècle; mais aujourd'hui 
que leur existence est dévoilée, il n'est plus permis, en présence des dé- 

7- 



( 5a) 
sastres qui ont si souvent lieu sur nos côtes, de négliger le moyen d'en pré- 
venir les funestes conséquences. Ce moyen , M. Relier l'a cherché dans les 
indications de la théorie et de l'expérience, et ses investigations l'ont conduit 
à prescrire le système d'observations, de jour et de nuit, le plus propre a 
déterminer les relards moyens des étales et leur équation, ou la correction 
additive ou soustractive à l'aide de laquelle on transformerait ces retards 
moyens en retards vrais, pour une marée donnée, comme on transforme le 
temps moyen en temps vrai à l'aide de l'équation du temps. 

» Les retards moyens des étales diminueraient déjà à eux seuls de moitié 
les erreurs auxquelles conduisent les observations existantes, et pourraient, 
à la rigueur, suffire aux caboteurs s'ils les trouvaient inscrits dans les cartes 
hydrographiques; mais la science est plus exigeante, et de nouvelles obser- 
vations devraient encore déterminer toutes les particularités du mouvement 
horizontal, correspondantes aux perturbations récemment découvertes dans 
le mouvement vertical , lesquelles sont dues à l'interférence des marées sous- 
multiples de la marée semi-diurne. 

» Le mode d'interférence de ces ondes est constant dans chaque localité , 
mais il change d'un lieu à l'autre. De là résulte que les ondes sous-multiples 
concourent à caractériser, en chaque lieu, la partie fixe du régime des cou- 
rants, comme les ondes diurnes et tiers-diurnes concourent à y caractériser 
la loi des variations de ce régime. Si l'on remarque combien il existe encore 
d'incertitude sur l'établissement relatif de toutes ces ondes au rivage, on aura 
une idée de la précision qu'exigeront des observations de courants pour en 
déduire ces données au large des côtes. Pour satisfaire à cette condition 
d'exactitude, M. Relier a imaginé un sillographe qui, étant soumis à l'im- 
pulsion des courants , en transcrit les phases diverses en courbes, dont les 
abscisses répondent au temps, et les ordonnées aux vitesses, et dont on peut 
ainsi facilement étudier la loi après que l'observation est terminée. 

» Selon M. Relier et ses propres expériences, le mouvement alternatif des 
courants de flot et de jusant, résultant de la propagation de l'onde liquide, 
constituerait une orbite verticale, laquelle présenterait, aux extrémités de 
son axe horizontal, des vitesses ascendantes et descendantes. Cette particu- 
larité subsisterait malgré l'interférence des ondes, et serait propre à déter- 
miner leur position relative. Pour faciliter cette détermination , M. Relier a 
imaginé les instruments suivants : i° une flèche d'inclinaison, suspendue, 
par son centre de gravité, à un flotteur en dérive, pour constater l'existence 
des vitesses ascendantes et descendantes ; i° un hjdrodjnamomètre, pour 
mesurer, dans la profondeur, à la fois l'azimut, l'inclinaison et aussi la vitesse 



( 53) 

vraie des courants, dont les instruments actuellement en usage ne font con- 
naître que la composante horizontale. 

» Dix années environ d'observations suffiraient, d'après M. Relier, pour 
acquérir ces résultats sur toute l'étendue de nos côtes. Alors la prédiction des 
courants de marée serait assurée avec une grande exactitude , et ce serait là 
un complément indispensable du grand et beau travail exécuté par les ingé- 
nieurs hydrographes de la Marine, sous l'habile direction de notre savant 
confrère M. Beautemps-Beaupré; car, après la détermination rigoureuse des 
formes du littoral et des accidents du fond de la mer, rien ne serait sans 
doute plus digne de l'intérêt des navigateurs que la connaissance exacte 
des mouvements périodiques et variables que la mer exécute dans sois 
bassin. 

» Ce qui précède fait connaître le but et les moyens pratiques du travail 
de M. Relier. Nous aurions maintenant à examiner ses recherches théorique.-., 
qui embrassent toutes les questions où les ondes liquides jouent un rôle quel- 
conque, soit comme cause, soit comme effet; m;iis l'étendue de ce Rapport 
> nous met, à regret, dans l'obligation de nous restreindre aux explications 
théoriques des phénomènes dont nous venons d'entretenir l'Académie : tels 
sont la génération des courants de flot et de jusant dans l'onde marée et dans 
toute onde qui se propage; la position des étales de ces courants par rapport 
à la forme de l'onde; enfin, les retards croissants de ces étales en allant de 
la côte au large. Cependant nous ne donnerions qu'une idée imparfaite de 
ce grand travail , si nous passions sous silence toutes les autres questions dont 
l'auteur s'est occupé; aussi nous nous réservons de présenter au moins une 
indication sommaire de celles qui nous ont paru les plus importantes comme 
se rattachant à la physique du globe. 

» Pour expliquer la génération des courants de flot et de jusant , M. Relier 
suppose, de prime abord, une onde se propageant librement, et il constate 
des vitesses ascendantes dans la moitié antérieure comprise entre le sommet 
et le creux qui le précède, et des vitesses descendantes dans l'autre moitié 
comprise entre le sommet et le creux suivant. Ces vitesses, nulles au creux 
et au sommet, atteignent leur maximum sur le niveau moyen à égale dis- 
tance de ces deux points. Comme la pesanteur est la seule force actuellement 
agissante sur les molécules, il en conclut que les vitesses descendantes sont 
la cause des vitesses ascendantes, et il cherche à déterminer le lien hori- 
zontal qui relie ces deux mouvements verticaux inverses. Pour cela il con- 
sidère une section par un plan vertical perpendiculaire à l'onde dans la- 
quelle les pressions latérales se font équilibre. Les vitesses descendantes y 



( 54 ) 
déploieront un volume d'eau vers le fond ; et comme le fond est impénétrable 
et l'eau incompressible, au moins sensiblement, ce volume, qui ne peut se 
faire jour par le côté à cause des pressions latérales, sera forcé de se dé- 
verser, moitié en avant, moitié en arrière: de là deux courants opposés, 
l'un appelé le flot dirigé dans le sens de la propagation; l'autre le jusant di- 
rigé en sens contraire. La verticale de la plus grande vitesse descendante, 
eu égard au sens de la propagation, est située en arrière du conraut de flot 
et en avant du courant de jusant; dans l'onde marée, son passage devant un 
point fixe y marque l'étalé de haute mer. Les vitesses descendantes de l'onde 
conlipuë à la première engendrent également un courant de flot et un cou- 
rant de jusant. Entre les deux verticales des vitesses descendantes maxima, 
il y aura donc un flot et un jusant. Ces deux courants inverses ne pouvant 
se pénétrer et ne trouvant aucune issue par le fond, ni par le côté, s'inflé- 
chiront mutuellement à leur rencontre et prendront une direction verticale 
dirigée vers le haut dans l'espace compris entre les vitesses descendantes des 
deux ondes contiguës. Là sera située 1 étale de basse mer qui , dans l'onde 
marée, sépare la fin du jusant du commencement du flot. 

» Ces courants de flot et de jusant concourent à la propagation de l'onde 
et cessent avec son mouvement de progression : ainsi ils s'affaiblissent gra- 
duellement en allant du large à la côte; mais au rivage, des courants litto- 
raux sont engendrés par la dénivellation de l'onde et par la poussée des 
sections du large. La résistance du rivage ne pouvant s'exercer au-dessus du 
niveau occupé par l'eau , il y a apport d'eau tant que le niveau est plus élevé 
au large, et retrait à partir du moment où l'accumulation au rivage l'em- 
porte sur la poussée du large. M. Keller désigne ces courants littoraux 
opposés, sous les noms de montant et de perdant. 

» Ces courants sont nuls au large, parce que les pressions latérales des 
sections contiguës se faisant équilibre , la poussée vers le rivage y est nulle ; 
mais à mesure qu'on avance vers la côte, les pressions du large l'emportent 
de plus en plus, et avec elles les courants littoraux qu'elles produisent. Le 
courant de montant dure depuis la basse mer jusqu'à la haute mer, et le 
courant de perdant, depuis la haute mer jusqu'à la basse mer. A la côte ces 
deux courants subsistent seuls parce que les courants de propagation y sont 
nuls; au large, au contraire, ces derniers subsistent seuls, parce que les 
premiers y sont nuls. Dans toute la zone intermédiaire, ces courants interfè- 
rent et M. Keller déduit de cette interférence les retards croissants des 
étales des courants de haute mer sur la haute mer, retards dont la variabilité 
selon la distance à la côte n'avait pas encore été expliquée. 



( 55) 
» Les deux courants opposés de flot et de jusant concourant à la propa- 
gation de l'onde, quoique égaux en durée par rapport à un point fixe, sont 
réellement inégaux dans leur parcours, parce que le flot allant dans le sens 
de la propagation entraîne les molécules vers une région où l'onde arrive 
plus tard et où le flot cesse plus tard, tandis que le jusant les entraîne vers 
une région où l'onde arrive plus tôt et où le jusant cesse plus tôt. Cet excès 
du parcours du flot sur le jusant, ou le gain de flot dans l'onde marée, joue- 
rait, selon M. Keller, un rôle important dans la production de la plupart des 
courants généraux; hypothèse à laquelle nous ne croyons pas devoir nous 
arrêter, quant à présent, vu l'extrême réserve qui nous est imposée par cette 
partie encore si peu avancée de la physique générale. 

» Dans les ondes dues au vent, les gains de flot présentent un ordre de 
faits non moins remarquables : ainsi, au lieu de l'estime conjecturale de la 
dérive produite par l'impulsion des lames sur les navires, l'évaluation des 
gains de flot donnerait la dérive exacte à la surface de la mer et à la profon- 
deur de la quille, selon la hauteur de l'onde et le brassiage, et l'on pourrait 
ainsi former une table des dérives pour tous les tirants d'eau des bâtiments. 
» D'après les calculs de M. Relier, cette dérive suit une progression ra- 
pide à mesure que la profondeur de l'eau diminue et que la hauteur de l'onde 
augmente. Quand cette hauteur est double de la profondeur, la vitesse du 
flot égale celle de la propagation, et le mouvement de translation de l'onde 
n'est plus simplement apparent comme au large; mais cette onde se trans- 
porte réellement de toute pièce, entraîne tout ce qu'elle trouve sur son pas- 
sage et choque avec une énergique puissance tous les obstacles situés sur 
sa route. 

» Cette force de translation est mise à profit par les pécheurs, sur cer- 
taines côtes, pour échouer leurs barques à terre. L'un de nous a souvent eu 
l'occasion, notamment dans l'archipel des îles Sandwich, de franchir avec 
rapidité des espaces considérables en se faisant transporter à terre dans une 
embarcation sans autre moteur que la lame. Le fait d'une profondeur double 
de la hauteur de l'onde a lieu d'autant plus au large, que la hauteur de 
l'onde est plus grande. Sur toute la côte de Coromandel, ainsi qu'à l'île de 
Bourbon et dans beaucoup d'autres parages, il produit ces barres, que l'on 
désigne aussi sous le nom de raz-de-marée, et qui jetteraient infailliblement 
les navires à la côte s'ils étaient mouillés entre elles et le rivage. 

» La force vive de ces ondes est telle, qu'elles arrachent et entraînent à 
terre toutes les parties mobiles du fond : c'est ainsi que, dans une seule nuit, 
l'excavation creusée à grands frais pour faire un port à Saint-Gilles, dans 



( 56 ) 

îlle Bourbon, a été comblée par des milliers de mètres cubes de sable 
apportés par un raz-de-marée. 

« Sur les rivages en pentes douces, la circonstance d'une profondeur du 
fond égale au double de la hauteur des ondes, arrive infailliblement ; aussi 
est-ce là que la puissance de transport des ondes et les accumulations de 
gains de flot exercent le plus de ravages, ce qui explique l'inutilité des tenta- 
tives faites jusqu'à ce jour pour construire un port à Saint-Denis dans la 
même île, et comment la corvette ÏUranie, deux ans après son naufrage aux 
îles Malouines, a pu être portée sur le rivage à une distance considérable 
du point de la côte où elle avait été échouée. Les désastres fréquents sur nos 
côtes de sables et de galets; ceux si célèbres de Saint-Jean-de-Luz , de Cher- 
bourg, de Plymouth , de Portsmouth , présentent des particularités analogues 
que l'on retrouve également dans les effets produits à l'entrée et dans l'inté- 
rieur des fleuves par un phénomène de marée, désigné selon les lieux , par le 
nom de Bore, de Paroroca et de Macrée ou Mascaret. 

.. Les ondes liquides produites par le vent jouent un trop grand rôle dans 
le travail de M. Relier, pour qu'il n'ait pas cherché à en expliquer la géné- 
ration. Selon lui, le vent se composerait d'ondes atmosphériques, dont les 
condensations et les dilatations se traduiraient en pressions et non-pressions 
•sur la surface de l'eau , et y dessineraient les ondes liquides. L'air étant un 
corps élastique , l'action d'un courant liquide sur ce corps serait analogue à 
celle d'un archet sur une corde ou une lame élastique, et y déterminerait des 
vibrations muettes formées de condensations et de dilatations alternatives. 
Et, de même qu'une corde tendue vibre aussi quand on la frotte sur un 
archet fixe, de même l'élasticité de l'air serait encore en jeu, et produirait 
des ondes muettes , lorsque l'air se déplace sur la surface relativement fixe 
des eaux. Dans ce système, dit M. Relier, les grandes ondes préexisteraient, 
comme les petites, dans l'atmosphère, et les apparitions tardives sur la sur- 
face des eaux proviendraient du nombre d'impulsions nécessaires pour faire 
acquérir aux ondes liquides une certaine amplitude d'oscillation. A ce point 
de vue, M. Relier pense que le mascaret pourrait résulter de la rencontre 
des deux masses d'air entraînées par les deux courants opposés, l'un , de la 
niarée ; montante , et l'autre , de la dérivation des eaux du fleuve dans lequel 
on observe ce phénomène. Mais cette opinion ne paraît pas, jusqu'à pré- 
sent , justifiée par la nature des données sur lesquelles elle repose. 

». M. Relier traite aussi des moussons, des vents alizés, variables et géné- 
raux, et il indique les prescriptions à suivre pour éviter les dangereux effets, 
tant du mouvement giratoire que du mouvement de translation des tor- 



(57) 
nados, des typhons et des ouragans. Enfin, il termine ses nombreuses re- 
cherches par des considérations très-étendues relatives à l'action des vagues, 
des ondes et des courants sur le fond de la mer. Mais, pour ne pas abuser 
plus longtemps des moments de l'Académie, nous nous bornerons à dire 
que ces dernières considérations renferment des enseignements utiles sur le 
régime des atterrissements et sur les conséquences qui en résultent pour les 
constructions hydrauliques; sur la stabilité de ces constructions et les modi- 
fications qu'elles peuvent elles-mêmes apporter au régime de la localité. 

» En résumé, le travail de M. Keller se distingue par l'utilité des re- 
cherches qu'il contient sur la production des courants de marée; par les 
vues nouvelles qu'il répand sur un grand nombre de questions de physique 
générale, par l'érudition des faits, le choix des autorités, et surtout pat- 
son but essentiellement pratique en ce qui concerne les courants et tous les 
phénomènes qui se rattachent aux ondes liquides. 



Conclusions, 



» La Commission croit donc devoir prier l'Académie de remercier 
M. Keller de sa communication, et de l'engager à poursuivre ses recherches 
expérimentales sur des phénomènes dont les lois, intéressantes au point de 
vue de la navigation et de la physique du globe, paraissent, ainsi qu'il 
I exprime lui-même dans son travail, devoir être encore l'objet de nom- 
breuses observations et de profondes études. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède , parla voie du scrutin , à la nomination d'un membre 
qui remplira, dans la section d'Astronomie, la place laissée vacante par le 
décès de M. Damoiseau. 

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant de 4 7 , 

M. Faye obtient 44 suffrages. 

M. Delaunay 2 

Il y a un billet blanc. 
^ M. Faye, ayant réuni la majorité absolue des suffrages , est proclamé élu. 
S>a nomination sera soumise à l'approbation du Roi. 

C. a., 1847, I" Semestre. (T. XXIV, N° 3. ) § 



( 58) 



MÉMOIRES LUS. 



akatomie. - Expériences sur Les fonctions des nerfs pneumogastriques 
dans la digestion; par MM. Bocchardat et Sandras. 
(Commission précédemment nommée.) 
Dans ce Mémoire, après avoir rappelé leurs travaux précédents et ceux 
des observateurs qui ont expérimenté sur le même sujet, les auteurs expo- 
sent deux séries d'expériences faites au moyen de résections des deux nerfs 
pneumogastriques dans l'espace qui correspond au larynx et au cartilage 

cricoïde. 

« Dans la première série de ces expériences, les résections des deux nerts 
ont été faites simultanément, après que les animaux avaient avalé des ali- 
ments déterminés; puis ces animaux ont été tués après un temps variable, 
calculé pour bien saisir les modifications, diverses apportées dans les phé- 
nomènes digestifs. 

„ Dans la seconde série, les auteurs se sont attachés à étudier la cicatri- 
sation des nerfs réséqués et le rétablissement de la fonction digestive qui en 

résultent. 

» Ils ont tiré de ces expériences les corollaires suivants : 

„ Les faits de la première section démontrent, après résection simulta- 
née des deux nerfs vagues, que : 

» i°. Ce n'est pas par compression de la trachée-artère au moyen de 
l'œsophage distendu, que meurent les lapins quand ils mangent après qu'on 
a réséqué les deux nerfs pneumogastriques an niveau du larynx ; 

,. a . Pour les lapins, comme pour les chiens, les aliments administrés 
après l'opération ne franchissent pas ou ne franchissent qu'en très-petite 

quantité le cardia. 

-, 3°. Chez les chiens, la digestion stomacale est supprimée, bien que la 
pâte alimentaire soit encore acide et un peu ramollie à la surface ; 

» 4°. La progression des aliments est arrêtée dans le tube digestif, à 
partir de l'estomac, ou du moins considérablement ralentie; 

» 5°. La digestion intestinale continue néanmoins à s'effectuer à mesure 
que des matières amylacées ou des corps gras pénètrent dans cette partie 
du canal alimentaire: quoiqu'il n'y ait pas de chyme préparé, l'amidon est 
converti en glucose parle suc pancréatique, et les corps gras sont absorbés 
par les chylifères. 



( 59 ) 

>• La résection simultanée des deux nerfs pneumogastriques après l'inges- 
tion d'aliments mixtes a permis d'établir, de la façon la plus nette, le rôle 
spécial des différentes parties de l'appareil digestif; ainsi les aliments dont 
la digestion s'effectue principalement dans l'estomac (fibrine, albumine, etc.) 
ne sont point digérés après vingt-quatre heures d'introduction dans l'es- 
tomac, tandis que les aliments dont la digestion s'accomplit dans les intes- 
tins sont dissous et absorbés aussitôt qu'ils y pénètrent, comme si la ré- 
section n'avait point été opérée. 

» Ces expériences, les plus importantes de ce travail, qui permettent de 
supprimer les fonctions de l'estomac en respectant celles des intestins et de 
leurs annexes, montrent que le grand phénomène delà digestion se compose 
de plusieurs digestions distinctes et indépendantes les unes des autres. 

» Les faits de la deuxième section prouvent : 

» i°. Que quand on fait la résection de chaque nerf à plusieurs jours 
d'intervalle, la prolongation de la vie tient sans doute à la réparation de la 
continuité des nerfs au moyen d'un tissu intermédiaire autant au moins qu'à 
un mouvement, supplémentaire en quelque sorte, venant d'ailleurs, par 
exemple, du diaphragme et des muscles respiratoires et abdominaux; 

m 2°. Que les animaux, ainsi opérés, mangent quelquefois avec avidité 
quand l'inanition les fait souffrir et les pousse à réparer, mais ne montrent 
pas une voracité inintelligente et insatiable : ils cessent de manger ou de 
boire aussitôt que leur oesophage est plein, et la gêne de la respiration par 
obstruction ou irritation de la glotte les empêche d'aller plus loin; 

>< 3°. Qu'à ce moment ils sont nécessités à vomir, et leur œsophage se vide 
tout entier, sans que les matières contenues dans l'estomac soient rendues. 

•■< En résumé , les auteurs croient avoir établi , dans ces recherches , l'inter- 
ruption de la digestion et du mouvement de l'estomac, par la résection simul- 
tanée des deux nerfs pneumogastriques au niveau du larynx coïncidant avec 
la continuation de la digestion intestinale, la production et l'absorption d'un 
chyle très-louable, malgré cette résection, quand des aliments mixtes ont été 
ingérés avant cette opération. 

» C'est ce qui résulte de la première série de leurs expériences. 
» La seconde série leur a permis d'étudier la réparation dans les nerfs 
précités, en même temps que la continuation et les troubles de !a digestion 
qui résultent alors de l'anomalie que l'on a créée. ;> 



S. 



( 6o ) 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

physique. — Recherches sur le rayonnement de la chaleur : variation du 
pouvoir émissif avec l'inclinaison; par MM. F. de la Provostaye et 
P. Desains. 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée, à laquelle sont adjoints 

MM. Biot et Arago.) 

« Dans le § 349 ^ e sa Pyome'trie , Lambert pose en principe que la 
quantité de chaleur émise obliquement , sous forme rayonnante , par la 
surface d'un corps, est proportionnelle au sinus de l'angle que les rayons 
forment avec cette surface, et que, par conséquent, une sphère envoie, 
dans une direction déterminée, autant de chaleur que le grand cercle de 
cette sphère perpendiculaire à la direction des rayons. 

» Cette loi fondamentale a été prouvée expérimentalement par Leslie de 
la manière suivante : Il plaçait un vase noirci contenant de l'eau bouillante 
devant un réflecteur, au foyer conjugué duquel était un thermomètre ; inter- 
posait, pour limiter le faisceau de chaleur, un écran percé d'une fente verti- 
cale dont on pouvait faire varier la largeur à volonté, et faisait, pour passer 
d'une expérience à la suivante, tourner la face antérieure du cube autour de 
la ligne verticale menée en son milieu, de manière à changer son inclinaison 
sur l'axe du faisceau. Il s'arrangeait toutefois pour qu'une droite quelconque, 
menée du réflecteur aux bords de l'ouverture, ne rencontrât jamais que la 
surface rayonnante. 

« Dans tous les cas, l'impression produite sur la boule focale était, à très- 
peu près, la même, que la caisse fût parallèle à l'écran, ou inclinée sur sa 
direction. Cependant, quand l'obliquité devenait très-considérable, on com- 
mençait à apercevoir une petite diminution d'effet, qui s'élevait rarement 
à -~$ ou à -^j , et dont Leslie trouve une explication dans la disposition même 
de son appareil. 

» Cette expérience, faite avec une substance qui jouit, au point de vue 
du rayonnement, de propriétés aussi exceptionnelles que le noir de fumée, 
n'était certainement pas suffisante pour établir la loi de Lambert. D'ailleurs 
on pouvait, ce nous semble, d'après des considérations purement théoriques, 
être conduit à révoquer en doute la généralité de cette loi. 

» En effet, un rayon de chaleur qui tombe sur un corps athermane dans 
une direction déterminée se partage, comme on sait, en trois parties, 1 une 
absorbée , l'autre réfléchie régulièrement, et la troisième diffusée. Les fractions 



(6l ) 

qui expriment les grandeurs relatives de ces trois portions représentent les 
pouvoirs absorbant, réflecteur et diffusif de la substance sous lïncidence 
dont il s'agit. Leur somme doit être égale à l'imité; et par conséquent, si 
lune délies, le pouvoir diffusif par exemple, est très-faible sous l'incidence 
normale, et si l'autre, le pouvoir réflecteur, augmente rapidement avec 
i incidence, la troisième devra nécessairement diminuer. C'est ce qui semble 
devoir se présenter pour le verre, dont le pouvoir diffusif normal est très- 
petit, d'après les expériences de M. Melloni, et dont le pouvoir réflecteur 
s'accroît beaucoup avec Hucidence, comme il est facile de s'en assurer par 
1 expérience. 

» Pour cette substance, il faut donc que le pouvoir absorbant diminue 
sur loo rayons qui tomberont sous l'augle de 4o degrés, il y en aura par 
exemple , 90 d'absorbés , et seulement 55 sous l'angle de 80 degrés. 

» Ce fait de la variation du pouvoir absorbât peut être présenté d'une 
autre manière. Si l'on conçoit que sur un élément plan de verre on fas<e 
arriver successivement, dans des directions différentes, un large faisceau de 
rayons parallèles qui l'enveloppent de toutes parts, le nombre absolu de 
ces rayons qm le rencontreront sera proportionnel au sinus de IWle 
que leur d.rection commune fait avec sa surface. Le pouvoir absorbant 
sera constant, lorsque la chaleur absorbée par l'élément sera, dans chaque 
cas, proportionnelle à ce sinus; tandis que, si le pouvoir réflecteur varie 
comme nous lavons indiqué plus haut, l'absorption diminuera plus vite 
que suivant cette loi de proportionnalité. 

» Gela posé, si l'élément plan de verre que l'on considère fait partie 
dune enceinte noircie dont tous les points sont à même température que 
lui, d après la lo, de Lambert, vérifiée par Leslie dans le cas du noir de 
fumée, les quantités de chaleur qui tomberont sur lui dans diverses direc 
tions seront proportionnelles aux sinus des inclinaisons. Les quantités de 
chaleur absorbées ne le seront pas, d'après ce que nous venons de voir- 

aavanta e * * ' * qU£mlitéS de chaIeur émises ne le ^nt pas 

>• Tous ces raisonnements seraient encore applicables dans le cas où le 
pouvo.r réflecteur serait nul, pourvu que le pouvoir diffusif variât avec l'in 
cidence. En un mot, le principe de l'émission proportionnelle au sinus paraît 
manquer de la généralité qu'on lui a trop facilement accordée 

. Pour vérifier ces conjectures, nous avons fait rayonner vers l'appareil 
tnermo-electnque une caisse parallélipipédique en cuivre, de o» 35 de Ion- 



(6-2 ) 
«ueur,o m ,.6 de largeur et o m ,a6 de hauteur, sur lune des grandes faces de 
laquelle une lame de verre mince était appliquée aussi exactement que pos- 
sible. Ce vase, rempli d'huile à une température comprise entre 120 et 
,80 degrés, était, dans les opérations successives, plus ou moins incliné sur 
l'axe de la pile. On délimitait le faisceau de chaleur par deux écrans de 
grandes dimensions, percés d'ouvertures un peu allongées dans le sens ver- 
tical et suffisamment étroites. 

„ Le tableau suivant contient les résultats que nous avons obtenus en opé- 
rant avec différentes substances : 

Tableau comparatif des pouvoirs émissifs de diverses substances sous des inclinaisons 

variables. 



1 

! IXCUNAISOS. 

1 

1 


soir. 

de famée 

déposé 

à la lampe. 


VERRE. 


CÉP.USE 

appliquée 

à 
Pesseuce. 


OCRE ROUGE 
appliquée 

à 
l'essence. 


SOIR S 

de l'umée i 
appliqué I 
à l'essence. 


! 

1 


100 


90,0 


100,0 


100,0 


[00 


! 60 

j 


a 


83,6 


94,6 


:ï 


' 


i 


I0O 


j 7 5 > 01 


83,9 


9 1 , 2 


.. 1 

! 
1 


1- " 

75 


» 


65,3 


» 


» 


! 

i 

| 


i 

1 80 

1 


100 


54,44 


65,9 


82,3 


76 j 



r II y a sur ce tableau un certain nombre de remarques à faire : 
» 1°. D'après les recherches de M. Melloni, la somme des pouvoirs 
émissifs et réflecteurs du verre, sous l'incidence normale, est égale à 9 3, 9 ; 

„ 2 ° En ajoutant aux valeurs que les expériences précédentes assignent au 
pouvoir émissif du verre sous différentes inclinaisons, les valeurs du pouvoir 
réflecteur de ce même verre, pour les mêmes incidences, calculées d après 

la formule de Fresnel , 

_ , rsinrjî — r) tang°(< — /-j I 
I — Hsin^H- 7 '' tang^ + rjj' 
on trouve des nombres qui varient fort peu et sont compris entre 91 et 9 3, 7 . 



(63 ) 

On peut donc regarder la somme comme rigoureusement égaie à g'\g, \i. 
que la différence peut s'expliquer par des incertitudes d'observation telle- 
ment faibles, qu'il est impossible de les éviter. 

» Cette coïncidence tendrait à faire admettre que le pouvoir diffnsif du 
verre est constant, et que son pouvoir réflecteur, pour la chaleur, varit-' 
comme pour la lumière. Nous croyons pourtant qu'une étude directe de la 
réflexion de la chaleur peut seule décider la question et montrer la paît 
qu'ont, dans les variations des pouvoirs rayonnants, les changements des 
pouvoirs réflecteurs et des pouvoirs diffusifs. Nous nous réservons de re- 
venir sur ce point dans une prochaine communication. • 

» 3°. Les expériences faites avec les diverses substances que nous avons 
appliquées à l'essence montrent que si, sous des incidences obliques, elles 
n'acquièrent pas de pouvoir réflecteur variable, leur pouvoir diffusif doit 
changer. Enfin, celles qui sont relatives au noir de fumée mettent en 
évidence toute l'influence que peut avoir le mode d'application d'une sub- 
stance sur le rayonnement des corps qui en sont recouverts. 

» A l'exposé de nos recherches expérimentales sur la variation du pouvoir 
émissif avec l'inclinaison , nous croyons devoir ajouter quelques observations. 
» Fourier {Mémoires de l'Institut, Académie des Sciences; t. V) a 
donné du principe de Lambert une explication assez simple , qui a été re- 
produite dans tous les Traités de physique. Mais elle suppose , ce que l'au- 
teur paraît d'ailleurs avoir reconnu lui-même dans ses derniers Mémoires 
{Annales de Chimie et de Phjsique; 2 e série, t. XXVII, p. 247), que le 
corps rayonnant est dénué de toute espèce de pouvoirs réflecteurs (1). Elle 
n'est donc nullement générale, et l'on ne pourrait en tirer aucune objection 
contre les faits que nous venons de signaler. 

» Nos résultats ne sont pas non plus contraires à ce qu'il y a de fon- 
damental dans la théorie de Fourier. En effet, en admettant la loi du sinus 
pour le noir de fumée comme donnée par l'expérience, il établit: 

» i°. Que dans une enceinte noircie et sans pouvoir réflecteur, l'équilibre 
s'établit d'élément à élément ; 

» 2 . Que l'équilibre subsiste encore de la même manière , si l'on restitue à 
l'un des éléments un pouvoir réflecteur, pourvu qu'on admette, en premier 
lieu, que les pouvoirs absorbants et réflecteurs sont complémentaires, et, en 
second lieu , que le pouvoir émissif est égal au pouvoir absorbant; 

(1) Oavoit, par nos expériences sur les pouvoirs émissifs de la céruse, de l'ocre et du noir 
de fumée appliqué à l'essence, combien cette restriction est importante. 



(64) 

ii 3°. Qu'il en est de même si l'on restitue un certain pouvoir réflecteur à 
tous les éléments. 

» Il est fort important de remarquer que, dans toutes ces démonstrations, 
il ne suppose nullement le pouvoir réflecteur constant; que, par conséquent, 
il admet comme possible la variation du pouvoir émissif. Nous terminons par 
un passage d'un de ses Mémoires qui est fort explicite sur ce point: 

« Dans l'état actuel des connaissances physiques , on ne peut affirmer 
« que la quantité de chaleur intérieure , qui est projetée selon différentes di- 
» récrions à travers une même particule, décroît précisément en raison 
» directe du sinus des inclinaisons. » [Annales de Chimie et de Physique; 
•I e série, t. XXVII, p. 277.) 

MÉOàNiQOE appliquée. — Appareil pour exécuter sous l'eau des travaux 
d'extraction de rochers ou de maçonnerie , employé' au port du Croisic 
en 1846, présenté par M. de la Gournerie, ingénieur des Ponts et 
Chaussées. 

(Commissaires, MM. Poncelet, Lamé, Morin.) 

■■< L'auteur, chargé des travaux d'amélioration du port du Croisic, a eu 
principalement pour but de faciliter l'extraction des rochers, qui, à marée 
basse, entravent le chenal de ce port. Ces travaux présentaient d'assez 
grandes difficultés, parce que, à chaque marée montante ou descendante, la 
vitesse de l'eau dans le chenal étant de 2 à 3 mètres, les trous de mine sont 
incessamment bouchés par le sable qu'elle entraîne, et que les rochers sont 
toujours couverts. En outre, la nécessité de laisser à marée montante le pas- 
sage complètement libre, pour l'entrée et la sortie des bâtiments, s'opposait 
à ce que l'on employât des appontements fixes ou des batardeaux de marée, 
tandis que la rapidité du courant et la profondeur de l'eau empêchaient de 
se servir de pontons. 

» Des appareils plongeurs pouvaient seuls permettre une extraction facile 
et rapide, et, la cloche à plongeur ordinaire n'admettant qu'un petit nombre 
d'ouvriers, il fallait recourir à d'autres moyens. C'est dans un Mémoire de 
Coulomb, intitulé : Recherches sur les moyens d'exécuter sous l'eau toutes 
sortes de travaux hydrauliques sans employer aucun épuisement , que l'au- 
teur a puisé l'idée de la solution qu'il a adoptée, et qui offre une grande 
analogie avec l'appareil à air comprimé employé par M. Triger pour le per- 
cement des puits de mine et autres travaux sous les eaux et dans les sable$ 
submergés. 



(65) 

■' L appareil proposé par Coulomb consistait en une espèce de ponton 
prismatique en bois, à trois compartiments, dont les deux extrêmes, ouverts 
a leur partie supérieure, étaient en partie remplis d'eau et de lest, et dont 
la portion intermédiaire , fermée par-dessus , était ouverte par-dessous. Ce 
ponton, conduit au-dessus du rocher à enlever, devait s'immerger et poser 
naturellement au fond par l'abaissement de la marée. 

» Alors , des ouvriers devaient s'introduire sur un faux plancher dans le 
compartiment du milieu, qui aurait été refermé sur eux; puis, à l'aide d'un 
soufflet, on y aurait injecté de l'air. La pression intérieure augmentant alors 
dans ce compartiment , l'eau , qui s'y élevait d'abord à hauteur du niveau exté- 
rieur, aurait été refoulée, le rocher mis à peu près à sec et les ouvriers y 
seraient descendus. 

» Coulomb indiquait, en outre, pour certains cas, l'emploi d'un sas à air 
pour établir à volonté ta communication de l'extérieur à l'intérieur, et 
ince versa. 

» Ce projet n'eut pas d'autre suite que la publication qui en fut faite en 
'779 et l'approbation que l'Académie lui accorda, et il faut même dire 
quil n'était, sans doute, que le premier jet d'une idée heureuse que l'illustre 
ingénieur n'eût pas manqué de perfectionner. 

» M. de la Gournerie a repris ce projet, y a introduit d'importants détails 
de disposition et d'exécution, s'est servi de la puissance delà vapeur pour 
refouler l'air et retirer l'eau à volonté, et est ainsi parvenu à construire un 
appareil qui a travaillé sans interruption depuis le mois de juillet 1846. 

» La chambre à air parfaitement ventilée, et éclairée de jour par des 
hublots, peut recevoir jusqu'à dix-sept ouvriers, dont seize travaillante percer 
des trous de mine, ou neuf travaillant au pic. Le travail pourrait, au besoin, 
s'y faire de nuit avec des lampes. Quelques minutes suffisent pour couler le 
bateau à air ou le remettre à flot, afin de livrer passage aux navires. 

» Outre la facilité très-grande que l'emploi de cet appareil a donnée pour 
la prompte exécution des travaux , il a procuré une économie très-considé- 
rable, dont on indiquera la mesure en disant que le mètre cube de rocher 
extrait, qui coûtait auparavant 206 francs, ne revient plus qu'à 28 ou 
29 francs. A Cherbourg, pour l'extraction d'un rocher qui se trouve dans des 
conditions analogues, et peut-être même plus favorables, il ne s'est pas pré- 
senté d'entrepreneur au prix de 200 francs par mètre cube offert par 
l'administration. 

» L'appareil présenté n'a été construit que pour travailler à 2 m ,25 au- 
dessous du niveau des eaux; mais l'on conçoit facilement qu'on pourrait le 

C. R., 1847, i« Semestre. (T. XXIV, N"5.) 9 



( 66) 

proportionner pour des profondeurs plus grandes, et Ton voit aussi de quelle 
utilité il serait pour fonder et bâtir en lit de rivière sans batardeaux ni 
caissons. » 

botanique. — Aperçu sur l'histoire naturelle des truffes et leur mode de 
production; par M. B. Robert. (Extrait.) 

('Commissaires, MM. de Jussieu, Richard.) 

« ... Dans la partie la plus méridionale du département des Basses-Alpes, 
et dans les territoires de Valensole, Biez, Montagnac, Allemagne, 
Greonls, etc., il existe des forêts en essences de chênes verts, chênes blancs, 
dans lesquelles on rencontre également des cades , arbrisseaux résineux de 
l'espèce des genévriers. C'est dans ces forêts que se font les récoltes des 
truffes plus ou moins abondantes , et c'est toujours aux alentours d'un chêne 
blanc , d'un cade ou d'un chêne vert surtout , que se trouvent les truffières; elles 
ne s'éloignent pas au delà de l'ombre que peut projeter l'arbre, de sorte qu'on 
est déjà, en quelque sorte, forcé d'admettre qu'il doit avoir une influence 
quelconque sur leur production. Mais, en considérant , en outre, que si l'arbre 
meurt, ou s'il est retranché par la hache ^ il n'y a plus de truffière, il est in- 
dubitable qu'elle n'existe que par le moyen de cet arbre, puisqu'elle disparaît 
avec lui. Bien plus : dans les bois taillis de chênes verts, la truffière , qui avait 
disparu lorsque l'arbre aux environs duquel elle se trouvait avait été coupé, 
se reproduit à mesure que le même arbre croît et pousse de nouveau; elle 
acquiert de l'extension, en même temps que les branches de cet arbre 
prennent du développement. Il découle donc de ces observations que les 
truffes ne peuvent être produites que par l'influence qu'exercent sur elles 
les arbres aux environs desquels elles naissent. Mais comme, dans une même 
forêt , le voisinage de tous les arbres de même essence n'est pas favorable au 
développement des truffes, quoique la nature du terrain soit, à peu de chose 
près, identique, il est également incontestable qu'il y a encore quelque autre 
chose que nous ne connaissons pas qui favorise leur développement Lais- 
sant de côté cette cause déterminante, que l'on parviendra peut-être quelque 
jour à découvrir, recherchons quelle espèce d'influence peuvent exercer, sur 
le développement des truffes, les arbres aux environs desquels elles naissent. 
On a généralement observé que les années pluvieuses, au printemps et à la 
fin de l'été, au mois d'août surtout, sont très-favorables à la production des 
truffes. ... 

:> Considérant à présent de quelle manière peut agir l'humidité sur cette 



(67 ) 
même végétation, ou ue sera peut-être pas éloigné de connaître l'action 
qu exercent les arbres pour produire les truffes. En effet, les arbres, comme 
tout ce qui végète sur la terre, sont singulièrement favorisés dans leur ac- 
croissement lorsqu'au printemps et en été, l'humidité vient se joindre à la 
chaleur S, les branches de ces arbres exposées à l'action bienfaisante de 
atmosphère prennent, dans ces circonstances, un plus grand développement, 
les racines qui pénètrent dans l'intérieur de la terre destinées à les nourrir 
s étendent également. En considérant ensuite que les branches ont un rap- 
port direct avec les racines , lesquelles meurent lorsqu'on coupe les branches 
qu, les alimentent, en même temps que la production des truffes correspon- 
dante aux branches coupées cesse également, on sera, en quelque sorte, 
condnit a admettre que ce sont les racines des arbres aux environs desquel 
se produisent les truffes qui leur donnent naissance. Je rappellerai que cette 
prodncfon cesse tout à fait, comme je l'ai déjà dit, si l'on coupe l'arbre en 
entier parce que les racines périssent alors presque entièrement. Les ra- 
cines des plantes, semblables aux organes de la circulation chez les animaux 
ont un pomt central de réunion qui est le collet de l'arbre, lequel constitué 
le passage entre les racines et la tige. Ces racines, se divisant en s'éloi, nant 
des troncs, se terminent toutes par des filaments excessivement déliés desti- 
nes a puiser dans la terre les sucs nourriciers : c'est à l'extrémité de ces fila- 
ments devenus capillaires et imperceptibles, que naissent les truffes qui ne 
parafent, en aucune manière, être fixées à la terre, aut saltem caoilla- 
mentis, comme le dit Pline. Lorsque, par un été pluvieux, la végétation sera 
activée dans le chevelu des racines, les filaments se multiplieront, et les 
truffes nauront en plus grande abondance.... Pourrait-on admettre, par 
analogie, quelles doivent leur naissance à une circonstance à peu prèl pa- 
reille, a celle qui donne lieu, sur la feuille de certains chênes blancl à cette 
espèce d excroissance d'où résultent les noix de galle , c'est-à-dire à la piqûre 
de quelque insecte Kr 

» On connaît, dans le pays que j'ai mentionné, deux espèces de truffes • 
1 une, qu on trouve en été et en automne, est d'un fond blanc intérieure- 
ment^ sans parfum; l'autre, qui se récolte à la fin de l'automne, l'hiver et 
jusqu au printemps, est noire et rrès-parfumée. On pense, communément, 
que ces deux variétés de truffes ne doivent leur différence qu'à l'influencé 
des saisons. Je ne partage pas cette opinion ; et, ce qui me semble prouver 
contre elles, c est qu'en général les arbres qui fournissent des truffes blan- 
ches, beaucoup plus rares que les autres, n'en produisent pas de noires^ et 
vice versa. » r 



( 68 ) 

M. Milne Edwards présente un travail de M.Lacauchie, sur une dis- 
position particulière de l'appareil urinaire chez le cochon domestique. 
L'auteur décrit avec beaucoup de détails la poche qui se trouve logée entre 
les parois de l'abdomen et du prépuce, et qui est l'analogue des cavités 
glandulaires du prépuce de beaucoup de Rongeurs, mais qui, chez le 
cochon , serait un réservoir urinaire et non un organe sécréteur. 

(Commissaires, MM. Flourens, Is. Geoffroy -Saint-Hilaire, Milne Edwards.) 

chirurgie, — Sur plusieurs cas nouveaux de guérison complète de fistules 
ve'sico-vaginales avec perte de substance, affectant le bas -fond de la 
vessie, au moyen du procédé de réunion autoplastique par glissement : 
addition à un précédent Mémoire,- par M. Jobert, de Lamballe. 

(Commission précédemment nommée.) 

" « Depuis l'époque où j'ai soumis au jugement de l'Académie mon 
Mémoire sur l'emploi de l'autoplastie par glissement , dans le traitement des 
fistules vésico-vaginales, j'ai eu l'occasion, dit M. Jobert, de faire de nou- 
velles applicatious de mon procédé, et les trois observations que j'adresse 
aujourd'hui montreront, je l'espère, que les habiles chirurgiens qui ont 
déclaré incurables ces sortes d'infirmité n'ont pas suffisamment compté sur 
les ressources de l'art. » 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée.) 

M. Vas Hecke soumet au jugement de l'Académie un nouveau système de 
locomotion aérienne. 

(Commissaires, MM. Babinet, Poocelet, Seguier. ) 

M. Jesseson adresse une réclamation de priorité concernant l'invention 
d'un appareil analogue à celui de M. Van Eecke. 

La réclamation de M. Jenneson faisait partie de la correspondance de la 
précédente séance, et fut réservée pour être présentée en même temps 
que le Mémoire de M. Van Hecke. 

(Renvoi à la même Commission. ) 



(6 9 ) 

CORRESPONDANCE. 

chimie. — Recherches de chimie animale; par M. J. Liebig. 

« J'ai fait, dans ces derniers temps, une série de recherches sur la nature 
des fluides qui n'appartiennent ni aux vaisseaux sanguins ni aux vaisseaux 
lymphatiques. L'Académie voudra bien me permettre d'attirer son attention 
sur les résultats que j'ai obtenus. On sait, depuis longtemps, que la viande 
des animaux récemment tués présente une réaction sensiblement acide. 
M. Berzelius a attribué cette propriété à l'existence de l'acide lactique , sans 
que, jusqu'à ce jour, des résultats analytiques aient constaté ce fait d'une 
manière irrécusable. Plusieurs chimistes ont admis l'acide lactique dans 
l'urine, dans le suc gastrique et dans le lait ; mais ils appuyaient la conclusion 
de son existeuce dans ces liquides , sur des réactions seulement qui ne pré- 
sentent aucune certitude. L'opinion même que l'acide lactique empêche la 
précipationde l'oxyde de cuivre par le lait de chaux repose sur une erreur. 
M. Strecker a montré dernièrement que le lactate de cuivre pur est dé- 
composé parfaitement par le lait de chaux, et , dans le liquide restant, aucun 
réactif ne décèle la présence de l'oxyde de cuivre. Il est vrai que le lactate 
de chaux pur dissout une trace d'oxyde de cuivre; mais un léger excès 
d'eau de chaux le précipite entièrement. 

» Mes recherches ont eu pour but de faire cesser toute incertitude à 
l'égard de l'acide organique non volatil, qui fait partie constituante de 
l'organisme animal. 

» Lorsqu'on lave à l'eau froide de la viande d'animaux récemment tués, 
hachée en fine pulpe, on obtient un liquide rougeâtre qui, chauffé à lebul- 
lition, donne un coagulum d'albumine et se décolore presque entièrement. 
Le liquide limpide, à peine jaunâtre, qu'on obtient de cette manière, possède 
une acidité très- prononcée et une saveur de bouillon très-aromatique et des 
plus agréables. Quand on le neutralise par de l'eau de baryte, il se précipite 
du phosphate de baryte et du phosphate de magnésie : il devient légèrement 
alcalin, sans qu'il reste de baryte dans la dissolution. Après la séparation 
de ces précipités, on en retire, par levaporation convenable , des cristaux de 
créatine , découverte par M. Chevreul dans le bouillon de viande. 

» En poussant la concentration plus loin , on voit se former dans le liquide 
sirupeux des cristaux aciculaires, qui, séparés par le filtre et purifiés par 
de nouvelles cristallisations, présentent des paillettes blanches d'un éclat 
nacré très-brillant, très-peu solubles dans l'alcool. Le liquide séparé de ses 



( 7°) 
cristaux se prend enfin en une niasse épaisse formée d'une eau mère siru- 
peuse et de cristaux très-fins, groupés concentriqueraent, très-solubles dans 
l'alcool et même dans un mélange d'alcool et d'éther. Ces deux matières 
cristallines sont des sels à base de potasse ou de chaux, combinés à des acides 
nouveaux renfermant de l'azote. 

» La dernière eau mère renferme du lactate de potasse. Pour extraire 
l'acide lactique libre , je traite cette eau mère par de l'alcool, et j'y ajoute 
de l'acide oxalique également dissous dans de l'alcool; j'obtiens ainsi la 
séparation de la potasse à l'état d'oxalate de potasse, puis j'ajoute de l'éther 
tout aussi longtemps que le liquide se trouble. Par ce moyen, je sépare di- 
verses autres matières, et la dissolution alcoolique retient l'acide lactique , 
susceptible de donner maintenant, par la chanx hydratée, dit lactate de 
chaux qui permet d'obtenir l'acide lactique libre et d'autres lactates. 

» En soumettant à l'analyse le lactate de chaux et celui de zinc préparés 
par ces divers traitements , j'ai obtenu pour le premier la formule 

C 5 H 5 5 + Ca0 4-4Aq; 

le lactate de zinc m'a donné 

C"H 5 5 , ZnO 4- 2Aq. 

» Ces résultats ne sauraient plus laisser dans l'esprit le moindre doute sur 
la nature de l'acide organique non volatil répandu dans l'organisme animal ; 
ils expliquent la réaction avide des muscles; et, maintenant que nous sa- 
vons que, dans une si grande partie du corps des animaux, il se trouve un 
liquide acide qui n'est séparé d'un fluide alcalin (le sang et la lymphe) que 
par des membranes très-minces, on peut, je crois, se rendre compte de 
plusieurs phénomènes électriques observés, par M. Matteucci et d'autres 
physiologistes, sur les corps des animaux morts. 

.. Eu opérant sur des centaines de livres de viande, j'ai obtenu une quan- 
tité suffisante de créatine, pour pouvoir soumettre ce corps à un examen 
approfondi. 

» Ses propriétés physiques ont été données par M. Ghevreul avec une si 
grande précision, que je ne saurais rien ajouter à la description faite par 
cet illustre chimiste. Je crois pouvoir conclure de mes expériences, que la 
créatine fait partie de la chair de toutes les classes d'animaux; jusqu'à pré- 
sent, j'en ai constaté la présence dans la chair de l)œuf , de veau, de 
mouton, de cochon, de cheval, de lièvre, de poule et de brochet. La 
belle découverte de cet habile observateur devient d'autant plus importante, 



( v ) 

qu'on ne peut pas douter que la créatine ne joue un grand rôle dans le, 
actvous vitales. Il est certain, du moins, que le bouillon de viande ne peut 
être remplacé ni par la gélatine, ni par aucun liquide retiré d'une autre 
partie de l'organisme animal, excepté des muscles. J'ai trouvé la créatine 
dans le coeur du bœuf, mais non dans le cerveau , le foie, le poumon et les 



rems. 



» La créatine appartient, par sa cristallisation, au système klinorhora- 
boïdal; elle donne d'assez gros cristaux limpides, transparents et d'un grand 
éclat : ils perdent, à ioo degrés, 12,18 pour 100 d'eau, qui correspondent 
à 2 atomes. 

» Les résultats de nombreuses analyses m'ont donné, pour la composition 
de la créatine cristallisée, la formule 

C s N 3 H"O c . 

» La créatine est un corps neutre ou indifférent, qui se dissout dans des 
liquides alcalins ou acides faibles, et peut en être retiré sans avoir éprouvé 
aucun changement; mais, en présence des acides ou des alcalis caustiques 
concentrés, ses propriétés sont changées. 

» En présence des acides énergiques, la créatine se transforme en une 
base organique ayant des propriétés très-remarquables. 

» La matière combinée avec l'acide n'est plus de la créatine et ne peut 
plus être transformée en ce corps; c'est un corps nouveau, que j'appellerai 
créatinine, et qui se forme en présence des acides chlorhydrique et sulfu- 
rique par le seul déplacement de 4 atomes d'eau. L'analyse m'a donné, 
pour la créatinine, la formule 

OWWO". 

» La créatinine est bien plus soluble que la créatine dans l'eau et dans 
l'alcool. Sa dissolution dans l'eau a une saveur caustique comme l'ammo- 
niaque: elle bleuit le papier rouge de tournesol ; elle se combine avec tous 
les acides et forme des sels d'une grande beauté: son sel de platine est re- 
marquable par la grosseur des cristaux et par la belle couleur jaune d'or 
qu'il possède. La formule que je viens de mentionner exprime la quantité 
qui se combine à 1 équivalent d'acide. Les cristaux de la créatinine appar- 
tiennent au système monoklinométrique; ils sont volumineux, incolores 
et très-éclatants. 

» La créatine contient les éléments de la glycocolle (sucre de gélatine 
anhydre), plus 1 atome d'ammoniaque; la créatinine, ceux de la caféine, 
plus 1 atome d'amide. 



(7» > 
« J'ajouterai que quarante poules maigres m'ont fourni environ 24 grammes 
de créatine; 56 livres de viande de bœuf, 16 grammes; et 100 livres de 
viande de cheval, 36 grammes. 

» Les extraits de toutes les viandes sur lesquels j'ai opéré, évaporés jusqu à 
■sicciié et calcinés au rouge, laissent une cendre blanche qui ne contient que 
des phosphates. Les liquides provenant de chair de bœuf et de cheval 
laissent un mélange de phosphate d'alcalis (de potasse et de soude) précipi- 
tant les sels d'argent en jaune, et de pyrophosphate de soude et de potasse 
qui les précipitent en blanc. La chair de poule laisse des pyrophosphates 
purs. 

« Le rapport des sels de potasse et de soude dans les liquides de la chair 
et dans le sang est très-différent. Pour 1 équivalent de potasse, le sang de 
bœuf renferme 12 à r3 équivalents de soude; ce rapport est inverse dans 
l'extrait aqueux de la chair du même animal. Le sang du cheval contient, 
pour 1 équivalent de potasse, 3,62 équivalents de soude; pour la même 
quantité de soude , la chair du même cheval contient 6,9 équivalents de 
potasse. Ces rapports conduiront à quelques conclusions importantes, si l'on 
se rappelle que , dans le lait , ce sont les sels de potasse qui sont prédomi- 
nants. Si réellement un sel de soude (un phosphate de soude) est nécessaire 
et indispensable pour la constitution du sang de beaucoup d'animaux, il 
s'ensuivrait que l'addition du chlorure de sodium à la nourriture de ces 
animaux est aussi nécessaire et indispensable pour tous les endroits où les 
plantes de fourrage ne renferment pas de phosphate de soude ou de sels 
de soude, comme cela a lieu dans beaucoup de pays d'Allemagne. On 
conçoit aisément que le chlorure de sodium , par une décomposition réci- 
proque avec le phosphate de potasse (qui prédomine dans nos grains de 
froment, etc.) , peut fournir du phosphate de soude et du chlorure de potas- 
sium; et ce dernier sel ne manque jamais dans les liquides de laehair. 

» Pour ne pas abuser de l'attention de l'Académie , je bornerai là mes 
observations, en renvoyant, pour plus de détails, à un Mémoire actuellement 
sous presse. J'ajouterai seulement que la créatine, par l'ébullition pro- 
longée avec de l'eau de baryte très-concentrée, se dédouble en urée (ou en 
carbonate de baryte et en ammoniaque), en une base organique nouvelle , 
qui forme un sel avec l'acide sulfurique, qui cristallise en paillettes nacrées, 
de l'aspect du chlorate de potasse, et en un acide nouveau cristallisable que 
je n'ai pas pu étudier, faute de matière. 

» Je signalerai, en terminant cette Note , quelques faits observés dans 
mon laboratoire et qui me paraissent dignes d'intérêt. 



( 7» ) 

« M. Henneberg, l'un de mes élèves, a trouvé que le sang des poules 
contient du silicate de soude (ou de potasse), ce qui explique l'existence de 
1 énorme quantité de silice qui a été signalée dans les plumes de ces oiseaux. 

» M. le docteur Bensch, mon préparateur, a constaté que le lait de trois 
chiennes nourries avec de la viande peudant douze, quinze et vingt-sept 
jours, contient du sucre de lait parfaitement cristallisante. 

» Enfin, M. Gugelberger, un autre de mes élèves, a obtenu, par la dis- 
tillation de la caséine ou de la gélatine avec du peroxyde de manganèse et 
de l'acide sulfurique, de l'aldéhyde pur et de l'essence d'amandes amères, 
tous deux en assez grandes quantités pour pouvoir préciser ce fait remar- 
quable par des résultats analytiques. » 

M. Dufrénoy met sous les yeux de l'Académie une Carte géologique du 
département de Saône-et-Loire , par M. Masès, ingénieur en chef des 
mines, coloriée par impression à l'Imprimerie royale, par M. Derénémesnil. 
Cette carte , de plus de 60 centimètres de longueur sur 5o centimètres de 
largeur , présentant neuf couleurs essentiellement différentes , a coûté 
668 francs pour 3oo exemplaires , c'est-à-dire a fr 23 e par exemplaire , bas prix 
qui sera sans doute remarqué si on le compare à la précision avec laquelle 
les couleurs sont appliquées. 

anatomie. — Sur les nerfs du péritoine; Lettre adressée à £ occasion des 
observations de M. Vrolik sur Vhyperoodon; par M. Pappesheih. 

« D'après une communication nouvelle, M. Bourgery semble vouloir per- 
sister dans une opinion qu'il a émise autrefois, à savoir, que les membranes 
séreuses sont les membranes les plus riches en nerfs, et cela, en s'appuyant 
sur le résultat de recherches nouvelles dues à M. Vrolik. Il est donc utile, 
je crois, de rappeler aujourd'hui des recherches que j'ai répétées, il y a 
quelques mois, sur le péritoine de l'homme. 

» A la surface externe du péritoine , dans la ligne médiane , se trouve 
très-fréquemment , peut-être même toujours , un tissu dense , qui ressemble 
tellement à une collection de fibres de nature nerveuse, qu'il semble éton- 
nant, au premier d'abord, de leur refuser cette nature. Mais, en entrant 
dans la recherche de la structure, soit dans l'état naturel, soit en appliquant 
l'acide acétique , on trouve bientôt que ces fibres se composent , en partie 
de fibres élastiques , en partie de fibres celluleuses. Il est rare de trouver déjà , 
à l'œil nu, quelques fibres nerveuses. 

» C'est dans la plupart des cas, seulement après l'application de l'acide 

C.R., 1847, i« Semestre. (T. XXIV, N° 3.) IO 



(74 ) 
aeétique , et en employant des verres d'un grossissement plus ou moins eon - 
sidérable, que l'on rencontre quelques petits filets nerveux, présentant la 
même structure que les fibres cérébrospinales qui accompagnent les vais- 
seaux sanguins. Le nombre varie selon les individus, et quelquefois j'avais 
la plus grande peine à trouver une seule fibre nerveuse élémentaire. 

» J'avais avancé qu'il y avait (sur l'homme) environ 5oooo fibres élé- 
mentaires , disséminées dans le tissu fibreux ; et dans une autre communica- 
tion, j'ai indiqué même comment on pourrait parvenir à une appréciation 
moyenne plus rigoureuse. 

» En admettant le résultat de ma première recherche comme à peu près 
exact , je n'ai pas réussi encore à trouver un centième de cette somme de 
fibres nerveuses primitives dans les membranes séreuses. » 

M. Docros adresse une Note ayant pour titre : Rapidité thérapeutique et 
innocuité intoxicatrice de l'extrait de belladone dans l'éther sulfurique, 
d'après la méthode buccale et pharyngienne pour les toux quint euses de la 
bronchite et de la phthisie acquise non héréditaire. 

Dans une Lettre jointe à cette Noie , l'auteur rappelle la présentation 
qu'il avait faite à la séance du 16 mars dernier, d'une Note intitulée : Effets 
physiologiques de l'éther sulfurique, etc., Note dans laquelle il rappelait des 
expériences, déjà rendues publiques en 1842, sur les effets soporifiques de 
l'éther employé en frictions chez les oiseaux gallinacés, et dans laquelle il 
mentionnait également des effets analogues produits chez l'homme, effets 
dont il annonçait qu'on pourrait tirer parti dans diverses maladies. 

M. Ducros pense , en conséquence, pouvoir réclamer la priorité d'inven- 
tion sur le savant américain qui a récemment proposé de suspendre la 
sensibilité, au moyen de l'éther, chez les malades près de subir une opé^ 
ration chirurgicale. 

A l'occasion de cette communication, M. Elbe de Beadmont demande 
l'ouverture d'un paquet cacheté qu'il avait déposé dans la séance du 28 dé- 
cembre 1846. On y trouve deux Lettres de M. Jackson, dont voici les 
extraits : 

Première Lettre. —Boston, le l3 novembre I&J6. 

« Je vous demande la permission de communiquer , par votre intermé- 
diaire, à l'Académie des Sciences une découverte que j'ai faite et que je 
crois importante pour le soulagement de l'humanité souffrante, et dune 
grande valeur pour l'art chirurgical. 



( 75 ) 

» Il y a cinq ou six ans, je reconnus l'état particulier d'insensibilité dans 
lequel le système nerveux est plongé par l'inhalation de la vapeur d ether 
sulfurique pure, que je respirai en grande abondance, d'abord par forme 
d'expérience, et plus tard dans un moment où j'avais un rhume très-fort 
causé par l'inhalation du chlore. J'ai tiré dernièrement un parti utile de ce 
fait, en déterminant un dentiste de cette ville à administrer la vapeur d'éther 
aux personnes auxquelles il devait arracher des dents. On observa que ces 
personnes n'éprouvèrent aucune douleur dans l'opération, et qu'il ne résulta 
aucun inconvénient de l'administration de la vapeur d'éther. 

•> Je priai ensuite ce dentiste d'aller à l'hôpital général de Massachusetts, 
et d'administrer la vapeur d'éther à un malade auquel on allait faire subir 
une opération chirurgicale douloureuse : le résultat fut que le malade 
n'éprouva pas la moindre douleur pendant l'opération , et alla bien ensuite. 
Une opération à la mâchoire, l'amputation d'une jambe et la dissection 
d'une tumeur ont été les sujets des premières expériences chirurgicales. 
Depuis lors, de nombreuses opérations chirurgicales ont été faites sur diffé- 
rents malades avec le même succès et toujours sans douleur : les malades 
out eu des convalescences remarquablement faciles, n'ayant éprouvé aucune 
secousse nerveuse 

» Je désirerais que l'Académie des Sciences voulût bien nommer une 
Commission chargée de faire les expériences nécessaires pour constater 
l'exactitude des assertions que je vous adresse sur les effets merveilleux 
de l'inhalation de la vapeur d'éther. 

» On peut respirer très-commodément cette vapeur, en plongeant une 
grande éponge dans l'éther, la plaçant dans un tube conique court ou dans 
un entonnoir , et aspirant l'air atmosphérique dans les poumons à travers 
l'éponge ainsi saturée d'éther. L'air peut ensuite être rejeté par les narines , 
ou bien on peut mettre des soupapes au tube ou à l'entonnoir, de manière à 
ce que l'haleine ne sorte pas à travers l'éponge, où elle affaiblirait l'éther par 
la vapeur d'eau qu'elle renferme. 

» Au bout de quelques minutes, le malade tombe dans un état de som- 
meil très-particulier et peut être soumis à toutes les opérations chirurgicales, 
sans éprouver aucune douleur; son pouls devient généralement un peu plus 
rapide et ses yeux brillent comme par l'effet d'un état particulier d'excitation : 
en se remettant, au bout de quelques minutes, il vous dira qu'il a dormi 
et qu'il a rêvé. 

» Si l'éther est faible, il ne produira pas l'effet qui lui est propre. Le 
malade sera seulement enivré et éprouvera ensuite un mal de tête sourd. 

10.. 



( 76) 
On ne doit, par conséquent, faire usage que de l'étber le plus fortement 
rectifié. 

» Si un dentiste arrache des dents le soir , il serait à propos d'avoir une 
lampe de sûreté de Davy, pour y placer la lumière, afin d'éviter le danger 
des explosions causées par la vapeur d'éther, qui s'enflammerait si une 
flamme nue était approchée de la bouche. 

» Pour l'administration de la vapeur d'éther, il est important d'en avoir 
un grand volume, de manière à ce qu'elle puisse être respirée librement et 
produire promptement son effet, parce qu'on évite ainsi toute sensation désa- 
gréable; mais il n'y a aucun danger à craindre d'une inhalation prolongée 
de la vapeur d'éther, pourvu que l'air atmosphérique soit lui-même admis 
convenablement. Dans les opérations prolongées, on pourrait appliquer la 
vapeur d'éther plusieurs fois, à des intervalles convenables, de manière à 
tenir le malade endormi. » 

Seconde Lettre . — Boston , le i er décembre 1846. 

« L'application de la vapeur d'éther a été complètement expérimentée 
dans ce pays, et est mise en usage avec un plein succès à l'hôpital général 
de Massachusetts. » 

Remarques de M. Velpeao à l'occasion des précédentes communications. 

« Le secret dont il est question dans la Note qui vient d'être lue, n'est 
plus un secret depuis longtemps; les journaux de médecine l'ont di- 
vulgué en Amérique et en Angleterre, dès le mois de novembre. Une Lettre 
du docteur Waren, de Boston, me l'a fait connaître il y a plus d'un mois, 
et M. le docteur Willis Fisber, de la même ville, est venu me proposer 
d'en faire l'essai à la Charité vers le milieu du mois de décembre dernier. 

» L'inspiration de lether, dans le but de rendre insensible à la douleur 
pendant les opérations chirurgicales, paraît, en effet, avoir été proposée 
par M.Jackson dès le mois d'octobre 1846; ce savant donna, au dentiste 
Morton , le conseil d'en essayer la puissance sur les malades qui 'viennent se 
faire extraire une ou plusieurs dents. Le moyen ayant réussi, on voulut en 
faire usage à l'hôpital de Massachusetts; mais, comme on parlait de secret 
et de brevet, les chirurgiens résolurent de suspendre toute expérimentation, 
tant que le moyen employé resterait ignoré d'eux. MM. Jackson et Morton pri- 
rent aussitôt le parti de rendre leur découverte publique , et l'application en 
fut faite immédiatement sur plusieurs malades. Des rumeurs du cou , du bras, 
de la cuisse , des amputations de la mâchoire, de la jambe furent pratiquées, 



(77) 
ainsi que l'annonce M.Jackson, sans causer de douleur, sur des hommes 
et des femmes préalablement soumis à l'inhalation de la vapeur d'éther. 
Bientôt on se livra aux mêmes essais dans les hôpitaux de Londres, et les 
chirurgiens de Paris n'ont pas tardé à imiter les praticiens de Boston. 

» Maintenant, faut-il prendre à la lettre toutes les merveilles qui se débitent 
à ce sujet dans les journaux politiques? Non , sans doute. Voici les résultats de 
l'expérience jusqu'à présent. Un de mes malades, homme fort et robuste, 
qui devait subir l'amputation d'un doigt, n'a point perdu la sensibilité, est 
resté complètement réfractaire^Haction de la vapeur éthérée. Un autre a 
été pris, au bout de dix minutes, d'une sorte d'ivresse, avec loquacité, 
avec un air fanfaron tout particulier, qui ne l'ont point empêché de sentir 
vivement la petite opération que je lui ai pratiquée. Un jeune Américain est 
tombé immobile au bout de trois minutes, et s'est laissé-e.xtraire un<T3ent 
sans manifester de douleur. Revenu à lui , il a soutenu avoir souffert beau- 
coup, mais que l'état d'extase où il était lui avait ôté la peur et toute pos- 
sibilité de se remuer. Trois autres personnes ont inspiré la vapeur d'éther 
pendant cinq, huit, dix minutes sans résultats. Un jeune médecin et un 
élève qui suivent l'hôpital ont, au contraire, été prompteraent en état d'in- 
sensibilité complète, de manière à rester parfaitement indifférents aux pi- 
qûres d'épingles, de lancettes, etc. , aux pincements qui ont été exercés 
sur eux. 

» Je sais qu'à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital Beaujon, M. Roux et M. Laugier 
n'ont pas obtenu de résultats beaucoup plus concluants. Malgré quelques 
échecs, M. Malgaigne a mieux réussi à l'hôpital Saint-Louis, et l'on retrouve, 
dans les observations des chirurgiens anglais , la même incertitude , la même 
inconstance que dans les nôtres. 

» Du reste, les effets de 1 ether ne se maintiennent guère au delà de deux 
à cinq minutes. Un seul malade semble en avoir éprouvé quelques incon- 
vénients : on eut besoin chez lui d'affusions froides sur la tête, de révul- 
sifs, etc.; il resta chancelant pendant quelques heures, et l'on craignit un 
moment des accidents cérébraux graves. Tous les autres en ont été quittes 
pour un peu d'âcreté dans la gorge ou dans le nez, et une odeur d'éther 
assez désagréable qui se maintient souvent toute une journée. Les plaies', 
l'état général, ne s'en sont point ressentis d'une manière appréciable. 

» Il est possible, au surplus, que l'inconstance des effets de 1 ether tienne 
autant à l'imperfection des appareils employés chez nous, qu'à la nature- 
même du médicament ou à la diversité des idiosyncrasies. On aurait tort, 
après tout , de porter, dès à présent , un jugement quelconque sur la valeur 



(7* ) 
de cette ressource. Ainsi qu'il arrive presque toujours quand un fait nouveau 
vient à surgir dans les sciences, on doit s'attendre à quelque vague, à quel - 
que divergence dans les appréciations, à des tâtonnements inséparables de 
toute application nouvelle. D'ailleurs, certaines oscillations Jans les résultats 
empêcheront nécessairement les bons esprits de se prononcer nettement en 
pareille matière, pour le moment. Les essais vont se multiplier de toutes 
parts, et nul doute que la pratique ne sache bientôt à quoi s'en tenir sur ce 
qu'elle peut attendre des inspirations de l'éther dans les opérations chirur- 
gicales (i J. » .. — 

M. Serres prend la parole après M. Velpeau, et s'exprime en ces termes: 
)uellfi^sera la suite, quel sera l'effet définitif de cette influence des 
inspirations d^éthep^jQIest ce qu'il sera important de savoir; car si l'action 
des vapeurs éthérées n'avait d'autres inconvénients que ceux qui viennent 
d'être signalés, les effets ultérieurs de l'opération étant d'ailleurs satisfaisants , 
je crois que ce serait encore là un résultat désirable et une heureuse inno- 
vation. Mais la question est de savoir si l'action stupéfiante de l'éther aura 
on non une influence sur la réaction qui suit toute grande opération, et si 
cette influence sera favorable ou non. 

a On sait , en effet , que dans certaines affections où Ton ordonne l'éther, 
cet agent produit souvent une certaine sidération qui calme les douleurs, 
mais qui prolonge souvent l'état de faiblesse des malades; c'est ce qui me 
fait demander si cette sidération que l'on cherche à produire artificiellement 
pour prévenir la douleur, n'aurait pas des effets plus fâcheux que cette 
douleur elle-même. » 

M. Roux prend la parole après M. Serres, et s'exprime en ces termes: 
.< On trouvera sans doute dans les communications de M. Jackson l'indica- 
tion du procédé le plus sûr, de l'appareil le plus avantageux pour soumettre 
des patients aux inspirations dont il s'agit. C'est une première chose à désirer 
pour les expérimentations qui ont commencé en Amérique, et qui vont se 
continuer chez nous. J'y prends part en ce moment, mais je n'ai pas été satis- 
fait de la manière dont fonctionnent les appareils que j'ai pu employer. C'est 
peut-être à cause de cela que je ne suis point encore parvenu à produire 



(i) Ce matin même (vendredi 22), j'ai enlevé un énorme cancer de la cuisse d'un homme 
qui ne s'en est point aperçu. 



( 79 ) 
des effets sensibles sur les malades qui se sont prêtés à mes expériences. 
J'ai déjà expérimenté sur trois ou quatre , et ce matin même encore, sur un 
homme à qui je devais faire, et à qui j'ai fait l'extraction d'une grosse virole 
osseuse placée au centre du moignon d'une cuisse que je lui avais amputée il 
y a deux mois. 11 paraît, au reste, que même avec de bons appareils inspi- 
ratoires, quelques individus sont réfractaires à l'action des vapeurs éthérées. 
Il est remarquable aussi que, soit à cause d'une répugnance à être des sujets 
d'expériences, soit à cause de cette force d'âme qui les porte à ne pas ap- 
préhender la douleur, et qui est le partage des femmes plus que des hommes , 
des malades se sont refusés à ce qu'on tentât sur eux le procédé de l'eni- 
vrement. 

» Je désire, toutefois, que les expériences vers lesquelles on va se porter 
avec ardeur, et dont on espère obtenir des résultats utiles, soient faites avec 
sagesse, avec prudence. Il faut qu'on sache, d'ailleurs, que la chirurgie, 
pût-elle bientôt disposer à son gré d'un moyen de soustraire l'homme qui 
doit subir une opération, à la douleur, ce moyen ne pourrait probablement 
pas être appliqué en toutes circonstances indistinctement. Il y a beaucoup 
d'opérations pour lesquelles on ne pourrait point y avoir recours. Dans 
quelques-unes même, un danger réel pourrait résulter de l'espèce de torpeur 
produite par les vapeurs éthérées, surtout si, à cet état temporaire, venait 
se joindre une de ces grandes perturbations soudaines qu'une opération peut 
faire naître par elle-même. Tout bien considéré, et jusqu'à ce que nous soyons 
suffisamment éclairés , il eût été bon que le sujet en question restât ren- 
fermé dans le cercle des communications et des publications scientifiques. 
Je regrette , sous quelques rapports , que le monde ait été mis à même de 
s'en occuper si promptement. » 

M. Cazenave envoie, de Bordeaux, une Note sur un fait de rétention 
d'urine chronique, cessant pendant les trois stades de plusieurs accès d'une 
fièvre tierce, et se reproduisant immédiatement après chaque accès. 

M. Gariwer, professeur au collège de Castres, annonce que le 16 dé- 
cembre dernier, il a trouvé, sous le hangar d'une ferme située à Angles, 
sur la montagne Noire, montagne couverte alors de 2 pieds de neige de- 
puis une vingtaine de jours, un nid de troglodyte vulgaire, où étaient sept 
petits encore sans plumes. 

M. Bronzet adresse une Lettre relative à une amputation de deux jambes, 
qu'il a pratiquée aux mines de la Grande-Combe, le »4 novembre dernier. 



_--"'' ( 8o ) 

Ces deux opérations pratiquées coup sur coup, vu l'urgence , ont été suivies 
d'un plein succès. 

M. Leroy d'Étiolles prie l'Académie de, vouloir bien admettre au con- 
cours, pour les prix de Médecine et de Chirurgie de la fondation Mon- 
tyon, ses procédés pour la lithotritie urêtrale, son système de percussion par 
détente, et son application des écrous brisés aux instruments lithotriteurs. 

M. de Bazelaire, cjui avait soumis au jugement de l'Académie un appa- 
reil qu'il nommait chronomètre guide des convois pour les chemins dejer, 
demande et obtient l'autorisation de retirer cet appareil, sur lequel il n'a 
pas été fait de Rapport. 

M. Fraïsse adresse le tableau des observations météorologiques faites à 
Privas pendant le mois de décembre 1 846. 

M. Patot prie l'Académie de vouloir bien bâter le travail de la Commission 
à l'examen de laquelle ont été renvoyées ses deux Notes sur le moyen de 
préserver les olives de la piqûre des vers, et sur un moyen de préserver les 
lainages des attaques de la teigne. 

(Renvoi à la Commission.) 

M. l'abbé Rondos écrit à M. le Président pour le prier de hâter le travail 
de la Commission chargée d'examiner son Mémoire sur l'unique premier 
méridien. 

M. Ladgieh, qui avait été chargé de prendre connaissance du Mémoire 
de M. l'abbé Rondon et d'en rendre compte à l'Académie, indique le but 
que s'est proposé l'auteur, et déclare que son Mémoire ne lui paraît pas de 
nature à être l'objet d'un Rapport. 

M. Poullais demande , au nom de la Société libre d'Émulation de Rouen , 
l'échange du Bulletin de cette Société, contre les Comptes rendus des séances 
de l 'Académie des Sciences. 

(Renvoi à la Commission administrative.) 

M. Hattin dépose un paquet cacheté. 

L'Académie en accepte le dépôt. 

La séance est levée à 5 heures. F. 



(8i ) 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

f /Académie a reçu, dans cette séance, les ouvrages dont voici les titres: 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'académie royale des Sciences . 
i er semestre 1847, n° 2 ; in-4°. 

Annales des Sciences naturelles; octobre 1 846 ; in-8°. 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. DlDOT, sous la direction de 
M. L. Reiniee; 52 e et 53 e livraisons; in-8°. 

Faculté des Sciences de l'Académie de Paris. — Cours de Géométrie supé- 
rieure ; par M. Chasles ; in-4°. 

Catalogue raisonné des plantes vasculaires qui croissent spontanément dans le 
département de la Marrie; par M. le comte de Lambebtye. Paris, 1846; in-8°. 

Etudes chimiques sur les Cours d'eau du département de la Loire-Inférieure , 
considérés au point de vue de l'agriculture, de l'hygiène et de l'industrie; par 
MM. Bobierre et Moride. Paris, 1847; m "8°- (Cet ouvrage est adresse' pour 
le concours de Statistique. ) 

Carte géologique du département de Saône-et-Loire , dressée par M. Manès , 
ingénieur des Mines; 1846. 

Traité sur les Fins de la France ; par M. Batilliot, avec planches ; in-8°. 

Observations sur iOrganogénie Jlorale des Caryophillées ; par M. P. Dl> 
chartre. (Extrait de la Revue Botanique, novembre et décembre 1846.) In-8°. 

Types de chaque Famille et des principaux genres des Plantes croissant sponta- 
nément en France; par M. Plée; 34 e livraison; in-4°. 

Nouvelles Annales des Voyages et des Sciences géographiques, rédigées par 
M. Vivien de Saint-Martin; 5 e série, 2 e année, novembre 1846; in-8°. 

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse; n° g5; in-8°. 

Bulletin de la Société d'Horticulture de l'Auvergne; novembre et décembre 
1846; in-8°. 

Journal de la Société de Médecine pratique de Montpellier ; janvier 1847 
in-8°. 

Journal des Usines et des Brevets d'invention; tome VI, i re partie, juillet à 
décembre 1846; in-8°. 

Revue médico-chirurgicale de Paris (Journal de Médecine et Journal de Mé- 
decine réunis), sous la direction de M. Malgaigne ; i re année, janvier 1847; 
in-8°. 

C. P.,, 1847. I er Semestre. (T. XXIV, N° 5.) ' l 



(8 2 ) 

L'Abeille médicale ; janvier 1 847 ; in-8°. 

Analyse de plusieurs produits d'art d'une haute antiquité; par M. GlRARDIN , de 

Rouen; in-4°- 

Recherches zoologiques, anatomiques, physiologiques et médicales, sur les 
OÊstrides en général; par M. Joly ; in-4°. (Cet ouvrage est adressé pour le con- 
cours de Physiologie expérimentale.) 

Traité de Médecine pratique et de Pathologie iatrique ou médicale; par 
M. Piorry; tome III. — Monographies ou Spécialités , tome IL — Anomohé- 
miesou Anomémies ; 1 vol. in-8°. (Cet ouvrage est adressé pour le concours 
aux prix de Médecine et de Chirurgie de la fondation Montyon.) 

Atlas général des Phares et Fanaux, à l'usage des Navigateurs; par M. Cou- 
LIER, publié sous les auspices de S. A. R. Monseigneur le Prince DE Joksville. 
Russie (mer Adriatique): in-4°. 

Administration des Douanes. — Tableau général du commerce de la France 
avec ses Colonies et les Puissances étrangères, pendant l'année 1846 ; grand in-4°- 

Nouvelle branche de Physique, ou Éludes sur les corps à l'étal sphéroïdal,- 
par M. Bootigny, d'Évreux; 1847; in - 8 °- ( Cet oavra 8 e est présenté par 
M. Desprelz. ) 

Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et Médecine vétérinaire de la 
Côle-d'Or; i r0 année, décembre 1846; in-8°. 

Essai sur l'Industrie des matières textiles, comprenant le travail complet du 
Colon, du Lin, du Chanvre, des Laines, du Cachemire, de la Soie, du Caout- 
chouc, etc.; par M. Michel Alcan; 1 vol. in-8°, avec atlas in-4°. (Présenté au 
nom de l'auteur par M. Chevreul.) 

De la Lilhotripsie sans fragments, au moyen des deux procédés de l'extraction 
immédiate , ou de la pulvérisation immédiate des pierres vésicales par les voies 
naturelles; par M. le baron Heurteloup. Paris, 1846; in-8°. 

Linéaments de Philosophie ethnographique; par M. E. DE SALLES. (Extrait du 
Moniteur universel.) In-8°. 

Des Farines, considéi'ées sous le rapport de l'alimentation; par M. BaRSB. 
Clermont-Ferrand , 1 846 ; in-8°. 

". Nouveaux Mémoires de la Société impériale des naturalistes de Moscou; 
tome VIII , avec 37 planches ; in-4°- 

Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou; année 1846; 

n° 38; in-8°. 

Analfse de l'eau minérale de Weissenburg {canton de Berne) ; par M. de Fel- 
lesberg. Lausanne, in-8°. 

Dictionnaire universel d'Histoire naturelle; g3 e et 94 e livraisons; iu-8°. 



(83) 

The Discovery. . . Correspondance de James Watt sur sa découverte de la 
Théorie de la composition de l'eau, avec une Lettre de son fils, publiée avec une 
Introduction et un Appendice; par M. J.-P. MuiRHEAD. Londres, 1 846 : i vo! 
in-8°. 

Nacbrichten. . . Nouvelles de l'Université et de l'Académie royale des Sciences 
de Gœttingue; n° i, 1847; in "8°- 

Die centralsonne... Le Soleil central; par M. Madler. Dorpat, 1846; in-4°. 

Giornale. . . Journal botanique italien; par M. Parlatc-RE; a e année, fas- 
cicules 3 et 4; Florence, 1846; in-8°. 

Radcliffe... Observations astronomiques faites à l'Observatoire Radcliffe 
pendant l'année i844; par M. M.-J. Johnson. Oxford, 1846 ; in-8°. 

Memoirs and. . . Mémoires et Comptes rendus des séances de la Société chi- 
mique; partie 19; in-8°. 

Rivista. . . Revue analytique des objections de MM. Bassi et Bellani , sur 
deux Mémoires de M. A. Villa, relatifs aux Insectes carnivores et aux Saute- 
relles. (Extrait du Spettatore, n° 27. ) 

Tk> Agriculture. . . Le Magasin d'Agriculture et Journal du Fermier, en- 
richi défigures; édité par M. F. Crisp; janvier 1847. Londres, in-8°. 

Astronoraische. . . Nouvelles astronomiques de M. Schumacher- n° 586- 
in-4°. ' ' 

Raccolta . . . Recueil scientifique de Physique et de Mathématique ; 3 e année 
n° i er . Rome, 1847; in-8°. 

Historia. . . Histoire physique et politique du Chili, d'après les documents 
recueillis durant douze années de séjour dans celte république, et publiée sous les 
auspices du Gouvernement chilien; par M. Gay, citoyen du Chili. - Histoire 
hvra.sons 1 à 6; - Documents, 1» livraison; - et Botanique, livraisons ! à 4' 
Pans, 1 844 5 m-8», avec 4 livraisons d'atlas in-4°. (Cet ouvrage est renvoyé à 
M. de hissieu, pour un Rapport verbal. ) 

Gazette médicale de Paris; 17 e année , n° 3 ; in-4°. 

Gazette des Hôpitaux; n os 5 et 6; in-folio. 

L'Union agricole; n° i34. 



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COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCffiNCES. 



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SÉANCE DU LUNDI 25 JANVIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES ME1VD3RES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

chimie. — Note sur la pyroxyline, le coton hypoazotique et la xyloïdine; 

par M. Païen. 

« J'ai indiqué les conditions à remplir pour préparer la pyroxyline de 
façon à obtenir le maximum de produit correspondant à la plus énergique 
propriété combustible : il faut employer la cellulose exempte de toute in- 
crustation ligneuse, épurée des substances minérales, des matières grasses, 
azotées, etc. , qui l'accompagnent toujours dans les végétaux, et faire réagir 
sur elle les acides azotique et sulfurique privés de toute trace d'acide hypo- 
azotique : un mélange, même à faible proportion, de ce dernier agent 
désagrège une portion du produit et détériore sa qualité. La publication de 
ces données a été utile; car, à dater de ce moment, on a pu expliquer les 
rendements variables que l'on avait jusqu'alors obtenus, on a évité sans peine 
ces variations, et l'on est arrivé directement ainsi à une composition élé- 
mentaire constante. 

a Notre confrère M. Morin a bien voulu soumettre aux expériences ba- 
listiques les deux produits du même coton, préparé soit avec les acides 
purs unis dans le rapport d'équivalents égaux, soit avec ce mélange chargé 
de gaz hypoazotique. Les résultats obtenus signalent encore et font apprê- 
ta Il, 1847, '" Semestre. (T. XXIV, N'°4.) Ia 



(86) 

cier, par cette méthode, lenorme distance qui sépare les deux produits en 
question : 

Tir au pendule balistique de la Direction des Poudres et Salpêtres, du 12 Janvier 1847. 

Pyroxy les préparés parla. Payen. 

CHARGES. 



Vitesse I Coton épuré et acides purs 

communiquée ] Vapeurs du mélange 

à une bai le \ 

de î5§ r ,8o. I acides contenant de l'acide hypoazotique. 



1 gramme. 



a33™,55 



2 grammes. 



355 m ,5i 
1 I2 m ,o5 
77% ir 
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n'a pas fait sortir 
la balle du canon . 

2 grammes de pyroxyle préparé en grand à la Direction avec du coton et des acides moyens, donnent à 
la balle une vitesse moyenne de 341 m ,o3. u 

_ » Parmi les propriétés caractéristiques qui distinguent les deux produits 
j avais indiqué la solubilité de la plus grande partie du coton hypoazotique ,' 
et 1 insolubilité presque complète du coton azotique dans l'éther hydrique 
J'ai, depuis, observé les mêmes relations, en essayant l'action dissolvante 
plus grande des mélanges d ether et d'alcool anhydre. 

» On aurait pu croire qu'il en était autrement des effets de l'éther acé- 
tique; mais je me suis assuré à plusieurs reprises, depuis quinze jours, et en 
traitant dune manière comparative les deux produits, que, dans ce cas en- 
core, 1 action dissolvante de ce liquide, plus énergique que celle des deux 
autres véhicules, s'exerce dans le même sens, mais que la dissolution n'est 
complète ni pour l'un ni pour l'autre, et que le coton azotique le plus pur 
le plus complètement exempt de la combinaison hypoazotique, est celui qui 
résiste le mieux à cette réaction dissolvante; la portion non dissoute, sur 
plusieurs échantillons soigneusement préparés, formait plus des 0,80 du 
poids total. 

- Cependant, lorsqu'on agite la pyroxyline avec l'éther acétique, surtout 
en chauffant au terme de l'ébullition, le liquide paraît presque diaphane, et 
1 on n aperçoit nettement la substance non dissoute qu'en la laissant déposer 

» L.nspection directe sous le microscope suffit pour rendre compte du 
phénomène : on reconnaît alors que la dissolution en réalité n'était que par- 
tie le, car il reste de toutes les fibres, si déliées qu'elles soient, des pelli- 
cules et des fibrilles contournées en hélice parallèlement entre elles ou 
anastomosées, sorte d'épiderme et de squelette gardant les formes exté- 
rieures et des linéaments de la structure des longs poils du cotonnier. La 
résistance de ces parties semble due , principalement , à la force de cohésion 
car ,1s possèdent encore des propriétés pyriques à un degré moindre que la 



(§7) 
partie soluble. Le papier azotique est plus soluble que le coton dans l'étber 
acétique comme dans l'éther hydrique. 

» Si l'on observe sous le microscope le résidu insoluble du coton hypo- 
azotique, on voit qu'il se compose de menus lambeaux de pellicules : la forme 
tabulaire des poils a disparu. Ce résidu est d'ailleurs à peine égal aux o o5 
du poids de la substance employée. ' 

» Des caractères tranchés séparent aussi le produit solide des deux solu- 
tions éthérées : celui qui appartient au coton azotique est obtenu en plaques 
diaphanes comme du verre, tandis que le produit de la solution du coton 
hypoazotique évaporée à froid offre l'apparence d'une porcelaine blanche 
et opaque, ainsi qu'on peut le voir par les échantillons déposés sur le bureau 
>• La composition élémentaire est aussi toute différente : une analyse que 
j'ai faite avec M. Poinsot, et que je me propose de répéter, a donné des nom- 
bres qui indiqueraient dans ce produit une combinaison de i équivalent de 
cellulose hydratée pour i équivalent d'acide hypoazotique; tandis que plu- 
sieurs analyses faites par M. Poinsot, en opérant sur le coton azotique, lui 
ont donné des nombres qui se confondent avec ceux que M. Pelouze notre 
confrère, avait obtenus lui-même. On peut encore observer un caractère 
différent entre les deux produits du coton; celui qui représente la combi- 
naison azotique se dissout dans l'acide sulfurique, en dégageant pendant 
longtemps des gaz, tandis que la dissolution du coton hypoazotique s'opère 
sans dégagement de gaz. 

» On a dernièrement annoncé à l'Académie que l'amidon peut, comme 
la cellulose, donner lieu à la production de la pyroxyline. 

» J'ai vérifié ce fait ou du moins la formation de composés plus riches en 
éléments de l'acide azotique : un des meilleurs moyens de diminuer les 
chances de produire la xyloïdine consiste à dessécher préalablement la 
fécule amylacée dans le vide à une température de no à 120 degrés- il 
suffit alors de jeter cette substance, refroidie à l'abri de l'air, dans le mé- 
lange des deux acides purs et à 1 équivalent d'eau : au bout d'une heure on 
étend d'une grande quantité d'eau, et l'on termine la préparation comme à 
l'ordinaire (1). 

» Si l'on arrête, par la projection d'eau, la réaction des acides, au bout 
d'une minute, le produit, observé sous le microscope, offre plusieurs carac 



teres curieux. 



il) Je rae suis assure, à cette occasion , que la xyloïdine n'est pas sensiblement soluble 
dans réther hydrique. 



12. 



( 8S ) 
■ Un prand nombre de grains de fécule ont conservé leurs formes, saur 
quelques effets de fendillement; mais on remarque d'autres grams, surtout 
parmi les pins volumineux, laissant extravasée au dehors une portion de 
leur substance interne: il était probable que ce phénomène tenait au gon- 
flement d'une partie de la substance amylacée non atteinte par 1 acide . 

"TcTdoute se change en certitude lorsqu'on ajoute une goutte de solution 
aqueuse d'iode: on voit bientôt ces parties extravasées se colorer en violet 
opaque ou à peine translucide, qui contraste avec la couleur blanche- 
jaunâtre diaphane des couches enveloppantes. 

, On aperçoit souvent la matière centrale ainsi colorée en violet , lorsque 
des ouvertures circulaires ou des déchirures laissent pénétrer liode. 

. Enfin, on peut appliquer l'acide sulfurique étendu à dissoudre la ma- 
tière interne; les grains se vident alors, tout en conservant leurs contours 
extérieurs: ils sont réduits probablement alors à l'état de pyroxylme sous 

forme de globules creux. . 

. La production de la pyroxyline avec l'amidon serait mteressante pour 
la science, car elle ferait disparaître l'anomalie qui apparaîtrait dans deux 
substaaces identiques de composition élémentaire, donnant denx produits 
aussi différents que la pyroxyline et la xytoïdine. J'espère pouvo. parvenu- 
à transformer toute la masse des grains de fécule en une çomb. n a«on 
définie, contenant le maximum d'acide azotique; peut-être alors se con- 
fondra-t-elie avec la pyroxyline. „i,: m ;. tP 

„ La Note suivante, que vient de me communiquer un jeune cmmiste, 
M. Gum, offre un moyen simple de distinguer le coton azotique comme 
les objets qui en seraient formés , du coton ordinaire : 

« Le coton azotique bien séché a la propriété, quand on le frotte lege- 
, rement entre les doigts, de produire des étincelles électriques accompa- 
„ P -née 3 de détonations légères, très-distinctes cependant et en assez grande 
. quantité pour qu'on puisse, quand on opère dans un milieu obscur le 
. croire phosphorescent. Les étincelles sont bien plus nombreuses que celles 
. qu'on obtient en frottant avec la main une peau de chat. Le coton recem- 
, ment préparé et bien sec possède cette propriété à un plus haut degré 
. qu'un coton d'une préparation déjà ancienne. » 

« La communication de M. Payen donne à M. B.ox l'occasion de rappeler 
des expériences optiques qui lui semblent pouvoir donner des indications 
précises sur les modifications que l'amidon subit quand il est dissous oans 



(8 9 ) 
Yack\e nitrique concentré. Il présentera une Note sur ce sujet à l'Académie 
dans une séance prochaine. » 

M. Pelouze annonce que MM. Florès Domonte et Ménard ont obtenu , 
par l'action de l'acide nitrique fumant sur la mannite et sur les diverses 
espèces de sucres et de gommes, des composés nitriques analogues à ceux 
qu'on prépare à l'aide de l'amidon et du ligneux. 

physiologie. — Communication relative aux effets de Véther introduit par 

la respiration; par M. Roux. 

« La semaine qui vient de s'écouler n'a point été stérile: elle a jeté du 
joursur le sujet des communications qui viennent d'être faites à l'Académie, 
et l'on sait maintenant , à n'en plus douter, que, sinon dans tous les cas, 
sinon chez tous les sujets, au moins dans beaucoup de circonstances, il sera 
possible de paralyser momentanément la sensibilité générale et de dépouiller 
nos opérations chirurgicales de la douleur, leur effrayant cortège. 

» Déjà un premier résultat a été obtenu, c'est une perfection réelle, 
peut-être la plus grande possible, dans les appareils d'expérimentation, 
perfection telle au moins qu'on peut compter maintenant sur la manière 
dont ces appareils fonctionnent. Le non-succès dans les expériences elles- 
mêmes ne pourrait plus guère dépendre que d'une idiosyncrasie particu- 
lière qui rendrait certains individus inhabiles à éprouver l'action stupé- 
fiante des vapeurs éthérées. Je crois devoir donuer des éloges, sous ce 
rapport, au zèle et à l'intelligence de deux de nos premiers fabricants d'in- 
struments, M. Luer et M. Charrière. 

» D'un autre côté , avec ces nouveaux appareils, ou bien encore avec 
ceux qui nous sont parvenus de Boston même, on a continué à expérimenter, 
tant dans les hôpitaux que hors des hôpitaux, soit sur des patients qui avaient 
à subir des opérations, soit sur des sujets bien portants. Presque tous les 
chirurgiens, surtout, se sont mis à l'œuvre. Voici, pour mon compte, ce 
que j'ai observé : L'Académie se rappelle que jusqu'à lundi dernier, je n'avais 
encore obtenu aucun succès à l'Hôtel-Dieu ; mais dans le cours de la semaine, 
mercredi et vendredi, j'ai eu à pratiquer quatre opérations importantes : 
une amputation de la jambe, l'ablation d'une tumeur cancéreuse au visage, 
une opération de fistule à l'anus , et l'extraction de plusieurs pièces nécrosées 
appartenant aux os du bassin, toutes opérations qui devaient être fort dou- 
loureuses, mais toutes les quatre susceptibles d'être exécutées dans le laps 
de deux on trois minutes, chacune eu particulier. Les deux premières de- 
vaient être faites sur deux hommes, l'un fort jeune encore, l'autre déjà un 



(9o) 
peu avancé en âge: il a été impossible de produire chez eux l'enivrement, ou 
plutôt cet état ne s'est pas manifesté , soit que ces individus fussent des sujets 
réfractaires à l'influence de l'éther, soit que l'expérience n'ait pas été assez 
prolongée. Dans les deux autres cas, au contraire, elle a parfaitement réussi. 

« C'était sur une femme que j'avais à extraire des pièces d'os nécrosées 
comprenant ensemble les deux branches de l'un des pubis, extraction pour 
laquelle il fallait préalablement agrandir par deux incisions en sens contraires 
un trajet fistuleux profond placé à la partie interne et supérieure delà cuisse. 
Quatre ou cinq minutes ont suffi pour que l'inspiration de l'éther produisît la 
torpeur, et l'opération a été faite sans que la malade fît le moindre mouvement, 
sans qu'elle exprimât la moindre souffrance : les facultés intellectuelles se 
sont rétablies avec calme, sans agitation ; et la femme n'a accusé d'autre 
peine physique qu'un sentiment de distension dans les muscles de la cuisse. 

» Même torpeur , même insensibilité complète après un même temps à peu 
près d'inspirations d'air éthéré, chez le sujet qui avait à subir l'opération 
pour une fistule à l'anus. C'était un jeune homme très-impressionnable et 
appréhendant beaucoup la douleur, qui n'a eu aucunement la conscience 
de ce que j'ai eu à lui faire: mais à peine avais-je terminé, et peut-être 
même l'opération était- elle encore en cours d'exécution, qu'un délire avec 
hallucinations s'est manifesté, délire qui a duré quelques minutes, et pendant 
lequel ce jeune homme faisait entendre des paroles bruyantes. Son délire, 
nousa-t-il dit, avait rapport à une circonstance réelle qui est pour lui, en 
ce moment, un sujet de préoccupation pénible (i). 

» D est remarquable, au contraire, que l'espèce de cauchemar ou 
d'extase, le rêve, les hallucinations que déterminent les vapeurs éthérées, 
ont, chez le plus grand nombre des individus, le caractère de sensations 
agréables et presque voluptueuses; et presque toujours aussi, le retour à une 
raison parfaitement lucide est précédé par les élans d'une grande hilarité. 
C'est ce que j'ai particulièrement remarqué dans une suite d'expériences 
auxquelles se livrent, sur eux-mêmes, déjeunes médecins qui forment une 
réunion sous le titre de Société allemande : j'avais été invité à y assister, et 
je ne crois pas commettre une indiscrétion en indiquant ici quelques-unes 
des choses dont j'ai été témoin. En ma présence, cinq ou six personnes ont 
été, les unes après les autres, assoupies par l'éther avec l'appareil de 
M.Luer, en quatre ou cinq minutes : l'expérience n'a manqué sur aucune 

(i; Depuis la dernière séance de l'Académie, j'ai encore expérimenté à l'Hôtel-Dieu sur 
quatre sujets auxquels j'avais à pratiquer des opérations, non pas très-graves par elles- 
îpèmes, mais douloureuses. Le succès a été complet sur ces quatre patients. 



(9« ) 
délies. Peut-être, à cet égard , l'individu qui se livre ainsi volontairement et 
dans 1 intérêt de la science n'est-il pas le même, quant à la susceptibilité, 
que le sujet qui est dans l'attente, toujours pénible d'une opération, alors 
même quon lui fait espérer qu'il ne souffrira pas. Pendant les expériences 
dont je parle, on mesurait le rhytbme du pouls, dont les battements de- 
venant un peu plus fréquents. Les mouvements de la respiration, après 
quelques inspirations tant soit peu pénibles et saccadées , se ralentissaient un 
peu, et presque toujours il a paru qu'une respiration lente et très-pro- 
longee était 1 annonce d'un parfait enivrement, et indiquait le moment où 
U convenait d agir pour constater l'insensibilité de la peau et des parties 
sous-jacentes. Des piqûres, des taillades, des ustions avec de l'amadou ou 
autres corps en ignition, ont été faites sur les mains, sur le savant-bras 
des sujets expérimentés, sans qu'il y ait eu chez aucun d'eux la moindre 
manifestation de douleur. Presque tous ont eu, après quelques minutes de 
cet état de torpeur, une expansion bruyante d'hilarité. Mais l'un deux, cbez 
lequel la respiration avait paru courte , et déjà tant soit peu difficile, pendant 
quavait heu linhalation de l'éther, a été pris, après l'assoupissement ter- 
mine, dune sorte de délire furieux : il renversa des chaises qui l'entouraient, 
s élança avec violence sur une table, en jetant des cris perçants ; il avait la 
relation extraordinairement précipitée et bruyante : on eut de la peine à le 
contenir pendant les instants, bien courts à la vérité, que cet état dura 
» Assurément, il ne faudrait pas qu'un tel phénomène vînt à se manifester 
chez un sujet qui aurait à subir une opération de quelque durée , et du P enre 
de celles qui ne peuvent être bien terminées qu'autant que les malades sont 
dans un état parfait de repos et de tranquillité. Du reste , si l'on peut dire 
des a présent que de grandes espérances s'attachent aux inhalations dether 
procède dont la valeur sera, sans doute, déterminée bientôt d'une manière 
exacte, le moment arrivera aussi d'en régler l'application , et de souder à 
prévenir I usage abusif qu'on pourrait en faire. » 

physiologie.- Communication relative aux effets de L'éther introduit 
par la respiration; par M. Velpeau. 
« Dans les communications qui viennent d'être indiquées , j'ai remarqué 
deux choses: lune, qui se rapporte à l'invention du moyen; l'autre, qui 
est relative aux effets de l'inhalation des vapeurs d'éther. Je voudrais que 
la question de priorité fût immédiatement mise de côté; elle ne me paraît 
en effet, avoir aucune sorte de fondement. Annoncer qu'on a stupéfié en- 
dormi quelques chiens ou quelques poulets, ce n'est rien apprendre du tout • 
car on connaît cette action de l'éther depuis quinze, vingt, trente ans et 



(9» ) 
plus . les dictionnaires de médecine, les traités de médecine légale, celui de 
M. Orfila et la Toxicologie de ce dernier auteur, en particulier, l'indiquent 
formellement. Ce qui est nouveau, c'est la proposition de rendre les ma- 
lades qu'on veut opérer, tout à fait insensibles à la douleur, au moyen des 
inspirations d'éther. Or personne, à ma connaissance, n'avait fait cette pro- 
position avant M. Jackson, et personne avant le dentiste Morton n'avait ap- 
pliqué ce moyen à l'homme malade. 

„ Quant au fait en lui-même , les expériences, qui se régularisent d ailleurs, 
ainsi que leurs résultats, avec une merveilleuse rapidité, se sont assez mul- 
tipliées depuis lundi dernier pour que je ne craigne pas d'être démenti 
par l'avenir, en annonçant qu'elles révèlent un fait de haute importance, 
un fait capital. Un jeune médecin, qui se livre volontiers à ce genre d expé- 
riences s'y est soumis maintenant, en ma présence, un grand nombre de 
fois- il les répète chaque matin à l'hôpital, autant de fois que ses camarades 
semblent le désirer. En deux minutes, le collapsus le plus complet se ma- 
nifeste chez lui. On le frotte, on le pique, on le pince alors de toutes les 
façons et de la manière la plus rude, sans qu'il s'en aperçoive. Dn autre jeune 
homme, qui s'est livré, dans les salles de l'hôpital, au même genre d essais, 
en présence de tous les élèves, tombe dans le même état exactement ae la 
même manière. Deux élèves qui ont voulu s'y soumettre aussi, ont éprouvé 
les mêmes effets de ce singulier agent. 

„ Je n'en Bnirais pas si je voulais indiquer actuellement tous les exemples 
de ce genre recueillis, sous mes yeux, sur des personnes saines. Quant aux 
malades chez lesquels des opérations étaient indiquées, j'en pourrais signa- 
ler aujourd'hui cinq nouveaux; mais, comme plusieurs d'entre eux n'ont 
subi que de simples incisions ou des opérations de peu d'importance, leur 
observation pourrait ne pas paraître tout à fait concluante. Il n'en sera pas 
de même , j'imagine , du fait suivant : 

„ Un homme , âgé de quarante à cinquante ans, un maçon , atteint d une 
énorme tumeur à la cuisse, pour la troisième fois, a dû être opéré, 
vendredi matin : la tumeur, qui était un cancer et aussi volumineuse que les 
deux poings, pénétrait profondément entre les muscles de la cuisse, dans 
une région remplie de vaisseaux et de nerfs. L'opération à pratiquer était 
donc une des plus douloureuses de la chirurgie. Le malade soumis aux inspi- 
rations éthérées est tombé tout à coup dans le collapsus, au bout de quatre 
minutes environ. J'ai procédé sur-le-champ à l'enlèvement de la tumeur : il m a 
fallu inciser la peau en plusieurs sens et dans l'étendue de 1 5 a ao centimè- 
tres , puis disséquer sous les téguments , au milieu des muscles , des vaisseaux 
et des nerfs, dans la profondeur de la cuisse. Or tout cela s'est fait sans que 



(93 ) 

cet homme ait manifesté la moindre sensation pénible , ait fait le plus petit 
mouvement pour se soustraire à l'action du bistouri, ou pour montrer qu'il 
savait ce que nous \v\v faisions. Bien plus; j'ai pu lier tous les vaisseaux, 
remplir la plaie de boulettes de charpie, appliquer le pansement, toutes 
choses également fort douloureuses, en général, sans produire quoi que ce 
soit qui ressemblât à de la douleur, et quoique l'ensemble de ces actions eût 
duré quatre à cinq minutes. 

» Lorsque tout a été fini et que le pauvre malade est revenu à lui, il nous 
a positivement assuré, en plein amphithéâtre, qu'il n'avait rien senti, qu'il 
ne s'était pas aperçu de l'opération; il a même ajouté avec une sorte de 
joie : « C'est bien là la meilleure méthode! » et il avait le droit de parler 
ainsi, puisque, comme je l'ai dit, deux fois déjà il a été obligé de supporter 
une' opération semblable : la première fois, il y a cinq ans, à Joigny, et la 
seconde fois, à Limoges, il y a un an. Répondant à nos questions, ensuite , il 
a ajouté que, pendant l'action de l'éther , « il était bien à son aise, bien heu- 
reux, bien content, qu'il voyait autour de lui toutes sortes de messieurs de 
bonne humeur, que cela le rendait bien aise ! » 

» J'avoue n'avoir rien vu de plus surprenant qu'un pareil résultat. Il est 
bon de remarquer que, deux minutes après, aucune trace du phénomène ne 
persiste. Ce malade, ainsi que les autres, ne s'est irouvé ni abattu, ni en- 
gourdi, ni dérangé d'aucune façon , ni dans le cours de la journée même, ni 
depuis. Il est tellement satisfait de son expérience, qu'il me priait de la re- 
commencer pour le premier pansement, pour peu que ce pansement dût 
être douloureux. 

» Les faits de ce genre se reproduisant presque partout et entre tontes les 
mains, il n'est plus permis, maintenant, de les regarder comme exception- 
nels, et nul doute, qu'après des tâtonnements inévitables, la chirurgie ne 
tire un grand parti, un heureux parti des inhalations d'éther dans les opé- 
rations chirurgicales. Calculer la portée d'une pareille découverte , n'est 
point possible en ce moment; il serait également imprudent de vouloir en 
donner, dès à présent, toutes les indications. Cependant on peut déjà dire 
que, pour les opérations un peu longues, il sera possible de prolonger l'insen- 
sibilité des malades en renouvelant les inspirations aussitôt que la sensibilité 
semble vouloir se réveiller. On le pourra d'autant mieux, que, chose étrange, 
les hommes ainsi rendus insensibles ne perdent pas toute notion d'eux- 
mêmes, continuent généralement d'entendre ce qu'on leur dit, et restent 
même disposés à faire ce qu'oa leur prescrit. 

» Chez le malade, dont j'ai parlé tout à l'heure, uu phénomène important 

C. R., 1847. i« Semestre. (T. XXIV, K» <i.) ' 3 



( 94 ) 
a pu, en outre, être constaté. Les muscles, qui se roi dissent et se contractent, 
en général, avec tant de violence, quand on est obligé d'opérer sur eux ou 
entre eux , et qui apportent tant d'obstacles de la sorte à certaines opérations, 
sont restés complètement flasques et relâchés pendant toute ma dissection. 
Si pareille chose devait se généraliser, les inspirations dether rendraient, 
évidemment , de grands services dans les cas de réduction de certaines frac- 
tures et des luxations en généxaL^Qursait même si le tétanos, cette maladie 
si redoutable, qaf a p&ttïMiâractère dominant une contraction convulsive et 
permanente clu système musculaire, ne trouverait par là un remède efficace ? 
Mais, pour le moment, il me paraît convenable de nous en tenir aux faits , de 
continuer avec prudence les expérimentations. Ce qui me paraît indubitable 
quant à présent, c'est que la chirurgie obtiendra, des inspirations d'éther, 
des bienfaits d'une haute valeur, au point de vue de l'art anssi bien qu'au 
point de vue purement humanitaire. » 

CHIMIE. — Sur les borates,- par M. Aug. Laurent. 

" Dans le dernier Mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Aca- 
démie, j'ai supposé que les atomes étaient divisibles, j'ai admis l'existence 
du ferrosum et du ferricum dans les combinaisons, et j'ai cherchée expli- 
quer pourquoi les sels, qui renferment des nombres fractionnaires d'un ou 
de plusieurs métaux, ne pouvaient se combiner qu'avec certains nombres 
d'atomes d'eau et non avec d'autres. 

» J'avais essayé d'appliquer ces idées aux silicates; mais, pour les faire 
adopter, il aurait fallu exécuter de nombreuses analyses, et démontrer que 
celles qui sont contraires à ces idées ne sont pas exactes. 

» On comprendra facilement qu'une centaine d'analyses, exécutées sur 
des silicates, n'auraient pu trancher la question, puisque l'on ne peut pas 
purifier les produits que l'on emploie. J'ai alors pensé que les borates pour- 
raient me conduire au résultat que je cherchais; c'est l'extrait de mon travail 
sur ces sels que je vais avoir l'honneur de présenter à l'Académie. 

» Je commencerai d'abord par bien préciser la question que j'agite dans 
ce Mémoire. 

» Beaucoup de sulfates simples se représentent par ies formules sui- 
vantes : 

SOM + 5, 6 ou 7H 2 0. 

L'alun de potasse renferme (SO J , OK) + (3S0 3 , A1 2 3 ) + 24 Aq; 

L'alun de magnésie (SO 3 , OMg) -+- ( 3S0 3 , AI-'O 3 ) -f- 2/^Aq ; 

Dn autre sulfate de magnésie 3(S0 5 , OMg) + (3S0 9 , APO 3 ) 4- 36 Aq: 

Un sulfate d'alumine 3SO ! 4- A1 2 3 -f- i8Aq; 

Un sulfate de chrome 3S0 3 4- Cr'O 3 4- i5Aq. 



(95) 

■Pourquoi ces nombres d'atomes d'eau ,5, ,8, a 4 , 36, etc., et non 
dautrw: Pourquoi le sulfate d'alumine et de magnésie renferme-t-il 36 er 
non 3 1, 3a, 33, 34, 35 ou 3 7 atomes d'eau? 

-Admettons la divisibilité des atomes, admettons les équivalents de 
M. Gerhardt, donnons à l'alumine la même formule qu'au protoxyde de fer 
et, par conséquent, au peroxyde de fer, et n'admettons qu'un seul P enre 
de sulfate SO«R" susceptible de former de nombreuses variétés en se combi- 
nant avec un nombre entier d'atomes deau ou d oxydes; alors nous verrons 
de suite que 1 alun ne peut renfermer ni a i , ni 22 , ni a3 atomes d'eau mai, 
seulement un multiple du nombre d'atomes d'acide sulfurique qu'il ren- 
ferme , ), et tous les sulfates précédents se représenteront par les formule. 



suivantes 



Sulfate de manganèse SO< Mn» -f- 5 Aq ; 

Autre sulfate de manganèse SO 4 Mn ! + 6 Aq • 

Alun SO^K^AP+ÔAqj 

Alun de magnésie S0< Mg* AJ f -f- 6 Aq ; 

Autre alun de magnésie SO« Mg Al -f- 6 Aq ; ' 

Sulfate d'alumine SO f Al= -f- 6Aq ; 

Sulfate de chrome SO' Cr 2 + 5 Aq / ** ) ■ 

Sulfate acide de potasse S0 4 H T H T - 

Autre sulfate acide de potasse. . SOKH. 

- L'acide borique étant susceptible de former des sels acides et des sek 
doubles, il devait, si les bypotbèses que j'ai faites sont justes, offrir des 
rapports semblables dans ses combinaisons avec l'eau et les bases. 

» En jetant un coup d'oeil sur les borates, je vis que presque tous ces sels 
s'accordaient très-bien avec mon hypothèse. Deux borates cristallisés of- 
fraient cependant des nombres d'atomes d'eau et de base dont la somme 
n'était pas divisible parle nombre d'atomes d'acide borique qu'ils renferment' 

( *) La plupart des corps se combinent en volumes dans le rapport de î à r a à î et 
î à 2. Ces rapports sont si simples, que nous ne voyons pas pourquoi on ne les observerait 
pas dans les combinaisons des sels avec l'eau. On peut donc avoir 

S + Aq, 2S-|-Aq et aS -+- 3Aq, 
ou, pour la série complète de l'eau d'hydratation d'un sel, 

S -f-j+ H-f + 2, 3,4,5,6.... ,2Aq. 

< ** ) Nous demanderons si ce sulfate , qui cristallise en octaèdres réguliers , ne renfermerait 
pasôAq. 

i3.. 



( 96) 
je veux parler du sexborate de potasse et du biborate d'ammoniaque, dont 
les formules sont 

3B< 0° + K 2 -t- 10 Aq et 2B 4 : + OAm -+- 6 Aq. 

» Je préparai ces deux sels, qui sont isomorphes, et je les soumis à l'ana- 
lyse, qui me fit immédiatement voir que les anciennes formules ne pouvaient 
pas être conservées; mais j'obtins des résultats qui ne s'accordaient pas da- 
vantage avec mes idées. 

» Le premier sel me donna 

12B 4 C + 5R=0 4- 4oAq; 
le second sel me donna 

128*0° + 5Am 2 ■+- 4° " 4 1 Ac I- 

» Il me fallait 43 Aq qui, avec les 5 atomes de base, donnent le nombre 
48 , divisible par le nombre d'atomes d'acide ou par 12. 

» Je préparai d'autres sels, j'eus beau chercher à les purifier, les analyser, 
faire toutes les hypothèses possibles soit sur l'impureté de ces sels, soit sur 
les procédés d'analyse que j'employais, j'arrivai toujours au même résultat. 
Gela me désespérait d'autant plus, qu'un des chimistes les plus habiles de l'Al- 
lemagne, M. Gmelin, avait obtenu, pour le borate d'ammoniaque, des 
nombres qui s'accordaient exactement avec les miens. 

» Mes deux borates, chauffés à une température rouge suffisante pour les 
faire entrer en fusion , me donnaient constamment une différence de 1 pour 1 00 
sur la perte que je désirais -obtenir. 

» Fallait-il renoncer à mes idées? Je préférai faire encore des hypothèses, 
et je pensai que mes deux borates pouvaient, bien retenir, à la température 
rouge, de l'eau et de l'ammoniaque. En conséquence, après avoir calciné le 
borate d'ammoniaque, je le fis fondre avec de la litharge, et j'acquis la 
certitude que ce sel , quoique fondu , retenait encore de l'ammoniaque. Alors 
je chauffai le borate de potasse dans un fourneau à caîcination; la tempéra- 
ture était supérieure à celle de la fusion de l'argent, le borate de potasse 
était parfaitement fondu , et il se prit par le refroidissement en une masse 
vitreuse transparente. Mais la pesée fut à peu près semblable aux précé- 
dentes; je n'avais pas gagné 1 millième, et il me fallait 1 centième. J'eus 
l'idée de chauffer, sur la lampe à alcool, le borate vitrifié que je venais 
d'obtenir; je le vis, à ma grande surprise, se remplir immédiatement d'une 
grande quantité de bulles : alors je l'introduisis dans un tube de verre des- 
séché à une température rouge, puis j'étranglai le tube et je chauffai dou- 
cement le borate à une température à peine suffisante pour le ramollir, et 



i 97 ) 
par conséquent bien inférieure à celle qu'il avait déjà subie. Le verre devint 
opaque, et une petite quantité d'eau vint se condenser dans l'étranglement; 
mais elle ne paraissait pas correspondre au centième que je cherchais. Crai- 
gnant de me laisser influencer par le désir que j'avais d'obtenir un semblable 
résultat , et ne comprenant pas d'abord comment un corps pouvait retenir 
de l'eau à une haute température, et la laisser perdre quand on le chauffe à 
une température inférieure, je recommençai l'expérience, mais toujours avec 
le même succès. 

» La quantité d'eau que j'obtins ne correspondait pas, comme je viens de 
le dire, au centième que je cherchais; alors je fis fondre du borate d'am- 
moniaque avec une petite quantité de spath d'Islande bien pur : j'obtins un 
verre transparent qui, pesé, me donna enfin exactement la perte que je 
cherchais. 

» La formule des deux borates est donc 

B'O'KJfiM -f- 3Aq et B 1 0' Am ' H 7 -+- 3 Aq. 

» Je passe sous silence quelques nouveaux borates que j'ai obtenus ; on 
les trouvera dans le tableau suivant, qui renferme tous les borates connus, 

» Le chlorure de bore renferme 3 volumes de chlore dans 2 volumes. Si 
notre règle des combinaisons azotées est juste, il faut que le complément 
en bore fasse avec le chlore un nombre pair; par conséquent, le chlorure 
de bore égale Cl 3 B, et l'acide borique devient B 4 O' H 2 , c'est-à-dire qu'il est 
bibasique. 

Acide borique desséché à 160 degrés. . B'O'IT 

Acide borique desséché à 100 degrés. . B ( T H 3 -f- aAq 

Acide borique cristallisé B'O'EP + Aq 

Borate d'éthyle B 4 O' Et = 

Id. de soude fondu B'O'Na 3 

Id. de soude octaédrique B 1 ! Na ; + 5 Aq 

Id. de soude ordinaire B'O 7 Na J -+- loAq 

Id. de potasse B'O'K 5 

Id. de potasse cristallisé B 4 0'K" -t- 5Aq 

Id. de potasse cristallisé B'O'K 3 H- 6Aq 

Id. de potasse cristallisé B'O'K 5 4- ioAq? 

Id. de potasse cristallisé B j O' K. 3 H 3 + 5 Aq 

s. 2 

Id. de potasse cristallisé B J ; K " H 6 + 3 Aq 

ld. dépotasse, variété amorphe ... . B^O'K. i H i -+- 5Aq? 
Id, d'ammoniaque B 4 O' Am ! H- 4 Aq 



(98 ) 

Borate d'ammoniaque B< 0' Am 5 H ' 4- 2 Aq 

i. 1 

Id. d'ammoniaque B*0' Am e H e 4- 3Aq 

2. A. 

Id. d'ammoniaque BQ' Am 2 H s 4- 3 Aq 

ld. de barium. B 4 0'Ba 2 4- 2Aq 

Id, de strontium B*0' Sî 2 

7rf, de calcium. B'O'Ca 2 

Id. de calcium B 4 0'Ca 2 4-Aq 

Id, de calcium B'O'Ca 2 -4- 6Aq 

Id. de calcium B<0'CaH 4- 4^q 

Id. de magnésie • • • B*0' Mg 2 

Id. de magnésie • ■■ B 4 0'MgH4-5Aq 

X s. 

Id. de magnésie B'O'Mg^H 5 4- 5Aq 

2. i, 

Id. de magnésie B i O'Mg T H ï 4- 5Aq 

i. ! 
Id. de soude et de magnésie B 4 0'Mg r Na s -+- raAq 

A i 

Id. de magnésie et d'ammoniaque. . . . B'O' Mg 3 Am s 4- Aq. 

Sous-borates, 

Sous-borate de potasse B 4 0' K. 2 4- K ! 

Id. de soude B* 0' Na 2 4-Na 2 

Id, de soude B 4 0'Na s 4-Na a 4-i2Aq 

Id. de soude B*0'Na 2 + Na 2 + i6Aq 

Id. . de magnésie.... B' 0' Mg 2 4- Mg 2 

Hydroboracite B ; 0'Ca 2 Mg ? 4-MgH04-4^ 

y. Les trois analyses de !a boracite donnent 

• -- .. . B*0'Mg J -4-ivi. et iMg'O. 
n Les sous-boratës dépotasse et de soude , obtenus par la fusion , pourraient 
peut-être appartenir à un autre type borate, et alors on verrait disparaître 
les 16 atomes d'eau , nombre qui est sans exemple dans les sels. On aurait : 

Deuxième type monobasique B0 2 R 

Sous-borate de potasse. BQ'K. 

Id. de soude. , B0 2 Na 

~îd. de soude. BO'Na 4- 3 Aq 

Id. de soudé. .....' B0 8 Na 4- 2Aq 

Boracite... B0 2 Mg 

Troisième type tribasique. B Q 3 R s 

- Autre borate d'éthyle • BO'E 5 = 2 voJ. 

Id. borate de méthyle • . BO*M 3 

Id. borate d'amyle .... '. . ......... B : Am 3 . 



( 99 ) 
a Dans quelques borosilicates , il serait possible que l'acide borique jouât 
le même rôle que dans les borotartrates, ou que les oxydes d'uranvle et d'anti- 
moine dans les émétiques. M. Rammelsberg a émis cette hypothèse il y a 
quelques années; mais il représente l'acide borique par B=0°, équivalant' 
^ a ai u ou a iKO. Les tourmalines ne se prêtent nullement à cette ma- 
tZ G J e T'' S '' T contraire > 0Q ^présente l'anhydride borique par 
B O ) + equ. valant à K'O, on peut arriver, pour les tourmalines a 
Ja formule suivante, surtout pour les nouvelles analyses, dans lesquelles 'on 
a recherché avec soin l'acide borique 

S 2 OR 4 ou SiO J R-. 
; Les dernières analyses de Hermann et de Grunner donnent les rapport, 
suivants entre 1 oxygène de l'acide silicique et celui des autres bases, plus le 
tiers de I oxygène de lacide borique , 

:: 20 : 20,8 — 20,5-20,7 — 20 — 20,3. 
La rubellite a donné : : 20 : a3 3. « 

MÉTÉOROLOGIE. - Supplément à une Note précédente sur les ejjets d un 
coup de foudre; par M. d'Hombbes-Firhas. 

.. H n'est pas douteux que les pièces d'or attirent fortement le courant 
électrique, et notre savant correspondant croit qu'il put s'emparer de leurs 
formes, jusqu'à l'extrémité du conducteur que lui offrait le corps du jeune 
Politi, et les y laisser tracées, lorsqu'il franchit l'intervalle qui le séparait de 
la fenêtre par laquelle il se dissipa. M. le professeur Galano et plusieurs phy- 
sicien. Partagèrent la même opinion; quelques autres, à la tête desquels ,e 
nommera, MM. les professeurs Vismara et Ungo, attribuèrent les cercles 
marques sur I épaule de Politi, au transport d'une matière subtile enlevée de 
1 or par le flmde électrique. Je ne nierai pas qu'il eût cette propriété , je n ob- 
jectera, pas que les pièces dor n'ont pas été altérées d'une manière appré- 
ciable; mais je rappellerai que les six cercles observés ne sont point dus à 
une impression quelconque, et qu'au contraire ils sont restés de la couleur 
naturelle de la peau devenue noire tout autour. 

■ Je sais que les diverses parties du corps humain ont plus ou moins la 
faculté conduçtnce de l'électricité; j'admets qu'une décharge, qui semble 
ou qui est réellement instantanée, se partage comme en serpentant du dedan- 
au dehors et réciproquement, se ramifie dans tous les sens, glisse sur cer- 
tams points, tandis qu'elle perce ou déchire, fond ou brûle les substance* 



( >oo ) 
diverses interposées sur son trajet. Dans l'exemple dont il s'agit, la blessure, 
les taches, la couleur brune de la peau, La rupture des vaisseaux, l'extra- 
vasation, l'ecchymose, prouvent le passage du courant électrique; et lespièees, 
qui n'ont éprouvé aucune altération, prouvent en même temps qu'il n'eut 
pas assez d'intensité pour les fondre ou les souder ensemble , comme on l'a vu 
dans d'autres circonstances. Mais , indubitablement, ces pièces d'or attirèrent 
le fluide électrique , surtout celles qui étaient du côté droit, le renforcèrent, 
puisqu'il s'accumule dans les meilleurs conducteurs, le «modelèrent , si j'ose 
ie dire , en un faisceau de six cylindres qui s'étendit jusqu'à l'extrémité du 
corps où ses vestiges restèrent, lorsqu'il éclata vers la fenêtre, à travers l'air, 
son conducteur venant à lui manquer. 

„ J'avais d'abord trouvé fort étonnant que les six cercles observés sur 
i'épaule du jeune homme foudroyé fussent distincts et alignés; les nouveaux 
renseignements qui m'ont été fournis peuvent l'expliquer. On suppose, 
qu'afin de n'être pas gêné par l'or qu'il portait sur lui, ou pour qu'il ne for- 
mât point de protubérances trop visibles, Politi avait arrangé ses pièces en 
long, l'une à la suite de l'autre, et que, dans sa chute, ou lorsqu'on le porta 
sur son Ht, ou lorsqu'on le déshabilla, elles se réunirent en paquets dans 

leurs enveloppes. 

, Si ces explications semblent insuffisantes, le fait que je viens de relater 
n'en est pas moins très-curieux, fort intéressant et des plus authentiques; 
des savants, des magistrats et plusieurs témoins l'attestent; recueillons-en 
beaucoup de ce genre, quelque inexplicables qu'ils nous paraissent, etc.(i) » 

M. Fodera, correspondant de l'Académie pour la Section de Médecine 
et de Chirurgie, dépose sur le bureau une Note ayant pour titre : Construc- 
tion géométrique par la règle et le compas de la racine cubique d'un 
nombre. 

RAPPORTS. 

géologie. - Rapport sur un Mémoire de M. Gras , ingénieur des Mines , 
à Grenoble, intitulé: Recherches sur les causes géologiques de l'action 
dévastatrice des torrents des Alpes. 

(Coainmsaires, MM. Arago, Élie de Beaumont, de Gasparin rapporteur.) 
- Les malheurs causés par les inondations ont donné, depuis quelques 

fi) Deux jours après, notre président nous communiqua une observation analogue, que 
venait de lui rapporter une personne digne de foi : Madame Morosa de Laguno, assise près 



( ioi ) 

années, un grand intérêt à toutes les questions qui se rattachent à la situation 
de nos cours d'eau. C'est ainsi que le déboisement et le défrichement des 
montagnes où ils prennent leur source, la progression toujours croissante du 
ravinement des pentes par l'action des torrents, préoccupent vivement, au- 
jourd'hui, l'opinion publique. Bientôt un projet de loi préparé par le Gou- 
vernement, pour remédier à plusieurs de ces désordres, va être présenté aux 
Chambres; mais les moyens administratifs manqueraient d'efficacité s'ils 
n'étaient employés d'après les prescriptions de la science. Jamais son con- 
cours n'a été plus nécessaire. Elle seule peut indiquer les mesures à prendre, 
prévenir les fausses manœuvres et le mauvais emploi des ressources de l'Etat. 
L'étude des torrents , où se trouve l'origine de tous les désordres que l'on 
déplore, est ainsi devenue un véritable intérêt national auquel l'Académie 
doit accorder toute son attention et tous ses encouragements. 

» Vous avez couronné, il y a quelques années, sur le Rapport de votre 
Commission de Statistique, un excellent travail de M. Surell, ingénieur des 
Ponts et Chaussées , sur les torrents des Alpes; aujourd'hui M. Gras, ingénieur 
des Mines, à Grenoble, vient aussi vous offrir le fruit de ses observations, 
continuer une étude que son prédécesseur avait si bien commencée, et 
ajouter de nouveaux et importants développements à la théorie qu'il avait 
établie. 

». Avant d'entrer dans l'examen de ce Mémoire, il faut bien définir ce que 
nous entendons par le mot de torrent. Selon M. Surell, c'est un cours d'eau 
qui affouille dans une partie déterminée de son cours , qui dépose dans une 
autre partie, et qui divague par suite de ce dépôt. Il donne ainsi plutôt une 
description qu'une définition du torrent. M. Gras dit plus exactement que 
c'est un cours d'eau dont les crues sont subites et violentes, les pentes con- 
sidérables et irrégulières, et. qui, le plus souvent, divague dans une partie 
de son cours, par suite du dépôt des matières de transport. 

» Les ravages causés par les torrents, laffouillementde leur lit, le transport 
des matières qu'ils eu arrachent , les débordements qu'ils occasionnent, sont 
toujours le produit de leur masse multipliée par leur vitesse combinée avec la 
friabilité, le défaut de consistance du lit sur lequel ils coulent. 

» De ces trois données de problème, les deux premières avaient été 
abordées par M. Surell , et font le sujet de son travail ; la troisième, la nature 



d'une fenêtre pendant un orage , éprouva une commotion dont on ne dit pas qu'elle ressentit 
de mauvais effets; mais une fleur, qui se trouva dans le courant électrique , fut dessinée par- 
faitement sur sa jambe, et cette image se conserva le reste de ses jours. 

C. R. , 1847 , i« Semestre. fT. X%W , N° 4.) '4 



( 102 ) 

du sol, n'avait été qu'entrevue par cet ingénieur: c'est sur elle qu'insiste 
M. Gras. Mais il est un point de vue important que l'un et l'autre n'ont pas 
abordé , c'est le point de vue météorologique. De deux entonnoirs de mon- 
tagne d'une même capacité, ayant les mêmes pentes et creusés dans le 
même terrain géologique, l'un, dont les parois seront opposées à ta direction 
des vents pluvieux, arrêtera les nuées, les obligera à se condenser, recevra 
des pluies diluviennes et produira des crues dangereuses par leur masse, leur 
soudaineté et leur fréquence; l'autre, qui fera face à une direction opposée, 
ne recevra que des pluies calmes , prolongées , réglées, et ne présentera jamais 
les mêmes crues et les mêmes dangers. Ce nouvel élément, l'orientation des 
cimes et des bassins de réception, devra donc être aussi l'objet d'une étude 
attentive de la part de ceux qui voudront continuer l'histoire naturelle des 
torrents. U expliquera comment dans la vallée du Rhône et selon la direction 
des vents , ce sont tantôt les cours d'eau de la rive droite , tantôt ceux de la rive 
gauche, et quelquefois ceux des deux rives à la fois qui sont la cause des 
crues: il expliquera la fréquence de débordement des torrents partant de la 
chaîne des Gévennes, qui court du nord-est au sud-ouest, direction opposée 
au vent grand pluvieux du bassin inférieur du Rhône, quiestle vent de sud-est; 
ceux des rivières de l'Ain, partant de la chaîne du Jura, opposée au vent de 
sud-ouest, qui devient le vent pluvieux à cette latitude; il expliquera enfin 
pourquoi les débordements du Rhône et de la Loire sont si rarement simul- 
tanés, ces fleuves étant alimentés par des sources et des torrents qui regardent 
des points opposés du ciel. Des observations suivies, comme celles que fait la 
Société hydrométrique de Lyon , observations qu'il faudrait étendre en y 
joignant la note de l'élévation et de la durée des crues des torrents, avan- 
ceraient beaucoup cette étude. 

» M. Surell, qui avait embrassé son sujet d'une manière très-générale, avait 
fait dans son esprit une synthèse de toutes les circonstances que lui avaient 
présentées les torrents, et avait fini par décrire et par combattre le torrent 
abstrait qui résultait de cette synthèse. 

» 11 était évident qu'un nouveau travail devait suivre le sien ; que ce serait 
ce travail analytique , dans lequel toutes ies variétés de position , tous les 
genres de dangers que pouvaient présenter les torrents d'après leurs cir- 
constances spéciales, seraient décrites et appréciées. M. Gras, guidé par ses 
études géologiques, par ses courses dans un pays aussi ravagé que le dépar- 
tement de l'Isère, devait être naturellement conduit à examiner les effets 
partiels et locaux des torrents. D'abord, considérant comme son prédé- 
cesseur l'effet général des torrents : 



( ">3) 

« Il n'est aucun voyageur, dit-il, qui n'ait conservé le souvenir de ces 
» immenses laves de cailloux stériles qui, partant du flanc des montagnes, 
» ont envahi la meilleure partie des vallées. Les efforts des habitants, pour 
» soustraire leurs propriétés à ce fléau destructeur, sont le plus souvent in- 
» fructueux, et il ne s'écoule pas une seule année où , dans l'étendue des 
» départements qui composent les Alpes françaises, il n'y ait quelque maison 
» engloutie ou des champs cultivés ensevelis sous des amas de débris. Tels 
» sont les premiers effets immédiats des torrents. Les seconds désastres, que 
» l'on pourrait appeler généraux, ne peuvent être attribués à aucun torrent 
» en particulier, ils sont la conséquence de leur ensemble : ce sont les 
» grandes inondations qui, par intervalle, viennent désoler les plaines les 
» plus riches et les plus populeuses. H est évident que ces inondations 
» tiennent, au moins en partie, à la rapidité avec laquelle les eaux pluviales 
» se réunissent au fond des vallées. Or, en y réfléchissant , on reconuaîi sans 
» peine que cette rapidité est une conséquence directe de la multiplicité des 
» torrents et des ravins. Ceux-ci sont, en quelque sorte, les grands chemins 
« que suivent les eaux de pluie et de neige pour aller grossir les cours d'eau 
» principaux. Plus les moyens de communication sont faciles et multipliés, 
» et plus la masse d'eau qui, dans un temps donné, parviendra dans les 
» lieux bas, sera considérable. » 

» Le grand problème à résoudre, à la solution duquel est liée l'existence 
d'une partie de notre territoire, consiste donc dans l'extinction des torrents 
des Alpes et dans leur conversion en cours d'eau moins impétueux et moins 
destructeurs. 

» Examinant dans leur détail les différents torrents du Daupbiné, et 
surtout ceux de la vallée du Graisivaudan , M. Gras a d'abord été conduit à 
modifier la classification adoptée par M. Surell, et pour lui cette modifica- 
tion est féconde en résultats pratiques. M. Surell admettait trois genres de 
torrents : i° ceux qui partent d'un col et coulent dans une véritable vallée: 
ils sont caractérisés par un bassin de réception très-vaste et un canal d'écou- 
lement long et profondément encaissé; 2° ceux qui descendent d'un faîte en 
suivant la ligne de la plus grande pente : le bassin de réception, en général 
peu étendu , est formé par une ondulation de la cime des montagnes et creusé 
sur les revers; 3° le troisième genre comprend ceux dont la naissanee est au- 
dessous d'un faîte, et sur le flanc même de la montagne : leur bassin de ré- 
ception se réduit à une espèce de large fondrière creusée par quelques ravins, 
et portant souvent dans le pays le nom de combe. Dans cette classification , 
M. Surell se préoccupait surtout du point de vue topographique. 

r4.. 



( io4 ) 

» Les études géologiques de M. Gras l'ont conduit à une autre division. 
Voyons comment il y a été conduit : « Les Alpes françaises sont presque par- 
» tout composées de roches très-dures en masses puissantes, alternant avec 
» d'autres qui sont plus tendres. Ce mélange d'assises dures et d'assises fria- 
» blés a été développé de mille manières et porté à de grandes hauteurs par 
« les soulèvements, de sorte que l'on voit partout d'immenses escarpements 
* reposant sur des bases sans consistance. La destruction de celles-ci a 
.. amené la chute des assises dures. Ce trait est vraiment caractéristique de 
» nos Alpes; dans aucune autre contrée, il n'est aussi saillant et aussi 
« général. » 

» On voit presque partout des cirques formés par ces éboulements, véri- 
tables bassins de réception des torrents, du côté où les roches présentent 
leurs tranches; tandis que, du côté de la pente de leurs couches, les torrents 
ont des bassins de réception moins abruptes et plus étendus. De là donc 
deux classes de torrents, qui ont chacune leur caractère particulier. Ceux de 
la première classe ont leur origine ou leur bassin de réception formé d'escar- 
pements composés en partie de roches dures, dont les parois sont tout à 
fait inaccessibles, ayant une inclinaison de 60 à 80 degrés; leurs flancs sont 
entièrement nus, exposés à des dégradations incessantes, ne présentant pas 
la moindre trace de végétation : il les nomme-torrents à escarpements. Les 
bassins de la seconde classe offrent une surface dont la pente augmente de 
plus en plus à mesure que l'on s'élève, mais sans avoir de variations très- 
brusques. Leur coupe longitudinale est une courbe concave du côté du ciei , 
dont la plus grande pente surpasse rarement 3o à 40 degrés. La surface du 
bassin de réception est presque toujours susceptible d'être boisée.. Cette 
forme se reproduit toutes les fois que les couches de rochers présentent toutes 
à peu près ie même degré de dureté , et surtout dans le sens de l'inclinaison 
de ces couches. Le lit de ces torrents est d'autant plus corrodé, qull est tra- 
versé par une plus grande quantité d'eau, et par conséquent dans sa partie 
basse; mais, à mesure qu'il se creusera, les causes de destruction s'affaibli- 
ront parla diminution de l'angle de chute, et enfin ii parviendra à une 
forme limite, que le torrent conserve ensuite d'une manière indéfinie. Si 
toutes les parties du sol n'étaient pas d'égale dureté , les parties résistantes 
resteraient en saillie et occasionneraient des chutes ou cascades. M. Gras dé- 
signe ce genre de torrents par le nom de torrents à bassins sans escar- 
pements. 

» Il fait ensuite une troisième classe de torrents à bassins mixtes, dans 
lesquels un bassin à escarpements précède un second bassin sans escarpe- 
ments, et vice versa. 



( io5) 

» Dans son Mémoire, l'auteur a principalement traité des torrents à bas- 
sins escarpés, dont les environs de Grenoble lui offraient des exemples re- 
marquables. La vallée de l'Isère , depuis Grenoble jusqu'à Saint-Nazaire, dans 
le parcours de i myriaraètre, présente quatre régions distinctes. La région 
la plus basse est une plaine très-fertile , comprise entre l'Isère et la grande 
route : sa pente en travers est d'environ i degré ; elle est composée d'allu- 
vions profondes de la rivière. 

» La deuxième région est formée par les coteaux cultivés qui sont la berge 
de l'Isère dans ses inondations: ils ont une pente moyenne de 7 à 8 degrés; 
ils sont formés de marnes et de scbistes argilo-calcaires très- tendres appar- 
tenant à la partie inférieure du terrain jurassique. 

- La troisième région est celle des bois; elle commence à 5oo mètres au- 
dessus de la plaine (730 mètres au-dessus du niveau de la mer). Sa pente , 
qui va toujours croissant à mesure que l'on s'élève, est, eu moyenne , de 26 
à 27 degrés, et peut aller jusqu'à 35 degrés. Sa surface est couverte de blocs 
descendus des cimes, supportés par les marnes argileuses faciles à désa- 
gréger, appartenant à l'étage oxfordien du terrain jurassique. 

» Enfin la quatrième région, celle des roches nues, consiste en un im- 
mense escarpement calcaire qui, sur quelques points, est vertical ou même 
surplombe, et qui, pris dans son ensemble, offre un talus de 60 à 70 degrés; 
la base de cet escarpement est de 700 à 750 mètres au-dessus de la plaine, 
et son sommet s'élève à 1100 mètres au-dessus du même niveau, ce qui lui 
donne de 35o à 4oo mètres de hauteur verticale. Il constitue la partie la plus 
élevée de l'étage moyen jurassique : c'est une pierre entièrement nue, à suc- 
face irrégulière, sans cesse attaquée et déchirée par les agents météorolo- 
giques. 

» Sur cette largeur de i myriamètre on compte neuf torrents à bassins de 
réception escarpés. Leur lit d'écoulement occupe la plaine ; leur lit de dé- 
jection s'étend sur les collines cultivées; le canal de réception est creusé dans 
la marne de la région des bois; enfin le bassin de réception embrasse une 
certaine étendue des flancs escarpés du grand rocher qui termine la 
montagne. 

« Deux faits surtout, dit M. Gras, frappent d'étonnemeut et semblent 
» inexplicables quand on examine le lit de ces torrents. C'est, en premier 
>. lieu , la quantité vraiment énorme de fragments calcaires de toutes dimen- 
» sions qu'ils charrient au moment de leurs grandes crues, et qui contraste 
» fortement avec leur état de sécheresse et de repos complet en temps or- 



( io6 ) 

« dinaire; ea second lieu, c'est la faible étendue en projection horizontale 
« de leur bassin de réception. » 

» Si tous les cailloux que charrie le torrent étaient détachés de rochers an 
moment même de la crue, ils seraient, en effet, hors de proportion avec le 
volume d'eau qui les amène, car le plus souvent il y a autant de débris que 
d'eau : mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Le rocher escarpé 
qui forme le bassin de réception étant très-destructible, s écroule peu à peu. 
Or la même cause qui fait converger vers un même point les eaux pluviales 
de ce bassin y pousse aussi les fragments de rocher qui s'en détachent sans 
cesse. Ces fragments, en arrivant au sommet du canal de réception , tombent 
dans un ravin bien encaissé, à parois lisses et dont l'inclinaison approche de 
45 degrés; ils ne s'y arrêtent pas et continuent à descendre jusqu'à ce qu'ils 
aient atteint un sol assez peu incliné pour s'y reposer. Or cette condition ne 
se trouve remplie qu'à la partie inférieure du canal de réception et tout à 
fait au sommet du lit de déjection. C'est là que, dans un espace assez circon- 
scrit eu longueur et profondément encaissé, s'accumulent tous les débris 
fournis par le bassin de réception. Ainsi , pendant qu'on croit le torrent en 
repos, il prépare, sans qu'on y prenne garde, les éléments de ses ravages : 
il fait, si l'on peut parler ainsi, ses approvisionnements; ce travail inces- 
sant dure pendant des mois et des années entières. 

» Passons au second fait qui étonne l'imagination. Comment un bassin 
de réception de très-petite étendue (il y en a, selon l'auteur, qui n'ont que 
quelques centaines de mètres carrés en projection horizontale) peut-il 
fournir une masse d'eau capable de transporter à une grande distance ces 
débris accumulés? Ce phénomène tient à la violence extraordinaire de cer- 
taines pluies d'orage dans ces entonnoirs de montagne, et à la rapidité avec 
laquelle les eaux pluviales s'écoulent le long de ces escarpements. Dans ces 
climats et dans ces situations, on essuie quelquefois des pluies diluviennes, 
heureusement très-courtes, dans lesquelles il tombe, dans une minute, une 
tranche d'eau de 1 millimètre de hauteur; tandis que les plus fortes pluies 
ordinaires ne dépassent pas ■—; de millimètre par minute. 

» Les filets d'eau qui en proviennent arrivent avec rapidité et tous en- 
semble au bas de l'escarpement, et se réunissent dans ie canal de réception 
qui est aussi très- incliné, de sorte qu'on volume d'eau représentant toute la 
pluie qui tombe descend à la fois par ce canal. Arrivée à son extrémité, la 
force de cette masse d'eau est singulièrement accrue par deux circonstances : 
le changement de la pente qui devient moins forte et la rencontre du bar- 



( io 7 ) 
rage iormé par \es b\ocs> amoncelés. Il se fait donc , sur ce point , une grande 
accumulation d'eau, et, dans certains cas, l'averse tout entière est réunie 
et condensée au sommet du lit de déjection. Alors sa force parvient à vaincre 
l'obstacle, et l'on voit s'avancer une espèce de montagne mouvante, renfer- 
mant autant de cailloux que d'eau, roulant avec impétuosité jusqu'à ce que, 
se trouvant sur une pente trop faible, elle s'affaisse sur elle-même : le lit du 
torrent est alors obstrué, et les eaux, franchissant son lit, vont porter de 
tous côtés la dévastation et la stérilité. 

« Il se présente quelquefois une anomalie remarquable qui ne pouvait 
échapper à l'œil scrutateur de M. Gras, et dont il a su tirer un grand parti : 
quelques-uns de ces torrents, dont la situation et la formation géologiques 
étaient exactement semblables à celles des torrents que nous venons de 
décrire, ne charrient pas de débris, manquent de lit de déjection. Remon- 
tant à l'origine de ces torrents, l'auteur a reconnu que ce phénomène tenait à 
l'existence d'une nappe de débris prolongés jusqu'au pied de l'escarpement 
et recouvrant la base marneuse du lit de réception. Lorsque le sol friable est 
à nu, les filets d'eau pluviale qui coulent le long des rochers ne manquent 
pas de le corroder. 11 se forme d'abord une foule de petits sillons qui s'agran- 
dissent à chaque pluie, se réunissent en un seul et finissent par former un 
lit de réception où toutes les eaux se rassemblent. Mais si le terrain mar- 
neux est recouvert de débris, les filets d'eau coulent entre ces amas pierreux 
qui ne jouissent que d'un équilibre instable, et changent continuellement de 
position quand leur base est excavée par suite de petits éboulements et dé- 
placements des blocs, détournent ainsi les filets d'eau prêts à se réunir, et pré- 
viennent la formation définitive des sillons et des ravins. Les eaux arrivent 
donc sans impulsion et successivement au bas des grandes pentes et sortent 
de la masse des débris sans les entraîner. 

» L'auteur termine son examen des terres à bassina escarpés en posant les 
deux propositions suivantes : 

« i°. Toutes les fois qu'un torrent charrie une très-grande quantité de 
» débris, on est sûr, si l'on remonte à son origine, de trouver qu'ils sont le 
« produit de la dégradation d'un grand rocher escarpé dont la base tendre et 
» friable n'est protégée ni pas des amas de débris, ni par la végétation; 

» 2 . Et réciproquement, toutes les fois que la base d'uu grand escarpe- 
» ment facilement destructible n'est pas recouverte, soit par des débris, soit 
» par la végétation, il s'y forme des torrents à lit de déjection , dont les ra- 
» vages sont proportionnels à l'étendue du bassin de réception taillé daus le* 
» flancs de l'escarpement. » 



( io8) 
,-, Le côté pratique de l'élude des torrents, c'est la recherche des moyens 
rie parvenir à leur extinction ou à leur conversion en cours d'eau inoffensifs. 
M. Surell, après avoir indiqué les divers procédés palliatifs usités pour les 
combattre, les digues longitudinales, les épis, les murs de chute, a montré 
leur peu d'efficacité dans la partie inclinée du lit des torrents. En effet, le 
premier moyen est insuffisant, parce que, si les eaux ne peuvent renverser 
la digae, elles agissent avec plus de force sur le fond du lit, laffouillent et 
amènent la chute des murs privés de leur base; les murs de chute ont l'in- 
convénient d'être très-coûteux, à cause de leur multiplicité nécessaire, si la 
pente de torrent est considérable. Aussi, dans la partie supérieure des tor- 
rents. M. Surell met-il toute sa confiance dans le boisement du sol, qui arrête 
ou modère les affouillements , soit en retenant les terrains par l'enchevêtre- 
ment des racines des arbres, soit en divisant et en modérant la course des 
filets d'eau et prévenant leur réunion. Toute la seconde partie de l'ouvrage de 
M. Surell est consacrée à l'exposition de son système, qui consiste à tracer sur 
les deux rives du torrent une zone continue boisée , qui en suivra tous les 
détours et qui, ayant Zjo mètres de largeur dans le bas, s'étendra progres- 
sivement jusqu'à embrasser un espace de 4 à 5oo mètres, enveloppant toutes 
les branches de torrent et leur point d'origine. 

» M. Gras montre que ce système n'est pas généralement applicable, et 
qu'en particulier il ne pourrait l'être aux torrents à bassins escarpés, à canal 
oe réception, entourés de débris et ayant une pente de 45 degrés dans une 
marne nue et friable, sur laquelle toute végétation est impossible. II pense 
au'il n'y a qu'un seul remède praticable pour parvenir à leur extinction, c'est 
celui qni a été indiqué par la nature, la création artificielle d'un plan incliné 
de débris venant se rattacher à la base de l'escarpement, et qui change com- 
plètement la nature du canal de réception. 

» La pratique de cette opération sera peut-être moins facile que sa théorie. 
Les barrages, composés de fortes pièces de bois implantées perpendiculaire- 
ment dans le sol au moyen d'une maçonnerie solide, consolidés par des arcs- 
boutants aussi encastrés dans le sol et reliés par des traverses horizontales, 
devront traverser tout le bassin où se forme le canal de réception. On les 
commencera vers le haut et on les multipliera successivement en avançant 
vers le bas par des lignes parallèles jusqu'à ce qu'on arrive à la partie du ht ou 
les pentes s'affaiblissent et où l'action de l'eau est naturellement modérée. Ces 
barrages transversaux retiendront les débris provenant des éboulements, les 
empêcheront de gagner le bas du canal de réception, et formeront peu a peu 
je lit artificiel de blocs, qui devra prévenir pour l'avenir la formation des lits 



( r °9 ) 
de déjection. Malheureusement les communes seules peuvent se croire inté- 
ressées à prévenir le ravage de ces torrents, et la difficulté de cette opération , 
mise en regard avec leur misère , ferait craindre que les raisons financières 
ne fussent le principal obstacle que l'on rencontrerait. Mais l'expérience 
mérite d'être faite, et Ton doit faire des vœux pour que l'extinction de l'un 
des torrents qui désolent la vallée de Graisivaudan soit confiée à M. Gras. Les 
résultats de cette première tentative conduiraient peut-être à généraliser une 
semblable opération dans un pays comme le Dauphiné, qui a déjà tant souf- 
fert des torrents à lits de déjection, mais qui pourrait encore sauver de si 
beaux territoires par leur extinction. 

» I^e Mémoire de M. Gras nous paraît apporter un complément indispen- 
sable à la théorie des torrents, en lui donnant pour base la connaissance 
géologique des terrains; il contient une monographie intéressante d'un genre 
de torrent d'une nature particulière très-fréquent dans nos Alpes , où il porte 
la désolation; il a tiré, de ses observations, des procédés pour parvenir à 
s'en rendre maître et à prévenir leurs ravages. Nous regardons son tra- 
vail comme ayant fait faire un pas important à l'étude des eaux torren- 
tielles. Nous vous proposons donc de lui donner votre approbation et d'or- 
donner son insertion dans le Recueil des Mémoires des Savants étrangers. >■ 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

chjrurgie. — Rapport sur un Mémoire de M. Jobert, de Lambalic. 
intitulé: Réflexion sur l'autoplastie urétrale, etc. 

(Commissaires, MM. Roux, Velpeau, Lallemand rapporteur.) 

« Le Mémoire de M. Jobert, de Lamballe, renvoyé à votre Commission , 
a pour objet le traitement des fistules urinaires, principalement de celles qui 
ont leur siège au-devant du scrotum et sont accompagnées de perte de 
substance considérable. 

» Les fistules situées au périnée parcourent une assez grande épaisseur de 
parties, pour que leur trajet soit toujours long et plus ou moins sinueux: 
ce qui favorise leur resserrement, leur oblitération, dès que le libre cours 
des urines par le canal est rétabli. Mais celles qui ont leur siège plus en avant 
ne sont pas dans des conditions aussi favorables; leur trajet est plus direct 
et plus court , à cause du peu d'épaisseur des parties qui séparent de la peau 
la surface muqueuse urétrale. Cependant, quand ces fistules ont un très- 
petit diamètre, on peut en obtenir l'oblitération par le simple rappro- 
chement des bords , mis préalablement en état de contracter des adhérences. 

C. R., 1847, i" Semestre. (T. XXIV, N°4.) I 5 



( no ) 

» Mais quand il existe une perte de substance considérable, les bords ne 
pourraient être unis sans diminuer par trop le calibre du canal , et il en 
résulterait, en supposant la réunion complète et durable, un obstacle au 
libre cours des urines. C'est dans des cas de cette nature que M. Jobert, de 
Lamballe, a eu l'heureuse idée de restaurer les parties détruites, au moyen 
du scrotum, dont la peau est très-élastique, fortement plissée dans tous les 
sens, et doublée d'ailleurs d'un tissu cellulaire très-abondant, très-vascu- 
laire et dépourvu de graisse; conditions qui permettent de déplisser la 
peau sans tiraillement, et d'en attirer très-loin une portion étendue, avec tout 
son tissu cellulaire sous-jacent , sans être obligé de la disséquer pour mettre 
en contact les bords du lambeau avec ceux de la fistule, préalablement 
avivés. Cette méthode d'autoplastie par glissement est la plus simple , la 
plus favorable à une réunion prompte et solide, puisqu'on n'est pas obligé de 
séparer le lambeau de son tissu cellulaire pour lui faire prendre la place 
des parties détruites. 

» La peau du scrotum est celle qui se prête le mieux à ce mode opéra- 
toire, et l'auteur en a profité avec habileté dans trois cas où la perte de 
substance était assez considérable pour ne pouvoir être réparée par aucun 
autre moyen, comme on peut en juger par des dessins faits avec soin , repré- 
sentant les parties avant l'opération et après la guérison. 

.. Votre Commission pense: i° que M. Jobert, de Lamballe, mérite ies 
éloges de l'Académie pour avoir introduit dans la pratique une méthode 
opératoire propre à remédier à des pertes de substances de l'urètre, qu'on 
n'aurait pu réparer par d'autres moyens; 2° que l'auteur doit être encou- 
ragé à étendre l'application de cette autoplastie par glissement à d'autres 
cas analogues qur pourront se présenter. >• 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

MÉMOIRES LUS. 

physiologie. — Mémoire sur le mal de mer ; par M. Ch. Pellabin. 

(Extrait par l'auteur.) 
(Commissaires, MM. Serres, Duperrey, Lallemand.) 

« Presque tous ceux qui se sont occupés du mal de mer l'ont attribué , 
ou bien à une congestion sanguine du cerveau , ou bien aux secousses com- 
muniquées aux intestins par les mouvements du navire. Ni l'une ni l'autre 
de ces opinions ne peut résister à un examen attentif. * 

» L'invasion du mal de mer, en effet, loin de s'accompagner des symp- 



f III ) 

tomes ordinaires de la congestion, visage coloré, turgescence vasculaire, etc., 
est bien plutôt signalée par un état opposé, pâleur de la face et des mains] 
pouls déprimé, etc. Ce qui doit encore éloigner l'idée de la congestion 
cérébrale, c'est que l'on souffre moins, couché que debout. En général, tout 
ce qui favorise l'afflux du sang an cerveau soulage absolument comme dans 
la syncope. 

« Au sujet de la seconde explication, il suffit de remarquer que le trot du 
cheval, qui secoue bien autrement les entrailles que les mouvements du na- 
vire, ne donne jamais lieu à rien qui ressemble au mal de mer. Le mal de 
voiture, qui est le mal de mer en petit, se fait plutôt sentir dans une voiture 
suspendue que dans une charrette durement cahotante. 

>• La cause du mal de mer est purement mécanique; elle dépend essen- 
tiellement des oscillations du navire. Mais comment celles-ci agissent-elles 
sur l'économie pour produire les nausées? Je me suis fait depuis longtemps 
a cet égard, une théorie que j'ai résumée dans la proposition suivante de' 
ma Thèse inaugurale, soutenue à la Faculté de Médecine de Paris le 
a4 août 1840 : ' 

» Le mal de mer doit être attribué au trouble apporté dans la circulation 
* du sang par les mouvements alternatifs d'inclinaison , soit latérale (roulis) 
» soit entéro-postérieure (tangage) qu'exécute le navire. Ce trouble a pour 
» résultat, non pas de congestionner le cerveau, comme le prétendait 
» ^ollaston,ma.s de le priver, au contraire, de l'afflux d'une quantité de 
» sang suffisante à Ja stimulation de ce centre nerveux. Ce qui arrive dans 
- le mal de mer est tout à fait analogue à ce qu'éprouvent assez souvent les 
» personnes que l'on saigne debout ou assises, et qui, en même temps 
» qu elles se sentent défaillir, sont prises de nausées et de vomissements , 
» Insuffisante excitation au cerveau par le sang artériel, tel e«t donc 
suivant moi, le fait primordial et pathogénétique dans le mal de mer 

» Quels sont les individus qui résistent le mieux au mal de mer? Ceux 
chez lesquels la circulation est naturellement énergique, ou bien qui l'acti 
vent par des travaux de force. Les très-jeunes enfants, dont le cœur est rela- 
t.vement plus volumineux que celui des adultes, ne sont point sensiblement 
incommodes du mal de mer. Les animaux l'éprouvent moins que les hommes 
parce que chez eux le cerveau se trouve presque sur le même plan hori- 
zontal que le cœur. r 

» Tout ce qui élève et accélère la circulation du sang prévient ou dimi- 
nue le mal de mer. Ainsi agissent les inspirations fortes et fréquentes nui 
au témoignage de M. Arago, l'ont, dans une traversée, préservé du mal de 

i5.. 



( "2 ) 

mer, jusqu'au moment où la fatigue des muscles respirateurs l'obligea de 
renoncer à l'emploi de ce moyen prophylactique. La ceinture soulage aussi; 
mais ce n'est point parce qu'elle fixe les intestins, c'est parce qu'elle contri- 
bue à pousser le sang vers la tête. Elle agit de la même manière que le dé- 
cubitus avec la tête basse. 

» Dne expérience pourrait montrer, jusqu'à un certain point, si ma 
théorie est ou n'est point fondée. Des personnes placées dans les circon- 
stances qui déterminent le mal de mer devraient en ressentir beaucoup plus 
rapidement les atteintes, si on leur mettait aux jambes la ventouse-monstre 
de M. Junod , deux causes concourant alors à priver le cerveau de 1 afflux 
normal du sang. Autre mode de vérification que je recommande aux méde- 
cins navigateurs: pendant le mal de mer, l'auscultation, appliquée aux gros 
vaisseaux du cou, doit y révéler le bruit de souffle, comme chez les chlo- 

rotiques. 

» Enfin, je signale une analogie entre les nausées maritimes et celles des 
premiers mois de la grossesse ; dans ce dernier cas, la matrice, devenant un 
centre d'afflux sanguin , détourne du cerveau une partie du liquide vivifiant 
qu'il recevait. Une remarque qui vient à l'appui de ce rapprochement, c'est 
que rarement les femmes enceintes sont prises de maux de cœur au lit, et 
fréquemment, au contraire, à l'instant ou elles se lèvent , où elles passent de 
la position horizontale à la station droite. 

» En résumé , voici les conclusions du travail que j'ai l'honneur de sou- 
mettre à l'Académie : 

» i°. Le mal de mer, le mal de voiture, celui que détermine la balan- 
çoire, sont tous des phénomènes de la même nature, essentiellement pro- 
duits par l'influence exercée sur la marche circulative du sang par les 
mouvements que le corps subit dans ces diverses circonstances. 

» a . Cette influence a pour principal effet de diminuer la force ascen- 
dante du liquide excitateur dans l'aorte et dans les artères qui naissent de 
sa crosse. De là résulte un état hyposthénique du cerveau par anémie ou 
hfpohémie. 

» 3°. L'insuffisante excitation de l'organe cérébral détermine sur-le- 
champ, par voie sympathique, des contractions du diaphragme et des 
vomissements qui ont surtout pour objet de faire refluer vers le centre 
nerveux, véritable chef hiérarchique de l'économie, le sang qui lui fait 
défaut , ce principe matériel de l'activité vitale des organes. 

» Traitement du mal de mer. — Contre le mal de mer , on peut recourir à 
deux ordres de moyens : le premier consiste à se soustraire autant que 



( "3; 

possible à\a cause , c'est-à-dire aux mouvements du navire, par exemple en 
restant couché dans un cadre suspendu, sans frottement sensible aux points 
d'attache, situation qui ne saurait être gardée, on le conçoit, que pendant 
une très-courte traversée, et qui n'habitue point à la vie nautique. Le 
second a pour but de combattre les effets de la cause sur l'organisme ; et, 
pour cela , il faut stimuler ia fonction circulatoire par tous les agents suscep- 
tibles d'en accroître l'énergie : ainsi régime tonique, exercices corporels actifs 
pendant les jours qui précèdent l'embarquement. Il est rationnel de prendre, 
deux ou trois heures avant d'être soumis à l'épreuve des mouvements du 
navire, un repas abondant et substantiel. Rendu à bord, il faut, si le temps 
ie permet, se tenir sur le pont, à la brise, faire de larges inspirations, 
marcher jusqu'à la fatigue, ou, mieux encore, se livrer à un exercice de 
force, comme de tirer sur les manoeuvres avec les matelots. Le travail 
matériel, celui qui exige beaucoup d'efforts, voilà le prophylactique par 
excellence. Avant toute manifestation des nausées, les boissons excitantes et 
chaudes, le café, le thé, le vin chaud, donnent plus d'aptitude à résister au 
mal, en stimulant la circulation. Parmi les médicaments, ceux qui ont un 
effet analogue sur l'économie peuvent être pris avec avantage : tels sont 
l'opium, l'acétate d'ammoniaque, etc. Une fois le mal déclaré, il ne reste 
plus que le recours aux palliatifs. Le citron, les excitants aromatiques sou- 
lagent parfois. La position horizontale, surtout dans une couchette sus- 
pendue, est alors ce qu'il y a de plus efficace. Mais, à cette époque même, 
si l'on veut abréger la durée de l'influence nauséeuse, il faut lutter de toutes 
ses forces contre la tendance à l'inaction. 

» Emploi thérapeutique du mal de mer. — Une cause qui détermine dans 
l'économie une aussi forte perturbation que le mal de mer, sans laisser 
aucune suite fâcheuse, aurait mérité, comme agent thérapeutique, plus 
d'attention qu'on ne lui en a donné. Il serait possible d'en obtenir de pré- 
cieux effets dans plusieurs affections chroniques et aiguës, dans celles-là 
surtout qui s'accompagnent de congestions vers la tête. Cette observation 
n'avait pas échappé aux Anciens. {Voir Pline, Hist. nat. , liv. XXXI, 
chap. III.) 

» Rien n'empêcherait, d'après la connaissance maintenant acquise de 
l'étiologie du mal de mer, d'en aggraver à volonté l'influence dans un but 
curatif. Ce ne serait pas non plus un problème au-dessus de l'habileté de 
nos mécaniciens, que la construction d'appareils qui produiraient, sans la 
nécessité d'un embarquement, tous les effets du roulis et du tangage. » 



( m4 ) 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

optique. — Deuxième Note sur les modifications du phénomène des 
houppes colorées de Haidinger; par M. J.-T. Silbermakm. (Extrait par 
l'auteur.) 

(Commissaires, MM. Becquerel, Pouillet, Babinet.) 

« ... M. Haidinger pense que la direction des houppes jaunes indique celle 
du mouvement des vibrations; M. Moigno est d'avis contraire. J'ai montré, 
dans ma première Note, qu'il y a un élément auquel il faut d'abord se rap- 
porter, c'est celui de l'analyseur rayonné ou strié radiairement: cet élément 
est le striage parallèle dont M. Babinet a indiqué la propriété polorisante: 
la lumière traverse les stries quand elles sont parallèles au plan de polarisa- 
tion: ce que démontrent les agates visiblement striées. 

>• La coïncidence du jaune avec le maximum d'intensité du spectre, et du 
violet avec le minimum, paraît, pour M. Moigno, donner une autre explica- 
tion que la mienne à ce phénomène. J'observerai, quant au maximum et au 
minimum , que le rouge est aussi un minimum du spectre , et que le violet me 
paraît être ici non un minimum , mais la teinte complémentaire du jaune. De 
même que celle-ci, toutes les expériences qui ont été faites jusqu'à présent 
s'accordent avec ma supposition, qui est, comme je l'ai déjà dit, que le cris- 
tallin est un analyseur de forme, il est vrai, particulière, mais définie; que 
les membranes transversales intérieures peuvent, par leur structure, aider 
le phénomène, et que la cornée transparente est une lame biréfringente in- 
terposée. 

» C'est ainsi que le phénomène observé par M. Bôtzenhart peut s'ap- 
pliquer au même phénomène; il a observé que les quartz perpendiculaires à 
l'axe dévient les houppes, tout comme ils font tourner le plan de polarisation: 
c'est le même phénomène. 

» Si l'on se sert de la loupe dichroscopique de M. Haidinger, en interpo- 
sant, entre l'œil et cet instrument biréfringent, une lame mince parallèle à 
l'axe, tout peut être indiqué à l'avance: ou elle a un effet nul, ou elle détruit 
les houppes quand l'axe est à 45 degrés sur les plans croisés de la polarisation 
incidente; et, s'il est parallèle ou perpendiculaire à ces plans, ses teintes se 
superposent à celle des houppes, pour de certains cristaux, ou n'apportent 
point de changement à leur apparence : ces phénomènes sont bien faibles 
pour s'apercevoir d'une manière très-nette. On peut encore, d'après les 



( "5 ) 

mêmes conditions , prédire ce que doivent voir les personnes opérées de la 
cataracte : 

» i°. Celles qui ont été opérées par extraction verront les houppes comme 
d'ordinaire, si les membranes striées qui sont dans l'humeur vitrée polarisent 
assez énergiquement encore; 

» 2°. Celles qui auraient été opérées par abaissement, si le cristallin 
laissait traverser de la lumière au passage de l'axe optique, verraient une 
tacbe jaune, le plan de polarisation étant supposé parallèle aux stries du 
cristallin, et une tache violette dans le cas de la perpendicularité, sauf l'effet 
des membranes précédentes. 

» 11 sera, je pense, d'un haut intérêt physiologique et pathologique, 
d'étudier ce phénomène dans les divers cas où peut se trouver l'œil, soit chez 
l'homme, soit comparativement chez les animaux des diverses classes. 

» Ce phénomène , si fugace , offre des particularités remarquables en fait 
d'intensité et de durée. Si l'on commence à considérer les houppes à travers 
un prisme de Nichol par exemple, elles disparaissent au bout de six à huit se- 
condes; si alors on tourne le prisme brusquement de go degrés environ, ou 
les verra mieux dans leur nouvelle position, mais seulement pendant quatre à 
cinq secondes : par un nouveau mouvement de 90 degrés , on les voit encore 
mieux et revenues à leur première place, mais pendant un temps plus court 
(deux ou trois secondes) ; les changements suivants ont fini par fatiguer l'œil et 
par éteindre le phénomène de plus en plus. Il est visible ici que le travail qui 
s'opère dans l'œil est partagé en deux espèces diverses qu'il sera intéressant 
d'analyser, en les comparant aux phénomènes de contraste dont l'intensité 
est à peu près la même quelquefois. 

» Rien jusqu'à présent ne me paraît être contraire à l'hypothèse que j'ai 
émise sur les propriétés polarisantes de l'œil , appuyées sur des faits connus. » 

analyse mathématique. — Mémoire sur les séries à sommes infinies et sur 
leur application à la théorie des nombres; par M. Lebesgce. 

(Commissaires, MM. Liouville, Lamé, Binet.) 

physiologie. — Recherches sur les causes de la mort chez les enfants qui 
succombent pendant le travail de l'accouchement; par M. Kisg. 

(Commissaires, MM. Serres, Rayer.) 



:( "6) 

physiologie. - Du mode d'action qu'exercent pendant la vie, sur 
l'économie animale, les substances qui, après la mort, préservent de la 
putréfaction; par M. Robin. 

(Commissaires, MM. Balard , Magendie.) 

mécanique appliquée. - Figure et description d'un appareil de sauvetage; 

par M. Poitrot. 
(Commissaires, MM. Becquerel, Regnault, Balard.) 

M. Hossard adresse une Note ayant pour titre : Moyen simple et peu dis- 
pendieux de faire le vide. 

« L'auteur rend compte d'expériences qu'il a faites en employant 1 huile 
de schistes, substance qui, dit-il, peut s'obtenir à très-bas prix. En enflam- 
mant les vapeurs dans l'appareil qui lui a servi pour ses essais, il faisait 
constamment baisser des f la colonne du manomètre. Il pense que ce pro- 
cédé pourrait être employé avec avantage pour les chemins de fer atmo- 
sphériques. « 

( Commissaires , MM. Becquerel , Regnault, Balard.) 

M. CUivano soumet au jugement de l'Académie un Mémoire sur les forces 
centrales. 

(Commissaires, MM. Liouville, Le Verrier, Cauchy.) 

M. de Gaspauis envoie la démonstration d'un théorème de géométrie ana- 
lytique. 

(Renvoi à la Commission nommée pour une précédente communication du 

même auteur.) 

M. L48SAIG5B avait présenté dans une précédente séance des Recherches 
sur la composition de l'air confiné dans les écuries où ont respiré un certain 
nombre de chevaux. Ce travail est renvoyé, ainsi qu'un travail précèdent du 
même auteur, sur l'air recueillie différentes hauteurs dans une salle close 
où ont respiré un très-grand nombre de personnes, à une Commission com- 
posée de MM. Dumas, Boussingault , Payen. 



( 1.7 ) 

CORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de instruction publique transmet l'ampliation de l'ordon- 
nance royale qui confirme la nomination de M. Faye à la place vacante, 
dans\a Section d'astronomie, par suite du décès de M. Damoiseau. 

Sur l'invitation de M. le Président, M. Faye prend place parmi ses 
confrères. 

M.Is. Geoffroy-Saixt-Hilaire présente à l'Académie, au nom de l'auteur, 
les 4 e , 5 e et 6 e livraisons de Y Iconographie ornithologique de M. Des Murs; 
ouvrage destiné à servir de complément aux Planches enluminées de 
Buffon, et aux Planches coloriées de M. Temminck. Ces livraisons,, dont 
l'exécution est toujours aussi soignée, contiennent les descriptions et les 
figures de dix-huit espèces, les unes nouvelles, les autres très-imparfaitement 
connues. «V Iconographie ornithologique, dit M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire, 
est sans nul doute l'un des plus beaux ouvrages qui se publient en France 
sur l'histoire naturelle, et l'on ne saurait trop féliciter M. Des Murs des efforts 
et des sacrifices, vraiment au-dessus des ressources d'un particulier, qu'il 
ne cesse de faire dans l'intérêt de la science. > 

M. Mutel demande à être porté sur la liste des candidats pour la place 
d'académicien libre, vacante par suite du décès de M. Borj de Saint- 
Vincent. 

A cette Lettre est jointe une liste des travaux et des publications de 

M. Muiel. 

(Renvoi à la future Commission.) 

photographie. — Procédés employés pour obtenir les épreuves de 
photographie sur papier; par M.. Blanquart-Evrard , de Lille. 

« A l'admiration que fit naître la belle découverte de M. Daguerre, se 
joignit bientôt un vœu: les artistes surtout firent appel à la science et lui 
demandèrent les moyens de fixer sur le papier les images de la chambre 
noire, que M. Daguerre obtenait sur plaqué d'argent. Cet appel fut entendu : 
grand nombre de savants firent bientôt connaître les propriétés photogé- 
niques de beaucoup de produits chimiques; les recettes se multiplièrent à 
l'infini: d'où vient qu'elles restèrent sans résultat? 

C. H., 1847, 1 er Semestre. (T. XXIV, N°4.) J° 



( "8 ) 

» Certes, on ne pourrait l'attribuer à l'inaction des amateurs; car, outre 
le piquant qu'offre toujours une nouveauté, cette nouvelle braoche de pho- 
tographie présentait trop d'intérêt sous le double rappo.rt de l'art et de ses 
applications à l'industrie, pour ne pas réclamer tous leurs efforts. Si leurs 
travaux sont restés stériles, c'est qu'il y avait au fond de l'opération, telle 
qu'elle se pratiquait, une cause permanente d'insuccès; en d'autres termes , 
l'absence d'un principe pour la préparation du papier. 

» Dirigeant dès lors mes recherches vers ce but, j'arrivai bientôt à re- 
connaître que si les résultats qu'on obtenait étaient inconstants et défectueux , 
donnant des images sans puissance et sans finesses, sans dégradations lumi- 
neuses et sans transparence dans les clairs-obscurs , la cause était due à une 
préparation incomplète et trop superficielle du papier. En effet, procédant 
par analogie avec la préparation sur plaqué, on se contentait de déposer 
sur une des surfaces du papier les principes photogéniques. Cette opération 
chargeant inégalement la surface du papier, celle-ci était inégalement 
impressionnée à la lumière, lors de l'exposition à la chambre noire. Les 
réactions chimiques qui suivaient cette exposition accusaient toutes ces iné- 
galités; en outre, la préparation étant trop superficielle, l'image manquait 
d<> ton dans les parties lumineuses , et de transparence dans les demi-teintes. 
Cette analyse me conduisit donc à reconnaître ce principe, qu'il fallait 
rendre la pâte du papier photogénique, en procédant à sa préparation pat- 
absorption, de manière qu'elle recelât les principes chimiques des dissolu- 
tions, et qu'elle devînt ainsi le milieu dans lequel doivent s'accomplir les 
réactions chimiques, qui finalement constituent l'image photographique. 

i Ce principe posé, chaque praticien peut, à sou gré, choisir ses sub- 
stances. De même que pour le piaqué d'argent, les uns préfèrent ies bro- 
mures aux chlorures, de même, pour le papier, ils seront libres de leur 
préférence: les résultats seront relatifs, mais le principe devra être observé 
dans la préparation. ~~ 

» Afin de faciliter ies premiers travaux de ceux qui voudraient se livrer à 
l'étude de la photographie sur papier, je vais leur indiquer ici les moyens 
de préparations des épreuves que j'ai produites, et dont l'emploi leur don- 
nera un résultat propre à les encourager à de nouvelles études. 

» Pour opérer promptement, il faut employer le papier mouillé : c'est 
là une condition qui rend l'opération très-difficile; car, à peine le papier 
est-il déposé sur la planchette du châssis, qu'il se boursouffle. Pour parer 
à ce grave désagrément, on a conseillé l'ardoise humide; mais cela ne 



( i«9 ) 
retarde inconvénient que de quelques minutes, et, par suite, ne dispense 
pas de procéder à ces opérations préliminaires sur les lieux mêmes où 
l'on veut prendre une épreuve. A la recherche d'un moyen, je commençai 
à me servir d'une glace sur laquelle je déposais le papier et que je garan- 
îissais par la planchette pour former mon châssis. Un jour, par distrac- 
tion, je plaçai cette glace dans mon châssis, dans le sens opposé, c'est- 
à-dire le papier en dedans et la glace faisant face à l'objectif dans la chambre 
noire. J'obtins également mon épreuve. Ce fut un trait de lumière: l'image 
pouvant venir derrière une glace, en pressant le papier entre deux glaces, 
recouvrant auparavant un des côtés du papier photogénique de deux ou trois 
feuilles de papier bien mouillé, je pouvais entretenir l'humidité pendant un 
temps considérable , et mon papier , par son adhérence à la glace , conservait 
toujours une surface parfaite. Je pus ainsi aller au loin prendre une épreuve 
et venir la terminer dans mon cabinet. Ce moyen, on le voit, lève une des 
plus grandes difficultés de la photographie sur papier, et rendra son exé- 
cution plus facile que celle sur plaqué. 

» Toutes les préparations que je vais décrire se feront à froid, non parce 
que cela est préférable, mais parce que ce mode est moins assujettissant 
et qu'il devient ainsi à la portée du plus modeste préparateur, auquel un 
coin d'appartement, bien garanti de toute lumière , pourra servir de labo- 
ratoire. Elles seront faites à la lueur d'une bougie ou d'une lampe ordinaire. 
» L'opération se divise en deux parties : la première est celle qui doit 
donner l'épreuve de la chambre noire ; elle est négative , les parties éclairées 
étant représentées par les noirs, et vice versa. 

» Pour cette épreuve, on fera choix d'un papier de la force des plus 
beaux papiers à lettres, glacé, de la plus belle pâte possible. Je me suis 
trouvé très-bien de celui de M. Marion, marqué n° 10 B. 

» On versera dans une cuvette une dissolution de i partie de nitrate d'ar- 
gent (i) et 3o parties d'eau distillée (toutes les parties sont désignées au poids), 
sur la surface de laquelle on déposera le papier, en ayant soin de ne pas en- 
fermer de bulles d'air entre la masse du liquide et le papier (cette re- 
commandation s'applique à toutes les préparations ultérieures). Apres une 
minute sur ce bain, on retirera le papier en le faisant égoutter par un des 
angles, puis on le déposera à plat sur une surface imperméable, telle qu'un 



( i) Toutes les préparations de nitrate seront conservées dans des flacons à l'abri de tonte 
lumière. 

16.. 



( 120 ) 

meuble verni, une toile cirée, etc., le laissant ainsi sécher lentement, en 
ayant soin d'éviter toat dépôt de liquide par place, ce qui serait une cause 
de taches aux épreuves. 

» Dans un autre vase où l'on aura versé une dissolution de i5 parties 
d'iodure de potassium, i partie de bromure de potassium et 56o partiesd'eau 
distillée, on plongera entièrement ce papier pendant une minute et demie 
ou deux minutes, s'il fait froid, en laissant au-dessus le côté nitrate ; on le re- 
tirera de ce bain en le prenant par deux coins, et on le passera, sans le 
lâcher, dans un vase plus grand rempli d'eau distillée, afin de le laver et 
d'enlever tout dépôt cristallin qui pourrait, sans cela , rester à la surface : 
puis, sur un fi! qu'on aura tendu horizontalement à cet effet, on suspendra 
le papier en faisant une corne à l'un des coins , et on le laissera ainsi s'égoutter 
et sécher complètement. 

» Ce papier, ainsi préparé, sera recueilli dans une boîte de carton à l'abri 
de la lumière, et, sans être tassé fortement, il pourra se conserver pendant 
des mois entiers. On peut donc, dans une seule journée, se préparer le 
papier nécessaire à une excursion de plusieurs mois. On recueillera les 
excédants des liquides dans des flacons recouverts de papier noir : Us pour- 
ront servir jusqu'à épuisement. 

» Lorsqu'on voudra prendre une épreuve, on versera sur une glace bien 
plane et bien calée sur un support qu'elle débordera, quelques gouttes d'une 
dissolution de 6 parties de nitrate d'argent, n parties d'acide acétique 
cristallisable et 64 parties d'eau distillée (on ne prendra que la moitié de 
ia quantité d'eau pour dissoudre le nitrate, on versera ensuite l'acide acé- 
tique, et après une heure de repos, on ajoutera la seconde partie d'eau)(i). 

» On v déposera le papier du côté qui aura été soumis, dans la première 
préparation, à l'absorption du nitrate d'argent; on étendra avec ia main le 
papier, de manière que , bien imbibé partout de la dissolution, il adhère par- 
faitement à la glace, sans laisser de plis ni de bulles d'air. Ceci fait, on le 
couvrira de plusieurs feuilles de papier bien propre , trempées à l'avance 
dans l'eau distillée (une seule pourrait suffire si l'on avait un papier d'une 
très-grande épaisseur); sur ces feuilles de papier trempées, on déposera une 
seconde glace, de la même dimension que la première, et l'on pressera 



(ij Celle préparation sera conservée dans un flacon bouché à l'émeri. Si, après un repos 
de quelque temps, il se formait un dépôt à la surface , il faudrait s'en débarrasser à chaque 
opération, en versant le liquide à travers un linge bien fin, ou pa tout autre moyen. 



( '2. ) 

fortement dessus, pour ne former qu'une seule masse. On déposera le tout 
dans un châssis de la chambre noire , qu'on aura préalablement fait disposer 
à cet effet, et l'on ira ensuite procéder à l'exposition, comme si le châssis 
renfermait une plaque daguerrienne. 

» Cette préparation exige une durée d'exposition qui pourra être calculée 
par les daguerréotypeurs , au quart de celle nécessaire pour les plaques pré- 
parées au chlorure d'iode. Ils tiendront compte, toutefois, delà température, 
et remarqueront qu'elle est une cause d'accélération non moins puissante que 
l'intensité lumineuse. 

» L'exposition terminée, on déposera l'épreuve sur un plateau de verre 
ou de porcelaine, qu'on aura légèrement mouillé, afin que le papier y 
adhère plus facilement. On versera dessus une dissolution saturée d'acide 
gallique; à l'instant, l'image apparaîtra. On laissera agir l'acide gallique, 
afin que la combinaison soit plus profonde dans le papier, et que tous les 
détails arrivent dans les parties des clairs-obscurs; mais on arrêtera, toute- 
fois, l'action de l'acide gallique, avant que les blancs qui doivent former les 
noirs de l'épreuve positive n'éprouvent de l'altération. A cet effet, on lavera 
l'épreuve en versant de l'eau dessus, pour la débarrasser de l'acide gallique; 
puis, la déposant de nouveau sur le support, on y versera une couche d'une 
dissolution de i partie de bromure de potassium et de /Jo parties d'eau dis- 
tillée , qu'on laissera dessus pendant un quart d'heure , en ayant bien soin qu'elle 
en soit toujours couverte : après quoi, on lavera l'épreuve à grande eau, et 
on la séchera entre plusieurs feuilles de papier buvard. Elle sera alors 
achevée, et pourra donner un nombre considérable d'épreuves positives, 
après que, pour la rendre plus transparente, on l'aura imbibée de cire, en 
en râpant une petite quantité sur le papier et la faisant fondre avec uu fer 
à repasser, à travers plusieurs feuilles de papier à lettre, qu'on renouvellera 
suffisamment, afin d'enlever tout dépôt de cire à la surface de l'épreuve. 

» Préparation du papier de l'épreuve positive. — Ou fera choix, pour 
cette épreuve, du papier de la plus belle pâte, le plus épais possible et par- 
faitement glacé. 

» Dans un vase où l'on aura versé une solution de 3 parties d'eau saturée 
de sel marin, dans 10 parties d'eau distillée, on déposera la feuille de pa- 
pier sur une seule surface et on l'y laissera jusqu'à ce qu'elle s'aplatisse 
parfaitement sur l'eau (2 ou 3 minutes). On le séchera sur du papier bu- 
vard, en passant fortement et à reprises répétées, dans tous les sens, la 
main sur le dos du papier, renouvelant le papier buvard jusqu'à ce qu'il 
n'accuse plus aucune humidité fournie par le papier salé; il sera alors dé- 



( 122 } 

posé snr im autre bain composé d'une solution de r partie de nitrate d'ar- 
gent et de 5 parties d'ean distillée; on l'y laissera tout le temps qu'exigera 
l'assèchement, comme il vient d'être dit, d'une seconde feuille de papier, 
qui aura remplacé la première sur le bain salé; alors, ôtarit celle du bain 
d'argent, on l'égouttera avec soin par un de ses angles, et on la déposera sur 
une surface imperméable, comme pour la première préparation du papier 
négatif. Ou voit qu'en passant ainsi le papier du bain salé au bain d'ar- 
gent, le préparateur ne perd pas une minute, et qu'il peut, en quelques 
heures, préparer une assez grande quantité de papier. 

» Parfaitement sec, on l'enfermera dans une boîte ou carton sans le tasser. 
Il sera bon de n'en pas préparer pour plus de huit à quinze jours à l'avance, 
car au bout de ce temps, il se teinte, et, qnoique propre encore à la repro- 
duction des images, il n'accuse plus les blancs avec le même éclat que 
lorsqu'il est nouvellement préparé. 

» Pour faire venir une épreuve positive, on placera l'épreuve négative 
du côté imprimé sur la surface préparée du papier positif; on pressera les 
deux papiers réunis entre deux glaces qu'on déposera sur un châssis (plan- 
che rebordée) couvert d'un drap noir. On aura soin que la glace du dessus 
soit assez forte et assez lourde pour que son poids fasse pression sur l'é- 
preuve négative, de manière qu'elle soit parfaitement adhérente au papier 
positif. Ceci fait, on exposera à la grande lumière, au soleil autant que pos- 
sible, en cherchante faire tomber ses rayons à angle droit sur la glace. Pour 
avoir de belles épreuves, il faut pousser cette exposition à son degré 
extrême ; elle devra être arrêtée avant que les vives lumières de l'image 
puissent être altérées. Il suffira d'une seule expérience pour déterminer 
approximativement le temps d'exposition qui sera, terme moyen, de vingt 
minutes au soleil selon la vigueur de l'épreuve négative. 

» Après cette exposition, on rentrera l'épreuve dans le cabinet noir et 
quelle qu'elle soit, on la laissera tremper un quart d'beure dans un bain 
d'eau douce, puis dans un autre d'hyposulfite de soude, de i partie d'hypo- 
sulfite de soude et de 8 parties d'eau distillée. A partir de ce moment, on 
pourra la regarder au jour et suivre l'action de l'hyposulfite; on verra alors 
les blancs de l'épreuve prendre de plus en plus d'éclat, les clairs-obscurs 
se fouilleront, la nuance de l'épreuve, d'abord d'un vilain ton roux et uni- 
forme, passera à une belle nuance brune, puis au bistre, puis enfin au noir 
des gravures de l'aqna-tinta. L'opérateur arrêtera donc son épreuve au ton 
et à l'effet qui lui conviendront. Elle sera parfaitement fixée; mais, afin de la 
dégorger de l'byposulfite dont l'action se prolongerait, on la lavera k 



( "3 ) 
grande eau, après quoi on la laissera datas un grand vase rempli d'eau, 
pendant tout un jour ou au moins cinq à six heures : on séchera ensuite 
entïe plusieurs feuilles de papier buvard. 

» Ce bain, comme celui de l'hyposulfite, peut recevoir en même temps 
autant d'épreuves que l'on voudra. 

» Les épreuves qui ne pourraient supporter l'action de l'hyposulfite au 
moins pendant deux heures, devront être rejetées. Ce serait une preuve 
quelles n'auraient point été exposées assez longtemps à la lumière, et elles 
ne seraient pas suffisamment fixées. 

» Quelque compliquées que puissent paraître les préparations ci-dessus 
décrites, on les reconnaîtra excessivement faciles lorsqu'on sera à l'œuvre, 
et, s i ou les compare aux préparations des plaques, on sera étonné de leur 
simplicité. 

» L'avantage de pouvoir préparer à l'avance le papier des épreuves néga- 
tives facilitera singulièrement les excursions daguerrienues , en dispensant 
l'amateur d'un bagage toujours fort embarrassant, et en lui économisant le 
temps et le travail qu'exige le polissage des plaques qui ne peut être fait a 
l'avance. La facilité de ne faire venir les épreuves positives qu'au retour d'un 
voyage, et de les multiplier à l'infini, ne contribuera pas peu au dévelop- 
pement de cette branche de photographie, qui réclame aussi la sympathie 
des artistes, puisque les résultats ne sont point, comme sur le plaqué, en 
dehors de leur action, et qu'ils peuvent, au contraire, les modifier an gré de 
leur imagination. 

■> Ainsi la facilité d'exécution , la certitude de l'opération, l'abondante 
reproduction des épreuves , voilà trois éléments qui doivent , dans un temps 
prochain, faire prendre à cette branche de photographie une place impor- 
tante dans l'industrie ; car, si elle est appelée à donner à l'homme du monde 
des souvenirs vivants de ses pérégrinations, des images fidèles des objets de 
ses affections, elle procurera aux savants des dessins exacts de mécanique, 
d'auatomie, d'histoire naturelle; aux historiens, aux archéologues, aux 
artistes enfin, des vues pittoresques, des études d'ensemble et de détail, des 
grandes œuvres de l'art antique et du moyen âge, dont les rares dessins ne 
sont le partage que du petit nombre. » 

physiologie. - Observations relatives aux ejj'ets produits par L'inhalation 
de l'éther sulfurique. (Note de M. Laugier , adressée à M. Arago.) 

« J'ai l'honneur de vous rendre compte d'un essai, que j'ai fait samedi, à. 



( 124 ) 
1 hôpital Beaujon, de la métbode de l'inhalation de lether sulfurique pour 
iiii cas d'amputatiou de la cuisse. 

» La malade, jeune fille de 17 ans, après avoir respiré pendant trois ou 
quatre minutes le mélange d'air et de vapeur éthérée, dans l'appareil dont 
l'idée est due à M. Gratton, dentiste à Cork, en Irlande, et qui a été exécute 
à Paris, par M. Luer, fabricant d'instruments de chirurgie, a été plongée 
dans un véritable sommeil extatique. J'ai aussitôt pratiqué l'amputation, 
dont tous les temps ont eu lieu isolément : 
« i°. Section circulaire de la peau; 

» 2 . Séparation de la peau et de l'aponévrose par la dissection; 
» 3°. Section des muscles jusqu'à l'os; 

» 4°. Section des fibres musculaires profondes adhérentes à l'os; 
» 5°. Enfin, section du périoste, puis de l'os, par la scie à amputation. 
« La durée de cette opération a été d'une minute et demie. 
« J'ai ensuite lié îes vaisseaux, et j'allais commencer le pansement, 
lorsoue la malade a repris connaissance en se plaignant d'avoir été réveillée, 
et d'être revenue parmi les bommes, ce sont ses expressions; car, nous 
a-t-elle dit, elle se croyait, pendant son sommeil, avec Dieu et ses anges, 
qu'elle voyait autour d'elle. 

» Elle n'avait donné, pendant l'opération, aucun signe de douleur, et 
quand je lui ai demandé si elle avait souffert, elle s'est écriée avec l'expres- 
sion de l'étonnement : * Comment! est-ce que ma cuisse a été coupée! » 

» Cette exclamation suffisait pour démontrer le fait de l'insensibilité 
complète pendant l'amputation , et la malade l'a confirmé en ajoutant qu'elle 
n'avait rien senti. Vingt personnes présentes à l'opération ont trouvé la dé- 
monstration péremptoire. 

» J'ai achevé le pansement sans que la malade témoignât de la douleur; 
mais aussitôt qu'elle a été replacée dans son lit, elle a commencé à souffrir 
de sa plaie, comme cela s'observe après toutes les amputations. Des calmants 
ont été prescrits. Hier dimanche et aujourd'hui , la malade est très-bien , et 
elle a demandé quelques aliments légers, que j'ai cru pouvoir lui accorder. 
» Quelques jours auparavant, une femme avait subi, en ma présence, 
avec la même insensibilité, l'arrachement de deux dents molaires. Elle avait 
été assoupie par lether sulfurique et à l'aide du même appareil. 

» Ce sont les deux seuls essais de cette bienfaisante méthode, que j'aie 
faits, et qui aient été faits à l'hôpital Beaujon, sur des personnes confiées à 

nos soins. 

« J'ai cru devoir les porter à votre connaissance et devant l'Académie, 



( ia5 ) 
à cause de \em intérêt puissant , dans une question encore neuve , et parce 
qu'un journaliste , sans doute mal informé, a publié que les essais faits à 
l'hôpital Beaujon n'avaient point eu de succès, et a blâmé avec amertume 
le procédé mis en usage , dans cet hôpital , pour l'aspiration de l'éther. » 

physiologie. — Observations sur l'influence de la respiration de l'éther; 

par M. Gerdy. 

« Pour étudier à fond cette influence, il faut au moins l'étudier sur 
l'homme et les animaux, et comme cette influence donne lieu à des phéno- 
mènes qu'on ne peut point apprécier exactement chez les autres hommes, il 
faut absolument expérimenter sur soi-même. C'est par les observations que 
j'ai faites sur moi, que je vais commencer cette relation abrégée. 

« Observations de l'auteur sur lui-même. — Mes premières expériences 
furent exécutées avec un appareil imparfait , et je n'obtins aucun résultat 
remarquable. Mais M. Gharrière m'ayant apporté, le ai janvier au matin, 
un appareil plus parfait, j'ai pu reprendre mes expériences avec plus de 
succès. 

» Je me suis soumis à des inspirations d'air chargé d'éther, au moyen 
d'épongés baignant dans une couche de 4 à 5 millimètres de ce fluide. Je 
respirais par un tube de la millimètres de diamètre, dans un flacon à deux 
tubulures, d'un litre et demi de capacité. Le picotement que j'éprouvai 
dans la gorge et la trachée-artère me causa d'abord de la tous; mais, étant 
bien résolu à y résister, je triomphai promptement de ce petit obstacle. Les 
picotements et la toux me parurent s'apaiser sous l'influence assoupissante 
des aspirations éthérées. 

» Dès ce moment, je ressentais déjà de l'engourdissement à la tête, un 
engourdissement avec chaleur, comme si des vapeurs alcooliques et eni- 
vrantes me montaient au cerveau. Cet engourdissement se répandit promp- 
tement partout, et d'abord aux pieds et jusqu'aux orteils, puis aux jambes 
et en même temps aux bras, ensuite aux reins.... Il croissait rapidement à 
chaque inspiration; il était accompagné, dans les organes affectés, d'une sen- 
sation de chaleur agréable et d'une sensation de fourmillement , de trem- 
blotement ou de vibration semblable à celle qu'on éprouve en touchant un 
corps vibrant , une grosse cloche qui résonne. L'ensemble de ces deux sensa- 
tions parvenues à leur apogée est une impression obtuse, très-agréable, une 
impression analogue à celle de l'ivresse, autant que j'en puisse juger pour 
m'être quelquefois trouvé sous l'influence d'une ivresse commençante , pro- 

C. R., 1847 , i w Semestre. (T. XXIV, N" 4.) 17 



( ïa6 ) 
duite par la bière et le vin nouveau. L'engourdissement causé par 
l'éther est encore analogue à celui que donne le chlorhydrate de morphine; 
celui de l'opium, si délicieux pour les Orientaux, doit être analogue aussi,, 
quoiqu'il soit, pour moi, peu agréable par les nausées qu'il provoque. C'est 
cet engourdissement qui, en émoussant la sensibilité tactile générale , dimi- 
nue la douleur pendant les opérations. 

» La vue n'a pas été sensiblement modiBée par cet engourdissement, car 
j'ai lu des caractères philosophie^ à une faible lumière, dans un moment où 
j'étais fort engourdi. 

» L'ouïe a été plus altérée. L'audition devient de moins en moins dis- 
tincte à mesure que l'ivresse augmente; elle devient de plus en plus claire et 
plus nette, à mesure qu'elle se dissipe; en sorte qu'on croirait entendre des 
bruits, qui s'obscurcissent parce qu'ils s'éloignent , et qui s'éclaircissent ensuite 
parce qu'ils se rapprochent. Cependant les sons semblent d'autant plus re- 
tentissants dans les oreilles, que l'engourdissement est plus profond; mais cette 
intensité ne les rend pas plus clairs. 

» Je me suis assuré que les sensations de l'odorat , du goût, du tact pro- 
prement dit, du chatouillement, n'étaient point paralysées par l'engourdisse- 
ment général que j'éprouvais; mais je me sentais les paupières pesantes, l'envie 
de dormir, et surtout de m'abandonner aux sensations que j'éprouvais. 

» Cependant, soit parce que ces phénomènes avaient acquis le maximum 
de leur développement, ce que j'ai peine à croire, soit parce que je voulais 
absolument rnobserver jusqu'au dernier moment, je ne me laissai point aller, 
et je ne m'endormis pas. Je continuai donc à m'observer, et, comme je venais 
d'examiner mes sensations, je portai mon attention sur mon intelligence. Je 
remarquai de suite, qu'à l'exception des sensations vibratoires d'engourdisse- 
ment, qui rendaient obtuses chez moi les sensations tactiles générales et la 
douleur, qu'à l'exception des bourdonnements d'oreilles qui m'empêchaient de 
distinguer nettement ce que j'entendais, mes perceptions, mes pensées étaient 
très-nettes et mon intelligence parfaitement libre. Mon attention était aussi 
irès-active, ma volonté toujours ferme, si ferme, que je voulus marcher et que 
je marchai en effet, pour observer l'état de ma locomotion. Je reconnus alors 
que la musculation est un peu moins sûre et moins précise dans ses mouve- 
ments, à peu près comme chez une personne légèrement enivrée ou au moins 
étourdie par des boissons alcooliques. A l'exception de la prononciation, qui 
est un peu embarrassée et plus lente, les autres fonctions de l'économie ani- 
male ne m'ont pas semblé sensiblement altérées. Mon frère, professeur agrégé 
à la Faculté de Médecine, qui a exploré mon pouls au moment de mon plus 



( I2 7 ) 
profond engourdissement, n'a pas trouvé de différence dans le nombre et la 
force des battements artériels. 

» La même expérience, répétée sur huit ou dix personnes, hommes et 
femmes, a donné des résultats analogues , mais non absolument semblables, 
surtout sous ce rapport, que quelques-unes ont perdu, comme dans le som- 
meil, la conscience d'elles-mêmes; que quelques autres offrent des phéno- 
mènes de gaieté, d'obscurcissement de vision qui manquent chez beaucoup. 
» Observations faites sur des opérés. - 1°. Ayant engourdi , je puis même 
dire endormi, un malade que je voulais opérer de la cataracte par extrac- 
tion, je lui ai piqué et percé la cornée; mais, quand j'ai voulu continuer, 
l'oeil du malade a tellement fui devant l'instrument, que, pour ne pas 
compromettre l'opération, je l'ai abandonnée. J'ai voulu alors recourir à 
l'abaissement ;1 mais l'œil se montra encore si mobile, que je fus oblipé 
de m'abstenir encore une fois. 

» Je piquai alors le malade au nez et à la lèvre , on lui pinça la main , et 
quand il fut réveillé, il se rappela très-bien avoir été pincé; mais il ne parla 
point des piqûres faites au nez et à la lèvre. 

» s°. J'ai excisé sur un autre, également engourdi , un lambeau de peau 
décollée par un clapier compliquant une fistule à l'anus, déjà opérée; le ma- 
lade le sentit, mais il témoigna bien moins de douleur qu'il n'en témoignait 
les jours précédents pour de simples pansements. 

» 3°. Un malade, opéré depuis dix ou douze jours, d'une hernie étranglée 
à l'aine, ayant chassé sa hernie jusqu'au fond du scrotum , par-dessous la cica- 
trice de la plaie de l'opération presque cicatrisée, j'ai dû tâcher de réduire 
sa hernie; mais il a vivement souffert dans ces efforts de réduction, malgré 
les inspirations d'âther. ' 

» 4°- Je me suis fait traverser la peau de la main de dehors en dedans 
puis de dedans en dehors, avec une aiguille, après m'être engourdi; je n'ai 
senti qu'une faible douleur. ' 

» 5°. Une jeme fille, engourdie, a porté sa main à sa nuque, sans se 
plaindre, pendait qu'on y pratiquait une incision profonde. Elle s'est plus 
tard réveillée, en riant beaucoup, et sans parler de l'incision qu'elle avait 
soufferte à la nuqie : elle chancela en marchant. 

» 6°. Une autre put supporter une opération de dilatation du vagin qu'elle 
n'avait jamais pu soaffrir auparavant. Elle se réveilla aussi dans un grand air 
de gaieté, et fut incapable d'abord de se soutenir et de marcher. 

» En général, les fonctions de relation m'ont jusqu'ici paru seules trou- 
blées; mais il estpobable que les aspirations d'éther prolongées causeraient 



( 128 ) 

des accidents, et pourraient, comme l'ivresse excessive, amener la mort. 
C'est à étudier, par l'expérienee , sur les animaux vivants , et c'est un projet 
que j'espère mettre à exécution. » 

M Dccros adresse une Note ayant pour titre : « Revendication définitive 
du principe physiologique fondamental sur lequel est entée l'application 
pratique de M. Jackson, d'après l'existence d'un écrit publié en 1842, a 
Paris; et constatant chez l'homme la sidération cataleptique réellement pro- 
duite par l'éther sulfurique instillé dans l'oreille externe pour guérir les sur- 
dités avec bourdonnement; constatation parle même écrit delemploi de 
l'inhalation buccale amenant la même sidération cataleptique chez plusieurs 
espèces zoologiques. » 

M Charrière présente un appareil de son invention destiné à l'inhalation 
de la vapeur de l'éther, appareil qui, dit-il, a déjà été mis et usage dans la 
plupart des hôpitaux de Paris. 

M. Perreï adresse une Note sur l'abaissement extraordinaire du baro- 
mètre qui a été observé à Dijon , les 22 et s3 décembre 1 846. 

La Note est conservée pour être mise en regard des renseignements analogues 
qui pourraient avoir été recueillis dans d'autres parties de l'Europe. 

M. Peltier annonce avoir trouvé un moyen certain de faire reconnaître, 
dans un tissu de laine ou de soie, le mélange de fibres végétales. 

M. Vanner adresse un paquet cacheté. 

L'Académie accepte également le dépôt d'un paquet cacheté, sans signa- 
ture ," mais dont l'auteur se fera reconnaître, au besoin, far la présentation 
d'une suscription semblable et écrite de la même main. -- 

La séance est levée à 5 heures. A - 



ERRATA. 

(Séance du 18 janvier 1847-) 

Pa-e 5o, ligne 2 3, an lieu de : routiers hollandais et espagnols, liez Routiers hollandais 

et espagnols. 

Pa-re 54, ligne 1 , au lieu de : déploieront, lisez déplaceront. 

Page 55 ', ligne 20 , au lieu de : double , lisez moitié. 

Oage 5-) , ligne 10 , nu lieu de : production , lisez prédiction. ,. 



i 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 1 er FÉVRIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Président annonce la perte douloureuse que vient de faire 
l'Académie, dans la personne de M. Gambey, membre de la Section de 
Mécanique, décédé le 28 janvier 1847. 

physiologie. — Sur les effets de l'éther; par M. Velpeau. 

« Dans deux autres séances , en entretenant l'Académie de l'effet des 
vapeurs éthérées sur les malades qu'on veut opérer , j'ai fait remarquer 
que la chirurgie ne tarderait pas à savoir à quoi s'en tenir sur la réalité des 
faits annoncés. Lundi dernier, la question était déjà assez avancée pour 
m'autoriser à dire qu'elle me paraissait pleine d'avenir : aujourd'hui, les ob- 
servations se sont multipliées de toutes parts, en France, comme en Angle- 
terre, comme en Amérique. De toutes parts aussi, les faits, confirmés les uns 
par les autres, deviennent d'un intérêt immense. 

» J'avais émis la pensée, que le relâchement des muscles observe par moi 
sur un premier malade soumis à l'inhalation de l'éther deviendrait utile s'il 
était possible de le reproduire à volonté, pour la réduction de certaines 
fractures ou de certaines luxations. Je trouvai à l'hôpital de la Charité, le 
lendemain même du jour où je manifestais cet espoir, un homme jeune, 

C. E., 1847, 1" Semestre. (T. XXIV, N° S.) l8 



( i3o ) 
robuste, vigoureux, fortement musclé, qui était atteint d'une fracture de la 
cuisse droite. Naturellement exalté, très-impressionnable, cet homme se 
livrait, malgré lui, à des contractions presque convulsives , dès qu'on 
tentait de le toucher pour redresser ses membres. Soumis à l'inhalation 
de l'éther, il tomba bientôt dans une sorte d'ivresse , avec agitation des sens 
et loquacité. lia sensibilité s'éteignit chez lui au bout de cinq minutes; les 
muscles se relâchèrent , et nous pûmes redonner à sa cuisse la longueur 
et la forme désirables, sans qu'il ait paru souffrir ou s'en apercevoir. 

» Le jour suivant , j'eus à opérer un homme, également vigoureux et fort, 
d'une tumeur qu'il avait au-dessous de l'oreille gauche, et qui pénétrait dans 
le creux de la région parotidienne. Cette région, remplie de nerfs, de vais- 
seaux et de tissus filamenteux ou glanduleux très-serrés, est une de celles 
(tous les chirurgiens le savent) où les opérations occasionnent le plus de dou- 
leur. Soumis à l'action de l'éther, le malade est tombé dans l'insensibilité au 
bout de trois minutes; l'opération était à moitié pratiquée, sans qu'il eût 
fait de mouvements ou proféré de cris. Il s'est mis ensuite à parler, à vou- 
loir se remuer, à nous prier d'ôter notre camphre qui le gênait, mais sans 
avoir l'air de songer à ce que je faisais. Une fois l'opération terminée , il 
est rentré peu à peu dans son bon sens, et nous a expliqué comme quoi il 
venait de faire un rêve dans lequel il se croyait occupé à une partie de bil- 
lard. L'agitation, les paroles que nous avions remarquées, tenaient, nous 
a-t-il dit, aux nécessités de son jeu, et surtout à ce que quelqu'un venait 
de lui enlever un cheval laissé à la porte pendant qu'il achevait sa partie. 
Quant à l'opération, il ne l'avait sentie en aucune façon, il ne s'en était point 
aperçu; seulement, en invoquant ses souvenirs et ses sensations, il nous a 
soutenu qu'il entendait très-bien mes coups de bistouri, qu'il en distinguait 
le cric-crac, mais qu'il ne les sentait point, qu'ils ne lui causaient aucune 
douleur. 

» Une malheureuse jeune femme, accouchée depuis six semaines, entre 
à l'hôpital pour un vaste dépôt dans la mamelle. Ce dépôt ayant besoin 
d'être largement incisé, je propose à la malade de la soumettre préala- 
blement aux inhalations de l'éther; elle s'y soumet comme pour essayer, et 
en quelque sorte sans intention d'aller jusqu'au bout : il lui suffit, en réalité, 
de quatre à cinq inspirations de moins d'une minute , pour perdre la sen- 
sibilité, sans agitation, sans réaction préalable. Son visage se colore légère- 
ment, ses yeux se ferment; je lui fends largement le sein, sans qu'elle ma- 
nifeste le plus léger signe de douleur : une minute après , elle ouvre les 
yeux, semble sortir d'un sommeil léger, paraît un peu émue, et nous dit : 



( i3i ) 
Je suis bien fâchée que vous ne m'ayez pas J ait L'opération. A» bout de 
quelques secondes, elle a repris tous ses sens, voit que son abcès est in- 
ose, et nous affirme, de la manière la plus formelle, qu'elle ne s'est point 
aperçue de 1 opération, qu'elle ne l'a nullement sentie. 

» Un pauvre jeune homme a besoin de subir l'amputation de la jambe 
par suite dune maladie incurable des os du pied; l'inhalation éthérée le 
••end insensible au bout de trois à quatre minutes : j'incise, je coupe la peau 
et toutes les chairs; j'opère la section des os : la jambe est complètement 
tranchée; deux artères sont déjà liées, et le malade, naturellement très- 
craintit, tres-d 1 sposé à crier, n'a encore montré aucun signe de douleur ■ 
mais, au moment où une troisième ligature, qui comprend un filet nerveux 
en même temps que l'artère, est appliquée, il relève la tête et se met à crier- 
seulement ses cris semblent s'adresser à autre chose qu'à l'opération ■ il se 
plaint d être malheureux, d'être né pour le malheur, d'avoir éprouvé assez 
de malheurs dans sa vie, etc. Revenu à lui trois minutes après, il a dit 
navoir rien senti, absolument rien , ne pas s'être aperçu de l'opération 
et ne pas se souvenir non plus qu'il eût crié, qu'il eût voulu remuer. Il s'es[ 
Simplement souvenu que, pendant son sommeil, les malheurs de sa position 
m étaient revenus à l'esprit et lui avaient causé une émotion plus vive qu'à 
1 ordinaire. r H 

- Chez une jeune fille, sujette à des convulsions hystériques, et qui était 
venue a 1 hôpital pour se faire arracher un ongle rentré dans les chairs les 
vapeurs d ether ont paru produire un des accès dont la jeune malade avait 
déjà ete affectée. Quoiqu'elle parût insensible pendant cet accès, je n'ai pas 
juge convenable cependant de la soumettre à l'opération. Revenue à son état 
naturel , elle a soutenu que les piqûres , que les pincements dont on lui par- 
lait, et quelle avait, en effet, supportés, n'avaient nullement été sentis par 
elle. Un second essai a été suivi des mêmes phénomènes; seulement, comme 
opération quelle avait à subir est très-douloureuse, est une de celles dont 
la vivacité des douleurs est, en quelque sorte, proverbiale, et comme cette 
malade affirmait que les mouvements dont nous avions été témoins étaient 
complètement étrangers à ce qu'on avait pu lui faire pendant qu'elle était 
sous l'influence de l'éther, je pensai devoir revenir une troisième fois à l'ex- 
penence. Cette fois-ci, l'inhalation produit son effet en deux minutes et 
demie. Je procède ensuite à la fente de l'ongle, dont j'arrache succes- 
sivement les deux moitiés: pas un mouvement, pas un cri, pas un si P ne 
de souffrance ne se manifeste pendant l'opération ; et cependant cette pauvre 
jeune fille paraissait voir et comprendre ce que je faisais, car, au moment 

18.. 



( i3a ) 
où je m'apprêtais à lui saisir l'orteil, elle a relevé la tête, comme pour 
s'asseoir et en me regardant d'un air un peu hébété; si bien que j'ai cru 
devoir lui faire placer la main d'un des assistants devant les yeux. Deux 
minutes après , elle avait repris connaissance, et nous a dit n'avoir rien senti , 
n'avoir nullement souffert; puis elle a été prise d'un léger accès de convul- 
sion, qui n'a duré que quelques instants. 

» Un homme du monde , très-impressionnable, très-nerveux, s'est trouvé 
dans la dure nécessité de se faire enlever un œil depuis longtemps dégénéré. 
Soumis préalablement à l'action de l'éther, deux ou trois fois, à quelques 
jours d'intervalle, il s'est promptement convaincu que cet agent le rendait 
insensible. Tout étant convenablement disposé, je l'ai mis en rapport avec 
l'appareil à inhalatiou : cinq minutes ont été nécessaires pour amener l'insen- 
sibilité. Alors j'ai pu détacher les paupières, diviser tous les muscles qui 
entourent l'œil, couper le nerf optique, disséquer une tumeur adjacente, 
remplir l'orbite de boulettes de charpie, nettoyer le visage, compléter le 
reste du pansement et appliquer le bandage, sans que le malade ait exécuté 
le moindre mouvement, jeté le plus léger cri, manifesté la moindre sensi- 
bilité. Ce n'est que deux minutes après l'application de l'appareil qu'il est 
revenu à lui. Homme intelligent, d'un esprit cultivé, il a pu nous rendre 
compte de ses sensations et nous a dit qu'il n'avait nullement souffert, qu'il 
n'avait rien senti; que, par moments, il s'apercevait bien qu'on lui tirait 
quelque chose dans l'orbite, qu'un certain bruit se passait par là, mais sans 
lui faire de mal, sans lui causer de douleurs. Il entendait bien aussi que je 
parlais près de lui, que je m'entretenais avec les aides; mais il n'avait point 
conscience de ce que je demandais, de ce que nous disions. Il se trouvait 
d'ailleurs dans un état étrange d'engourdissement, d'inaptitude aux mouve- 
ments , à la parole ; en somme , il s'était trouve dominé, pendant toute l'opé- 
ration, par un cauchemar et des pensées pénibles, relatifs à des objets qui 
lui sont personnels. 

» Ce matin même, il m'a fallu enlever une portion de la main à un ou- 
vrier imprimeur, pour remédier à une tumeur fongueuse compliquée de 
carie des os. Très-excitable, craignant beaucoup la douleur, ce malade a 
désiré qu'on lui procurât, nous a-t-il dit, le bénéfice de la précieuse décou- 
verte. Au bout de trois ou quatre minutes, il s'est trouvé insensible. Les 
premières incisions n'ont paru lui causer aucune souffrance; mais, vers la 
moitié de l'opération, il s'est mis à crier, à se débattre, à faire des mou- 
vements comme pour s'échapper : les élèves se sont empressés de le contenir, 
et, l'opération ainsi que le pansement une fois terminés, cet homme , 



( i33) 
reprenant son état naturel, s'est empressé, en nous faisant des excuses , de 
nous expliquer comme quoi les mouvements auxquels il venait de se livrer 
étaient étrangers à son opération. Ils avaient rapport, nous a-t-il dit , à une 
querelle d'atelier. Il s'imaginait qu'un de ses camarades lui tenait une des 
mains, en même temps qu'un second camarade le retenait par la jambe, 
afin de l'empêcher de courir prendre part à la querelle qui existait dans 
la chambre. Quant à l'opération , il a protesté ne point l'avoir sentie, n'en 
point avoir éprouvé de douleur, quoiqu'il n'ignorât pas néanmoins qu'elle 
venait d'être pratiquée. 

» Tels sont les principaux faits qui me sont propres et que j'ai pu étudier 
dans le courant de cette dernière semaine. J'ajouterai qu'une foule de mé- 
decins et d'élèves se sont maintenant soumis aux inhalations éthérées, afin 
d'en mieux apprécier les effets. Quelques-uns d'entre eux s'y soumettent 
plutôt avec plaisir qu'avec répugnance : or tous arrivent plus ou moins 
promptement à perdre la sensibilité. Il en est quelques-uns, deux entre 
autres, qui en sont venus, par des exercices répétés, à pouvoir indiquer 
toutes les phases du phénomène, dire où il convient de les piquer, de les 
pincer; ce qu'ils sentent, ce qu'ils ne sentent pas. Bien plus : chose étrange 
et à peine croyable, ils sont arrivés, en perdant leur sensibilité tactile, à 
conserver si bien les autres facultés intellectuelles, qu'ils peuvent se pincer, 
se piquer, et en quelque sorte se disséquer eux-mêmes, sans se causer de 
douleurs, sans se faire souffrir! 

« On le voit, il n'y a plus moyen d'en douter, la question des inhalations 
de lether va prendre des proportions tout à fait imprévues. Le fait qu'elle 
renferme est un des plus importants qui se soient vus, un fait dont il n'est 
déjà plus possible de calculer la portée, qui est de nature à impressionner, à 
remuer profondément, non-seulement la chirurgie, mais encore la physio- 
logie, la chimie, voire même la psychologie. Voyez cet homme qui entend les 
coups de bistouri qu'on lui donne, et qui ne les sent pas; remarquez cet autre 
qui se laisse couper ou une jambe ou une main, sans s'en apercevoir, et qui, 
pendant qu'on l'opère, s'imagine jouer au billard ou se quereller avec des 
camarades! Voyez-en un troisième qui reste dans un état de béatitude, de 
contentement, qui se trouve très à son aise pendant qn'on lui morcelle les 
chairs! Voyez enfin ce jeune homme qui conserve tous ses sens, assez, du 
moins, pour s'armer d'une pince et d'un bistouri, et venir porter le couteau 
sur ses propres organes : n'y a-t-il pas là de quoi frapper, éblouir l'homme 
intelligent par tous les côtés à la fois, de quoi bouleverser l'imagination du 
savant le plus impassible? 



( i34 ) 

« Il n'y a plus maintenant d'opération chirurgicale, quelque grande 
qu'elle soit, qui n'ait profité des bienfaits de cette magnifique découverte. 
La taille, cette opération si redoutable et si redoutée, vient d'être pratiquée 
sans que le malade s'en soit aperçu. Il en a été de même de l'opération de 
la hernie étranglée. Une malheureuse femme dans le travail de l'enfante- 
ment ne peut accoucher seule : l'intervention du forceps est réclamée, 
l'inhalation de l'éther est mise enjeu, et l'accoucheur délivre la malade 
sans lui causer de souffrances, sans qu'elle s'en aperçoive. 

» Si la flaccidité du système musculaire venait à se généraliser sous l'in- 
fluence des inspirations éthérées, qui ne voit le parti qn'on pourrait tirer 
de ce moyen, quand il s'agit d'aller chercher au sein de l'utérus l'enfant 
qu'il faut extraire artificiellement? C'est qu'en effet, dans cette opération, 
les obstacles, les difficultés, les dangers viennent presque tous des violentes 
contractions de la matrice. 

» De ce que j'ai vu jusqu'à présent, de l'examen sérieux des faits, il résulte 
que l'inhalation de l'éther va devenir la source d'un nombre infini d'appli- 
cations, d'une fécondité tout à fait inattendue, une mine des plus riches, 
où toutes les branches de la médecine ne tarderont pas à puiser à pleines 
mains. Elle sera le point de départ de notions si variées et d'une valeur si 
grande , à quelque point de vue qu'on les envisage , qu'il m'a paru nécessaire 
d'en saisir, dès à présent, l'Académie des Sciences, et que je me demande 
si l'auteur d'une si remarquable découverte ne devrait pas être bientôt, lui- 
même, l'objet de quelque attention dans le sein des Sociétés savantes. » 

physiologie. — Remarques de M. Magemdie à l'occasion de cette 

communication . 

« C'est la première fois que j'entends retentir dans cette enceinte le 
récit des effets merveilleux de l'éther sulfurique(car on n'en pourrait dire 
autant des autres éthers ) , sorte de narration dont la presse s'empare et qu'elle 
porte au loin, satisfaisant ainsi cet insatiable et avide besoin du public pour 
le miraculeux et l'impossible. 

» Ce que je vois de plus clair dans ces récits, c'est que , depuis quelqaes 
semaines, un certain nombre de chirurgiens se livrent à des expériences sur 
des hommes , et que , dans le but louable, sans doute, d'opérer sans douleur, 
ils enivrent leurs patients jusqu'au point de les réduire, ainsi qu'on vient de 
le dire, à l'état de cadavre que l'on coupe, taille impunément et sans aucune 
souffrance. A peine l'expérience est-elle faite, souvent avant qu'elle soit 
terminée, on la livre à la publicité. 



( '35 ) 
=< Je rends justice à l'intention, mais je dis qu'en agissant ainsi, MM. les 
chirurgiens font défaut à la raison, à la morale, et pourraient arriver à 
des conséquences dangereuses pour la sécurité publique; aussi je me sens 
disposé à protester contre des essais imprudents, et surtout contre des publi- 
cations précipitées. 

» Ces paroles sont sévères ; je m'explique : 

» Les propriétés sédatives de l'éther sulfurique sont connues depuis 
longtemps} c'est un des agents thérapeutiques les plus usuels. Pour peu 
qu'une femme soit nerveuse, impressionnable, elle a son flacon d'étber dont 
elle use soit en le respirant, soit en en versant quelques gouttes sur du sucre, 
soit en le mêlant à des potions; les médecins administrent l'éther dans une 
foule de cas , et en portent la dose assez souvent à 2 , 3 et même 4 grammes. 
Certaines personnes adonnées aux boissons alcooliques, ne trouvant plus 
dans celles-ci l'excitation qu'elles recherchent, boivent de l'éther et s'eni- 
vrent avec cette liqueur; mais ces cas sont assez rares, et les phénomènes de 
l'ivresse qui en résulte sont jusqu'ici peu connus, parce qu'on a eu rare- 
ment l'occasion de les observer. 

» On sait aussi que certaines personnes ont une répugnance invincible 
pour l'odeur d'éther , et que la simple impression de cette substance suffit pour 
produire chez elles des accidents convulsifs ou un malaise insupportable. 

» On sait également, depuis longtemps, que l'ivresse du vin et surtout 
celle de l'alcool , portées à un certain degré, abolissent, pour un temps plus 
ou moins long, les principaux actes de la vie, et particulièrement la sensi- 
bilité, ainsi que les contractions des muscles. On apporte tous les jours, 
dans nos hôpitaux, des individus ivres-morts, dont les membres ont été 
broyés sans qu'ils s'en soient aperçus. Dn bon nombre de ces ivrognes meu- 
rent pendant leur intoxication. 

d Un dentiste américain annonce, le mois dernier, que la respiration de 
la vapeur de l'éther amène une insensibilité telle, qu'il est possible, sous 
cette influence, d'extraire une dent sans douleur; ce qui est, de temps im- 
mémorial, la prétention rarement réalisée de tout dentiste. 

» Cette annonce, qui n'était peut-être pas destinée à franchir l'Atlan- 
tique, et qui n'était probablement qu'une réclame locale, parvient en 
Angleterre : aussitôt les chirurgiens de Londres, se lançant sur les traces 
de l'artiste américain, font respirer la vapeur d'éther et pratiquent di- 
verses opérations également sans douleurs; la nouvelle s'en répand bientôt 
en France, et, sans perdre un moment, plusieurs chirurgiens des hôpitaux 
de Paris se hâtent d'imiter leurs confrères d'outre-mer. 



( i36 ) 
» La presse ne tarde pas à répandre ces miracles : les gens du monde 
s émeuvent, se passionnent, et voudraient avoir quelques parties à se faire 
retrancher, afin deprouver, par eux-mêmes , la vive satisfaction d'être opérés 
sans souffrir. 

» Aujourd'hui le procédé est tellement en vogue et l'enthousiasme est si 
général, que tout malade qui doit subir une opération, fût-elle la plus 
simple et la plus insignifiante, est inévitablement enivré par l'éther avant 
d'y être soumis. 

« Éviter à un patient les douleurs le plus souvent inséparables de toute 
opération chirurgicale, est sans doute un but philanthropique. Les chirur- 
giens y ont plus d'une fois songé, et dans cette vue ont, avec suceès, admi- 
nistré l'opium. Les physiologistes emploient la même méthode pour soustraire 
les animaux aux souffrances causées par les expériences. Mais doit-on , sur 
l'homme, amener ce résultat par l'ivresse? Tliat is the question, comme 
disent les Anglais. 

» Qu'un ivrogne, ivre-mort, soit apporté dans un hôpital avec une frac- 
ture qui exige l'amputation : l'opérerez-vous pendant son ivresse? Qu'un ma- 
lade, que vous devez opérer à un jour fixe, juge convenable de s'enivrer 
d'avance avec l'alcool afin de supporter avec plus de courage son opération, 
et qu'il se présente à votre bistouri dans un état de torpeur alcoolique: 
l'opérera-t-on dans cet état? 

« Je demande à l'Académie la permission de lui présenter quelques ré- 
flexions sur ce sujet d'un intérêt général. 

» L'ivresse poussée jusqu'à l'insensibilité est un état fâcheux : la perte de 
son sens moral , de la conscience de sa propre existence , a quelque chose de 
dégradant et d'avilissant; cet état peut avoir, d'ailleurs, une issue funeste. 
Plonger sciemment un malade dans un tel état , dont on ignore, au fait, les 
conséquences, sous prétexte de lui éviter une douleur, ne me paraît pas 
d'aussi peu d'importance qu'on semble se l'imaginer. Pour moi, et je pense 
que tout homme qui se respecte partagera mes sentiments; je ne consen- 
tirais pour aucun motif à me laisser mettre dans une pareille situation , 
où votre corps est livré, sans défense aucune, aux mains d'un chirurgien qui 
peut être maladroit , inhabile ou inattentif. Quiconque a un peu de courage 
et d'énergie préférera souffrir un moment, à se voir anéanti par l'ivresse , 
même passagère. 

» Je prends pour exacts les faits qui viennent d'être racontés, et je 
vois , sur six ou sept cas d'ivresse , des effets fort dissemblables : l'un des 
opérés a eu des convulsions; l'autre est tombé dans un délire loquace accom- 



( i3 7 ) 
pagné d'agitation; un troisième est entré dans une excitation extrême et s'est 
échappé des mains de l'opérateur, en poussant un cri sauvage, au moment du 
premier coup de bistouri ; il s'est rué sur les assistants et sur le chirurgien 
lui-même , en proie à une sorte de cauchemar qui traduisait la douleur 
qu'il ressentait. Quel avantage ce malade a-t-il retiré de l'ivresse clans la- 
quelle on l'a mis? Il a souffert: car il a crié, car il a eu un rêve douloureux , 
qui l'agitait longtemps encore après l'opération. L'ivresse a produit chez 
d'autres malades un assoupissement pendant lequel on les a opérés sans 
qu'ils aient rien senti, du moins c'est là leur dire; et il faut les croire sur 
parole, il n'y a aucun moyen de vérification. Il y a donc, d'après les cas 
rapportés par nos confrères, qui sont en cela d'accord avec tous les chirur- 
giens qui ont jusqu'ici essayé lether, des circonstances où l'ivresse est favo- 
rable, et d'autres où elle rend les opérations impossibles ou dangereuses. 

» Mais comment distinguer d'avance le genre d'ivresse que produira l'é- 
ther? comment savoir si cette ivresse permettra l'opération ou s'y opposera ? 
car je ne suppose pas qu'on opère pendant les convulsions, les agitations ou 
l'exaspération d'un délire furieux. On le saura peut-être un jour; mais nous 
n'acquerrons cette notion qu'au prix de nombreuses tentatives faites sur 
des hommes. Voilà ce que je ne trouve pas moral; car nous n'avons pas le 
droit de faire des expériences sur nos semblables. 

•■< Nos honorables confrères, je ne puis en douter, font ces essaisens'entou- 
rant de toutes les précautions désirables; ils y mettent prudence et sollici- 
tude. Mais supposez les mêmes essais faits par des hommes inhabiles, par 
des ignorants, par des mains criminelles même (il faut tout prévoir), et 
ne voyez-vous pas quelles en seront les conséquences? Et si , au lieu d'opérer pu- 
bliquement, l'ivresse a été produite dans l'intimité des familles ou même 
clandestinement, sur des femmes, sur de jeunes personnes, avec des inten- 
tions perverses ou un but coupable, croyez -vous que la morale et la sécurité 
publiques ne seraient pas gravement compromises? 

» Prenez-y garde, messieurs; il ne suffit pas de vouloir le bien; il faut 
encore se garder du mal. 

» Je me résume : 

» L'ivresse causée par l'éther sulfurique est encore peu connue; il est 
donc utile de l'étudier, non-seulement au point de vue des opérations chi- 
rurgicales, mais en elle-même et pour elle-même. Quels sont les phéno- 
mènes qui la caractérisent? en quoi diffère-t-elle de l'ivresse par l'alcool , 
l'opium, le haschich, etc.? en quoi l'insensibilité qui l'accompagne diffère- 
t-elle de celle qui est produite par un grand nombre de poisons narcotiques? 

CM., 1S47. ^ r Semestre, ij. XXIV, IV o.; '9 



( '38) 

Voilà, certes, une belle et importante étude à faire! Mais cette étude doit, 
comme toutes les études sérieuses, être silencieuse, calme et suffisamment 
prolongée, pour conduire à des résultats certains; c'est alors qu'on pourra, 
avec sécurité, avec moralité, l'appliquer à l'homme. 

» Mais, si l'on continue à expérimenter sans ménagement; si on livre 
à la publicité, le soir même, l'expérience qu'on a faite le matin et qui 
n'est pas terminée, puisqu'elle peut avoir, en définitive, de funestes 
conséquences , on s'exposerait à compromettre un moyen qui sera peut-être 
utile un jour, quand il sera bien étudié, bien connu et appliqué à propos; 
mais qui, au contraire, exploité comme il l'est aujourd'hui, pourrait pro- 
chainement être réduit à l'une de ces prétendues découvertes, à l'un de ces 
pufjs scientifiques qui viennent périodiquement amuser la curiosité du public 
et satisfaire sa passion insensée pour tout ce qui est erreur et mensonge. » 

M. Mils e Edwards fait quelques remarques relatives à la communication 
de M. Magendie (i). 

M. Magexdie y répond. 
physiologie. — Réponse de M. Veipeau aux remarques de M. Magendie. 

« Ce que je viens d'entendre m'a saisi d'un véritable étonnement. On 
devait bien supposer que les résultats étranges des inhalations éthérées n'ac- 
querraient point droit de domicile dans la science sans rencontrer d'obsta- 
cles, sans trouver d'opposants. Tous les faits merveilleux , toutes les décou- 
vertes , grandes ou petites , le galvanisme lui-même , ont dû subir cette 
épreuve; mais, je l'avoue, ce n'est pas de la part de notre collègue que je 
me serais attendu à une protestation de cette espèce. 

» Dans ce qui vient d'être dit se trouvent des paroles d'où il ressortirait 
des accusations que je ne veux point qualifier, et qui, j'aime à le croire, 
n'étaient point dans les intentions ou la pensée de l'auteur. On semble nous 
reprocher de nous être livrés à des expériences sans but et d'une extrême 
imprudence sur nos semblables. Mais est-ce bien de là que devrait partir un 
pareil reproche? Qui donc, en Europe, s'est le plus livré à des expériences, 
soit sur les animaux, soit sur l'homme, quel est donc le savant qui devrait 



(i) Une indisposition survenue à M. Milne Edwards, ne lui ayant pas permis de mettre 
par écrit les remarques qu'il avait présentées, cette partie de la discussion ne peut figurer 
pour aujourd'hui dans le Compte rendu. 



( l3 9) 
encourir le plus de blâme sous ce rapport, si quelque blâme devait être 
infligé à quelqu'un en ce moment? 

» Au surplus, il est évident qu'avant d'attaquer nos actes, on n'a pas 
pris la peine de les étudier, d'en saisir la nature. Dans toute sa critique, 
notre collègue est évidemment resté à côté de la question; il en parle comme' 
quelqu'un qui ne sait nullement la marche qu'ont suivie les faits dans leur 
développement depuis le commencement jusqu'à présent, qui n'est point du 
tout au courant de ce qui s'est passé. Il ignore , à ce qu'il paraît , que le phéno- 
mène a d'abord été étudié et constaté par les hommes les plus éminents d'A- 
mérique, sur un grand nombre de malades de la ville et des hôpitaux; qu'en 
Angleterre, les faits ont également été recueillis, publiés par les physiolo- 
gistes et les chirurgiens les plus célèbres; produits sur les animaux et sur 
I homme, sur les hommes sains comme sur les malades; qu'en France, il en 
a été de même; qu'il existe maintenant, à Paris, plusieurs centaines dé mé- 
decins ou d'élèves qui ont expérimenté ou qui expérimentent journellement 
l'inhalation de l'éther sur eux-mêmes. Toute la prudence, toutes les précau- 
tions qu'on veut bien nous recommander nous sont évidemment empruntées- 
car, M. Roux et moi, nous en avons donné formellement le conseil dès le' 
principe. Comment! lorsqu'on sait que, le premier en France peut-être j'ai 
eu connaissance de ce moyen, vers le milieu de décembre, et que, cependant 
je n'ai osé le mettre en usage que vers le milieu de janvier , après m'être as- 
suré qu'à Paris même on venait d'en obtenir les mêmes effets qu'à Londres 
ou à Boston , qu'après avoir eu des preuves multipliées qu'il n'en résultait 
aucun danger,, on viendrait, sans preuve aucune, taxer mes actes de 
témérité!. . . 

» H faut, nous dit-on, étudier la question avec calme, ne pas se hâter de 
publier les faits, crainte de les voir démentis par l'avenir. Outre qu'il n' ap 
partient guère, il me semble, au savant qui tient ce langage de parler ainsi 
je dois dire que les faits dont nous parlons sont complets le jour même où ils se 
produisent, qu'ils doivent être acceptés, dèsà présent, comme faits accomplis 
et n'ont aucun besoin d'être gardés secrets avant de se montrer au grand jour' 

» H y a deux points essentiels dans la question : un point capital et un point 
accessoire. Le résultat capital , c'estl'insensibilitéoù tombent les malades soumis 
à l'influence de l'éther. Or ce point est acquis à l'observation aujourd'hui- 
il est à peu près constant, lorsque l'opération est bien conduite. Ce premier 
fait, qu'il fallait avant tout bien constater, est celui qui importe le plus à la 
chirurgie. Quant au second point, il est variable. Quelques personnes s'agi- 
tent , se meuvent, les unes sous l'influence de sensations, de rêves agréables- 

19.. 



( «4o ) 

d'autres par suite d'idées pénibles: quelques-unes crient; d'autres se bornent à 
parler. Ceci peut avoir des inconvénients dans les opérations chirurgicales: 
mais qui le nie? qui a dit, jusqu'ici , que toutes les opérations devraient être 
précédées de l'inhalation de l'éther? N'avons-nous pas été les premiers à pré- 
venir qu'un grand nombre d'entre elles lui resteraient sans doute réfractaires, 
pourraient peut-être même en être aggravées?" D'ailleurs , qui sait si la suite 
n'apprendra pas à maintenir ou à éviter ces mouvements désordonnés? puis, 
qui empêche de soumettre la personne à l'action de l'éther, de manière à sa- 
voir comment elle en est impressionnée, avant de l'y soumettre définitivement 
an moment même de l'opération? C'est ainsi, du moins, que j'ai procédé, 
pour ma part , dans un certain nombre de cas. 

n Ayant constaté l'effet dont j'ai parlé, il me restait, comme à tout le 
monde, à savoir si les malades ainsi traités ne couraient pas quelques dan- 
gers. Eh bien, je puis affirmer que rien, absolument rien ne leur est arrivé, 
jusqu'à ce jour, qui antorise à incriminer l'éther. En y réfléchissant, que 
peut-il en résulter de fâcheux, au surplus? Je fait en question est, pour 
ainsi dire, instantané; en deux à cinq minutes , règle générale, Le malade est 
insensible. Au bout de deux ou trois minutes, il revient à lui, sans que sa 
figure exprime la souffrant, sans que L'économie paraisse en avoir été 
ébranlée; et, un quart d'heure plus tard, on ne s'en aperçoit plus. Que 
veut-on alors qu'ii en résulte pour les conséquences de l'opération pratiquée 
dans de telles conditions? 

» On vient de parler d'accidents, de convulsions, de cris sauvages^ etc.; 
mais il n'y a point eu d'accidents, à ma connaissance du moins, et ceci 
n'est que du roman. Les malades qui, dans leurs songes, ont voulu se 
mouvoir ou ont crié, n'avaient point l'air de souffrir et ont soutenu n'a- 
voir point souffert. Une jeune fille hystérique a été prise de convulsions 
après l'opération; mais qu'est-ce qui ne fait pas naître de convulsions 
chez une jeune fille hystérique, et croit-ou que l'arrachement de l'ongle, 
sans influence de l'éther, n'aurait pas tout aussi hien fait naître cet accès 
convulsif, qui n'a d'ailleurs eu aucune suite sérieuse? Un malade s'est 
échappé de nos mains, dit-on, avec sa plaie toute sanglante, au milieu de 
l'opération! C'est une erreur. Cet homme a voulu se tourner; mais les aides 
se sont emparés de ses membres, et l'ont contenu. La main malade ne nous 
est point échappée, et l'opération n'a point été interrompue. On ajoute que 
la douleur dans les opérations, loin d'être nuisible , doit être utile, et que 
rendre inseusibles les malades qu'on opère, expose à des abus. Je ne dis pas. 
Quelle est la chose , en ce monde , dont on n'ahnse jamais, et quelle est la 
découverte qu'on devrait garder, s'il fallait rejeter toutes celles dont l'homme 



( i4i ) 

peut abuàeï? 13 u malade y regardera à deux fois, dit-on encore, avant de se 
laisser endormir ainsi, dans la crainte d'être mal opéré par un chirurgien 
inhabile. Ceci n'est pas sérieux; car, avant de se prêter au couteau du chi- 
rurgien , l'homme a dû choisir l'opérateur le plus digne de sa confiance, et ce 
n'est pas pendant l'opération qu'un malade décide si son chirurgien est 
habile ou non: puis tout cela ne se fait pas malgré lui. 

n La douleur n'est pas un mal? Mais il n'est pas possible que vous y ayez 
pensé. Qui ne sait que, dans les familles, la perspective de la douleur est la 
principale cause de toutes les angoisses qui naissent à l'idée d'une opération:' 
Cet homme qui a une tumeur au sein de ses organes , une tumeur qui menace 
incessamment sa vie , recule le plus qu'il peut le moment de la faire enlever ; 
et pourquoi, si ce n'est par la crainte de la douleur? 

« On croit volontiers, dans le monde, que les chirurgiens ont lame dure, 
parce qu'Us restent impassibles en présence de ladouleur. Eh ! mon Dieu , c'est 
là une de ces accusations auxquelles on se résigne, parce que le public ne peut 
pas pénétrer dans le for intérieur de ceux qu'il incrimine. Pourtant les chi- 
rurgiens sont, avant tout, hommes comme les autres, doués d'autant de sen- 
sibilité que ceux qui les accusent; mais il faut qu'ils aient l'air insensible : et 
croit-on, par cela même, qu'ils n'aient rien à souffrir, que les émotions qu'ils 
sont obligés de contenir ne soient pas chez eux la source d'anxiétés d'autant 
plus pénibles, qu'ils ne doivent pas les laisser paraître? La douleur! mais qui 
donc ne craint pas la douleur parmi les hommes ? Non, non ; il y a, dans les 
reproches que l'Académie vient d'entendre, plus d'inadvertances que de pa- 
roles réfléchies. 

» Maintenant, qu'on vienne disserter sur la nature des effets produits par 
l'inhalation de l'éther, je le veux bien : je n'imiterai point notre adversaire 
en l'accusant de barbarie, d'immoralité, de légèreté ou de témérité; mais je 
lui répondrai que tout ce qu'il vient d'annoncer, sur ce point, ne résulte d'au- 
cune observation, d'aucune expérience rigoureuse; qu'il ne nous donne ici 
(iue des suppositions, à mon sens très-peu fondées. L'action dont nous avons 
été témoins est très-différente de celle de l'alcool et du vin; ce n'est point 
une ivresse proprement dite, mais bien un phénomène tout particulier. 
Quant à l'utilité d'expériences nouvelles, prudemment conduites et le plus 
diversifiées possible, c'est ce que nous conseillons, c'est ce que nous deman- 
dons, c'est ce que nous avons déjà fait. Comment se peut-il qu'après nou> 
avoir accusés de légèreté, nous qui avons des faits concluants, positifs, par 
centaines à invoquer, on vienne, pour les détruire ou en atténuer la valeur, 
nous opposer de vaines hypothèses, de simples assertions dépourvues de 
toute espèce d'appui! 



f i4a ) 
» Qu'on vienne à démontrer bientôt que les antres espèces d'éther, que 
d'autres substances jouissent des mêmes propriétés, j'en serai enchanté pour 
ma part. Je serai heureux aussi d'apprendre que, donné par l'estomac, l'é- 
tber suifurique produira mieux ses effets qu'inhalé dans les poumons; mais 
je ne l'espère guère, et je dirai, moi, que là n'est pas la question. Au sur- 
plus, les résultats obtenus jusqu'ici sont tellement tranchés, palpables, 
extraordinaires, que pour en parler dorénavant, notre honorable collègue fera 
sagement de s'en rendre témoin, de les étudier par lui-même. J'ai la convic- 
tion qu'alors il regrettera certaines paroles acerbes qui viennent de lui 
échapper, et qu'il s'empressera, dans son propre intérêt, de rétracter ce qu'il 
vient de dire. » 

physiologie. - Réplique de M. Magesdie à M. Velpeau. 

« Si je prends de nouveau la parole, ce n'est pas pour répondre à mes 
honorables confrères, car, à dire vrai, ils n'ont contesté aucune de mes 
assertions; seulement, si j'ai bien compris, M. Velpeau semblerait croire 
que je propose comme préférable à l'inhalation de i'éther par le poumon 
de l'injecter par l'artère carotide; que M. Velpeau soit bien convaincu" 
quune pareille stupidité ne m'est point venue dans l'esprit, semblable 
opération devant avoir pour effet immédiat la mort du palient. M. Velpeau 
vient de témoigner sa surprise de ce qu'ayant moi-même fait tant d'expé- 
riences, je trouve extraordinaire que d'autres en fassent. Je suis loin de re- 
nier mes études expérimentales, mais je prie mon honorable confrère de 
remarquer que j'expérimente sur les animaux, précisément pour ne pas 
expérimenter sur les hommes. 

» A défaut de discussion, je vais continuer d'examiner au point de 
vue scientifique et moral l'emploi de I'éther comme moyen préventif de la 
douleur. 

» Nous savons maintenant, par les essais qui ont été tentés, que les ré- 
sultats de la respiration de I'éther sont fréquemment un délire furieux 
accompagné de violence, de cris, de convulsions, qui se termine par 
1 affaissement et une sorte de cadavérisation qui permet de couper tailler de 
d.ssequer même le patient, non pas sans qu'il s'en aperçoive, mais sans 
quil en garde aucun souvenir; que s'il ressent des souffrances même très- 
intenses, .1 lui semble être le jouet d'un rêve douloureux. Plusieurs malades 
ont succombé à la suite de l'inhalation de cet agent : je ne prétends pas affir- 
mer que la mort a été causée par I'éther, cependant un tel événement com- 
mande 1 attention et mérite qu'on s'en inquiète. 



( '43) 
» L'éther, je le veux bien, a réellement les heureuses propriétés qu'on lui 
attribue. Est-ce à dire qu'il faille intoxiquer ainsi les patients dans tontes les 
opérations légères, qui consistent en un simple coup de lancette ou de bis 
toun? telles sont l'opération de la fistule lacrymale, l'ouverture d'un abcès 
amputation d'une petite loupe, des excroissances syphilitiques , la ligature' 
1 excision, la cautérisation des hémorroïdes, et une foule d'antres opéra' 
tions peu douloureuses, qui ne comportent qu'uu instant très-court pour 
leur exécution. Je n'hésite pas à répondre négativement. Je regarde donc 
des a présent, l'inhalation de l'étber non-seulement comme san." utilité dans 
les circonstances que je viens de signaler, mais comme étant formellement 
contre-mdiquée; car, dans l'ignorance où nous sommes encore des inconvé- 
nients de ce moyen et surtout de ses dangers, qui, je ne crains pas de l'an- 
noncer, seront bientôt reconnus, on serait coupable d'y exposer les malade, 
sans une nécessité absolue. Or cette nécessité ne saurait être invoquée que 
pour les opérations graves, difficiles, qui entraînent des douleurs vives et 
prolongées. 

» Toutefois, même dans ces cas extrêmes, l'intoxication par l'éther offre 
des inconvénients qui ne paraissent pas avoir frappé messieurs les chirurgiens 

» Dans certaines opérations où l'on agit dans le voisinage des nerfs , il est 
de la plus haute importance de ne pas blesser ces organes, de ne pas les 
comprendre dans une ligature; il y va, dans certains cas, de la vie des ma- 
lades. Quand il s'agit de lier l'artère carotide, par exemple, si le nerf 
pneumogastrique était coupé ou compris dans le lien qui serre le vaisseau la 
mort immédiate pourrait en être la conséquence: M. Roux, qui a plusieurs 
fois fait cette grave opération ne me démentira pas. L'opérateur est fort 
heureux , et je 1 ai constaté moi-même, de reconnaître par les sensations, ou 
si ion veut, par la douleur que ressent le patient, qu'on est dans le voisi- 
nage du nerf. 

» Dans les amputations des membres , dans les extirpations laborieuses de 
umeurs profondes, il arrive presque inévitablement, qu'en saisissant avec 
la pmce un vaisseau pour le lier, on saisit en même temps quelque filet ner- 
veux ; or la hgature même d'un simple filet de nerf a souvent les conséquence, 
es plus sérieuses. L'insensibilité enlève l'indication importante fournie par 
la douleur, et le sort du malade en dépend. 

» Il y a donc, dans les grandes opérations chirurgicales, des considéra- 
tions majeures qui doivent faire hésiter devant l'emploi de l'éther 

» Dailleurs, messieurs, la douleur, dans la nature humaine, et même 
dans la nature animale, est-elle donc sans objet, sans utilité? No 



( i44) 

sommes organisés, il est vrai, de telle sorte que nous la redoutons, que nous 
l'évitons autant que possible; nous sommes heureux d'en préserver nos 
semblables. Mais enfin la douleur est on des deux grands mobiles de la vie; 
nous la fuyons avec le même soin que nous recherchons les sensations agréa- 
blés ■ et pourtant la douleur, par cela même qu'elle est dans les lois de 1 or- 
ganisation, doit avoir un but. N'allez pas conclure de ces paroles que je veux 
ressusciter l'antique secte des stoïciens : non, messieurs, j'en suis fort éloigne; 
et s'il me fallait opter pour un philosophe ancien, ce n'est pas Zenon que je 

choisirais. . . , 

„ Pour prouver que la douleur est quelquefois nécessaire, je citerais le 
travail de l'accouchement , puisque les partirions qui se font sans douleurs 
ont souvent une issue. funeste. Il en est de même des opérations chirurgicales; 
celles qui réussissent le mieux ne sont pas toujours celles où le patient a le 

moins souffert. 

„ Dans l'arrachement des polypes des fosses nasales, le sang coule sou- 
vent avec abondance, arrive dans l'arrière-bouche et tend à s'introduire dans 
le larynx; son contact sur la glotte détermine la toux et des efforts d ex- 
puition qui s'opposent à l'entrée de ce fluide dans la trachée; mais , si la 
glotte est rendue insensible, le sang pénétrera, sans qu'on le sache, jusqu aux 
bronches, et la suffocation pourra survenir. 

„ Vous voyez, messieurs, par ces exemples que je pourrais si facilement 
multiplier, qu'il n'est pas aussi simple, qu'on le pense, de décider s'il y a 
véritablement utilité à rendre les malades insensibles, pour les soumettre 
ensuite aux opérations de la chirurgie, et qu'à côté des avantages qu'on es- 
père obtenir de l'emploi de l'ether, il y a des inconvénients qu'il faut prévoir 
pour ne pas plus tard les déplorer. 

» Certes, je suis partisan des progrès, et de tout ce qui peut améliorer 
la condition de l'homme. C'est ce sentiment, j'allais dire cette passion, qui 
a inspiré mes travaux. Mais on n'atteint pas ce but, on le manque en se li- 
vrant à des tentatives vaines, ou tout an moins prématurées, auxquelles le 
temps refusera sa sanction. Ce n'est pas par l'enthousiasme que se font les 
grandes découvertes; la réflexion calme, les expériences renouvelées et 
variées, les déductions rigoureuses, doivent être nos seuls guides pour ar- 
river à des conquêtes utiles et durables. 

,, Je ne saurais donc trop recommander à mes honorables confrères 
d'apporter, dans leurs essais ultérieurs sur les effets de l'éther, tous les mé- 
nagements, toute la réserve que commande une question qui touche à de si 



graves intérêts. >■ 



( «45) 

physiologie. — Sur les effets de Véther; par M. Roux. 

« Un intérêt si grand, et si légitime, s'attache à la question de l'introduc- 
tion de l'air éthéré dans l'économie des êtres vivants, que l'Académie voudra 
bien encore entendre unecourte relation des nouveaux faits que j'ai recueillis 
depuis la dernière séance, lesquels faits, ajoutés à ceux dont M. Velpeau 
vient de nous entretenir, ajoutent une nouvelle force à des espérances que 
beaucoup de personnes avaient peine à concevoir. Mais, avant de faire 
cette communication, j'éprouve le besoin de relever à mon tour, par quel- 
ques observations, la critique que notre honorable collègue M. Magendie 
vient de faire des expérimentations auxquelles se livrent maintenant les 
chirurgiens. 

v. Çeut-êtce n'assistait- il pas aux dernières séances de l'Académie; peut- 
être ne s'est-il pas bien tenu au courant de ce qui a été dit dans cette en- 
ceinte, des communications qui ont été faites jusqu'à présent, et de la ma- 
nière dont les essais du procédé américain ont été conduits : autrement, nous 
ne lui paraîtrions pas avoir agi avec trop peu de réserve et de prudence. 
Loin qu'on ait montré tout d'abord de l'engouement et de l'enthousiasme pour 
l'emploi des inhalations d'éther comme moyen de rendre l'homme impuissant 
à souffrir pendant le cours d'une opération chirurgicale, on a plutôt douté 
de leur efficacité : les premiers dires sur ce sujet ont été accueillis froide- 
ment; et mes premières tentatives ont été faites avec la plus grande circon- 
spection. Cette circonspection ne nous a point abandonnés, et elle présidera 
encore, je l'espère, à tout ce qui sera fait ultérieurement : le dirai-je même? 
malgré tout ce que j'ai appris, malgré tout ce qui s'est passé sous mes yeux, 
je crois entrevoir beaucoup d'opérations chirurgicales pour lesquelles on 
devra tarder encore à user de l'ivresse si passagère, si fugace, qui succède 
aux inhalations d'éther. C'est une question qui se présente sous tant de faces, 
qui se prête à être considérée sous tant de points de vue, que nous sommes 
loin du terme des recherches et des études qu'elle va faire naître. 

» Il paraît que M. Magendie aurait voulu qu'on se bornât d'abord à des 
expériences sur les animaux. Mais c'est comme ressource précieuse dans la 
pratique chirurgicale, que l'ivresse par les vapeurs éthérées a surgi ; il fallait 
bien l'expérimenter sur l'homme : c'est pour l'homme que le moyen dont il 
s'agit peut avoir tous les avantages qu'on lui attribue. Oui, sans doute les 
animaux ont, comme l'homme, en partage la sensibilité qui dispose à éprouver 
la douleur; ils sont, comme l'homme, accessibles aux souffrances physiques 

C.U., 1847, i« Semestre. (T. XXIV, N° S.) 20 



( i46) 
et probablement, comme l'homme, susceptibles de perdre momentanément 
toute sensibilité sous l'influence de tel moyen ou de tel autre : mais dans les 
expériences avec les vapeurs étbérées sur les animaux, les résultats auraient 
pu être décevants ; ils auraient été d'ailleurs nécessairement incomplets : déce- 
vants , car on voit bien souvent les animaux , dans d'autres expériences , ne 
point s'agiter, ne point témoigner de souffrances, alors cependant qu'ils 
doivent en éprouver de très-vives; incomplets, car nous n'aurions pas connu 
par les animaux, les modifications si singulières, si curieuses et si pleines 
d'intérêt pour la physiologie et la psychologie , que subissent les sens et les 
fonctions propres du cerveau, pendant l'ivresse toute particulière que dé- 
terminent les inspirations d'éther. 

« Notre honorable collègue paraît redouter pour elle-même l'inhalation 
par les voies pulmonaires. Il paraît croire que si l'éther peut agir comme 
stupéfiant, et s'il peutètre un moyen de paralyser momentanément la sen- 
sibilité générale, mieux vaudrait l'administrer par ingestion, c'est-à-dire 
en l'introduisant dans l'estomac, d'où il parviendrait, seulement d'une ma- 
nière un peu moins rapide, dans le système circulatoire, pour agir ensuite 
sur le système nerveux. M. Magendie a même supposé, je crois, qu'on 
pourrait faire pénétrer I'éther dans le sang directement , et très-près du 
cerveau , par l'artère carotide. Il est plus que probable qu'on ne prendra 
jamais cette dernière voie. Vraisemblablement, au contraire, on essayera 
d'autres modes d'expérimentation, comme on pourra bien tenter l'usage de 
substances autres que lether; et déjà je me suis demandé si, pour l'air 
éthéré lui-même , on ne pourrait pas prendre pour voie d'introduction la 
dernière partie de l'appareil digestif, dans laquelle, on le sait, l'absorption 
des substances étrangères se fait avec une grande facilité. Mais une certaine 
quantité d'éther introduite directement dans l'estomac y produirait peut-être 
une violente irritation; peut-être les effets de lether ainsi ingéré, et la som- 
nolence en particulier, se manifesteraient-ils plus tardivement : et puis , 
comment déterminer à l'avance la quantité d'éther convenable pour obtenir 
ces effets suivant l'âge et la constitution différente de l'individu? Jusqu'à 
présent, l'inhalation des vapeurs éthérées par les voies pulmonaires, comme 
moyen d'expérimentation, réunit les principaux avantages désirables. Ce 
que ce procédé a d'incommode est très-supportable; il est efficace chez le 
plus grand nombre des individus qu'on y soumet : son action peut être 
réglée, puisqu'on doit suspendre et qu'on suspend, en effet, le jeu de l'appa- 
reil , au moment où l'état d'ivresse et l'insensibilité sont manifestes ; enfin 
cette ivresse d'un genre particulier, ce sommeil artificiel avec suspension de 



( «47 ) 

la sensibilité générale, sont bientôt suivis d'un retour parfait de toutes les 
fonctions à leur état naturel. 

» Je le dirai tout de suite : la durée de ce sommeil est trop courte, du 
moins tel qu'on l'obtient d'abord; si l'on ne veut pas l'entretenir ou le 
produire itérativement, il ne suffirait pas pour l'exécution entière et par- 
faite d'une de ces opérations qui sont longues, laborieuses, difficiles, et qui 
se composent d'un grand nombre de manœuvres délicates, qu'on ne peut faire 
succéder les unes aux autres qu'avec lenteur, et en prenant les plus grandes 
précautions; et je ne puis me défendre d'une crainte, c'est que pour les opé- 
rations qui, jusqu'à présent, semblent comporter le mieux l'usage des in- 
spirations d'éther, parce qu'elles peuvent être exécutées pendant le temps 
que l'ivresse doit durer, on soit enclin à procéder avec trop de vitesse pour 
ne pas être exposé à voir arriver trop tôt la fin du sommeil. Il serait fâcheux 
que le besoin et le désir d'agir avec une certaine précipitation vinssent à faire 
oublier, dans la pratique chirurgicale , l'avantage si grand qu'il y a à faire 
bien. 

» J'arrive aux faits nouveaux dont je voulais donner communication à 
l'Académie : tous se sont passés dans mon service à l'Hôtel-Dieu ; tous ont eu 
pour témoins les nombreux élèves qui fréquentent cet hôpital, et quelques 
personnes du nombre de celles qui s'intéressent aux progrès de la science, ou 
qui cultivent celles-ci , et que la curiosité amène près de nous en ce moment. 
Ce matin même, un des beaux résultats que j'aie obtenus jusqu'à présent 
a été observé par un homme bien connu de l'Académie, par M. Achille 
Comte. Il y a quatre jours, c'était vendredi dernier, j'avais à opérer cinq 
malades. Pour l'un d'eux seulement, l'opération avait un caractère un peu 
spécial : c'était une opération de fistule lacrymale. Chez les quatre autres , il 
s'agissait seulement de l'ouverture d'abcès assez considérables , au sein , au 
bras, à la paume de la main et à la plante du pied; et l'ouverture de tels 
abcès, bien qu'on puisse la faire presque toujours très-promptement, est 
toujours aussi d'autant plus douloureuse, que nous agissons sur des parties 
enflammées, dont la sensibilité naturelle est plus ou moins exaltée. La femme 
à l'abcès du sein a voulu braver la douleur : douée de cette force dame, de 
ce courage que, pour les opérations, les femmes possèdent peut-être plus 
que les hommes, et aussi , je crois, un peu sceptique, comme paraît l'être 
notre collègue M. Magendie, elle s'est refusée à l'expérimentation. Les quatre 
autres malades s'y sont soumis avec plaisir : chez tous les quatre , après quel- 
ques minutes seulement d'inspirations éthérées, faites au moyen de l'appareil 
de M. Charrière, la somnolence s'est déclarée; et j'ai fait, à chacun de ces 

20. . 



( '48 ) 
quatre malades, l'opération que sou cas nécessitait, sans qu'il y ait eu de 
leur part la moindre expression de souffrances. Interrogés à leur réveil sur ce 
qu'ils avaient éprouvé , deux d'entre eux avaient la souvenance vague d'un som- 
meil tranquille dans lequel ils avaient été plongés ; les deux autres avaientquel- 
que peu rêvé de choses qui leur étaient plutôt agréables que pénibles. Cepen- 
dant , l'homme qui avait subi l'opération pour une fistule lacrymale qu'il avait 
à l'œil droit, opération dans laquelle, après qu'une ouverture a été faite à la 
partie antérieure du sac lacrymal , il faut faire pénétrer dans le canal nasal 
un stylet et une canule, puis introduire dans cette canule un petit ressort 
élastique conducteur d'un fil qui doit sortir par l'ouverture antérieure de la 
narine; cet homme, dis-je, a paru s'éveiller au moment où, pour terminer 
l'opération, j'allais à la recherche de ce petit ressort : il s'est agité quelque 
peu, et nous a dit plus tard que cette dernière action avait suscité chez lui 
un rêve dans lequel il croyait qu'une allumette chimique avait été introduite 
dans la narine et s'y était enflammée. 

» Ainsi donc, quatre fois successivement dans la même matinée, et sur 
quatre individus qui étaient dans des conditions assez différentes , les inspira- 
tions de la vapeur d'éther ont eu toute l'efficacité désirable, et, par elles, ces 
individus ont été soustraits à la douleur dont auraient infailliblement été 
accompagnées les opérations diverses qu'ils avaient à subir. Avant de rap- 
porter, avec un peu plus de détails, un autre cas, je ferai remarquer que si la 
méthode dont on s'empresse tant, et avec tant de raison, d'apprécier la valeur, 
est reconnue vraiment bonne, vraiment utile, elle le sera pour les opéra- 
tions peu graves en elles-mêmes comme pour celles qui ont beaucoup de 
gravité, c'est-à-dire qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses, qui 
peuvent compromettre la vie ; car , parmi les premières , il en est beaucoup 
qui sont aussi douloureuses que peuvent l'être les opérations les plus 
graves, et même les plus cruelles en apparence : quelques-unes même le 
sont plus. Et, en général, dans les actes, toujours plus ou moins cruels , de 
la chirurgie, et qui sont toujours pour l'homme un sujet d'effroi , douleur et 
gravité ne sont que trop souvent compagnes l'une de l'autre : mais bien 
souvent aussi une opération est grave sans être très-douloureuse; et telle 
autre peut être accompagnée de très-vives douleurs sans avoir la moindre 
gravité : c'est ce dernier caractère que présentait l'opération pour laquelle, 
ce matin encore , j'ai obtenu un très-beau résultat des inspirations éthérées. 

» Un homme , fort jeune encore , qui, dans un autre temps et pour l'état 
même dans lequel il se trouvait, a déjà reçu les soins de M. Velpeau, avait à 
la partie inférieure de l'abdomen plusieurs ouvertures fistuleuses très-dis- 



( i49) 
tantes les unes des autres, aboutissant à des clapiers, à des trajets sinueux, 
rampant dans l'épaisseur de la paroi abdominale, au moins sous la peau con- 
sidérablement épaissie, si ce n'était pas dans les interstices des muscles. Ce 
désordre était accompagné d'une suppuration abondante qui pouvait épuiser 
le malade. Depuis longtemps je proposais à ce jeune homme de diviser tous 
ces trajets fistuleux dont on ne pouvait pas autrement obtenir l'oblitéra- 
tion, d'enlever les portions de peau qxù me paraîtraient trop altérées : tou- 
jours la craiute d'éprouver des douleurs trop vives l'avait empêché de suivie 
mes conseils. Averti enfin de ce qui se passait autour de lui, et encouragé par 
l'exemple d'autres compagnons d'infortune, il a cessé de redouter l'approche 
de l'instrument, et s'est livré à moi avec calme et confiance. Trois mi- 
nutes seulement d'inspirations éthérées bien conduites, et auxquelles le ma- 
lade se prétait admirablement, ont suffi pour faire naître en lui, par de- 
grés, une ivresse Jdouce , ou plutôt un sommeil tranquille, avec résolution 
complète et insensibilité des membres. J'ai pratiqué sans délai l'opéra- 
tion projetée, et dont j'avais bien arrêté dans ma pensée tous les temps, 
toutes les manœuvres, de manière à éviter tout tâtonnement. Il a fallu faire 
quatre incisions assez étendues , retrancher quatre lambeaux de téguments. 
En tout j'ai donné huit coups de bistouri, distincts et prolongés. Le malade 
n'a exécuté aucun mouvement; il n'a pas fait entendre la moindre plainte. J'a- 
vais fini , et son sommeil continuait : la projection de quelques gouttes d'eau à la 
figure a provoqué le réveil, qui a été soudain, complet immédiatement, sans 
phénomènes de transition, sans agitation , sans loquacité comme sans accès 
de gaieté. Selon ce que nous a dit ce sujet, il s'était senti s'endormir ; il avait 
dormi sans avoir fait de rêve, sans avoir eu aucune hallucination : il avait eu 
la conscience de quelques-uns de mes mouvements , avait cru entendre quel- 
ques-unes de mes paroles; mais il n'avait éprouvé aucune douleur. J'ai voulu 
le tromper un moment en lui disant qu'une première expérience seulement 
avait été faite sur lui, que besoin était de le soumettre à une seconde, qui 
aurait sans doute le même résultat, et qu'alors je ferais l'opération à laquelle 
il avait consenti : grande fut sa surprise et aussi sa satisfaction, quand après 
quelques instants, je lui laissai voir une grande plaie que j'avais tenue cachée, 
et lorsqu'il eut la certitude que ses désirs étaient accomplis. » 



( i5o ) 

physiologie. — Sur les inconvénients que peut avoir, dans certains cas 
chirurgicaux, l'insensibilité déterminée par l'inhalation de l'éther; 

par M. IiALLEMAND. 

« M. Lallemand fait observer que l'absence de contraction musculaire 
n'est pas toujours un bien. Si l'on peut en tirer parti pour la réduction des 
luxations, etc., dans certaines amputations, le défaut de rétraction des mus- 
cles peut être cause de la conicité du moignon. Ainsi, par exemple, dans 
les amputations de la cuisse , les muscles superficiels se rétractent plus que 
les muscles profonds , parce qu'ils sont plus longs et n'adhèrent pas à l'os ; il 
faut donc couper les muscles profonds plus haut, quand les premiers ont 
été divisés, et scier l'os le plus haut possible, afin d'avoir ensuite assez de 
muscles pour le recouvrir, sans quoi le fémur fait saillie sous la peau , la 
tend, la comprime contre le cuissard, déchire la cicatrice, etc. Les incon- 
vénients de la conicité sont si grands après les amputations de cuisse , qu'on 
a souvent été forcé de pratiquer la résection de l'extrémité du fémur, long- 
temps après la guérison. Or on sait parfaitement, depuis longtemps, que 
la cause principale de cette conicité fâcheuse est la rétraction consécutive 
des muscles, et surtout des muscles superficiels; mais cette rétraction con- 
sécutive sera d'autant plus grande, que les muscles se seront moins retirés 
avant la section de l'os, et ils ne se retireront pas du tout s'ils se trouvent 
dans un état complet de relâchement par l'action de l'éther. 

» Quant à l'absence de sensibilité, il est des cas ou l'on peut avoir à la 
regretter : ainsi, par exemple, quand on applique une ligature sur une ar- 
tère, si quelque rameau nerveux a été embrassé par le fil, on en est averti par 
la douleur vive qu'éprouve le malade au moment où l'on serre la ligature; 
on peut alors la détacher, pour isoler mieux l'artère, avant d'en appliquer 
une autre, sans quoi le nerf comprimé peut devenir cause d'accidents ner- 
veux très-graves et même mortels : mais si le malade ne sent rien , il est 
évident que l'opérateur ne pourra être averti par rien de la présence d'un 
rameau nerveux dans la ligature, car les filets qui accompagnent les artères 
sont souvent très-petits et perdus dans le tissu cellulaire ambiant. 

» Il faudrait donc tenir compte de toutes ces circonstances avant de 
porter un jugement définitif sur les avantages de l'action de l'éther pendant 
les opérations chirurgicales, d'autant plus que cette action n'a pas toujours 
présenté les mêmes caractères chez les différents malades dont on vient de 
parler. » 



( i5i ) 
physiologie. — Réflexions de M. Serres , relatives à la question débattue. 

« La dissidence qui existe entre nos collègues est, au fond , plus apparente 
que réelle. Si M. Magendie avait assisté à la séance où il a été question . pour 
la première fois , des effets singuliers produits par les inspirations d'étfaer , 
il aurait vu que MM. Roux et Velpeau avaient les mêmes appréhensions 
qu'il manifeste; il aurait vu qu'ils en appelaient, l'un et l'autre, à une sage 
expérimentation avant de se prononcer sur la valeur de ce moyen en méde- 
cine opératoire. 

» Mais notre collègue, M. Magendie, a raison quand il dit qu'il est des 
opérations chirurgicales dans lesquelles il est nécessaire que le malade con- 
serve la pleine conscience de lui-même. Indépendamment des cas qu'il a 
cvtés, ou conçoit que dans l'opération de la taille, au moment où la pierre 
est saisie; on conçoit que, pendant le cours du broiement dans la litho- 
tritie, la membrane muqueuse de la vessie pouvant être pincée, il est 
nécessaire que le chirurgien en soit averti par la douleur que le malade 
éprouve. On conçoit également que c'est avec la plus grande circonspection 
qu'on doit recourir aux inhalations d ether dans l'application du forceps. 

» Ainsi que l'ont observé MM. Magendie et Lallemand , dans les ligatures 
artérielles , l'insensibilité des malades peut exposer le chirurgien à lier un 
nerf avec l'artère. Cet inconvénient, dont les suites peuvent être si graves, 
est réel ; mais l'absence de la douleur permettant à l'opérateur de disséquer 
avec soin l'artère et de l'isoler complètement des tissus environnants des 
mains habiles et prudentes sauront prévenir ce fâcheux résultat. 

» Toutefois, les observations qui ont été publiées, ainsi que celles qui 
ont été rapportées dans cette séance, renferment des données curieuses re- 
lativement à la perception des sensations. 

» N'est-ce pas un fait très-remarquable, que, pendant qu'un malade reste 
insensible à la douleur que provoque toute opération, son imagination se 
replie sur elle-même et perçoive des sensations si diamétralement opposées 
à celles qne la douleur devrait lui faire naître? 

» N'est-ce pas un fait très-remarquable, que , pendant qu'un malade reste 
insensible à l'opération, la sensibilité des sens ne soit pas suspendue, qu'il 
voie ce qui se passe autour de lui , qu'il entende ce qui se dit ? 

» N'est-ce pas un fait inattendu, que celui de ce malade dont vient de 
parler M. Velpeau, lequel entendait le déchirement des tissus produit par 
l'instrument dans la région parotidienne , tandis qu'il restait insensible à la 
perception de la douleur? 



( i50 
» Le plaisir et la douleur sont les deux sensations primordiales , dont toutes 
les autres se rapprochent ou s'éloignent par des nuances insensibles; ce sont 
les deux modes élémentaires de la sensibilité, dont il est très-important de 
connaître la nature. Or, pour y parvenir, il faut analyser les effets : les inha- 
lations d'éther, l'état qui leur succède avant et pendant les opérations , me 
paraissent un moyen nouveau de porter cette analyse à un haut degré de 
perfection, pourvu toutefois que leur résultat soit utile aux malades. » 

M. Païen dépose sur le bureau, afin de prendre date, une Note qu'il se 
propose de lire dans une prochaine séance. 

RAPPORTS. 

MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Rapport sur un Mémoire de M. le docteur 
Van Hecke, ayant pour titre : Nouveau système de locomotion aérienne. 

(Commissaires, MM. Poncelet, Snguier, Babinet rapporteur.) 

« L'Académie nous a chargés, MM. Poncelet, Seguier et moi, de lui 
faire un Piapport sur un Mémoire de M. le docteur Van Hecke, de Bruxelles , 
intitulé : Nouveau système de locomotion aérienne. Dans un sujet qui a si 
souvent occupé l'activité de l'esprit humain, tant pour la théorie que pour la 
pratique, notre Rapport a dû se borner à vous faire connaître les ré- 
sultats des expériences que l'auteur a mises sous les yeux de la Commission. 
« Le docteur Van Hecke renonce formellement à l'idée de prendre un 
point d'appui sur l'air pour se mouvoir en sens contraire du vent : son sys- 
tème consiste, comme celui de Meusnier, à chercher à diverses hauteurs 
des courants favorables à la direction qu'il veut suivre; mais son pro- 
cédé diffère de celui de Meusnier, qui voulait comprimer ou dilater l'air 
dans une capacité intérieure au ballon. La question que s'est proposée 
M. Van Hecke se réduit donc à trouver un moyen facile de monter et de 
descendre verticalement sans employer, comme on le fait ordinairement, 
une perte de lest ou une perte de gaz, l'une et l'autre évidemment irré- 
parables. 

» M. Van Hecke a cherché, dans un moteur artificiel, une force capable 
d'élever ou de déprimer l'aérostat à volonté, et il s'est adressé naturellement 
à l'un de ces moteurs qui, tels que les ailes du moulin à vent, l'hélice, les 
turbines, etc. , transforment, sans réaction latérale, un mouvement rotatoire 
en mouvement rectiligne suivant l'ase, ou réciproquement. Un appareil 
analogue, à ailes gauches, a été mis sous les yeux de votre Commission, et, 



( i53) 
par sa réaction sur ïair, a produit facilement une force ascensionnelle ou 
desceasionnelle de 2 à 3 kilogrammes, ce qui, avec les quatre moteurs pa- 
reils, que M. Van Hecke adapte à sa nacelle, constituerait une force d'en- 
viron 10 à 12 kilogrammes. Ajoutons que cet effet, loin detre exagéré, a été 
obtenu, sans grand effort, avec des ailes à peu près carrées, dont la dimen- 
sion était seulement d'un demi-mètre décote; ainsi, rien n'empêche d'admettre 
qu'avec une puissance suffisante, on pourrait arriver à se procurer, par ce 
procédé, 5o, 60 ou même 100 kilogrammes de lest ascendant ou descendant. 

» L'estimation de la pression d'un courant d'air d'une vitesse donnée, sur 
une surface d'une étendue et d'une inclinaison connues, pouvait sans doute, 
approximativement, conduire par le calcul à l'effet de l'appareil de M. Van 
Hecke; mais l'Académie sait trop combien les aperçus mécaniques les plus 
probables ont besoin de confirmation pratique, pour ne pas juger indispen- 
sable que ses Commissaires aient été témoins de l'action du moteur de 
M. Van Hecke. 

« Il reste à savoir si la force obtenue sera, dans tous les cas, suffisante 
pour faire monter ou descendre l'aérostat. Or, dans un ballon ordinaire, 
c'est l'action des rayons solaires qui détermine les plus subites variations de 
légèreté spécifique. Notre aéronaute expérimenté, M. Dupuis-Delcourt, n'es- 
time pas que l'action du soleil puisse dépasser 10 à 12 kilogrammes, et en- 
core dans un espace de temps assez long. Ainsi, le moteur de M. Van Hecke 
serait suffisant dans ce cas extrême; et d'ailleurs, le procédé d'ascension 
et de descente facile de l'auteur, en permettant de faire osciller le ballon de 
haut en bas et de bas en haut, renouvellerait le contact de l'enveloppe avec 
l'air ambiant, et préviendrait, en grande partie, l'effet de réchauffement 
direct produit par les rayons solaires. 

Conclusions. 

» La Commission, qui a constaté l'efficacité du moyen employé par M. le 
docteur Van Hecke, vous propose de donner acte à l'auteur du résultat fa- 
vorable de ses expériences, sans rien préjuger d'ailleurs sur toute question 
de priorité d'invention ou d'application de son mécanisme. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'une 
Commission chargée de présenter une liste de candidats pour la place d'A- 

C. R. , 1847, l« Semestre. (T. XXIV, N«iS.) 2 1 



(ï54 ) 

eadémicien libre, vacante par suite du décès de M. Bory de Saint-Vincent. 
Cette Commission doit être composée de sept membres, savoir : du Prési- 
dent de l'Académie, de deux Académiciens libres, de deux membres pris 
dans les Sections des Sciences mathématiques, et de deux autres pris dans les 
-Sections des Sciences physiques. 

Au premier tour de scrutin , MM. Héricart de Thury et de Bonnard , Arago 
et Biot, Flourens et Chevreul réunissent la majorité des suffrages. 

MÉMOIRES LUS. 

physiologie. — Recherches sur la structure intime de la masse musculaire 
et de la membrane te'gumentaire de la langue } dans l'homme et les 
mammifères; par M. J.-M. Bourgery. (Extrait par l'auteur.) 
(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Flourens.) 
« Je crois pouvoir déduire de mon Mémoire les conclusions suivantes : 

A. Structure de la masse musculaire de la langue. 
« i°. On admet qu'il existe huit muscles pairs dans la langue. Outre les 
quatre muscles dits extrinsèques, aux quatre muscles intrinsèques, très- bien 
décrits par M. Gerdy, il convient d'en ajouter un cinquième, que j'appelle 
Voblique latéral. 11 forme une portion considérable de l'épaisseur des bords 
de la langue, dans les deux tiers externes de sa moitié antérieure. L'ad- 
mission de ce muscle dans la science n'est qu'une réhabilitation , car il avait 
déjà été décrit et figuré par Malpighi, qui le considère, avec raison , comme 
un rélracteur du dos et des bords de la langue [fibrce dorsum et latera 
(linguœ) trahentes]. 

» 2°. En thèse générale, tous les muscles extrinsèques, d'abord assez 
grêles à leur attache extérieure, s'élargissent graduellement en approchant 
de la langue, et acquièrent une masse encore bien plus considérable en 
entrant dans sa substance, dont ils forment la portion la plus considérable. 
Ce fait se montre de lui-même pour le génioglosse. Quant aux autres 
muscles extrinsèques, l'hyoglosse, le glossostaphyjin , et, jusqu'à un certain 
degré, le styloglosse, outre lears faisceaux superficiels bien connus, ils 
envoient dans l'épaisseur de la langue des pinceaux de fibres rayonnées, qui 
s'y entrecroisent les unes avec les autres et avec les fibres des muscles in- 
trinsèques. 

» 3°. La distinction entre les muscles extrinsèques et intrinsèques n'est 
que fictive. Les muscles extrinsèques ne peuvent être considérés comme 
tels que dans leurs appendices extérieurs à la langue, formant les attaches 



( i55) 
mobiles de cet organe en divers sens pour des mouvements généraux. Par- 
venus dans la substance de la langue, à quelque muscle qu'elles appar- 
tiennent, toutes les fibres se ressemblent par leur aspect et leur mode din- 
trication. Elles tiennent le milieu entre les muscles de la vie organique et 
ceux de la vie animale. 

» 4°- Pour se faire une idée précise de la langue, dans l'ensemble de son 
appareil musculaire, il faut se la figurer comme étant formée plus essen- 
tiellement de deux masses musculaires principales. L'une, constituée par la 
gerbe épanouie des deux génioglosses , est horizontale et oblique dans la 
portion pharyngienne de la laugue, puis successivement verticale et oblique 
dans sa portion buccale; l'autre masse, ou le muscle lingual longitudinal, est 
verticale en arrière et horizontale dans la bouche : de sorte que le linpual, 
écarté sous la langue pour laisser entrer le cône des génioglosses, s'entre- 
croise avec ces muscles , fibre à fibre, dans l'épaisseur de l'organe. 

» A cette masse en T, formée par les génioglosses et le lingual, viennent 
s'adjoindre comme annexes : i° les faisceaux superficiels des muscles extrin- 
sèques; 2 leurs faisceaux profonds, et, avec ceux-ci, les muscles intrinsèques 
verticaux, obliques et transverses, qui traversent, chacun dans une direc- 
tion différente, la masse des génioglosses et du lingual longitudinal. De 
l'entrecroisement mutuel des fibres de toutes sortes des muscles de la langue, 
dans son épaisseur, résulte cette intrication en natte, signalée par Malpighi. 
et que l'on a nommée le nojau central de Baur. 

"» 5°. Vues au microscope , toutes les fibres de la langue ont les mêmes 
caractères, et, par conséquent, sont au même titre des fibres intrinsèques. 
Elles sont aplaties, rubanées, c'est-à-dire que leur tranche est ellipsoïde. 
Leur plus grand diamètre est de o mm ,5o à i millimètre et i mm ,a5; leur petit 
diamètre, moitié moindre, est deo mm ,a5 ào"™,^. En général, les rapports 
des diamètres varient avec la direction des fibres, de sorte que le plus grand 
diamètre est vertical dans les fibres longitudinales et transversales , et antéro- 
postérieur dans les fibres verticales. 

» 6°. Aucune fibre de la langue n'est droite ou plutôt directe, comme le 
sont, en général, celles des muscles de !a vie animale. Dans la fibre lin- 
guale, la direction rectiligne n'est que la résultante moyenne d'une série con- 
tinue de petites inflexions alternes, autour des fibres voisines, qui se com- 
pensent de l'une à l'autre. C'est de ces inflexions correspondantes des fibres 
des divers muscles, à la rencontre les unes des autres, pour se contourner 
dans leurs entrecroisements, que résulte le tissage en natte de la masse cen- 
trale de la langue. 

ai.. 



( i56) 

» 7°. Dans cette trame commune , toutes les fibres de la langue se lient par 
une fusion mutuelle les unes avec les autres, mais d'une manière qui varie, dans 
chacune d'elles, d'un point à un autre, suivant l'inclinaison des fibres qu'elle 
rencontre dans son parcours. Les fibres parallèles d'un même muscle s'ac- 
colent sur toutes leurs faces, en formant, pour ainsi dire, une seule masse ? 
mais criblée de fentes ou de canaux ellipsoïdes de passage pour les autres 
fibres , ainsi que pour les vaisseaux et les nerfs ; les fibres dont les inclinai- 
sons se rapprochent , se fondent insensiblement , et arrivent à se continuer 
les unes dans les autres; enfin, celles dont les directions sont mutuellement 
perpendiculaires ou obliques entrecroisées , ne se lient que de distance à 
autre par des branches communes de jonction. 

» 8°. De cette organisation générale de la langue, il suit que lesnombreux 
faisceaux charnus, si variés de direction, se fondant tous les uns avec les au- 
tres , fibre à fibre , à tous les plans , la langue elle-même , malgré l'extrême di- 
versité de ses mouvements , en rapport avec les inclinaisons de ses faisceaux , 
peut être néanmoins considérée, dans son ensemble, comme un seul muscle 
dont toutes les parties sont solidaires; de sorte que, tous les muscles con- 
courant à la fois, chacun à sa manière, aux mouvements généraux de l'or- 
gane, chaque muscle spécial aussi, pour son mouvement propre, est aidé 
d'une manière et dans une proportion différente, par tous les autres, c'est- 
à-dire par la masse musculaire linguale en son entier. 

B. Structure interne de la membrane tégumentaire de la langue. 

« i°. Jusqu'à ce jour, les anatomistes n'ont jamais reconnu, dans la mem- 
brane tégumentaire de la langue, que trois couches superposées, de texture 
différente : en fait , il en existe cinq , et même une sixième de liaison , in- 
termédiaire aux deux plus profondes. 

» 2°. Les trois couches, partout admises, Yêpithélium, le corps muqueuse 
et le derme, superposées Tune à l'autre , sontint imementunies , et ne se sépa- 
rent, surtout les deux dernières, que par fragments, et après une macéra- 
tion prolongée. Au contraire, par arrachement , et en procédant avec len- 
teur, ces trois couches , sans se disjoindre, se détachent avec facilité, en une 
seule pièce, de la surface de la langue. Il est donc évident que l'épithélium , 
le corps muqueux et le derme forment en commua l'enveloppe superficielle 
de la langue. C'est proprement la membrane tégumentaire de cet organe ; et, 
comme la composition organique de ce tégument est analogue à celle de la 
peau , je l'appelle la membrane dermique de la langue. 

» 3°. Au-dessous de cette membrane tégumentaire , les deux autres cou- 
ches, ou les membranes sous-dermiques, sont de texture très-différente. 



( i5 7 ) 
La première est une couche nerveuse continue, surface depanonisse- 
ment des nerfs, et d'où s'élèvent les papilles : je nomme cette membrane 
nerveuse, et les papilles qui en naissent le corps papillaire. La seconde cou- 
che, de nature purement fibreuse, n'est autre qu'une aponévrose d'inser- 
tion périphérique des muscles de la langue. Entre ces deux dernières mem- 
branes est une couche adipeuse, dans laquelle rampent les vaisseaux et les 
nerfs qui émergent de la substance musculaire , au travers de l'aponévrose , 
pour se rendre dans le corps papillaire. 

» 4°- Le corps muqueux , comme il résulte des observations de M. Flou- 
rens, forme une membrane continue, et ne justifie en aucune manière les 
noms de réseau muqueux et de corps criblé, sous lesquels on l'a si longtemps 
désigné. Il s'étend de l'une à l'autre entre les papilles, et tapisse, sans solu- 
tion de continuité, leurs cornes épithéliales. Dune organisation très-vascu- 
laire, il reçoit ses vaisseaux capillaires infiniment petits de la surface 
extérieure libre des papilles et de la membrane papillaire au travers du 
derme. 

» 5°. Le derme de la langue, de structure purement fibreuse, offre 
d'ailleurs une organisation très-curieuse et toute spéciale. A cette membrane, 
en réalité, convient parfaitement l'épithète de corps criblé , qui, dans l'état 
actuel delà science, ne peut plus se rapporter à la couche sous-épithéiiale. 
Il est, en effet, criblé comme uneécumoire par des milliers de trous ou de 
canaux microscopiques qui donnent passage aux papilles et aux capillaires 
sanguins, nés de la surface de la membrane papillaire. Les canaux des pa- 
pilles, circulaires, ovalaires ou ellipsoïdes, offrent de -^, y, 4-, jusqu'à t, 
3 et 4 millimètres de diamètre , suivant le volume différent des papilles, 
des filiformes aux caliciformes , chez les divers animaux. Les canaux sanguins 
varient de ^ à -^ de millimètre. Indépendamment de ces canaux qui le tra- 
versent perpendiculairement, le derme renferme encore trois ou quatre 
couches de réseaux capillaires sanguins , parallèles aux surfaces membra- 
neuses , et qui le partagent en autant de feuillets stratifiés. Ces réseaux sem- 
blent de petits sinus veineux interposés dans l'épaisseur de la membrane 
fibreuse , car ils ne s'injectent facilement que par les veines. Le derme , par 
sa densité, contribue bien, surtout chez les grands animaux, à affermir la 
surface de la langue : sous ce rapport on peut le considérer comme la sur- 
face d'écrasement du bol alimentaire contre les parois de la bouche. Mais 
séparé, comme il l'est, par la membrane papillaire, de la masse de la lan- 
gue, ce n'est point lui, comme on l'a cru, qui donne insertion à ses fibres 
musculaires. 

» 6°. Le corps papillaire de la langue constitue un organe à part bien 



( i58) 

distinct. Les papilles naissent par des espèces de racines des bandes nerveuses 
dont leur membrane sous-jacente est elle-même formée. A partir de cette 
membrane, les papilles sont renfermées dans des étuis ou des fourreaux con- 
stitués d'abord par le derme, et, au-dessus de lai, parle corps muqueux et 
lepithélium. C'est donc bien à tort que les anatomistes, depuis Malpighi, 
considèrent les papilles comme des prolongements de la surface externe du 
derme. En réalité, les rapports de cette membrane fibreuse avec les papilles 
se bornent à leur fournir des tubes de protection qui les maintiennent 
érigées. 

» 7 . La couche adipeuse très- mince , qui est sous-jacente à la membrane 
papiilaire, ne se présente que chez l'homme et les animaux adultes; elle 
n'existe pas encore dans le jeune âge. L'aponévrose sus- linguale , épaisse 
de | à 1 millimètre, chez les divers animaux , est formée de fibres obliques 
entrecroisées, interceptant des fentes ellipsoïdes de passage pour les nerfs 
et les vaisseaux. Par sa face profonde, elle donne insertion aux fibres mus- 
culaires et envoie des prolongements fibreux entre leurs faisceaux. » 

CORRESPONDANCE^ 

L'étendue des communications relatives aux effets de 1 ether, ayant oc- 
cupé une grande partie de la séance, et l'Académie devant se former en 
comité secret pour la discussion des titres des candidats à la place de Cor- 
respondant, vacante dans la Section de Géométrie, la lecture de la corres- 
pondance est renvoyée à la séance prochaine. Cependant, M. le Secrétaire 
perpétuel donne communication d'une Lettre de M. Pèvre, qui demande à 
être compris dans le nombre des candidats pour la place d'Académicien 
libre, vacante par suite Ju décès de ML Bory de Saint-Vincent. 

Cette demande est renvoyée à l'examen de la Commission désignée ci- 
dessus. 

Un orgue qui se joue par une seule touche , et qui avait été , dès le com- 
mencement de la séance, mis sous les yeux de l'Académie, est renvoyé à 
l'examen d'une Commission composée de MM. Poncelet, Seguier et Despretg; 
Commission à laquelle l'Académie des Beaux-Arts sera invitée à adjoindre 
quelques-uns de ses membres. 

Cet instrument a été inventé et construit par M. Acklïs , facteur d'orgues 
à Grenoble. 

A 5 heures, 1 Académie se forme en comité secret 



( i5g ) 

COMITÉ SECUET. 

La Section de Géométrie présente la liste suivante de candidats pour ia 
place de Correspondant, devenue vacante par suite de la nomination do 
M. Jacobi à une place d'Associé étranger. 

Au premier rang : 

M. Lebesgue, à Bordeaux; 
Au second rang, et par ordre alphabétique : 

MM. Ostrogradski , à Saint-Pétersbourg; 
Richelot, à Berlin; 
Sarrus, à Strasbourg; 

Steiner, à Berlin; 

Stern, à Gœttingue. 

Sur la proposition d'un membre, 

M. Laurent, capitaine du génie, résidant au Havre, 

est admis par l'Académie comme un des candidats à la place vacante. 
Les titres de ces divers candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la prochaine séance. 

La séance est levée à 6 heures. F. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

I /Académie a reçu , dans la séance du 2 5 janvier 1847 1 ' es ouvrages dont 
voici les titres : 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences, 
I er semestre 1847, n ° 3» in-4°. 

Bulletin de i Académie royale de Médecine; tome XII , n° 7 ; in-8°. 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. Didot, sous la direction de 
M. L. Reisier; 54 e et 55 e livraisons; in-8°. 

Annales maritimes et coloniales; par MM. Bajot et Poirré, n° 1 1 décem- 
bre i846;in-8°. 

Voyage dans la Russie méridionale et la Crimée, par la Hongrie, la Val' 
dachie et la Moldavie, exécuté en 1837 sous la direction de M. Demidoff 
12 livraisons in-folio. 

Excursion pittoresque et archéologique en Russie, par le Havre, Hambourg . 
Lubeck, Saint-Pétersbourg, Moscou, et exécutée en 1 83o, sous ta direction de 
M. DEMIDOFF; 3 e livraison; in-folio. 

Observations météorologiques faites à Nijné-Taguitsk (monts Ourals), gouver- 
nement de Perm, année i845 ; in-8°. 

Recherches sur l'action magnétique de la Terre ;parM. J. Simonoff. Kazan 
i845;in-8°. 



( »6o) 

Iconographie ornitholoqique. — Nouveau recueil général de Planches peintes 
d'Oiseaux, pour servir de suite et de complément aux Planches enluminées de 
Pmffon,et aux Planches coloriées de MM. Temminck et Laugier de Ghartrouse; 
par M. O. Des M uns; livraisons 4, 5 et 6; in-folio. 

Du Patronage, ou de l'Influence par la Charité. — Discours prononcé par 
M. Boucher de Perthes , président de la Société royale d'Emulation d'Jbbe- 
ville, dans la séance du 8 mai 1 846 ; in-8°. 

Essai statistique sur les Établissements de Bienfaisance; par M. le baron DE 
Watteville; brochure in-8°. (Cet ouvrage est adressé pour le concours de 
Statistique.) 

Note sur le Débordement des fleuves et des rivières; par M. Polonceau ; bro - 

chnre in-8°. 

Notice des Travaux de la Société de Médecine de Bordeaux; par M. BURGUET, 
secrétaire général ; brochure in-8°. 

Journal de la Société de Médecine de Bordeaux, année 1846; in-8°. 

Chacun doit-il être propriétaire et responsable de ses œuvres? par M. Jobard . 
Bruxelles, 1847; in-8°. 

Notice historique sur P. -3. Redouté; par M. Bonafous. Turin, 1846; in-8°. 

Travaux du Comice agricole provincial de Saint- Jean-de-Maurienne (Savoie). 
Turin, 1847; in-8°. 

A monograph. . . Monographie des Crinoïdes vivantes et fossiles; par 

MM. Thomas Austis; n° 5; in-4°. 

C.-J.-F. Jacobi. . . Opuscula Mathemalica; vol. I er . Berlin, 1846; in-4°. 
Die Gesetze . . . Sur les Lois de la double réfraction ; par M. Neuman. Berlin , 



in-4° 



Die mathemarischen . • . Lois mathématiques des courants d'induction; par le 

même. Berlin, 1846; in-4°- 

Journal fur die. . . Journal de Mathématiques pures et appliquées ; tomes XXU 
et XXIII; huit livraisons. Berlin, 1846; in-4°. 

Rendiconto... Comptes rendus des séances et des travaux de l Académie 
royale des Sciences de Naples; n os 28 et 29, septembre et octobre 1846; in-4°. 

Terzo Rendiconto. . . Troisième Compte rendu de l'Institut royal agrono- 
mique annexée à l'Université de Pise. Florence, 1846; in-8°. (Présenté par 
M. de Gasparin, au nom de l'auteur, M. Rjdolfi.) 

Sopra la. . . Sur la Rectification de l'ellipse sphérique, et sur la Division de 
se* arcs;par M. B. ToRTOLiisri. Rome, 1846; in-8°. 

Soluzione... Solution d'un Problème relatif à l'ellipsoïde; par le même. 
( Extrait de la Raccolta scientifica , 2 e année. ) In-8°. 

Sulle linee. . . Sur les Lignes géodésiques et les Lignes de courbure des sur- 
faces du second ordre; par M. D. Cheliisi. Rome , in-8°. 

De*d' inte^rali... Des Intégrales multiples relatives aux surfaces et aux volumes , 
et de leur transformation ; par le même. Rome, 1846; in-8°. 

Gazette médicale de Paris ; 1 f année , n° 4 ; in-4°. 

Gazette des Hôpitaux ; n os 7, 8 et 9 ; in-folio. 

L' Union agricole ; n° 1 3 5. A • 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCffiNCES. 



►*»«< 



SÉANCE DD LUNDI 8 FÉVRIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Président annonce la perte douloureuse que vient de faire l'Aca- 
démie, dans la personne de M. Dutrochet, décédé le 4 février 1847. 

physiologie. — Note touchant les effets de l'inhalation éthérée sur la 
moelle épinière; par M. Flourens. 

« Première expérience : sur un chien. — Au bout de trente ou trente- 
cinq minutes à peu près, l'animal, soumis à l'inhalation de l'éther, est tombé 
dans une insensibilité absolue. 

.. Alors la moelle épinière a été mise à nu, sur un point de la région 

dorsale. 

.. Pendant cette cruelle opération, l'animal n'a donné aucun signe de 

douleur. 

» La moelle épinière étant mise à nu, on a pincé, coupé les racines pos- 
térieures (nerfs du sentiment), et l'animal n'a rien senti. 

« On a pincé, coupé les racines antérieures (nerfs du mouvement), et 
aucun des muscles auxquels les nerfs venus de ces racines se rendent, ne 
s'est mû. 



C, R. , 1*47, i« Semestre. (T. XXIV, N° 6.} 



22 



( i6a ) 
» Enfin, on a blessé, déchiré, coupé la moelle épinière elle-même, sans 
que l'animal ait donné le moindre signe de douleur ni de convulsion. 

» Deuxième expérience : sur un chien. — Même expérience que la précé- 
dente, et même résultat général : seulement quand on a coupé les racines 
antérieures {nerfs du mouvement), il a paru , à la section de chacune de ces 
racines, une légère secousse de l'animal, 

« Troisième expérience : sur un chien. — Les parties extérieures étant 
devenues insensibles, on met la moelle épinière à nu. 

» Une racine postérieure est coupée : nulle douleur: la racine antérieure 
correspondante est coupée : légère secousse de l'animai. 

« L'inhalation de l'éther est continuée pendant quelques minutes encore : 
au bout de ce temps, on coupe une nouvelle racine antérieure, et l'animai 
n'éprouve plus de secousse. 

» Quatrième expérience : sur un lapin. - L'animal , après quinze ou 
vingt minutes de l'inhalation de l'éther, a perdu toute sensibilité. La moelle 
épinière a été mise à nu: la section des cordons postérieurs ne provoque 
aucune douleur; la section des cordons antérieurs détermine une légère 
secousse de l'animal. 

» L'éther a donc l'étonnante faculté d'anéantir, pour un temps donné, dans 
la moelle épinière, le principe du sentiment et celui du mouvement. De'plus, 
le principe du sentiment disparaît toujours avant le principe du mouvement 

» Je n'ai pas besoin d'ajouter que, l'effet de l'éther une fois dissipé, la 
moelle épinière reprend toutes ses forces perdues, sauf dans les points qui 
ont été coupés ou trop maltraités pendant l'expérience. 

» Les parties du corps, placées au-dessous de ces points, restent para- 
lysées. 

» Je me fais un plaisir de dire que j'ai été aidé, dans ces expériences, 
par M. Auguste Duméril, fils de notre célèbre confrère, et par M. Phili- 
peaux, mes deux aides-naturalistes au Muséum d'histoire naturelle. .. 

physiologie expérimentale. - De l'action de l'éther liquide sur le tissu 

nerveux; par M. Serres. 

« De toutes les affections du système nerveux, les névralgies sont les plus 
douloureuses et les plus rebelles aux moyens divers qu'on peut leur op- 
poser. La médecine est presque réduite à l'impuissance dans leur traitement 

» Parmi les effets observés à la suite des inhalations de l'éther, le plus 
constant et le plus fixe est l'insensibilité générale des nerfs périphériques 
ainsi que le prouvent les nombreuses opérations chirurgicales pratiquées en 
France et à l'étranger, depuis la découverte de cette propriété. 



( i63) 
" En présence d'un résultat si bien constaté j'ai pensé, et d'autre, ont 
pensé avant moi, qu'il serait peut-être possible d'utiliser cette action séda 
tive de l'étber sur le système nerveux, pour essayer de guérir un ordre de 
maladies si désespérantes pour ceux qui en sont atteints. 

» Nous savons déjà que des compresses imbibées d'éther calment et abrè- 
gent les accès névralgiques; tous les médecins en ont fait l'expérience. Par 
l'expérience, on a constaté aussi que ces accès sont plus promptement ar- 
rêtés encore par les inhalations d'éther. 

» Dès 181a et 1814, M. le baron Thenard, affecté de névralgie dentaire, 
cautérisait la dent avec quelques gouttes d'acide muriatique fumant, et il 
arrêtait la douleur atroce qui en était le résultat, en inspirant de l'éther pen- 
dant deux ou trois minutes. 

» Dans les derniers jours de janvier dernier, M. Honoré , médecin de 
l'Hôtel-Dieu , a vu céder comme par enchantement, après deux minutes 
d'inspiration d'éther, une névralgie faciale intermittente, qui jusque-là avait 
résisté à tous les moyens. 

» Désirant essayer sur des névralgiques l'action de l'éther, je me propo- 
sais d'abord de combattre les accès par les inhalations, et de chercher en- 
suite à obtenir la guérison de la maladie, en imbibant les ulcères des cau- 
tères avec de l'éther liquide; mais, avant de commencer ces essais, que je 
me proposais de faire d'abord sur un malade affecté de névralgie inter- 
costale, et qui porte deux cautères sur les gouttières vertébrales, 'qui pro- 
voquent des douleurs très-vives, je réfléchis que nous ignorions l'effet de 
l'imbibition de l'éther sur les tissus, et en particulier sur le système nerveux. 
» Avant donc de procéder à ces essais, je jugeai prudent d'expérimenter 
sur des animaux l'effet des imbibiiions éthérées. Ce sont ces premiers es- 
sais que j'ai l'honneur de communiquer à l'Académie : on verra , par le 
résultat de ces expériences, qu'elles en exigent beaucoup d'autres, avant 
de pouvoir combiner l'imbibition de l'éther aux inhalations; elles sont en 
outre de nature à justifier la prudence que notre honorable collègue. 
M. Magendie, réclamait avec tant d'instance dans la dernière séance. 

» Première expérience (i). -On dénude la cuisse gauche d'un lapin : l'ani- 
mal exprime une douleur très-vive pendant cette opération, qui s'étend aux 
deux tiers supérieurs de la partie interne du membre. On met sur les muscles 
dénudés une compresse pliée en quatre, imbibée d'éther sulfurique. Celte 

(i) Je suis secondé dans ces expériences par MM. Jacquard , Cloës , Biscard , aides-natu- 
ralistes au Muséum , et par M. Dagincourt, interne de ma division à l'hôpital de la Pitié. 

22.. 



( i64) 

application paraît tout à fait insensible. Les lambeaux de peau sont ramenés 
et maintenus sur la compresse. 

., A. Au bout de six minutes, on enlève la compresse; les muscles, mis 
à nu, sont irrités avec la pointe d'un scalpel que l'on enfonce même dans 
leur intérieur à une certaine profondeur. L'animal paraît à peine sentir ces 
différentes tentatives. La sensibilité des parties qui ont été en contact avec 

l'éther est très-affaiblie. 

» B. La sensibilité générale est également influencée; on ne détermine 
ni cris ni contractions chez cet animal , en lui enfonçant un scalpel pro- 
fondément dans différentes parties du corps. 

.. C, Le nerf crural étant mis à nu, sa constriction entre les mors dune 
pince détermine des cris et des contractions musculaires. 

» D. On verse quelques gouttes d'étber sur le nerf ainsi rais à nu : l'action 
des mors de la pince ne détermine pas de cris, mais seulement des con- 
tractions dans le membre. 

» Deuxième expérience. - On dénude la partie interne de la cuisse 
gauche du même animal , qui témoigne par ses cris des souffrances qu'il 
endure. Le nerf crural est mis à nu; sa constriction entre les mors d'une 
pince détermine des cris et des contractions musculaires très-vives. Sa fa- 
culté sensitive ainsi constatée , 

.. A. On verse sur le nerf et les muscles voisins quelques gouttes d'étber; 
l'impression du liquide ne paraît faire éprouver à l'animal aucune douleur 
par son contact. Le nerf, pincé et tiraillé après la volatilisation de l'éther, 
ne fait plus éprouver à l'animal aucune douleur, ni aucune contraction. 
» B. Au bout de trois minutes, même résultat. 
» C. Au bout de dix minutes, même insensibilité. 

» Troisième expérience. — On dénude la partie postérieure de la cuisse 
droite sur un lapin fort et très-vivace. 

.. Les nerfs sciatiques poplités internes et externes sont mis à nu. On 
détermine des cris et des contractions musculaires en les serrant entre les 
mors d'une pince. 

« Leur sensibilité ayant été constatée , on verse dans le creux poplité de l'é- 
ther en assez grande quantité, pour que les deux nerfs en soient recouverts. 
» Le contact de Péther ne détermine ni cris ni contractions; l'animal ne 
paraît pas s'en apercevoir. 

» A. Au bout de deux minutes, ces «ieux nerfs, pinces comme précé- 
demment et tiraillés dans tous les sens , ne font pas jeter de cris à l'animal , 
et ne déterminent dans le membre aucune contraction. Ces tentatives n'ont 
sur lui aucune action. 



( l65 ; 

'■ B. Trois minutes après avoir essuyé 1 ether, les nerfs, pinces et tiraillés 
de ia même manière, conservent leur insensibilité. 

» C. Dix minutes plus tard , même résultat. 

« D. Quinze minutes plus tard , même résultat. 

» E. Au bout de vingt minutes, ou constate encore la même insensibilité 
du nerf, par les mêmes moyens. On tiraille alors le nerf de manière à le dé- 
tacher de la moelle épinière ; son arrachement ne détermine chez l'animal 
qu'une légère contraction des membres sans cri. 

■:> Quatrième expérience. — Sur le même animal , on dénude la partie 
postérieure de la cuisse gauche; il témoigne des douleurs que cette opé- 
ration lui fait éprouver, par ses cris et ses mouvements. On met à nu le scia- 
tique poplité externe, et l'on en reconnaît la sensibilité par la constriction 
des mors d'une pince: l'animal pousse aussitôt des cris et contracte énergi- 
quenient le membre abdominal. 

> A. On verse sur le nerf deux gouttes d'éther; quand le liquide est vo- 
latilisé, la constriction des mors de la pince fait poussera l'animal des cris et 
détermine des contractions musculaires très-violentes. 

» B. On verse de l'éther en assez grande quantité sur le nerf pour qu'il 
soit complètement immergé dans le liquide. Après la volatilisation de l'éther, 
le nerf, pincé et tiraillé, ne fait éprouver à l'animal ni contractions ni cris. 

» C. Au bout de vingt-cinq minutes, on constate la même insensibilité. 

» Cinquième expérience. — On dénude la partie interne de la cuisse 
droite d'un lapin; l'animal fait des mouvements énergiques, mais ne crie 
pas. Le nerf saphène est mis à nu jusque vers le pli de l'aine, on le saisit 
avec des pinces; cette constriction fait pousser des cris à l'animal et exécuter 
des contractions musculaires énergiques. 

» A. On fait tomber sur le nerf quelques gouttes d'éther; l'animal ne té- 
moigne aucune sensation. 

» B. Au bout de cinq minutes, le nerf serré entre les mors d'une pince 
est devenu insensible. Cette tentative ne détermine ni cris ni contractions. 

•> Sixième expérience. — Le nerf sciatique du même membre étant mis 
à nu, on le pique avec une épingle à insecte; celte manœuvre détermine des 
cris et des contractions vives dans le membre. 

» A. Au bout d'une minute d'immersion dans l'éther, la piqûre du nerf 
ne détermine aucun effet appréciable. 

» B. La constriction entre les mors d'une pince donne le même résultat. 
Elle est portée jusqu'au point de déterminer l'attrition complète de la sub- 
stance nerveuse. 

» C. On met sur le nerf, an-dessus du point où la substance nerveuse a 



( 166 ) 

été désorganisée , une éponge imbibée de teinture alcoolique de noix vonii- 
que; le nerf est isolé par un morceau de taffetas gommé, de manière à em- 
pêcher la suffusion de la liqueur sur les parties voisines. 

» D. i\.u bout de dix minutes, on expérimente le nerf sur les parties qui 
ont été soumises d'abord à l'éther, puis à la teinture de noix vomique. L'in- 
sensibilité persiste, même sous l'influence de la constriction par les mors de 
la pince, de même que le défaut de contraction. 

» Septième expérience. — Sur un lapin fort et très-vivace, on met à nu 
le nerf médian du membre tboracique droit ; l'animal pousse des cris et 
s'agite violemment. 

» On glisse sous le nerf, bien isolé , un morceau de taffetas gommé, et on 
l'humecte avec une dissolution de chlorhydrate de strychnine. Au bout d'une 
demi-heure, pendant laquelle l'animal n'a pas présenté la plus légère con- 
traction, on examine si le nerf a conservé ses facultés sensitives et contrac- 
tiles; on a un résultat négatif: l'animal ne témoigne aucune sensation sous 
l'action des mors de la pince. On se demande alors si l'air, par son action 
sur un nerf mis à découvert, n'a pas seul la propriété d'y détruire les fa- 
cultés sensitive et contractile. On institue alors l'expérience comparative 
suivante. 

» Huitième expérience. — On met, sur le même animal, à découvert 
les deux nerfs sciatiques poplités internes; on glisse sous chacun d'eux un 
morceau de taffetas gommé; on verse quelques gouttes d'éther sur celui du 
côté gauche. 

» A. Au bout de cinq minutes, on pique les deux nerfs d'une manière 
comparative, avec une aiguille à insecte; on n'obtient aucun résultat. 

>< B. On serre le nerf qui a été soumis à l'action de 1 ether, entre les 
mors d'une pince; ou ne détermine aucune sensation. 

» D. On presse de la même manière le nerf qui n'a été soumis qu'à 
l'action de l'air; l'animal pousse des cris et s'agite violemment. 

» C. Le nerf, soumis à l'action de l'éther, étant pincé plus près de la ra- 
cine , dans un lieu qui n'a pas été mis en contact avec l'éther, l'animal pousse 
des cris et s'agite violemment. 

» Neuvième expérience. — On découvre le cervelet sur un lapin , au 
moyen d'une couronne de trépan ; il s'écoule du sang en abondance par la 
plaie. A plusieurs reprises on fait tomber sur le cervelet mis à nu et privé 
de ses méninges , un filet d'éther, en ayant soin de préserver les narines , de 
manière que l'animal ne puisse en respirer. 

» A. Au bout d'une demi-heure, on met à nu le nerf sciatique, on le 
serre entre les mors d'une pince; le lapin pousse des cris et s'agite. 



( '6 7 ) 

» B. Au bout de trente-cinq minutes, on fait de nouveau tomber sur le 
cervelet un Met cYéther. 

» C. Au bout de quarante minutes, on met à nu le sciatique poplité interne 
de 1 autre côté; l'animal, malgré son extrême faiblesse, pousse encore des 
cris très-faibles et s'agite. 

» De ces premières expériences, on peut provisoirement déduire : 
» i°. La sensibilité est abolie dans le nerf qui a été soumis à l'action de 
1 etber, dans les points qui ont été immédiatement soumis à cette action et 
dans toutes les radiations qui émergent du nerf au-dessous de ce point 

» 2° Dans la partie du nerf qui est au-dessus du point immergé dans 
I ether, la sensibilité est conservée. 

» 3°. Pour tenir compte de l'action de l'air, on a fait l'expérience com- 
parative suivante : deux nerfs mis à nu , l'un a été immergé dans l'éther 
1 autre soumis à l'action de l'air seulement. Expérimentés tous les deux au' 
bout de cmq minutes, le premier était entièrement insensible sous le mors 
de la pince; le second avait conservé ses propriétés. 

» 4°. Dans toutes les expériences, les tentatives d'examen ont été faites 
en marchant de l'extrémité du nerf vers sa racine. 

» 5°. D'après une action si instantanée de l'éther liquide sur le tissu 
nerveux, il devenait important de savoir si l'application immédiate d 
îa strychnine sur le nerf ferait reparaître la sensibilité. 

» La teinture de noix vomique, la strychnine et le chlorhydrate de 
trychnine sont restés sans effets sur le nerf éthérisé. 

» 6°. La strychnine et le chlorhydrate de strychnine, appliqués immé- 
diatement sur un nerf normal, n'ont point produit de contraction. 

» 7 °. Enfin, des expériences dans lesquelles nous laissons vivre les ani 
maux, afin de constater la persistance des effets et leur succession no 
pourrons, des à présent , conclure que la sensibilité et la motilité sont abolie 
dans les rameaux nerveux situés au-dessous du point immergé dans l'éther" 
et dans les muscles auxquels ces rameaux vont se distribuer. ' 

» En présence des résultats fournis par ces expériences,' nous avons dû 
nous demander, comment agit l'éther liquide sur le tissu nerveux' 

- Est-ce par une action sédative, analogue à celle de l'opium et de ses 
diverses préparations ? 

- Ou bien le tissu nerveux est-il altéré dans sa structure et sa comno- 
sition intime? " 

- Si l'éther liquide ne détermine qu'un effet sédatif sur le tissu nerveux 
avec lequel il est en contact , cet effet devra cesser après un certain laps de 
temps, et l action nerveuse reparaîtra comme elle existait précédemment 



le 



s 



us 
les 



( «68 ) 
On explique de cette manière les résultats qui ont été observés sur l'homme 
par suite des inhalations éthérées. 

r Si au contraire, l'éther liquide altère la composition intime du tissu 
nerveux, on conçoit, non-seulement que l'effet devra être plus durable, 
mais même qu'il pourrait rester définitif. 

„ C'est vers cette dernière conclusion que nous conduisent nos expériences. 

„ Et cette conclusion, si les expériences ultérieures la confirment, se 
trouverait en harmonie, d'une part, avec les résultats fournis par l'analyse 
chimique de l'encéphale et des nerfs; et de l'autre, avec l'action chimique 
de l'éther sur les matières grasses et l'albumine, que renferme le tissu ner- 
veux. L'action de la térébenthine et de son essence, auxquelles nous allons 
soumettre le tissu nerveux dans une autre série d'expériences, éclairera cette 
partie de la question , si toutefois le résultat est conforme à celui produit par 

l'éther liquide. 

« L'éther liquide, sur le tissu nerveux, agirait-il dès lors pendant la vie, 
comme il agit après la mort, en dissolvant ou altérant les éléments de ma- 
tière grasse qui entrent dans sa composition intime? Le tissu nerveux 
serait-il modifié dans sa structure? C'est ce que nous apprendront peut-être 
les études anatomiques et microscopiques que nous allons faire sur ces nerfs. » 

physiologie. - Sur tes effets de l'éther,- par M. Roux. 

, Les nouvelles communications relatives à l'inhalation des vapeurs éthé- 
rées, dont il s'est agi dans la Correspondance, sont pour moi une occasion 
toute naturelle de demander une explication à notre honorable collègue , 
M. Magendie. Mais, auparavant, j'ai une remarque à faire sur les appareils 
ihspiratoires, sans cesse modifiés, que nos fabricants font déposer à chaque 
séance sur le bureau de l'Académie. Autant que qui que ce soit, j'applaudis 
aux efforts par lesquels on cherche à donner à ces appareils toute la per- 
fection dont ils sont susceptibles; mais ii ne faudrait pas que, dans le but 
de les rendre très -portatifs, très-maniables et propres en quelque sorte à 
figurer dans un salon, on ies rendît moins propres à bien fonctionner. J'en 
ai" vu dans lesquels le tube aspirateur est trop étroit (il lest trop, quand ii 
n'a pas un diamètre égal au moins a celui de la trachée-artère), et dans 
lesquels aussi le récipient n'a point assez de capacité. On conçoit que, si le 
récipient ne contient pas la quantité d'air que les poumons peuvent attirer 
dans une inspiration, celle-ci se complète aux dépens de l'air extérieur, 
qui passe trop rapidement sur l'éther et ne s'en imprègne pas à un degré 
convenable. Ce double défaut dans les appareils pourrait donc rendre le? 



( ,6 9 ) 
inspirations d'air éthéré plus fatigantes pour les sujets qu'on y soumet, 
et moins efficaces dans un temps donné. 

» Je viens à l'objet principal pour lequel j'ai pris la parole. Les pages ré- 
digées par M. Magendie pour le Compte rendu de la dernière séance repro- 
duisent exactement et dans tous ses détails l'accusation à laquelle notre col- 
lègue s'était livré verbalement contre l'usage des vapeurs éthérées, et les re- 
proches qu'il avait adressés aux expérimentations qui occupent en ce moment 
presque tous les chirurgiens. M. Magendie est constant, jusqu'ici au moins, 
dans sa manière de voir, et nul n'a le droit de le contredire sous ce rapport. 
Mais était-ce bien chose convenable que, dans une Lettre adressée par lui au 
-Tournai des Débats et insérée dans ce journal, après s'être plaint des termes 
dont on s'était servi en rendant compte de son opinion, il déclarât que, 
depuis la dernière séance de l'Académie, des faits aussi graves qu'affligeants 
sont venus justifier les appréhensions qu'il avait manifestées? En tout ce qui 
touche à la physiologie et aux lumières que la médecine peut en tirer, les 
opinions de M. Magendie ont trop de valeur, ses paroles sont d'un trop 
grand poids , pour que les personnes du monde n'en reçoivent pas quelque 
impression. Dans les circonstances présentes, on doit être attentif à ne point 
exagérer les espérances qu'on peut fonder sur le moyen nouveau qui occupe 
tous les esprits; mais il faut l'être aussi à ne point propager légèrement des 
bruits sinistres, comme à ne pas donner créance à des événements fâcheux 
qui seraient sans réalité, et jeter de l'inquiétude dans les esprits. Je sup- 
plie donc notre honorable collègue, M. Magendie, de vouloir bien nous 
communiquer les faits graves et affligeants qui sont parvenus à sa connais- 



sance. 



» Je suis fort à l'aise en priant notre collègue de s'expliquer à cet égard: 
car, dans le sujet en question, notre dissidence n'est point entière et abso- 
lue; nous nous rapprochons par quelques côtés. Comme M. Magendie, 
même bien avant lui, et dès les premières réflexions que j'ai présentées à 
l'Académie à propos des vapeurs éthérées, j'exprimais le désir que, jusqu'à 
ce que l'expérienceeût définitivement prononcé, le récit de nos tentatives 
n'eût pas une trop grande publicité: du moins, j'aurais voulu qu'il en pût 
être ainsi. Gomme M. Magendie, et avant qu'il en donnât le conseil , j'avais 
pensé que les chirurgiens, dans leurs expérimentations, devaient agir avec 
beaucoup de circonspection, et ne sauraient s'imposer une trop grande 
prudence. Tout d'abord même, j'avais établi, et je répétais encore dans la 
dernière séance de l'Académie, que, la chirurgie dût-elle pouvoir maniera 
son gré les inhalations d'éther, et ce moyen dût-il produire constamment 

C. E., 1847, 1" Semestre. (T XXIV, N°6.) 23 



( *7°) 
l'effet principal qu'on en attend, il est un grand nombre d'opérations qui 
n'en comporteront jamais l'usage, très-vraisemblablement au moins. C'est 
encore ce que je pense maintenant. 

» Si M. Magendie a réellement à faire connaître à l'Académie quelques 
résultats fâcheux, quelques malheurs observés à la suite des expérimentations 
par les vapeurs éthérées , comme lui, je les déplorerai; mais, en ce moment, 
je jouis en pensant que je n'en ai pas été témoin, et que je n'ai encore eu à 
observer rien de grave ni de décourageant, dans les faits qui me sont parti- 
culiers. J'en ai neuf nouveaux depuis lundi dernier; ils sont en tout au 
nombre de vingt. Pour économiser les instants de l'Académie, je m'abstiens 
en ce moment de nouvelles communications, et ne les ferai aujourd'hui que 
dans le cas où la discussion s'engagerait après ce que va dire, sans doute, 
M. Magendie. » 

physiologie. — Réponse de M. Magendie à l'interpellation de M. Roux. 

» Si, dans la séance précédente, mes paroles ont été empreintes d'une 
certaine vivacité , je vous prie de remarquer qu'elles s'adressaient moins au 
nouveau moyen thérapeutique qu'à l'extrême empressement qu'on a mis 
de toutes parts à l'expérimenter sur des malades. J'ajouterai que j'étais souf- 
frant, ce qui m'a empêché de conserver le calme et la modération, qui sont, 
sinon dans mon caractère, du moins dans mes habitudes. Mais si je suis dis- 
posé à faire toutes concessions quant à la forme , je n'ai malheureusement 
rien à retrancher de ce que j'ai avancé sur le fond. 

•> Pendant la semaine qui vient de s'écouler, la question de l'ivresse par 
l'éther n'a cessé d'être l'objet de la préoccupation générale. L'enthousiasme 
se soutient, s'accroît même; il s'est établi des exhibitions publiques où l'on 
peut se donner le spectacle des effets merveilleux de l'éther. 

» La presse , comprenant mieux ses devoirs, a enregistré les faits de toute 
nature qui se sont produits. Je vois avec plaisir qu'elle commence à prendre 
ses réserves, et qu'à un enthousiasme irréfléchi va succéder une apprécia- 
tion plus calme , et par cela même plus clairvoyante. Ainsi se dresseront 
des statistiques qui, enregistrant avec impartialité les cas heureux et les cas 
malheureux , permettront d'apprécier à sa juste valeur le moyen proposé. 
On ne saurait trop imiter la conduite honorable des praticiens qui, tels que 
notre confrère M. Roux, publient avec un égal empressement leurs revers et 
leurs succès; sans quoi les statistiques seraient frauduleuses et deviendraient 
une source d'erreurs. 



( «7» ) 

» L'ivresse par l'éther, envisagée indépendamment de ses applications 
chirurgicales, a des phénomènes beaucoup plus variés et même beaucoup 
plus disparates que je ne le supposais dans la séance de lundi dernier. Ainsi, 
elle peut être par elle-même l'occasion de douleurs très-vives et insuppor- 
tables; elle plonge souvent dans les rêves les plus pénibles : j'ai entendu 
dire à une jeune femme qu'elle s'était crue au moment de mourir dès les 
premiers instants de l'inhalation. L'éther provoque, d'autres fois, des cris, 
des lamentations, des sanglots et autres indices de souffrances. 

» M. Vidal (de Cassis) a cité trois cas où la sensibilité, bien loin de dimi- 
nuer ou de s'évanouir par l'éther, s'est au contraire exaltée et a rendu 
l'opération plus douloureuse. 

» Ce genre d'ivresse détermine très-fréquemment des rêves qui, chose 
remarquable, se produisent presque à l'instant où l'on commence à respirer 
la vapeur. Pendant ces rêves, le sommeil n'est pas complet; on pourrait 
même penser qu'il n'existe pas. L'individu voit, entend, répond aux ques- 
tions , en proie à une préoccupation intérieure : bientôt les paupières se 
ferment, le globe de l'œil roule dans le haut de l'orbite, les pupilles sont 
contractées; c'est à ce moment que l'insensibilité se manifeste. Pratique-t-on 
alors une opération; il arrive d'habitude que les rêves prennent un autre 
caractère : de gais et d'agréables, trop agréables même, ainsi que je le dirai 
bientôt, ils deviennent le plus souvent pénibles : certains malades se figurent 
qu'on leur pratique l'opération qu'on leur fait réellement; d'autres qu'ils sont 
battus, maltraités, et leur plus grande souffrance est de ne pouvoir exhaler 
leurs plaintes. Un maquignon s'imaginait qu'on lui volait son cheval, etc. Au 
milieu de ces rêves, le patient est saisi parfois de violents transports, et, 
comme un fou furieux, il s'élance sur tout ce qui est à sa portée. 

» Si l'intoxication par la vapeur d'éther était poussée trop loin, nul doute 
que la mort n'en fût la conséquence immédiate. C'est du moins ce qu'on ob- 
serve sur les animaux. Il est certain que le même résultat arriverait chez 
l'homme , si la respiration de l'éther était trop longtemps prolongée. A 
l'autopsie , on trouve les poumons très-rouges , engoués avec des extravasations 
sanguines, très-semblables à celles qui suivent la section de la huitième 
paire. La mort dépendrait-elle du défaut d'action de ce nerf? Sur l'homme, 
les lésions qui suivent l'intoxication par l'éther sont à peu près les mêmes: 
heureusement qu'on n'a eu encore pas d'occasion de le vérifier. 

» L"ivresse de l'éther, de même que celle du vin et de l'alcool, laisse après 
elle des troubles fonctionnels qu'il importe d'étudier. Souvent il en résulte 
des céphalalgies opiniâtres, une sorte de delirium tremens. des rêvasseries. 

a3.. 



( »7 2 ) 
l'affaiblissement de l'ouïe, de la vue, de la faiblesse et de l'incertitude dans 
la marche. 

« A l'hôpital de Versailles, trois femmes enivrées par lether pour simple 
extraction de dents, ont éprouvé, pendant plusieurs jours, des convulsions 
effrayantes qui ont nécessité l'emploi des moyens thérapeutiques les plus 
énergiques, etc. 

» J'arrive à un autre ordre de phénomènes dont j'ai hésité quelque temps 
à entretenir l'Académie, parce qu'ils soulèvent des questions fort délicates. 

» 11 est hors de doute que l'ivresse de lether amène, surtout chez les 
femmes, des rêves erotiques, et même, comme le disait l'une d'elles, des 
rêves d'amour complet. 

» On a vu des femmes ainsi enivrées s'élancer sur l'opérateur, avec des 
gestes et des propos si expressifs, que, dans cette singulière et nouvelle 
situation, le danger n'était plus pour la malade, mais pour le chirurgien. 
(Longue hilarité ' , interruption.) 

« Je serais désespéré qu'on supposât que j'ai eu l'intention de provoquer 
l'hilarité; je regarde, au contraire, comme très-graves ces conséquences de 
l'ivresse de lether. Je serais bien malheureux si ma femme, si ma fille avaient 
été le sujet de scènes analogues à celles dont j'ai été le témoin. J'ai vu, et 
M. Lallemand a vu comme moi, chez mon honorable confrère M. Amussat, 
une jeune et belle personne se présenter pour subir l'action de l'éther , avec ce 
maintien modeste, cette tenue pudique, ces traits de l'innocence qui appar- 
tiennent à toute jeune 611e bien élevée; j'ai vu, dis-je, cette demoiselle, trans- 
formée, en moins de deux minutes, en une sorte de bacchante, riant aux 
éclats, parlant de ses rêves extraordinaires, comme on n'en fait pas, disait- 
elle. Sa figure, ses yeux langoureux et brillants étaient en harmonie avec 
ses sensations. 

•> De tels faits, et j'en pourrais citer plusieurs autres, ne reportent-ils pas 
l'esprit vers les convulsionnaires de Saint-Médard, le baquet de Mesmer, 
et les pratiques du magnétisme moderne? 

» Et si le vice, la débauche, ou seulement la sensualité, vont chercher 
dans la vapeur d'éther ces jouissances dont se montrent si avides les pre- 
neurs de hatcbis, les Thériaquis ottomans et les Chinois fumeurs d'opium , 
ne serait-il pas à craindre de voir s'introduire dans nos mœurs des passions 
déplorables, d'autant plus dangereuses qu'elles auraient l'attrait de la nou- 
veauté? On sait avec quelle frénésie les Orientaux et les Chinois s'abandon- 
nent à ces pratiques d'enivrement auxquelles ils sacrifient leur fortune , leur 
honneur et jusqu'à leur existence. Notre nature européenne, j'aime à le croire 



( i73 ) 
ne comporte pas de pareils délires; cependant, quand ou réfléchit à la pas- 
sion pour le tabac et à l'accroissement prodigieux de sa consommation parmi 
nous, il est permis de conserver des craintes. 

» Je réponds maintenant à l'interpellation de mon honorable confrère 
M. Roux, qui m'a demandé quels sont les faits, aussi graves qu'affligeants, 
qui se seraient passés depuis la dernière réunion de l'Académie des Sciences. 

» Je faisais principalement allusion, par ces expressions, aux rêves ero- 
tiques, à la fureur utérine que provoque l'élher, et qui m'ont paru, comme 
ils me le paraissent encore, aussi affligeants que graves. Je faisais également 
allusion à un fait qui s'est passé dans l'un de nos grands hôpitaux, et qui, je 
crois, peut être qualifié, sans trop de sévérité, de la même manière. Je le 
rapporterai tel qu'il m'a été communiqué par plusieurs personnes qui assis- 
taient à l'opération, et dont l'une d'elles, médecin instruit, bon observa- 
teur, m'a fourni les détails : 

« Un homme grand, fort, robuste, vient à la Charité, mardi dernier 
» (2 février), pour subir l'excision des amygdales. Il est neuf heures et 
» demie. On lui fait respirer la vapeur d'éther : au bout de quelques mi- 
» nutes il tombe dans un état complet d'ivresse, et le chirurgien en pro- 
» fite pour l'opérer. Aussitôt après l'opération, il est pris de suffocations, 
» de toux convulsives. Le sang s'échappe de la bouche en quantité consi- 
» dérable. 

» lie malade, soutenu par des aides, quitte, en chancelant, l'amphi- 
» théâtre. Il ne répond point aux questions : il ne paraît même pas les com- 
» prendre. Le chirurgien se préparait à faire une autre opération, lorsque 
» l'amphithéâtre et les salles voisines retentissent de cris lamentables. C'est 
» l'opéré qui est en proie à une affreuse angoisse. Sa face est pâle, livide. Il 
» se tient debout, agité d'un tremblement général, la peau est glacée. Par 
» moments il se roidit, et secoue ses mains comme s'il voulait lutter contre 
» le mal qui l'obsède. Le pouls est à peine sensible : le sang continue à 
» couler avec abondance. 

» Jusqu'à onze heures ce malheureux n'a cessé de pousser les cris les 
« plus déchirants. On a jngé alors convenable de le coucher dans un lit de 
» l'hôpital , ce qui n'a pu se faire qu'avec difficulté , attendu la roideur et le 
» tremblement de ses membres. Peu d'instants après, il a éprouvé une syn- 
« cope qui s'est prolongée assez longtemps pour faire craindre qu'il ne fût 
» mort. Il accusait toujours un sentiment de brûlure dans la gorge et la 
» poitrine. 

» Le lendemain le malade me dit que la crise ne s'était calmée que vers 
» une heure de l'après-midi : la nuit avait été sans sommeil. Il y avait eu 



( i74 ) 
» de l'agitation. Ce n'est que le surlendemain de son admission qu'il put 
» quitter l'hôpital. » 

» En réduisant ce fait à sa plus simple expression, à ce qui est in- 
contestable, voilà un homme jeune, en pleine santé, qui vient dans un 
hôpital pour s'y faire couper les amygdales, opération simple, courte et 
.généralement à peine douloureuse. Il a l'intention , tant il met peu d'impor- 
tance à ce qu'on va lui faire, de retourner chez lui immédiatement après 
l'opération. C'est, en effet , ce qui se voit tous les jours. Par le fait de l'éther, 
cet homme est, durant plusieurs heures consécutives, dans un état alarmant, 
tantôt poussant des cris de détresse, tantôt éprouvant des défaillances, et 
même une syncope assez complète pour simuler la mort. Voilà un homme 
qui, au lieu de rentrer chez lui après l'excision qu'il désirait, a été obligé de 
rester deux jours à l'hôpital; et quand on songe que rien de tout cela ne 
serait arrivé s'il n'eût pas respiré l'éther, je crois pouvoir persister à qualifier 
le fait, sinon d'affligeant, du moins de fort grave. 

» Si l'on contestait l'exactitude des détails de cette observation , je de- 
manderais qu'il fût fait une enquête, très-facile d'ailleurs à exécuter. 

» Cet événement a eu lieu depuis lundi dernier; mais , auparavant, il y en 
avait eu d'autres. Les journaux de médecine qui ont la sagesse d'attendre avant 
de se prononcer, qui se bornent à rapporter les faits pour et les faits contre, 
contiennent plusieurs cas analogues , à l'occasion desquels on peut se de- 
mander de quelle utilité a été l'inhalation de l'éther. 

» Je vais en citer de tout récents qui se sont passés hier matin : 

» L'un de nos chirurgiens les plus savants, homme d'honneur, qui a essayé 
sur lui-même l'action de l'éther, satisfaisant ainsi à la morale et à sa con- 
science, a opéré trois personnes pour diverses maladies; et, bien que l'éther 
ait été employé avec toutes les précautions convenables, et que les effets de 
l'ivresse se fussent manifestés , les trois malades ont beaucoup souffert : l'un 
d'eux, fort de la halle, énergique, assurait qu'il aimerait mieux supporter 
dix opérations pareilles, que de recommencer à respirer l'éther qui lui avait 
causé des souffrances insupportables. Nous n'avons pas été heureux au- 
jourd'hui, a dit à ses nombreux élèves l'honorable et habile chirurgien. Il 
eût pu ajouter que les malades ne l'avaient pas été davantage. 

» Je vois avec plaisir que notre confrère, M. Roux, convient aujourd'hui 
que l'emploi de l'éther a ses inconvénients, ses dangers; qu'il y a nombre de 
cas , outre ceux que j'ai désignés , où il faut se garder d'enivrer les malades 
avant de les opérer, et qu'enfin on doit apporter la plus grande prudence 
dans l'usage de l'agent nouveau et le restreindre aux cas où il sera proba- 



( i 7 5 ) 
bleraent utile. C'est précisément ce que je cherchais à démontrer lundi der- 
nier, en allant au-devant des inconvénients qui se sont révélés; je n'atten- 
dais pas moins de raison et de probité de notre honorable confrère. 

» Ma conclusion finale, c'est qu'il faut, dès à présent, beaucoup rabattre 
de la puissance de l'éther pour abolir temporairement la sensibilité; que, si 
cette abolition a lieu, ce n'est qu'au prix d'une ivresse qui a fréquemment 
de graves inconvénients, au physique comme au moral; qu'il serait à 
désirer qu'on pût en graduer, en maîtriser les effets , soit en graduant la 
dose, soit en variant le mode d'administration. Il serait d'un é^al intérêt 
d'employer un éther exempt de toute substance étrangère , afin d'en rendre 
les effets plus constants; il serait enfin de la plus haute importance de par- 
venir, avec certitude, à produire l'ivresse, sans exposer les malades à une 
intoxication redoutable, etc. 

« Le zèle et l'activité que déploient depuis quelques jours les chirurgiens , 
les médecins, les physiologistes, nous permettent d'espérer la solution pro- 
chaine de ces problèmes difficiles : ce sera alors, mais seulement alors qu'on 
saura si la médecine expérimentale a fait ou non un progrès réel. ». 

Réplique de M. Roux à M. Magendie. 

« Pour ne pas distraire trop longtemps l'Académie d'autres devoirs qui 
lui sont imposés, je serai très-court dans la réponse que j'ai à faire à notre 
collègue , M. Magendie. 

» De tous les faits sur lesquels il vient de s'expliquer, mais dont il ne peut 
attester l'exactitude, et qu'il ne paraît connaître que d'après des relations 
incomplètes ou infidèles, un seul me concerne. C'est celui, a dit M. Magen- 
die, d'un jeune homme à qui je devais pratiquer l'ouverture d'un vaste abcès 
pblegmoneux.sur l'une des régions latérales du cou, et qui, immédiatement 
après avoir été soumis à l'influence des vapeurs éthérées , aurait été pris 
d'un délire furieux, au lieu de tomber dans la somnolence. Le fait est vrai 
en ce sens, mais en ce sens seulement, que ce jeune homme ne s'est point 
endormi, qu'il n'est pas devenu insensible, que l'ivresse a été chez lui in- 
complète, et qu'elle s'est traduite, ainsi que cela a lieu chez quelques sujets 
par quelques paroles bruyantes et une certaine agitation qui n'a duré que 
quelques instants très-courts : cela ne m'a pas empêché de donner très-régu- 
lièrement le coup d'instrument qui était nécessaire pour l'ouverture de l'abcès. 
Mais le même jour, c'était vendredi matin , j'avais à pratiquer quatre autres 
opérations de genres différents. La plus importante des quatre, en même 
temps qu'elle devait être la plus douloureuse, était une opération de fistule à 



( '76) 
l'anus dans un cas un peu compliqué. Les quatre patients ont été soumis 
à l'expérimentation par l'éther. J'avais pour témoin de ces nouveaux essais, 
l'un des membres de notre Conseil des hôpitaux , celui même qui est chargé 
spécialement de la haute surveillance de l'Hôtel-Dieu ; car, dans sa sollici- 
tude , qui, au reste, ne peut pas être plus grande que la nôtre, pour les mal- 
heureux qui viennent réclamer dans nos grands établissements publics les 
bienfaits de la médecine et de la chirurgie, le Conseil général des hôpitaux 
se préoccupe avec raison de toutes les innovations que peut subir la thérapeu- 
tique des maladies, et de celles surtout qui pourraient être compromettantes 
pour la vie. Eh bien , sur trois des quatre malades dont je parlais , le résul- 
tat des inspirations éthérées a été remarquablement beau ; c'est-à-dire que 
chacun d'eux a été rendu complètement insensible, et a subi, sans la moindre 
conscience de ce qui lui était fait, l'opération que son mal réclamait. Chez 
le quatrième, au contraire, l'insensibilité n'a pas été complète; surtout elle 
n 'a pas été de longue durée, et le malade a souffert pendant la seconde 
moitié environ de l'opération que j'avais à lui faire. C'était un jeune homme 
a qui je devais enlever, à l'aisselle, des portions de téguments dont l'état 
d'amincissement et de dénudation entretenait des ouvertures et des trajets 

sinueux. 

:i Ainsi, dans une même matinée, et sur cinq malades, nous avons vu 
trois degrés différents, ou plutôt trois formes différentes de l'enivrement 
par les vapeurs éthérées ; et ce ne sont pas là toutes les variétés dont cet 
état est susceptible : j'en ai observé quelques autres. Peut-être qu'en rassem- 
blant tous les faits qui ont été recueillis , on pourrait déjà indiquer toutes 
les manières diverses dont l'homme peut être affecté par ce mode d'in- 
toxication. Et maintenant que le fait principal de l'aptitude du plus grand 
nombre des individus à être frappés d'une insensibilité complète pendant 
quelques minutes au moins , est hors de toute contestation , je pense que les 
chirurgiens devraient s'imposer pour règle de conduite , de constater par 
avance cette aptitude chez les sujets qui ont à subir des opérations impor- 
tantes par elles-mêmes, et pouvant être d'une exécution un peu difficile et 
longue. C'est l'exemple que je donnais, ce matin même, sur un malade qui 
doit subir sous peu de jours l'amputation d'une jambe : je l'ai soumis deux 
fois, presque coup sur coup, à l'inhalation de l'éther; la seconde fois, 
comme la première, il est tombé dans une insensibilité qui a duré quelques 
minutes, mais sans suspension absolue des sens, et avec une hilarité légère. 

» Précédemment à tout cela , c'était mercredi dernier, j'ai observé, toujours 
sous l'influence des vapeurs éthérées, le sommeil le plus calme, suivi d'un 
réveil tranquille, l'insensibilité la plus absolue, et la plus complète impas- 



( '77 ) 
sibilité sur deux malades que j'opérais ce jour-là. L'un était un jeune homme 
qu'il fallait délivrer d'un phymosis congénial en fendant le prépuce dans 
toute sa longueur; l'autre était une femme qui avait à subir au sein l'extir- 
pation d'une tumeur squirreuse de la grosseur d'une noix environ. Gomme 
un malade dont j'ai parlé dans une de mes précédentes communications à 
l'Académie, cette femme, après avoir recouvré connaissance , n'a pas cru 
d'abord qu'une opération lui avait été faite ; elle croyait avoir été le sujet 
d'une première expérience , et se serait soumise volontiers, s'il l'eût fallu, à 
ce qu'on provoquât chez elle un nouveau sommeil. 

» Les remarques auxquelles notre collègue M. Magendie a cru devoir 
se livrer sur les rêves et les hallucinations d'un certain genre , dont il paraîtrait 
que quelques individus, des femmes particulièrement, sont susceptibles du- 
rant l'enivrement par l'éther, comporteraient bien une réfutation sérieuse. 
Mais je ne veux pas abuser de l'attention que l'Académie a bien voulu m'ac- 
corder, et je me bornerai à dire, en ce moment, que je n'ai encore rien 
observé, chez des femmes , qui approchât du caractère des phénomènes 
erotiques ; et que des effets de ce genre dussent-ils se manifester dans 
quelques cas exceptionnels, des médecins vraiment dignes de ce nom pour- 
raient en être témoins sans qu'on pût avoir ensuite à leur reprocher quelque 
atteinte à la pureté des mœurs. » 

physiologie. — Remarques de M. Velpeau, à Voccasion de la communi- 
cation de M. Magendie. 

« Sous toute réserve d'une répouse détaillée à ce que l'Académie vient 
d'entendre, je me bornerai au fait qui m'est personnel. Ce que vient de dire 
M. Magendie prouve que les mêmes faits se prêtent souvent à des inter- 
prétations fort opposées; ainsi le malade dont il a parlé, est un jeune 
homme qui souffrait de la gorge depuis plusieurs années, et qui était allé 
déjà dans plusieurs hôpitaux pour se faire exciser les amygdales. A cause de 
l'état d'irritation habituelle de son gosier, sans doute, les médecins auxquels 
il s'était adressé n'avaient point accédé à sa demande. Le trouvant libre d'an- 
gine, pour le moment, et voyant que ses tonsiles étaient énormes, je jugeai, 
moi, que l'instant était convenable pour le débarrasser. Naturellement très- 
sensible, très-nerveux, ou, comme on dit, très-impressionnable, il me pria 
de le soumettre à l'influence de l'éther, quoique je lui fisse remarquer que 
l'opération qu'il allait subir n'en valût guère la peine. 

» Il tomba immobile au bout de trois minutes, et je crus que l'insen- 

C.R., 1%. J« Semestre. (T. XXIV, N°6.) a4 



( 178 ) 
sibilité était arrivée. Lui ayant ouvert la bouche sans difficulté, j'excisai 
d'abord l'amygdale droite; comme il ne parut point s'en apercevoir, et resta 
immobile la bouche ouverte, je procédai de suite à l'ablation de la seconde 
tumeur : il ne manifesta aucun signe de douleur et sembla éprouver une 
sorte de spasme j je le fis conduire dans une pièce voisine, et là, il se mit à 
crier avec force : bientôt, il eut une syncope, puis il cria de nouveau et eut 
une nouvelle menace de perte de connaissance. 

». Une fois au lit, il continua de se plaindre, d'accuser une cuisson vive 
dans la gorge; mais, à aucune époque, il n'a été en danger, ni même dans 
une position qui pût donner la moindre inquiétude aux personnes capables 
d'apprécier de semblables symptômes; la gravité de son état n'a jamais pu 
inspirer l'ombre d'une crainte; il n'a eu ni fièvre ni autre accident d'aucune 
sorte, à tel point qu'il aurait pu retourner seul dans sa famille, le soir même 
de l'opération. 

» Voilà le fait dans toute sa réalité, et l'Académie comprendra que, plus que 
qui que ce soit, je dois savoir ce qui s'est passé chez mon malade. J'entends 
objecter qu'on en a obtenu une relation différente. Ceci est possible; mais 
par qui? Quelles sont donc les personnes qu'on ne nomme pas, dont la com- 
pétence ne m'est pas démontrée, et qui vont ainsi raconter dans l'ombre 
ce qu'elles ont vu ou cru voir? Veuillez remarquer qu'autant que qui que ce 
soit, je désire et cherche la vérité dans cette question , et que M. Magendie 
me paraît ici accepter bien légèrement les faits dont il veut faire usage. 

., Au demeurant, si ce sont là les faits aussi tristes qu'affligeants qu'il a 
voulu indiquer, l'humanité peut se rassurer. Par exemple , l'autre obser- 
vation qu'il a citée, ne serait-elle pas celle d'une femme opérée à l'hôpital 
Saint-Louis, et qui est morte d'un érysipèle ambulant quelques jours après 
l'opération? Si cela est, je le demande, est-il possible de mettre sur le compte 
de l'éther une terminaison pareille, quand on sait combien les érysipèles 
sont fréquents et graves, après les grandes opérations; et quels motifs 
peut-on avoir de mettre ainsi sur le compte de l'éther ce qui est arrivé à 
cette femme? Quant à mon malade, je demande en quoi des cris après l'exci- 
sion des amygdales, des lipothymies et une syncope , peuvent être qualifiées 
d'accidents graves, aux yeux de ceux qui savent que la plus petite opé- 
ration , que l'excision du plus petit chyste des paupières en font assez souvent 
naître de semblables; et en quoi,» d'ailleurs, un fait pareil viendrait-il déposer 
contre l'emploi de l'éther? Du reste, je nie très-formellement qu'aucune per- 
sonne compétente ait jamais pu avoir un instant la moindre crainte pour la 
vie de cet homme, qu'il ait été une seconde entre la vie et la mort, comme 



i l 79 ; 

on se plaît à le dire; qu'il ait pu donner l'idée du moindre danger. Quelle 
que soit la personne, fût-ce mon interne, comme le prétend M. Magendie, 
ce dont je doute au surplus, qui eût eu ainsi peur, cela prouverait tout sim- 
plement que mon interne s'est effrayé à tort. 

i' Ai-je jamais dit, après tout, que l'éther fût applicable à toutes les opé- 
rations, qu'il ne dût exposer à aucun accident? Mais j'ai dit, au contraire, 
dès le principe, qu'il fallait en user avec réserve; que pour les opérations 
qui se pratiquent dans la bouche, par exemple, que pour les opérations 
longues, que pour les opérations qui exigent à la fois le concours du malade 
et du cttu'tttsgien , il ne serait probablement que d'une faible utilité. Si c'en 
était le moment, j'aurais sans doute à en énumérer un assez grand nombre 
d'autres; mais j'ai promis de m'en tenir, pour le moment, à un fait per- 
sonnel, et je remets ma réponse aux remarques précédentes de M. Magendie 
à la séance prochaine, puisque l'Académie ne peut pas s'occuper plus lon- 
guement aujourd'hui de la question des inhalations de l'éther. » 

M. Floprens présente une défense d'éléphant, qui a été déposée sur le 
bureau de l'Académie , et dans l'intérieur de laquelle s'est développée une 
exostose très-remarquable. 

On voit encore, contenu dans Y exostose, le morceau de fer qui en a pro- 
voqué la formation. Ce morceau de fer, lancé par une arme à feu, a pé- 
nétré, d'abord, dans l'os maxillaire supérieur, d'où il est descendu, d'où il 
a glissé ensuite dans la cavité du cône dentaire. 

« Ce fait, ajoute M. Flourens, est une nouvelle preuve de la conformité 
de nature qui se trouve entre les os et les dents. L'exostose de cette dent est 
une véritable exostose comme celle des os; seulement elle est interne au lieu 
d'être externe, parce que, dans les os, l'organe producteur (le périoste) est 
externe, et que, dans les dents, l'organe producteur (le bulbe gélatineux) 
est interne. » 

M. Dujiéril rappelle, à cette occasion, que M. Duval, dentiste, a pré- 
senté, en 1811 , à la Société de la Faculté de Médecine, cinq pièces ana- 
logues observées sur des dents d'éléphant, dont une , entre autres, contenait 
une balle de fer, et offrait une exostose qui faisait saillie dans le canal 
dentaire. 

M. Floure-vs fait hommage à l'Académie d'un exemplaire de l'ouvrage 

24.. 



( i8o) 
qu'il vient de publier sous le titre de Théorie expérimentale de la for- 
mation des os. 

M. Moris fait hommage à l'Académie d'un exemplaire du troisième volume 
de son Cours de Mécanique au Conservatoire. 

RAPPORTS. 

médecine. — Rapport sur un ouvrage de M. ledocteur Moij'sisoyics, intitulé: 

Darstellung einer sicheren und schnellen heilmetbode der Syphilis, etc. 

(Commissaire, M. Lallemand.) 

« Le docteur Moij'sisovics jouit, en Allemagne, d'une grande réputation 
dans le traitement des maladies syphilitiques, et sa position dans un vaste 
hôpital lui a permis de se livrer à des recherches étendues sur les avan- 
tages respectifs de différentes méthodes, et, en particulier, des préparations 
iodurées ; mais les médecins de tous les pays se sont tellement occupés de 
ce sujet dans ces derniers temps, que Ufplupart des détails renfermés dans 
l'ouvrage du médecin de Vienne se trouvent aujourd'hui partout. Je ne 
m'occuperai que de ce qui me paraîtra le moins connu, et de l'intérêt le plus 
général. 

a Les accidents observés après l'administration des préparations iodurées 
doivent être attribuées, suivant l'auteur, à la précipitation de l'iode, soit 
de ses dissolutions, soit de ses combinaisons diverses. Cette opinion est d'au- 
tant plus vraisemblable, que la diminution de volume des seins et des tes- 
ticules, l'amaigrissement général, les oppressions de poitrine, les hémop- 
tisies, les métrorrhagies , les palpitations , la consomption, etc., sont préci- 
sément les accidents qui ont été observés par le docteur Goindet et tous 
les médecins qui ont employé l'iode contre le goitre. 

» La principale condition de l'emploi des préparations iodurées, est 
qu'elles arrivent dans l'estomac indécomposées, dans un état de dissolution 
complète; qu'elles soient absorbées dans cet état sans être précipitées de 
leur dissolution par quelque principe qui amènerait de nouvelles combinai- 
sons chimiques. En conséquence, la solution aqueuse est la plus conve- 
nable; il faut rejeter les pilules, les bois, les poudres, comme excipients. 
D'un autre côté, le sucre, le sirop, les mucilages, etc., décomposent en 
partie les solutions aqueuses. Il s'ensuit que le précipité reste adhérent à 
l'arrière-bouche, à l'œsophage, et y détermine une sensation désagréable, 
qui peut empêcher les malades de continuer leur traitement. Plus bas, 



( i8i ) 
l'iode précipité, loin d'être absorbé, s'attache à la surface muqueuse de 
l'estomac et des intestins, provoque des nausées, des vomissements, de la 
diarrhée. Dans les liquides vomis et dans les matières fécales expulsées, on 
retrouve l'iode, qui ne peut avoir eu, par conséquent, aucune action thé- 
rapeutique. L'iodure de mercure, étant insoluble dans l'eau distillée, se 
dépose aussi sur les villosités des membranes muqueuses , et y détermine 
les mêmes phénomènes. L'addition d'un mucilage pour diminuer ces pro- 
priétés irritantes ne fait que déterminer la décomposition du médicament. 

» Pour les mêmes raisons, il importe d'éviter que les aliments des ma- 
lades contiennent des matières amylacées. Pendant plusieurs années, l'auteur 
avait remarqué de grandes différences dans les effets des traitements par 
les préparations iodurées, sans pouvoir s'en rendre compte; mais, ayant 
fait analyser les matières fécales des malades, il a constaté que ceux qui 
prenaient des fariueux rendaient presque tout l'iode qu'ils avaient ingéré, 
même à l'état d'iodure de potassium ; tandis que ceux qui étaient soumis 
au régime de la viande et des légumes verts n'en rendaient pas, ou n'en 
rendaient que des atomes. D'où il résulte que la fécule, qui n'exerce aucune 
action sur l'iodure de potassium hors de l'organisme, précipite l'iode de 
sa dissolution, dans les organes digestifs: résultat important pour la pra- 
tique, et remarquable au point de vue de la chimie, ainsi que de la phy- 
siologie. 

» U est clair que les préparations iodurées, entraînées ainsi hors des or- 
ganes digestifs avant d'avoir pu être absorbées, sont sans action théra- 
peutique. 

» Cependant on obtient la guérison de quelques malades, sans leur dé- 
fendre l'usage des farineux ; l'auteur lui-même en a vu des exemples dans sa 
pratique : mais il les explique par les doses considérables de médicaments 
iodurés qui ont été administrés, et dont une partie seulement est décom- 
posée, surtout lorsque le médicament a été pris au moment où l'estomac était 
vide; encore, dans ces cas, le traitement est-il très-long : d'ailleurs, il n'est 
suivi d'aucun xanthème, d'aucune crise , et ne laisse aucune certitude contre 
ies récidives. 

» L'iodure de potassium est absorbé avec une telle rapidité, que le chi- 
miste Heller en trouva des traces dans les urines d'un malade deux heures 
après qu'il en eut pris, pour la première fois, 6 1 grains. Un autre en trouva 
également dans le cérumen des oreilles et dans le linge imbibé par la sueur, 
vingt-quatre heures après la première prise. La promptitude avec laquelle 
l'iodure de potassium se répand dans toute l'économie permet à l'auteur 



( i8a ) 

d'expliquer comment de violentes douleurs ostéocopes ont pu être calmées 
après la première administration du médicament, et disparaître au bout de 
trois jours, comme il en rapporte des exemples. 

>• Tels sont les faits qui m'ont paru les plus propres à intéresser l'Aca- 
démie, sous tous les rapports. 

»■ Quant aux bains, aux applications locales des préparations iodurées, 
quanta leurs différents modes de préparation et d'administration, ces ques- 
tions sont trop exclusivement du domaine de la thérapeutique , pour être 
abordées ici; d'ailleurs, elles ont été traitées dans beaucoup d'ouvrages 
spéciaux. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

NOMINATIONS 

L' Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'an Corres- 
pondant, pour la place vacante, dans la section de Géométrie. 
Au premier tour de scrutin , le nombre des votants étant de 5o , 

M. Lebesgue obtient 4a suffrages. 

M. Ostrogradski 6 

M. Laurent 2 

M. Iiebesgoe, ayant réuni la majorité des suffrages, est déclaré élu. 
PIÈCES APPARTENANT A LA SÉANCE DU 1 er FÉVRIER 1847. 
MÉMOffiES PRÉSENTÉS. 

« M. Dofuésoï présente, au nom de M. Dahour, un Mémoire sur la com- 
position de l'eau de plusieurs sources silicifères de l'Islande. 

» Le tableau suivant, qui comprend les principaux résultats de ces ana- 
lyses, montre qu'il paraît exister des rapports simples entre les principes 
contenus dans ces eaux : 

Eau du Geyser. 

Osygénc, Rapports 

Silice o,5igo 0,2696 3 

S<™fe 0.3427 °' o8 76| 0)OV , 

Potasse., 0,0097 0,001b 5 

Eau de Laugar. 

Oïygène, Rapports. 

Silice o,i3oo 0,0701 3 

Soude...... .. 0,0942 0,0241 i 



( «83) 

Eau de la Badstofa. 

Ojygène. Rapports. 

Silice o , 263o o , 1 366 2 

Soude °' 252 ? °' o6 47 } 668 , 

Potasse 0,0124 0,0021 ) 

Eau de la source sud du Hvergardin. 

Oxygène. Rapports. 

Silice o,324o 0,16 2 

Soude o,3i88 o,o8i5 1 

Eau de la Store-Hver. 

Oxygène. Rapports. 

Silice o,3i6o 0,164* 2 

Soude 0,3072 0,0785» „ 

Potasse o,oi5o 0,0025 ) ' 

a II est à remarquer que ces rapports : 1 : 3 , 1 : 2 se maintiennent exac- 
tement, quoique les quantités respectives de silice et d'alcali soient variables 
pour chacune des différentes sources. 

» Si nous retranchons du poids des alcalis les quantités nécessaires pour 
salurer le chlore et l'acide sulfurique, dont la présence est bien reconnue 
dans ces eaux, il reste alors une proportion de soude, dont l'oxygène, com- 
paré à celui de la silice, donne les rapports suivants : 

Eau du Geyser. 

Oxygène. Rapports. 

Silice o,5igo 0,2696 9 

Soude (1) ... 0,1227 o,o3i4 1 

Eau de la Badstofa. 

Oxygène. Rapports 

Silice o , 2Ô3o o , 1 366 8 

Soude 0,0711 0,0182 1 

Eau du Laugar. 

Oxygène, Rapports, 

Silice o,t 35o 0,0701 6 

Soude o,o5o8 o,oi3o 1 

» Je dois regretter de n'avoir pu doser le chlore et l'acide sulfurique sut 



' 1 ) Je n'ai pas besoin de faire remai quer que la soude n'est pas ici à l'état caustique , mais 
qu'elle est unie à l'acide carbonique. Or c'est un fait connu depuis longtemps, que la silice 
reste dissoute à chaud dans les solutions aqueuses du carbonate de soude et de potasse, sans 
que l'acide carbonique combiné avec ces bases soit éliminé. 



( i84) 
i'eau des deux antres sources. Toutefois, avec les seules données que je viens 
de présenter, on peut essayer de se rendre compte des causes qui déter- 
minent la formation continue du dépôt siliceux. 

>. L'introduction des alcalis et de la silice dans les sources d'Islande peut 
être attribuée à l'action décomposante de l'eau pure agissant à une tempé- 
rature très-élevée, et sous une pression considérable sur les roches tracby- 
tiques qui leur servent de récipient. 

« Voulant vérifier cette hypothèse, j'ai calciné de la mésotype, dont les 
proportions atomiques de soude, d'alumine, de silice et d'eau sont entre 
elles comme les nombres i : 3 : 6 : 2; après la perte de l'eau, la compo- 
sition devient la même que celle du ryacolithe, espèce minérale qui entre 
comme partie constituante du trachyte. 

» Exposant 12,819 de mésotype calcinée à des lévigatious successives à 
i'eau bouillante, il s'est dissous o,3i53 dans l'eau, dont la composition est 

Oxygène. Rapports. 
Silice,, ,,.,,....,..,. • Q,o3g5 o,02o5 1 

Alumine o,o36o 0,0168 

Soude. , -. o,23g8 o,o6i3 3 

o,3i53 

» Ainsi, un demi-litre d'eau agissant, par fractions, sur i2 er ,8io,o de mé- 
sotype calcinée, a dissous 0^,3153 des parties constituantes de ce minéral. 

» Dans cette partie dissoute , le rapport entre la silice et la soude est 
comme 1 ;3; l'alumine, d'après différents essais, n'y est pas en proportions 

constantes. 

« Ces essais montrent avec quelle facilité certaines matières minérales, 
considérées comme insolubles, peuvent être décomposées et partiellement 
dissoutes par la seule action de l'eau, s'exerçant à une température très-mo- 
dérée et sous la pression ordinaire. » 

(Commissaires, MM. Dufrénoy, Regnault, Balard.) 

économie- rurale. — Mémoire sur les engrais : indication d'un procède' 
destiné à empêcher la déperdition de l'azote que recèlent les végétaux et 
les digestions animales; par M. Diye. 

(Commissaires, MM. Boussingault, de Gasparin, Payen.) 

L'auteur a été conduit, par ses recherches, à admettre qu'en mêlant con- 
venablement aux engrais des substances contenant du tanin, on s'opposerait 



( i85 ) 

à levaporation des principes azotés qui, faute de cette précaution, se dissi- 
pent en partie dans l'atmosphère sans aucune utilité. 

chirurgie. — Note sur un nouveau moyen de diminuer les fâcheux efjets 
du placenta greffe sur l orifice de l'utérus ; par M. Miqdel. 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée, pour un Mémoire sur 
le même sujet, présenté par M. Stein.) 

M. d'Adhémar soumet au jugement de l'Académie un procédé qu'il a 
imaginé pour la fabrication des bouches à feu de l'artillerie. 

A la SSote manuscrite est joint un opuscule imprimé en 1816, et dans le- 
quel l'auteur avait déjà exposé ses idées sur cette question. 

(Commissaires, MM. Piobert, Poncelet, Morin.) 

M. Charrière présente un appareil nouveau pour l'inhalation des vapeurs 
d'éther. 

Cet appareil se distingue principalement de celui que le même construc- 
teur avait mis, précédemment, sous les yeux de l'Académie, par un dispo- 
sitif destiné à prévenir les explosions qui pourraient avoir lieu par l'approche 
d'un corps enflammé, s'il existait une libre communication entre les vapeurs 
éthérées extérieures et le mélange détonant qui se forme à l'intérieur du 
flacon. 

M. Luer présente un appareil également destiné à Y inhalation de l'éther. 

A la Lettre d'envoi qui accompagne cet instrument, est jointe une Note 
de M. Lebert, attestant que l'appareil, tel qu'il est présenté aujourd'hui, a 
servi pour les expériences de la Société médicale allemande de Paris, et a 
toujours fonctionné d'une manière satisfaisante. 

CORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de l'Agriculture et do Commerce adresse le 62 e volume des 
Brevets d'invention expirés. 

M. le Ministre de la Guerre invite l'Académie à hâter le travail de la Com- 
mission chargée d'examiner un Mémoire de M. Hardy, sur la situation de 
la pépinière centrale du Gouvernement, et sur la culture du nopal et l'édu- 
cation de la cochenille en Algérie. 

C. R , 1&47, i« Semestre. (T. XXIV , iV 6 ) 2 '5 



( i86 ) 

asatomie. — Notices préliminaires sur lanatomie du Sarigue femelle 
(Didelphis virginiana), avec trois planches in-folio; par M. Pappenheim. 

« i. Le cerveau a été le premier objet de mes recherches. Si l'on exa- 
mine le développement du quatrième ventricule, dont l'organisation inté- 
resse à présent plus vivement que jamais, depuis les recherches de M. Stil- 
ling, on observe que, primitivement, cette partie est complètement lisse, et 
que c'est un peu pins tard seulement que se développent, par un travail de 
division , les différentes parties que M. Stilling a nommées nojaux des nerfs. 
Le Sarigue femelle m'a montré ces parties non-seulement très-développées ; 
mais dans la ligula j'ai rencontré même un petit amas rond de substance 
blanche, que je n'ai pas eocore rencontré sur d'autres cerveaux. 

» Parmi les nerfs , le nerf olfactif était le seul qui se continuât parfaitement 
avec les hémisphères; tandis que les autres paires, quoique toutes très-grêles, 
étaient tranchées très-nettement comme dans les animaux supérieurs. L'angle 
qui comprend les deux nerfs optiques était très-aigu. 

» Mais je crois devoir m'occuper, avant tout, de la nature du corps 
calleux. C'est une opinion très-répandue, que ce corps n'existe pas chez les 
Marsupiaux. Cependant les dessins et ia description de M. Owen prouvent 
que ce corps a été très-bien vu par cet anatomiste habile; mais que, d'un 
côté, il n'a pas reconnu sa marche entière , et que, de l'autre, il a été frappé 
parla situation de cette commissure, qu'il a considérée plutôt comme un 
fornix (voûte à trois piliers). Comme cet organe se trouve dessiné en partie 
clans le paquet cacheté que l'Académie a bien voulu me faire l'honneur 
d'accepter, je me bornerai aujourd'hui à signaler quelques faits qui, rap- 
prochés de mes observations anciennes, prouveront que le corps en question 
est bien un'corps calleux. 

» i°. La commissure dont je parle est située en avant des couches op- 
tiques, là où leur premier développement s'opère , au-dessus de la commissure 
antérieure du cerveau. Toutes ses fibres rayonnent au-dessus du corps strié, 
dans les hémisphères, où elles se terminent en faisceaux parallèles aux fibres 
des pédoncules cérébraux. .._... . .. 

>• 2 . Elle s'allonge en avant dans un corps genouillé, qui ne peut être 
comparé aux pédoncules du fornix, lesquels entrent dans les couches opti- 
ques , tandis que ce dernier corps rayonne dans les hémisphères. 

» 3°. Les fibres de cette commissure sont purement transversales, direc- 
tion qui n'a aucun rapport avec celle des fibres du fornix. 

» 4°. Les fibres du fornix ne s'étalent jamais dans les parois des ventri- 



( i8 7 ) 
cules; aussi u occupent-elles pas toute la longueur du ventricule latéral. 

» Cette commissure n'est donc ni un fornix, ni un mélange du fornix avec 
le corps calleux. 

» La partie postérieure est composée de fibres accumulées en un fais- 
eeau très-épais, tandis que les fibres antérieures du corps calleux sont éta- 
lées dans une couche large, mais extrêmement mince et tellement transpa- 
rente, que l'on voyait à travers le corps strié. Du reste, quand on écartait 
les hémisphères, les fibres du corps calleux, étalées, se laissaient détacher 
facilement de l'autre substance blanche, sous forme de feuillet mince, ta- 
pissant, pour ainsi dire, la paroi du ventricule latéral dans chaque hémi- 
sphère. 

» Les hémisphères étaient composés d'une manière très-simple, savoir: 
des fibres des pédoucules cérébraux, qui étaient les plus externes; des fibres 
de la commissure antérieure, en avant et en dedans, et d'un feuillet appar- 
tenant au corps calleux, situé en dedans du rayonnement des fibres du 
pédoncule; tout autour, enfin, était une couche corticale très-épaisse et 
peut-être plus considérable que toutes les fibres blanches. 

» 2. L'œil. Nous avions trouvé d'abord dans la cornée transparente six 
à huit rameaux des fibres nerveuses cérébrospinales, qui renfermaient trente 
et quelques fibres primitives de g^ à gf/ de diamètre, toutes appartenant 
à la membrane de Decermet, et indiquées en partie par des stries de 
pigment noir de la sclérotique. 

» Je remarque que le cristallin offrait un volume qui ma paru, à l'é- 
gard des autres parties, un peu considérable. 

» 3. Les organes génitaux se composent de deux ovaires, deux oviductes. 
deux matrices, deux vagins, un canal urétral, deux glandes anales, un 
appareil musculeux et la poche pour le développement des foetus. 

» Les ovaires près desquels j'ai rencontré de chaque côté un petit corps 
virguliforme bleuâtre , mais coloré par un pigment brunâtre de cellules cylin- 
driques, qui paraît un rudiment du corps de Wolff, quoique sa structure 
n'indique jusqu'ici que des cellules graisseuses et des fibres celluleuses. 

» Les ovaires étaient munis d'un ligament (lig. ovarii), ensuite d'une cap- 
sule parfaitement close; un prolongement de cette capsule, sous forme 
d'un deuxième ligament, s'enfonçait dans une duplicature du mésométrium. 
formant une expansion triangulaire; enfin un mésentère musculeux à fibres 
simples liait les ovaires aux matrices. 

» Les œufs, avec toute la structure des autres mammifères, dans les deux 
ovaires, étaient logés dans une masse brunâtre de fibres celluleuses. 

25.. 



( «88) 

r, Lesoviductes, à leur origine ovarique (franges de la trompe de Fal- 
iope), présentaient un double feuillet soudé en bas, et laissant seulement, 
pour l'entrée dans l'oviducte, une ouverture linéaire en forme de croissant. 
Cette ouverture était environnée de fibres contractiles, qui s'attachaient, sous 
forme d'un petit bourrelet, à l'ovaire, et qui établissaient un rapport immé- 
diat entre cet organe et l'oviducte. lies feuillets des franges étaient plies, à 
parois ondulées , plus transparentes que celles de l'oviducte ; chaque pli était 
marqué par une strie blanchâtre (le tronc d'un vaisseau sanguin). Les ovi- 
ductes étaient placés entre deux feuillets d'un mésentère musculeux, longé 
par les fibres de l'axe de l'oviducte et tapissé d'un réseau d'autres fibres 
transversales. 

.. La double matrice était munie d'un mesometrium transversal trian- 
gulaire , musculeux. Chaque matrice se composait essentiellement de deux 
parties, dont l'une, la supérieure, était plus ample et pourvue d'une mu- 
queuse brunâtre; l'autre, plus étroite, possédait des plis longitudinaux 



incolores. 



., Les deux cols des matrices, séparés par un compartiment, s'abou- 
chaient chacun dans le double vagin, munis d'un bourrelet blanchâtre qui 
s'allongeait un peu au dehors , sous forme d'un museau de tanche : la sy- 
métrie n'existe pas pour chaque portion. 

» Le double vagin , courbé, comme on le sait, de chaque côté , de façon 
que l'urètre traverse l'espace des deux arcs de la partie courbée, montre 
trois portions: l'une, placée dans la prolongation de l'axe de la matrice, 
et terminée en cul-de-sac de forme triangulaire, est séparée de celle de l'autre 
côté par un compartiment perforé, prolongation du compartiment du canal 
uropénital. Cette portion triangulaire , non symétrique aussi pour les deux 
vagins, était munie de glandes nombreuses et couvertes d'un mucus brunâtre , 
destiné probablement à envelopper l'œuf après sa sortie de la matrice et à 
lui fournir une coque de matière gélatineuse. 

» Cette première portion passe, sans limite tracée, dans la seconde 
portion , qui se présente sous forme de tube oblique , et qui se continue , en se 
courbant à sa pointe , dans un deuxième tube ou troisième portion . laquelle 
enfin aboutit dans le canal urogénital, en descendant de dehors en dedans 
et de derrière en avant. 

„ Le tube est plus long, mais un peu plus étroit, que la seconde portion. 
I! s'adosse bientôt à celui de l'autre côté, duquel un compartiment le sépare, 
et avec lequel il s'enfonce à peu près dans le tiers supérieur du canal urogé- 
nital. ïl possède une muqueuse avec des plis longitudinaux très-considérables, 



( '8g) 
et des plis transversaux plus petits, qui lui donnent l'aspect d'un réticule. 
» Le canal urogénital montre quelques élargissements , dont l'un , le plus 
considérable, se trouve immédiatement avant sa terminaison. Un léger en- 
foncement à sa surface inférieure le sépare en deux moitiés. C'est en même 
temps l'insertion de deux muscles, du sphincter et du protracteur du vagin. 

» Le premier, le plus considérable, part, par une petite pointe, delà 
paroi postérieure du rectum, se continue au-dessus de toute la partie supé- 
rieure et postérieure du rectum, s'élargit de chaque côté, embrasse alors 
une masse notable de graisse, les glandes anales, qui ressemblent entièrement 
aux bourses de Fabrice des oiseaux, quant à leur forme et leur structure , et 
qui possèdent même des fibres musculaires circulaires striées transversa- 
lement, enfin le canal urogénital; puis, arrivant à la surface inférieure , au 
boursouflement de ce canal, il longe encore une partie de ses fibres le long de 
la face inférieure de cette partie boursouflée, tandis qu'une autre partie se 
replie en haut, parallèlement aux côtés du boursouflement, et forme ainsi, à 
chaque côté, une poche; de sorte que, cependant, il y a, derrière le rec- 
tum, communication des deux poches. 

» fie protracteur part de chaque côté du rectum, est plus faible que 
l'autre, eu même temps oblique, et s'insère en majeure partie à côté du 
boursouflement. 

» En dehors du vagin, on voyait un pli double, muqueux, indice du 
clitoris, sur lequel nous n'avons pas des connaissances exactes. Le corps 
caverneux manquait, et même, tout autour du canal urogénital, il y avait 
très-peu de vaisseaux sanguins. 

» Le rectum montrait cela de remarquable, que l'extrémité de sa paroi 
supérieure était allongée dans un pli triangulaire, ressemblant à ce que l'on 
voit sur le cloaque des oiseaux. 

» Relativement à la poche cutanée, nous avions remarqué trois parties 
contractiles : 

» i°. Ce que l'on nomme comme orbiculaire (sphincter), appartient aux 
muscles droits , dont il forme une couche inférieure , et d'où il rayonne , 
en s'étalant sur une surface large, avec des fibres très-pâles, tout autour de 
la poche, et se termine en arrière dans une partie tendineuse. 

» a . La seconde est formée par un muscle qui descend extérieurement 
des os marsupiaux, et s'attache, sous une direction oblique, mais aussi avec 
une surface rayonnante, à la face supérieure de la poche. 

» 3°. Les muscles qui servent peut-être aussi à élargir la poche, s'étalant 
peu à peu dans un réseau des fibres contractiles qui, probablement, pendant 



( '9° ) 
ia pestation , sont plus développées et destinées à la contraction des ma- 
melles. 

» Celles-ci m'ont paru être au nombre de douze, dont quatre à six pos- 
térieures étaient les mieux développées et ne présentaient que la trace 
du prolongement qui, peu de temps après la gestation de l'animal, est 
si considérable et qui est destiné à mieux fixer les jeunes animaux qui 
tètent. 

» Il n'y avait aucune communication de cette poche avec les parties géni- 
tales internes. 

» Ces observations, faites sur un seul exemplaire, montreront que ces ani- 
maux s'écartent bien moins des types connus que les considérations zoo- 
logiques seules n'ont porté à le croire, et que bientôt on aura des idées plus 
nettes sur la classification et la physiologie comparée des Marsupiaux. » 

CHIMIE. — Essais comparatifs des divers ligneux fulminants, etc. 
(Extrait d'une Note de M. Bûkjeasï. ) 

« ... L'étoupe donne un produit qui jouit encore d'une certaine énergie; 
mais le papier sans colle, la pâte de papier et les toiles de coton, employées 
même très-minces, ne valent absolument rien. Ces divers prétendus ligneux 
fulminants brûlent très- lentement, et laissent un résidu de charbon assez 
considérable. Leur force projectile, l'étoupe exceptée, est presque nulle, 
comme on va le voir. 

» De concert avec M. le comte Pettiti, capitaine commandant la hui- 
tième batterie de garnison à Chambéry, nous avons essayé la puissance ba- 
listique de ces diverses préparations. Nos essais ont été faits dans un mous- 
quet d'artillerie, lançant la balle à 70 mètres avec une charge de 6 grammes 
de poudre de guerre; on a employé seulement 1 gramme de chacun des 
ligneux suivants pour chaque coup. Le but était un immense rocher. 

» i°. Toile de coton, — Premier coup : la balle n'est pas sortie du coton. 
Second coup: l'arme était chargée à neuf, la balle est tombée à trois pas de 
distance. Dans les deux cas, il est sorti de la bouche du canon une épaisse 
fumée sans flamme; l'intérieur de l'arme était très-humide. 

» 2 . Pâte de papier. — Mêmes résultats que pour la toile de colon; de 
plus, après le premier coup, le fond du canon est mouillé par un liquide 
rougeâtre et acide. 

« 3°. Papier sans colle. — Premier coup : la balle est portée à 20 mètres 
de distance; pas de fumée. Second coup : mêmes résultats. 

» 4°. Ètoupe. — Premier coup : la balle a pu parcourir la distance des 



( 19' ) 
yo mètres; elle a cependant frappé avec peu de force contre le rocher, où 
elle s'est légèrement échaacrée. L'étoupe est sortie en feu du canon, et est 
allée tomber à cinq ou six pas de distance , en achevant sa combustion à 
terre. Second coup : mêmes résultats. 

» 5°. Coton cardé. — Tantôt la balle se brise en morceaux contre le 
rocher, tantôt elle s'y aplatit comme du papier, et fait entendre un bruit 
très- fort. 

» Le coton pur est donc jusqu'ici le seul corps qui puisse servir à la pré- 
paration du ligneux fulminant. » 

M. Dccros, à l'occasion d'un passage contenu dans une dernière commu- 
nication de M. Felpeau, relativement aux bons effets qu'on pourrait attendre 
de X inhalation de l'éther dans certains cas de contractions musculaires, rap- 
pelle que, dans un Mémoire présenté à l'Académie le 16 mars 1846, il in- 
sistait sur les avantages qu'on obtenait de l'emploi de cet agent thérapeutique 
dans les éclampsies des femmes en couches et dans d'autres affections spas- 
ruodiques. 

M. Bl4nche, médecin en chef de l'hospice général de Rouen, adresse 
une Note sur les effets de Y inhalation de l'éther sulfurique. Une jeune fille 
de huit ans, sur laquelle on avait à pratiquer l'amputation de la jambe, 
ayant été préalablement soumise à l'action des vapeurs éthérées , n'a donné 
aucun sigue de sensibilité pendant l'opération, et a déclaré plus tard n'avoir 
ressenti aucune douleur. Dans deux expériences faites, l'une sur un chien , 
l'autre sur un oiseau de proie, M. Blanche a cru remarquer que les membres 
thoraciques, lorsque l'effet stupéfiant venait à se dissiper, reprenaient plus 
tôt leurs mouvements que les membres abdominaux. 

M. Leroy d'Etiolles appelle l'attention sur le parti qu'on peut tirer, pour 
la lithotritie, de {'inhalation de l'éther, dans le but défaire cesser la contrac- 
tion des fibres musculaires de la vessie, la contraction de cet organe rendant 
difficile le jeu de l'instrument. 

« Cet obstacle, dit-il, le plus grand que rencontrait la lithotritie, peut 
être écarté par l'ivresse éthérée ; j'en ai fait hier l'expérience sur un malade 
que je considérais, il y a un mois, comme non lithotritiable et que je dis- 
posais à l'opération de la (aille hypogastrique. » 

M. Leroy ajoute que les effets produits par l'éther en vapeur pourraient 
être aussi provoqués avec grand avantage quand il s'agit de réduire des 
luxations, et même des hernies étranglées. 



( i9 2 ) 

M Bowatous, à l'occasion des communications relatives aux effets des 
vapeurs de l'éther, rappelle les expériences qu'il a faites depuis longtemps 
relativement aux vapeurs ammoniacales , et déclare qu'un paquet cacheté, 
adressé par lui à la séance du 6 février .843, contient une Note relative a 
cette question. 

M. E. Robert communique les résultats de quelques observations qu'il a 
faites dans le cours de ses expériences sur les moyens d'arrêter les ravages de 
certains insectes qui font périr les arbres. Ces nouveaux faits sont relatifs a 
un état maladif des arbres, déjà indiqué par d'autres auteurs, et qu'il désigne 
sous le nom de pléthore de la sève. 

M. d'Arpestigsï, qui avait envoyé précédemment un travail sur la con- 
dition des ouvriers employés dans les filatures de coton, prie l'Académie de 
hâter le Rapport de la Commission à l'examen de laquelle a été renvoyé ce 
.Mémoire , qui lui est commun avec M. Brigère. 

PIÈCES DE LA SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1847. 
MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

physiologie. - Tableaux et conclusions des expériences faites sur 
l'inspiration des vapeurs d'éther chez les animaux; par M. Gruby. 
(Extrait par l'auteur.) 

(Commissaires, MM. Flourens, Mil ne Edwards, Dumas.) 

Résultat général. 

u i°. Les vapeurs de l'éther enivrent les grenouilles en 1 5 minutes, terme 

moyen ; 

» 2°. Les souris sont enivrées en 3 minutes, terme moyen; 

» 3°. Les lapins sont enivrés en 5 minutes, terme moyen; 

* 4°. Les chiens adultes sont enivrés en i5 minutes, terme moyen; 

» 5°. Les chiens jeunes sont enivrés en a minutes, terme moyen; 

» 6°. Chez les grenouilles, l'ivresse dure 3o minutes, terme moyen; 

>•. 7°. Chez les souris, elle dure 5 minutes, terme moyen; 

» 8°. Chez les lapins, elle dure 9 minutes, terme moyen; 

„ 9 °. Chez les chiens adultes, elle dure i5 minutes, terme moyen; 

» io°. Chez les chiens jeunes, elle dure 1 1 minutes, terme moyen; 

„ 1 1°. Les grenouilles meurent après 60 minutes d'aspiration; 



( i 9 3 ) 

■' 12°. Les souris meurent après 5 minutes d'aspiration; 

» i3°. Les lapins, après 12 minutes d'aspiration; 

» \!f. Les. cts\eïY$ adultes, après 44 minutes d'aspiration; 

» i5°. Les chiens jeunes, après 18 minutes d'aspiration; 

» t6°. Les grenouilles enivrées peuvent servir pour les études physiolo- 
giques de la circulation du sang dans les capillaires du foie , des reins, des 
poumons, et dans les capillaires des membranes transparentes; 

» 1 7 . Les lapins et les chiens enivrés peuvent également servir aux études 
physiologiques de la circulation du sang dans les capillaires de l'épiploon et 
du mésentère; 

» 18 . Chez les lapins et chez les chiens enivrés, on peut, avec facilité, 
observer la circulation de la lymphe et du chyle sous le microscope; 

» 19 . Les muscles volontaires des animaux enivrés par l'éther sont flas- 
ques, et, placés sous le microscope, ils reprennent leur mouvement et leur 
contractilité; 

» 20 . Chez quelques grenouilles, on observe, à la surface de la mem- 
brane séreuse du foie, le mouvement des cils vibratiles; 

» 2i°. Chez les grenouilles, chez les souris, chez les lapins et chez les 
chiens, le nombre des respirations est d'abord augmenté par la vapeur, il 
diminue ensuite à mesure qu'on prolonge l'expérience; 

» 22 . Si l'expérience est interrompue à temps, le nombre des battements 
du cœur et le nombre des respirations augmentent; 

» 23°. Si l'expérience est prolongée au delà du maximum du temps indi- 
qué, les battements du cœur et la respiration diminuent successivement 
jusqu'à la mort; 

>• a4°- Les grenouilles, saignées avant l'expérience ou gravement blessées, 
résistent plus longtemps à l'action enivrante de l'éther; 

» 25°. Les grenouilles privées du cerveau avant d'être exposées aux va- 
peurs résistent plus longtemps à l'action enivrante; 

> 26 . Chez les grenouilles enivrées et rendues complètement insen- 
sibles, la circulation dans les capillaires de la membrane natatoire persiste; 
et, si l'expérience est prolongée, la stagnation du sang dans les capillaires 
est partielle ; 

» 27 . Les chiens enivrés par l'éther sont insensibles à la piqûre et au 
pincement de la peau, quoiqu'ils possèdent en partie le mouvement volon- 
taire des membres; 

» 28 . Les chiens devenus insensibles, et même lorsqu'ils ont perdu tous 

C. a, , 1B47, i« Semestre. (T. XXIV, N°6.) 26 



( rg4) 

les mouvements volontaires, possèdent dans le tissu musculaire la contrae- 
tilité des muscles fléchisseurs et extenseurs; ; 

» 29 . Dans lea expériences prolongées, après que les chiens ont perdu la 
sensibilité, le mouvement volontaire et la contractilité , leurs muscles de- 
viennent flasques , analogues à un muscle macéré j 

» 3o°. Une portion de ce muscle flasque, mis sous le microscope, montre T 
dans quelques faisceaux musculaires, le mouvement de la contraction; dans 
d'autres , une désagrégation des fibrilles primitives et des globules qui les 
constituent; 

» 3i°. Dans ces derniers faisceaux musculaires, il n'y a plus de mou- 
vement } 

» 32°. Les chiens, chez lesquels la respiration cesse par l'aspiration pro- 
longée de la vapeur, reviennent ordinairement par une saignée de la jugu- 
laire en interrompant l'expérience] 

» 33°. Les chiens, une fois enivrés par l'éther, et complètement revenus, 
s'enivrent plus promptement en répétant sur eux l'expérience :une deuxième 
et une troisième fois^ 

» 34°. Quelques chiens, exposés aux vapeurs de l'éther, deviennent fu- 
rieux; mais, en doublant la dose d'éther, ils tombent dans l'insensibilité. 

Conclusions. 

» Les animaux rendus insensibles par l'éther peuvent servir avanta- 
geusement : 

» i°. Pour les études physiologiques de la circulation du sang dans les ca- 
pillaires du chyle et de la lymphe ; 

» 2 . Pour les études microscopiques sur l'organisation des fibres muscu- 
laires; 

» 3°. L'éther agit, ainsi que l'ont démontré MM. Magendie et Orfila, 
comme les liqueurs alcooliques ; 

» 4°- La mort, résultant de l'inspiration prolongée, est due à l'accu- 
mulation du sang dans les veines du cerveau, dans les veines pulmonaires, 
dans les veines caves, à l'engorgement du foie et des reins , et à la paralysie 
des muscles respiratoires. » 

chirurgie. — Mémoire sur la disposition des ligaments de l'articulation 
coxo-fèmorale, suivi de quelques considérations sur les mouvements de 
cette articulation , où Von ne rencontre point de capsules fibreuses ; 
par M. Ishard. 

(Commissaires, MM. Serres, Velpeau, Lallemand.) 



( ig5 ) 

^ M. Merlateau soumet au jugement de l'Académie un nouveau système 
d'union pour les wagons dont se compose un convoi sur les chemins de fer; 
système dans lequel l'auteur a eu principalement pour but de prévenir les 
déraillements dus à l'action de la force centrifuge dans les courbes à petit 
rayon. 

(Commissaires, MM. Piobert, Morin, Seguier.) 

M. Buffet adresse un Mémoire ayant pour titre : Figure et description 
d'un nouvel instrument d'arpentage, remplaçant la chaîne et le porte- 
cliaîne. 

(Commissaires, MM. Mathieu, Lamé.; 

COBBESPONDANCE. 

L'Académie des Beaux- Arts, par l'organe de son Secrétaire perpétuel, 
invite l'Académie des Sciences à désigner un de ses membres pour faire partie 
dune Commission chargée d'examiner un travail sur les couleurs. 

M. Chevreul est désigné à cet effet. 

M. Vallée, inspecteur des Ponts et Chaussées, prie l'Académie de vouloir 
bien le comprendre clans le nombre des candidats pour la place d'Académi- 
cien libre, vacante par suite du décès de M. Bory de Saint-Vincent. 

chimie. — Recherches de chimie animale. (Lettre de M. Liebig à 

M. Gaj-Lussac.) 

« Je viens de recevoir aujourd'hui le numéro des Comptes rendus de la 
séance du 1 i janvier 1847; et, comme je n'y trouve pas la Note que je vous 
ai envoyée, il y a quatorze jours, il sera peut-être encore temps d'y ajouter 
quelques faits qui compléteront cette communication. 

» Le premier, qui me paraît le plus curieux, c'est l'existence de l'acide 
lactique dans les liquides des muscles des carnivores. J'ai retiré d'un renard 
sauvage une quantité d'acide lactique au moins égale à celle qui se trouve 
chez le bœuf; et d'un autre renard, que M. Bischof m'a offert pour cette 
recherche, et qui a été nourri à Panatomie de l'Université, pendant deux cents 
jours, avec de la viande seulement, j'ai obtenu une quantité non moins 
considérable de ce même acide. 

■ J'ai étudié la décomposition que la créatine éprouve sous l'influence 
de l'eau de baryte. Dans ma dernière Note, j'ai mentionne la formation 

26.. 



( ig6) 

d'un nouvel acide, comme produit de la décomposition de la créatine; mais 
j'ai va plus tard que c'est un produit accidentel. Par l'ébullition prolongée 
dans de l'eau de baryte, la créatine se dédouble en urée et eo une nouvelle 
base organique ; l'urée se décompose à son tour en ammoniaque et en car- 
bonate de baryte, qui se dépose en cristaux petits, mais très-distincts. Quand 
on retranche de la composition de la créatine les éléments de l'urée, on 
arrive exactement à la formule de la nouvelle base. La formule de la créa- 
tine est 

CsN 3 H u O s 
En retranchant l'urée. .. . CjN.ELiO- 

On a C N H,0 4 

» C'est cette formule qu'on a trouvée par l'analyse de la base elle-même 
et des sulfates; elle exprime la quantité qui se combine à un équivalent 
d'oxyde et montre que cette base est l'isomère de la lactamide découverte 
par M. Pelouze. 

» La nouvelle base est fort soluble dans l'eau: quand cette dissolution est 
à l'état de sirop, il s'en dépose, par l'évaporation spontanée, de gros cristaux 
très-brillants qui possèdent la même forme cristalline du sulfate de magnésie; 
ils sont insolubles dans l'alcool et dans l'éther. Cette base, assez volatile, se 
sublime à une température qui n'atteint pas celle de l'eau bouillante. Cette 
propriété, que je ne pouvais pas prévoir, était la cause d'une grande perte 
de cette précieuse matière dans sa préparation. 

» La composition du nouvel acide azoté, dont j'ai mentionné le sel de 
baryte dans ma Note précédente, s'exprime parla formule 

C 13 N s H O 15 . 

» Vous observerez que cet acide renferme dans i équivalent le même 
nombre de carbone que l'acide urique. Je désespère de pouvoir faire, faute 
de matière, l'analyse et l'étude de l'autre acide azoté qui se trouve dans les 
liquides de la cbair, et conséquemment dans le bouillon. Toutes les deux 
possèdent le goût du bouillon et répandent, en chauffant leurs sels sur une 
lame de platine , l'odeur de la viande rôtie. Le sel de potasse et tous les sels 
solubles du premier acide précipitent les sels de cuivre complètement avec 
le nitrate d'argent; on obtient un précipité blanc de l'aspect de l'alumine hy- 
dratée: il précipite les sels de plomb. Tous les sels de cet acide sont inso- 
lubles dans l'alcool, même dans l'esprit-de-vin faible. Les sels solubles de 
l'autre acide n'oat point d'action sur les sels de cuivre, d'argent et de plomb; 
ils se dissolvent dans l'alcool affaibli et peuvent se cristalliser. Les sels de ces 



( '97 ) 
deux acides à base d'alcalis laissent, après leur calcination , ud mélange de 
cyanure de potassium et de cyanate de potasse. 

» .Je vous prierai de porter encore à la connaissance de t'Académie les 
faits suivants, tirés d'un travail que j'ai fait en commun avec M. Wôhler. 
Nous avons examiné l'action de l'acide hydrosulfurique sur la combinaison 
cristallisée de l'aldéhyde et de l'ammoniaque, que j'ai désignée sous le nom 
àammonaldéhyde. Ce corps, dissous dans l'eau, est décomposé entièrement 
par l'hydrogène sulfuré , et d'une manière toute particulière. Quand on fait 
passer le gaz à travers une dissolution aqueuse de l'ammonaldéhyde, il de- 
vient laiteux, et, dans peu de temps, on voit se former au fond du liquide de 
gros cristaux transparents, de la forme du sulfate de chaux et de l'aspect du 
camphre. Ils possèdent une odeur particulière et assez désagréable. Ce 
corps, que nous appelons thialdine, constitue une nouvelle base organique 
renfermant du carbone d'hydrogène et d'azote, mais point d'oxygène; à 
sa place il s'y trouve du soufre. Ce corps est analogue à la thiosinnamine 
découverte par MM. Dumas et Pelouze, et produite, d'après ces chimistes, 
par le contact de l'essence volatile de moutarde avec l'ammoniaque : cepen- 
dant les propriétés basiques.de la thialdine sont plus prononcées; elle forme 
de très-beaux sels avec l'acide chlorhydrique et l'acide nitrique etsulfurique. 
La composition de la thialdine est exprimée par la formule 

C,,NH„S 4 . 

Sa formation s'explique facilement : 3 atomes de l'ammonaldéhyde et 
6 atomes d'acide hydrosulfurique, égaux à 

C, 2 H.,N i O, i -t-6Se = C.jH^NjOcSs, 
se transforment en i atome de thialdine, C ia NH l3 S 4 , 6 atomes d'eau , 6HO 
et 2 atomes de sulfure d'ammonium. Vous vous rappellerez que M. Redtenba- 
cher, professeur de chimie à Prague, a montré le premier que le produit de la 
décomposition de la bile par les acides, découvert par M. L. Gmelin, et décrit 
par lui sons le nom de taurine, renferme 2 atomes de soufre, et a manifesté 
l'idée que ce corps pouvait être produit artificiellement; il a tenté quel- 
ques essais dans ce sens et a étudié l'action réciproque de plusieurs com- 
binaisons qui pouvaient être parties constituantes de la taurine. Le calcul 
montre que la taurine renferme exactement les éléments de l'ammona- 
déhyde et de l'acide sulfureux, et, comme l'aldéhyde est un produit con- 
stant de l'oxydation de l'albumine , de la fibrine et de la caséine, et que ces 
corps renferment tous du soufre, la formation de la taurine par la voie 
indiquée ne semblait pas sans vraisemblance. 



( »g8) 

» Dans notre travail, qui est très-près detre publié, nous montrerons 
qu'en présence de l'acide sulfureux et de l'anmionaldéhyde, il se forme, en 
effet, un corps qui jouit de plusieurs propriétés de la taurine, mais qui n'est 
pas cependant identique avec elle. Étendant nos expériences à plusieurs 
autres corps, nous avons trouvé que, si l'on verse dans une solution de Pam- 
rnonaldéhyde dans l'alcool du sulfure de carbone en suffisante quantité, 
il se forme, dans le liquide f et en peu de minutes, une foule de cris- 
taux brillants, en telle quantité que le tout se prend en masse. Pendant 
la formation de ces cristaux-, la réaction alcaline de l'ammonaîdéhyde dis- 
paraît entièrement. Ce corps, qui est aussi une base organique sulfurée, se 
forme en vertu d'une décomposition des plus singulières, en ce qu'elle est 
présentée par des corps dont l'affinité chimique paraît être si faible. La 
composition de ce corps s'exprime par la formule 

C 5 H 5 NS 2 . 

L'ammonaîdéhyde, en contact avec le sulfure de carbone, s'y combine et 
se dédouble ensuite en eau et en ce nouveau corps. La formule de l'ammo- 
naîdéhyde est 

C- H, NO, ; 

ajoutez f atome de sulfure de carbone et retranchez a atomes d'eau , il vous 
reste la formule de la nouvelle base. » 

chimie. — Mémoire sur une nouvelle série d'acides du soufre; par 
M. Plessy. (Extrait par l'auteur.) 

« Dans un Mémoire que J'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie, j'ai 
fait connaître deux acides, produits de la réaction que le chlore et le soufre 
combinés exercent sur l'acide sulfureux au contact de J'eau. C'est en pour- 
suivant l'étude de cette réaction , que j'ai été conduit à regarder comme cer- 
taine l'existence d'une nouvelle série d'acides du soufre. 

» J'ai cherché d'abord à mieux connaître l'acide qui résulte de la décom- 
position du protochlorure de soufre : après avoir vérifié l'exactitude de mon 
analyse, je me suis demandé si la formule que j'ai adoptée pour e?t acide 
devait être maintenue; elle ne peut l'être, évidemment, qu'autant que mon 
acide et l'acide S 4 3 offriraient des propriétés différentes. Or, comme on va 
le voir, ces deux acides donnent, dans les mêmes circonstances, les mêmes 
produits de décomposition. 

» L'hyposulfate bisulfure de baryte (S,0 3 BaO, a HO), préparé par le 
procédé de MM. Fordos et Gélis, a donc été abandonné à lui-même en dis- 



( '99 ) 
solution concentrée. Ce sel s'est décomposé ; et, parmi les prodnits delà 
décomposition, qui sont l'acide sulfureux, le soufre et l'acide sulfurique, 
suivant MM. Fordos et Gélis, nous avons trouvé en quantité notable un 
corps qui a échappé à l'investigation de ces chimistes : c'est l'acide de 
M. Langlois. On a 

S 4 5 MO =S 3 5 MO + S. 

» On voit maintenant que l'acide obtenu avec le protochlorure de soufre 
se confond avec l'acide hyposulfurique bisulfure (S 4 3 ); cependant il pré- 
sente avec certains réactifs des réactions sensiblement différentes. Cela tient 
probablement à ce que MM. Fordos et Gélis n'ont pu obtenir leur sel rigou- 
reusement exempt de sel de Langlois. 

» Les observations que j'ai faites sur l'acide S 4 5 m'ont été d'un grand 
secours dans l'examen des produits de la décomposition du perchlorure de 
soufre; sur elles reposent eu quelque sorte tout le travail dont nous allons 
maintenant rendre compte. 

De l'action de C acide sulfureux sur le perchlorure de soufre (*) au contact de l'eau. 
» Le sel dont j'ai donné l'analyse dans mon dernier Mémoire, 

(S s fi Ba0,2H0), 
en dissolution dans l'eau, abandonne du soufre, et il se produit un nouveau 
bel qui, après avoir été dissous dans l'eau et précipité par l'alcool un certain 
nombre de fois , laisse , par la calcination , 5o,48 pour i oo de sulfate de baryte ; 
s'il a été desséché dans le vide, il laisse un résidu plus fort, de 5a,43 pour ioo. 
J'indique dans mon Mémoire la préparation de ce sel et ses propriétés. 
» Voici la composition en centièmes du sel desséché dans le vide : 

Soufre 36,24 

Base 34,48 

Eau et oxygène 29,28 

100,00 
Ces derniers nombres s'appliquent à la formule 

S 5 0,BaO, HO. 
Le sel qui n'a pas été desséché se traduit par la formule 

S s O,BaO, 2HO. 
» Dans mon Mémoire, je prouve que le sel (S 5 6 BaO, 2 HO) renferme 

(*j Obtenu en faisant passer un excès de chlore dans le protochlorure. 



( 200 "■ 

deux acides, dont l'un, plus sulfuré que l'acide S 5 7 , peut fournir cet acide 
en abandonnant du soufre. Je n'ai pas pu isoler cet acide plus sulfuré. J'ai 
pu cependant déduire sa formule de mes observations : cette formule se- 
rait S O 7 . Ce qui oblige plus que toute autre chose à admettre l'existence 
de l'acide S O, , c'est la formation de l'acide S 5 0,. On aurait, comme avec 
l'acide byposulfurique bisulfure, 

S e O,MO = S s O,MO -t- S. 

« Voici mes conclusions : 

» Le perchlorure de soufre et le protochlorure de soufre donnent lieu à 
des produits différents, lorsqu'on les met en présence de l'acide sulfureux et 

de l'eau. 

« Le perchlorure donne des produits d'autant plus différents de ceux 
fournis par le protochlorure, qu'il est, par rapport à l'acide sulfureux, en 
plus forte proportion. 

» Des produits de la réaction du perchiornre, on obtient un nouvel acide 
dont la formule est S 5 0,. 

» Cet acide dérive de l'acide S T , que l'on n'a pas pu isoler. 

» Je pense que les acides précédents appartiennent à une série qui sérail 
formée de quatre termes, dont voici les formules : 

S,;0,,HO, 

S 5 0,,HO, 
S 4 0,,HO? 
S.O,, HO? = 

médecine. — Effets de l'inhalation de l'éther. (Extrait d'une Lettre de 

M. Bouvier.) 

a Mes observations propres me conduisent à penser que l'on peut gra- 
duer l'action de l'éther au point de vue de l'insensibilité à la douleur, dans 
la pratique des opérations chirurgicales. Cette insensibilité présente, en 
effet, des degrés ascendants qui correspondent à des doses progressives du 
médicament, doses variables selon les dispositions individuelles, mais 
constantes dans chaque cas spécial. Ces degrés diffèrent : i° par les diffé- 
rences d'intensité des douleurs non perçues dans chacun d'eux; 2° par- 
la facilité diverse du retour à l'état normal ou du réveil, sous l'influence de 
douleurs vives ou prolongées; 3° par l'inégale durée de la torpeur, indé- 
pendamment des causes extérieures. On pourrait, en quelque sorte, dresser 
deux échelles parallèles, marquant: l'une, les différents degrés d'éthérisa- 



( 201 ) 

tion accompagnés d'une insensibilité au moins relative; l'autre, les diverses 
nuances de douleur non senties pour chaque degré. Sans doute une telle pré- 
cision n'est pas possible dans la pratique; mais elle n'est pas non plus né- 
cessaire: il suffit d'atteindre un moment de l'action de l'éther qui corres- 
ponde approximativement au degré de douleur que l'opération doit produire. 
On n'y parviendra d'abord que par des tâtonnements; mais l'expérience 
rendra plus tard la chose facile. 

» J'ai pratiqué, le 6 février, à l'hôpital Beaujon, la section du tendon 
d'Achille sur une fille de onze ans, qui redoutait beaucoup cette petite 
opération. Je l'ai soumise aux inhalations d'éther, que j'ai interrompues au 
bout de huit minutes, aussitôt qu'elle a cessé de me répondre et de sentir le 
pincement de la peau. Quoique ses traits aient exprimé, par leur contrac- 
tion, quelque malaise au moment de la division du tendon, il paraît qu'elle 
n'eut pas la conscience de cette sensation, en tout cas bien affaiblie; car 
s'étant réveillée presque aussitôt, elle n'en avait plus le souvenir et fut très- 
contente d'apprendre qu'on l'on l'avait opérée. L'action de l'éther, quoique 
suffisante, avait été si peu intense, que, dès cet instant, cette enfant n'en 
conservait plus aucune trace. 

» Le même jour, j'opérai une femme de vingt-neuf ans d'un strabisme 
interne de l'oeil droit. L'éther l'endormit en moins de quatre minutes; elle ne 
sentait pas le pincement de la peau. Je glissai l'ophtalmostate sous la paupière 
supérieure; la malade, sans se réveiller, le repoussa par un mouvement 
brusque du bras droit. Les aspirations d'éther furent reprises et continuées 
un peu au delà d'une minute. Cette fois la malade fut insensible à l'intro- 
duction des ophtalmostates. Cependant, un instant après, elle détourna en- 
core brusquement la tète à gauche. Mais tous les autres temps de l'opération 
s'accomplirent dans une parfaite immobilité, sans contraction des paupières 
ni mouvement du globe de l'œil. Une respiration bruyante, qui d'ailleurs 
s'était déjà manifestée pendant les aspirations d'éther, put seule faire soup- 
çonner une souffrance obscure. Peu après, on réveilla la malade; elle ne se 
doutait pas que l'opération eût été faite. Elle était encore sous l'influence de 
l'éther, disposée à la gaieté, la bouche riante, la langue un peu épaisse, 
parlant juste, mais avec loquacité et irréflexion; en un mot, dans l'état d'une 
personne qui a, comme l'on dit, une pointe. Je lui fis prendre quelques 
gouttes d'ammoniaque; elle s'endormit au bout de deux heures, et, à son 
réveil, une heure après, tout était dissipé. 

» Je ferai remarquer que, bien que la première de ces malades ait respiré 

G. R. , i84 7 , !« Semestre. ( T. XXIV , t," 6 ) 27 



( 202 ) 

1 ether plus longtemps que la secoade, celle-ci en a néanmoins absorbé une 
plus forte dose, parce qu'elle l'aspirait avec plus de force et de régularité. » 

M. Htrrra adresse une Note relative aux observations qu'il a faites sur des 
malades qui ont eu à subir des opérations plus ou moins graves, après avoir 
été soumis à ïinhalation de l'éther. 

Le premier cas est relatif à un invalide âgé de cinquante-huit ans , sur lequel 
M. Hutin avait à pratiquer l'extirpation d'un cancer de la lèvre inférieure. 
Cet homme, qui ne s'enivre jamais, et qui même boit rarement de liqueurs 
alcooliques, est resté quatre minutes avant de ressentir les effets de la vapeur 
d'éther; mais, à partir de ce moment, il respira plus longuement, sa face 
devint vultueuse , ses yeux s'injectèrent , son pouls devint d'abord plus fré- 
quent, puis il se ralentit et diminua graduellement d'intensité jusqu'à de- 
venir filiforme ; alors tous ses traits prirent une expression de douceur et de 
satisfaction. On le pinça avec force , il ne donna aucune preuve de sensibilité. 
Une prostration complète survint, et les yeux fermés se renversèrent dans 
l'orbite, comme pendant une syncope. L'inspiration de l'éther avait duré neuf 
minutes. Alors on enleva la partie cancéreuse ; et , comme la perte de substance 
très-considérable ne permettait pas de rapprocher l'une de l'autre les sur- 
faces saignantes, il fallut disséquer au loin la muqueuse pour donner plus 
d'extensibilité à la lèvre. Pendant que l'on pratiquait cette partie de l'opé- 
ration, le malade parut sentir de la douleur; du moins il fit cette inspiration 
demi-sifflante qu'on remarque souvent chez les personnes surprises par une 
légère douleur. On le soumit de nouveau, pendant deux minutes, à l'action 
de l'éther, puis on acheva l'opération , qui ne dura pas moins de vingt-cinq 
minutes, durant laquelle le malade ne donna d'autre signe de sensibilité 
que celui qui vient d'être indiqué , et qui se manifesta au moment où l'on com- 
mença à disséquer la muqueuse. L'état de somnolence et d'affaissement persista 
encore dix minutes environ : l'opéré cependant ouvrait les yeux de temps 
en temps et répondait à ce qu'on lui demandait; puis enfin , le pouls se releva 
tout à fait: il déclara alors qu'il n'avait ressenti aucune douleur, et il n'avait 
aucune conscience de ce qui s'était passé. 

Du deuxième malade , un Provençal âgé de soixante-cinq ans , plus adonné 
que le premier à l'usage des boissons alcooliques, mais n'ayant pas l'habitude 
de s'enivrer, fut soumis à l'action de la vapeur d'éther avant qu'on ne pra- 
tiquât sur lui l'amputation de la jambe , perdit la sensibilité de la peau , après 
sept minutes d'inhalation, et continua à respirer encore les vapeurs éthérées 



( ao3 ) 

pendant une minute. Il paraissait alors n'avoir pas toute sa raison; il était 
très-ammé, gesticulait beaucoup , et pendant tout le temps qu'on l'opérait, 
ce qui dura six minutes et demie, il ne cessa de parler de la Provence et 
d'en parler en provençal avec un des chirurgiens assistants. On l'avait fait 
tenir par précaution, comme les malades ordinaires, à cause de la vivacité 
de ses gesticulations; du reste, il ne s'aperçut pas qu'on l'amputait. Au 
moment où les ligatures allaient être placées , il était redevenu calme , et l'opé- 
rateur, pensant que ce changement pouvait annoncer un retour à la sensi- 
bilité, fit replacer, pour quelques instants, l'appareil à éther. Les effets de 
cet agent se dissipèrent assez rapidement, et le malade, revenu à lui, ne 
savait pas qu'on lui avait coupé la jambe, mais se rappelait avoir parlé de 
Marseille. 

La cinquième observation est aussi relative à un cas d'amputation; la troi- 
sième et la quatrième à l'application de moxas et de cautères actuels. Dans 
ces deux dernières, M. Hutin a vu apparaître, après les premiers signes de 
l'intoxication éthérée , et avant la perte de la sensibilité, la couleur bleue des 
lèvres; il revient sur ce fait dans les conclusions de son Mémoire, et fait 
sentir la nécessité de surveiller de très-près ces phénomènes d'asphyxie. Il 
ajoute les réflexions suivantes que nous reproduisons textuellement: 

« Lorsqu'on soumet un malade à l'inhalation de l'éther, il convient de faire 
d'abord l'éducation des voies aériennes, c'est-à-dire d'y faire parvenir la 
vapeur en petite quantité et graduellement, en n'ouvrant d'abord que peu 
à peu le robinet de l'appareil, puis progressivement on arrive à l'ouvrir 
tout à fait. Tout cela est l'affaire de quatre ou cinq inspirations. J'ai éprouvé 
sur moi-même , et l'expérience des autres démontre que les bronches sont 
péniblement impressionnées par l'arrivée brusque et subite de ce fluide, qui 
détermine une constriction et une chaleur gênantes. 

» Quelque temps après que l'appareil a commencé à fonctionner, temps 
plus ou moins long, suivant plusieurs circonstances, le malade fait de larges 
inspirations; il respire à pleins poumons. C'est alors que commence l'effet 
stupéfiant; c'est alors que la face s'injecte et que les yeux deviennent lar- 
moyants. Ce moment n'est pas loin de celui où la sensibilité disparaît , si l'on 
continue à appliquer convenablement l'embouchure de l'appareil. Le pouls, 
qui s'était élevé , commence à s'affaisser, et le malade divague ; mais il répond 
encore quand on lui parle. Ce moment , comme le démontrent les obser- 
vations rapportées plus haut, est plus lent à se manifester chez les individus 
adonnés à l'ivrognerie; ils résistent plus longtemps à l'action, de même 
qu'ils sont plus difficilement étourdis par les fumées du vin et de l'alcool. 

27.. 



(;ao4 ) 

» L'ivresse produite par l'inhalation éthérée ne demande pas , en général, 
beaucoup plus de temps pour se dissiper, à partir dn moment de son summum 
d'intensité , quand on ne la pousse pas au delà de la seconde période, qu'il 
n'en a fallu pour l'amener là, à partir du moment des grandes inspirations , 
si l'embouchure est bien appliquée. L'action diffusjble de l'éther est telle- 
ment subtile, que son impression dure peu; elle fait passer le corps par les 
diverses gradations de l'ivresse alcoolique si rapidement, qu'il faut les épier 
pour les constater, » 

M. Tavernier communique les résultats qu'il a obtenus dans deux expé- 
riences sur les effets de l'inhalation de l'éther; une de ces expériences a été 
faite sur lui-même. 

M. Tavernier n'ayant pas d'appareil spécial pour l'inhalation des vapeurs 
éthérées, les effets ont été très-lents; il a fallu une demi-heure d'inspiration 
avant que la malade qu'il avait à opérer commençât à s'assoupir, et encore 
ne fut-ce que pour un instant. Pour lui-même, l'expérience a duré près d'une 
heure, et les seuls symptômes étaient ceux d'une légère ivresse, sans pe- 
santeur de tête , puis un demi-sommeil , de peu de durée. On profita de 
ce moment, ainsi qu'il avait été convenu, pour lui extraire la racine d'une 
dent incisive; l'opération, quoique faite très-vite et très-adroitement, causa 
beaucoup de douleur; et le reste du jour, M. Tavernier ressentit une sorte 
d'engourdissement général très-gênant : il ajoute que pendant quatre jours 
il ne put se débarrasser de l'odeur d'éther. 

économie domestique. — Sur l'emploi de la racine de chiendent pulvérisée 
pour faire un pain économique et salubre. ( Extrait d'une Lettre de 
M. Chevallier fils.) 

« Quelques journaux ayant annoncé qu'un charpentier wurtembergeois 
avait trouvé Je moyen de faire un très-bon pain avec la racine de chien- 
dent ( Triticum repens) réduite en poudre et mêlée avec un tiers ou un 
quart de farine de blé , je crois devoir réclamer la priorité d'application 
de cette idée, ponr deux savants qui n'existent plus : M. Alphonse Leroy, 
professeur à la Faculté de Médecine de Paris, et M. Valet, pharmacien (i), 
ont présenté, le 17 mai 181 2, à la Société d'Agriculture, un Mémoire dans 
lequel ils établissaient que de 4oo arpents de terre on pouvait retirer 

(1) Je dis ia priorité d'application , parce qu'on savait déjà qu'en Egypte on avait mêlé la 
poudre de chiendent à la farine destinée à faire du pain ; qu'en Pologne, on s'en sert pour 
faire du gruau ou extraire de la fécule. 



( 2û5 ) 

aooo kilogrammes de chiendent, desquels on obtiendrait ia sacs de farine, 
ou 5oo kilogrammes de sirop, ou bien encore 4oo litres d'eau-de-vie. 

» MM. Leroy et Valet disaient que le pain fait avec le chiendent deman- 
dait un levain beaucoup plus actif que le levain ordinaire; ils proposaient, 
pour arrivera de bons résultats, d'ajouter un peu d'eau-de-vie avec une cer- 
taine quantité de sel. 

» M. Sonnini, l'un des membres de la Société d'Agriculture, disait que le 
oain présenté à la Société par MM. Leroy et Valet ont, avait l'odeur du pain 
ordinaire, que la saveur n'en était pas désagréable, mais que la pâte en était 
lourde et serrée. Ce savant faisait observer que , si l'on mêlait la poudre de 
chiendent avec un tiers ou un quart de farine de froment, on obtiendrait un 
pain aussi bon qu'économique. » 

M. Cottereau annonce qu'il est parvenu à former indirectement de la 
pyroxyline avec Yamidon, comme on le fait avec le coton. 

Pour cela, il suffit de dissoudre dans l'acide nitrique fumant de la xyloï- 
dine d'amidon préparée suivant le procédé de M. Braconnot, puis d'ajouter 
à cette dissolution de l'acide sulfurique très-concentré , cet acide agissant 
comme déshydratant; ce n'est plus de la xyloïdine, mais de la pyroxyline qui 
se précipite. 

M. Pelouze fait remarquer que ce mode de préparation avait déjà été 
indiqué par M. de Vrij [Comptes rendus, séance du 4 janvier 1847), et '' 
ajoute que l'identité entre la pyroxyline et la matière résultant de l'action de 
l'acide sulfurique sur la dissolution nitrique de la xyloïdine, ne peut être 
constatée que par des analyses élémentaires. 

M. Ddjabdin adresse une nouvelle Lettre à l'appui de la réclamation de 
priorité qu'il a soulevée, relativement à un appareil magnéto-électrique 
employé par M. Breguet dans son système de télégraphie; appareil dont 
cet ingénieur ne s'attribue point l'invention , mais dont il dit avoir pris l'idée 
à M. Page. La Lettre de M. Dujardin a pour but d'établir qu'il existe entre 
l'appareil dont il avait adressé une description à l'Académie et celui dont 
M. Breguet a fait usage, beaucoup plus de ressemblance qu'entre ce dernier 
et l'appareil de M. Page. 

M. Sudre annonce l'intention de soumettre au jugement de l'Académie 
un système de télégraphie acoustique pratiqué par le canon, ainsi qu'un 
nouveau moyen de correspondance à l'usage de la marine, pratiqué par un 
seul fanal. 



( 206 ) 

M. Sudre sera invité à présenter un Mémoire sur ces deux inventions; 
c'est alors seulement qu'une Gommissiou pourra être nommée. 

M. Andraud annonce qu'il a fait établir dans Paris un tronçon de chemin 
de fer, sur l'échelle d'exécution, d'après le système de locomotion qu'il a 
précédemment soumis au jugement de l'Académie : il exprime le désir que 
la Commission, désignée à l'époque de la présentation de son Mémoire, 
veuille bien assister aux expériences qui vont être faites. 

M. Ch. Maison prie l'Académie de hâter le travail de la Commission à ' 
laquelle a été renvoyé un instrument qu'il a précédemment présenté, et qu'il 
désigne sous le nom de trigonomètre. 

M. de Paravey adresse une Note sur divers passages des auteurs chinois 
qui ont cru, comme Pline, à l'influence du tonnerre sur la production des 
truffes. 

L'Académie accepte le dépôt de quatre paquets cachetés, présentés par 
MM. Bobierre, Chodzco, Heurteloup et Brown-Seqtjard. 

A 5 heures , l'Académie se forme en comité secret. 

comité secret. 
La Commission chargée de présenter une liste de candidats pour la place 
d'Académicien libre, vacante par suite du décès de M. Bory de Saint-Vin- 
cent, fait la présentation suivante : 
Au premier rang : 

M. Civiale; 
Au second rang , et par ordre alphabétique : 
MM. Bussy; 
Fèvre ; 
Largeteau; 
Jean Reynaud. 
Sur la proposition d'un membre, 

M. Vallée 

est admis par l'Académie comme candidat pour la place vacante. 
Les titres des candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la prochaine séance. 

La séance est levée à 6 heures et demie. F. 



( 2o 7 ) 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

L'Académie a reçu, dans la séance du i er février 1847, ^ es ouvrages dont 
voici les titres : 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l' Académie royale des Sciences, 
1 er semestre 1 847, n° 4 ; in-4°. 

Annales de Chimie et de Physique; par MM. Gay-Lussac, Arago, Che- 
vreul, Dumas, Pelouze, BoussiNGAUl/reiREGNAULT; 3 e série, tome XIX; 
février 1847; i n- 8°- 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. Didot, sous la direction de 
M. L. Renier; 56 e et 57 e livraisons; in-8°. 

Annales de la Société royale d'Horticulture de Paris; décembre 1846 ; in-8°. 

Annales forestières ; janvier 1847; in-8°. 

Annales médico-psychologiques, Journal de l'anatomie, de la physiologie et 
de ta pathologie du Système nerveux; janvier 1 847 ; in-8°. 

Mémoire sur les Tumeurs syphilitiques des muscles et de leurs annexes ; par 
M. Bonisson; in-8°. 

Preuves de l'existence d'anciens glaciers dans les vallées des Vosges, du terrain 
eiratique de cette contrée; par M. E. Collomb ; in-8°, avec planches. 

Revue botanique, recueil mensuel ; par M. DuCHARTRE; 2 e année, 7 e li- 
vraison; in- 8°. 

Atlas général des Phares et Fanaux, à l'usage des Navigateurs; par M. Col- 
lier; publié sous les auspices de S. A. R. Monseigneur le Prince de Joinville. 
— (Russie, mer Noire.) In-folio. 

La Fièvre typhoïde est-elle contagieuse? Sur quelle base doit être établi son 
Traitement? par M. Mayer. Besançon, 1847; i n "°* - 

Dictionnaire universel d' Histoire naturelle; par M. Gh. d'Orbigny; tome VI. 
g5 e et 96 e livraisons ; in-8°. 

Journal des Connaissances médicales pratiques et de Pharmacologie ; janvier 
1847; in-8. 

Journal des Connaissances utiles; n° 1, janvier 1847; in-8°. 

Bulletin du Musée de l'Industrie; par M. JOBARD; année 1846, 3 e livraison ; 
in-8°. 

Recherches sur l'embryogénie, l'anatomie et la physiologie des Ascidies 
simples; par M. Van Beneden. Bruxelles, 1846; in-8°. 

Thomœ Vallavrii de studio historiée patriœ oratio habita in regio Taurinensi 
archigymnasio. Turin, 1846; in-8°. 



( ao8 ) 

Transactions . . . Transactions de la Société Géologique de Londres; 2 e série, 
vol. VII , partie 3 e ; in-4°. 

An Explanation. . . Explication des irrégularités observées dans le mouve- 
ment d 1 Uranus , en pariant de l'hypothèse de perturbations causées par une pla- 
nète plus éloignée; avec une détermination de la masse, de l'orbite et de la position 
de la planète perturbatrice; par M. J.-G. Adams. (Extrait de V Appendice au 
Nautical Almanac pour 1 85 1 . ) Londres , 1 846 ; in-8°. 

Astronomische. . . Nouvelles astronomiques de M. SCHUMACHER: n° 587; 
in-4°- 

Raccolta. . . Recueil scientifique de Physique et de Mathématique; 3 e année, 
n°2. Rome, 1847; ia "8°- 

Descrizione. . . Description des Poissons et des Crustacés fossiles du Piémont; 
par M. E. Sismonda. Turin, i846; in-4°. 

Gazette médicale de Paris; 1 7 e année ; n° 5 ; ia-4°. 

Gazette des Hôpitaux; n os io à 12 ; in-folio. 

L'Union agricole; n os i36 et 137. F. 



L'Académie a reçu, dans la séance du 8 février 1847, ' eâ ouvrages dont 
voici les titres : 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences , 
I er semestre 1847, n ° 5> in-4°. 

Institut royal de France. — Académie royale des Sciences. — Funérailles de 
M. Gambey. — Discours de M. le baron Ce. Ddpin ; 1 feuille in-4°. 

Théorie expérimentale de la formation des os; par M. Floorens ; avec 7 plan- 
ches; in-8°. 

Annales des Sciences naturelles; novembre 1846; in-8°. 

Préfecture de Police. — Conseil de Salubrité. — Rapport sur 'le Colon- Poudre ; 
par M. Payen ; in-4°. 

Description des Machines et Procédés consignés dans les Brevets d'Invention, 
de Perfectionnement et d'Importation, dont la durée est expirée, et dans ceux dont 
la déchéance a été prononcée; tome LXII ; in-4°. 

Théorie positive de l'ovulation spontanée et de la fécondation des Mammifères 
et de l'espèce humaine, basée sur l'observation de toute tu série animale; par 
M. POUCHET; 1 vol. in-8°, avec atlas in-4°; 1847. F, 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 15 FÉVRIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUMCATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

chimie. — Mémoire sur un nouveau mode de dosage dss nitrates, 
et particulièrement du salpêtre ; par M. J. Pelouze. 

« Les nitrates étant tous solubles dans l'eau, on ne peut appliquer à leur 
détermination les méthodes généralement usitées pour l'analyse des autres 
sels, et qui consistent presque toujours à former un précipité de composi- 
tion connue, qu'on pèse après en avoir opéré le lavage et la dessiccation. 

» Cependant, comme l'emploi des nitrates est considérable, comme la 
fabrication de la poudre exige annuellement, même en temps de paix, plu- 
sieurs millions de kilogrammes de salpêtre, on a dû chercher depuis long- 
temps le moyen d'apprécier, sinon rigoureusement , au moins d'une manière 
suffisamment approximative, le titre du salpêtre brut destiné à être raffiné 
dans les ateliers de l'État. 

» Avant 1775, époque de l'institution de la régie des poudres, on ne con- 
naissait aucun moyen de titrer, même grossièrement, le salpêtre; on se con- 
tentait d'en faire brûler une certaine quantité dans une cuiller de fer pour 
apprécier, par la déflagration ou la décrépitatiou , les quantités respectives 
de nitre et de sel marin. 

» En 1783, Guyton de Morveau proposa un moyen d'analyse, qui 
consistait dans l'emploi successif de l'alcool et du nitrate de plomb. Ce pro- 
cédé, encore très- imparfait, et d'une exécution d'ailleurs difficile, fut em- 

C. R., «347, 1" Semestre. fT. XXIV, IN» 7.) 28 



( 2I ° ) 

ployé dans la seule raffinerie de Paris , où les essais se faisaient sous les yeux 
de Lavoisier. Les résultats des épreuves ne s'accordèrent pas avec les pro- 
duits des raffinages. Baume substitua au nitrate de plomb l'acétate de cette 
base , sans aucun avantage réel. ' 

» En 1789, on crut avoir atteint le but qu'on cherchait depuis bien des 
années. Riffault eut, à cette époque, l'ingénieuse idée de remplacer l'alcool 
par de l'eau saturée de salpêtre. 

» Lavoisier adopta cette idée, et lui donna l'appui de sa haute autorité; 
mais guidé, comme il l'a dit lui-même, par une expérience de Geoffroy, 
il signala , dans le procédé de Riffault, une cause d'erreur qui consiste en ce 
que le chlorure de sodium détermine, au détriment du fournisseur, la disso- 
lution d'une quantité très-sensible du salpêtre d'épreuve. 

» En conséquence, on dressa une Table de correction dans laquelle on 
chercha à fixer l'effet que produit la quantité de sel énoncée dans l'épreuve; 
mais les produits de l'affinage n'étaient pas encore en harmonie avec les essais. 

» L'Académie des Sciences, consultée par le Gouvernement, adopta, sur 
la proposition de Bertholletet de Fourcroy , le procédé indiqué et rédigé par 
l'Administration des poudres à laquelle appartenait Lavoisier. 

» Nonobstant ce Rapport favorable, et la grande autorité des chimistes 
qui avaient concouru à sa rédaction, de nouvelles plaintes sur l'inexactitude 
du procédé de Riffault surgirent de tous côtés. 

» Le 27 juillet 1791, Fourcroy et Vauquelin lurent un Mémoire sur les 
inexactitudes et les causes d'erreur de la méthode d'essai par la dissolution 
saturée de nitre, et, loin de donner raison aux plaintes des salpêtriers, ils 
proposèrent de supprimer la bonification accordée, d'après la Table jointe à 
l'Instruction du i er juillet 1789. Le ministre, embarrassé entre des rapports 
et des prétentions aussi contradictoires , s'adressa de nouveau à l'Académie 
des Sciences, qui nomma, pour examiner cette question, une Commission 
composée de Baume , Berthollet , d'Arcet père et Fourcroy. Ces Commis- 
saires, auxquels Vauquelin s'était adjoint, déclarèrent que, malgré quelques 
légères inexactitudes , l'épreuve à l'eau saturée était encore ceile qui leur 
paraissait mériter la préférence par sa simplicité. Ils rejetèrent les correc- 
tions relatives à l'influence du sel marin. 

» A cette époque, tout ce qui se rattachait plus ou moins directement à 
la poudre excitait vivement l'intérêt public. 

» L'Assemblée nationale rendit, le 14 mai 1792, un décret portant que le 
Ministre des Contributions publiques , de concert avec la Régie des poudres 
et salpêtres et l 'Académie des Sciences , lui présenterait un projet de rè- 



(au ) 

glement pour les formes de réception et la fixation du degré de force, du 
salpêtre. 

« Lavoisier fut spécialement chargé des expériences qui devaient servir 
de base au projet de règlement demandé par l'Assemblée nationale. Il s'en 
occupa sans relâche, comme il nous l'apprend lui-même, pendant les quatre 
mois qui précédèrent le moment où il abandonna la régie des poudres. Ses 
travaux, importants au point de vue de la fabrication et du raffinage du 
nitre , n'ont pas cependant amené la solution complète du problème relatif 
à l'analyse de ce sel. 

» A cette même époque, les relations de la France avec l'Inde étaient in- 
terrompues; il fallait, de toute nécessité, retirer du sol national tout le 
salpêtre nécessaire à sa défense et alimenter de nombreuses armées. La régie 
disparut donc; une agence révolutionnaire lui succéda: les villes, les com- 
munes, les particuliers se livrèrent à la fabrication du salpêtre. Quel que fût 
son titre , on l'amoncelait, sans aucune épreuve, dans les magasins nationaux, 
et la comptabilité ne fut rétablie qu'alors que l'indépendance de la France 
fut assurée. 

si L'Académie fut de nouveau consultée sur le meilleur mode d'essai d'é- 
preuve des salpêtres; Pelletier, Vauquelin, Guyton de Morveau rapporteur, 
de concert avec M. Cbampy, rédigèrent une Instruction qui fut approuvée 
par l'Institut, le 1 1 messidor an V, et rendue obligatoire par le Directoire 
exécutif , le i er vendémiaire an VI (22 septembre 1797). Cette Instruction, 
suivie jusqu'à ce jour, est, à peu de chose près, la reproduction du mode de 
Riffault, sanctionné par Lavoisier. One circonstance vraiment singulière, 
c est que, dans aucun des nombreux travaux dont l'essai du salpêtre fut l'objet, 
il ne fut aucunement question de l'influence perturbatrice que peut causer 
la présence fréquente du chlorure de potassium dans ce sel, Cette influence ne 
, fut signalée qu'en 181 5. A cette époque, le commissaire des poudres de Lille 
constata un déficit considérable , dont on trouva la cause en examinant les 
sels séparés du nitre, pendant la purification. Ces sels, qu'on croyait être du 
sel marin, étaient presque entièrement formés de chlorure de potassium. 

» Ce déficit s'expliqua facilement par une élévation trop considérable du 
titre du salpêtre, due à ce que le chlorure de potassium détermine un dépôt 
de ce sel dans l'eau saturée de nitre. 

» MM. Saint-Venant et Pelissier, et en second lieu MM. Mallet et Per- 
ruche, s'occupèrent des moyens de reconnaître la présence du muriate de 
potasse dans le salpêtre brut , et cherchèrent à apprécier son influence dans 
le mode d'épreuve adopté. Sans rien changera ses Instructions, la Direction 

28.. 



( 212 ) 

des poudres enjoignit seulement aux Commissaires (5 août 1820) de ne pas 
recevoir de salpêtre dont le déchet dépasserait i5 pour 100. 

» En 1829, M. Gay-Lussac rédigea une Instruction dans laquelle il fit 
connaître les corrections qu'il faut faire subir au résultat de l'épreuve du 
salpêtre, en raison de l'abaissement de température occasionné par le chlo- 
rure de potassium , ou plutôt par des mélanges de ce sel et de sel marin. 

» Enfin M. Fauché examina l'influence que les sels divers contenus dans 
le nitre brut exercent sur la solubilité du salpêtre; il chercha à atténuer Ter- 
reur que le chlorure de potassium apporte dans les essais de ce sel. 

s» Pour terminer l'historique des travaux dont le dosage du salpêtre a été 
l'objet, je dois parler d'une Note que M. Gossart, commissaire des poudres à 
Lilie, m'a prié de communiquer à l'Académie, le ù\ janvier dernier. Cette 
Note est imprimée dans le n° 1 des Comptes rendus de 1847. 

» M. Gossart a cherché à apprécier le degré de pureté du salpêtre brut, 
en mêlant ce sel à de l'acide sulfurique, et le décomposant par une disso- 
lution titrée de sulfate de fer. Il juge que l'opération est terminée lorsque, 
après avoir chauffé le mélange et en avoir séparé une petile quantité , il y 
reconnaît par le cyanoferride de potassium la présence du fer au minimum. 

» La méthode de M. Gossart est fondée sur le principe que M. Gay- 
Lussac et plusieurs autres chimistes ont appliqué à la chloromélrie et à 
l'essai des manganèses; c'est-à-dire qu'elle consiste à apprécier le terme de 
certains phénomènes de suroxydation ou de perchloruration, dans lesquels 
intervient le corps soumis à l'analyse. L'idée d'appliquer ce principe à l'essai 
du salpêtre est heureuse; elle appartient à M. Gossart, et je m'empresse de 
lui rendre cette justice. 

» Occupé moi-même d'un procédé de dosage des nitrates, j'ai dû répéter 
celui que propose M. Gossart. J'ai cru lui reconnaître des imperfections, et 
j'en ai fait la remarque à l'auteur, qui m'a chargé de présenter à l'Académie 
une nouvelle Note dans laquelle il propose une modification à son procédé. 

» J'arrive maintenant aux observations et aux expériences qui m'ont con- 
duit au procédé que je propose pour l'analyse des nitrates. 

» Des divers métaux, l'un de ceux dont les sels se suroxydent ou se per- 
cblorurent avec le plus de facilité , est le fer ; on sait , d'après les expériences de 
M. Margueritte, qu'une dissolution étendue de protochlorure de fer se sur- 
oxyde pour ainsi dire instantanément, lorsqu'on y verse, à la température 
ordinaire, une dissolution d'hypermauganate de potasse, et que l'addition 
de la plus petite quantité du caméléon dans un sel de fer ainsi peroxyde 
communique à la liqueur une teinte rose, qui devient un indice certain du 
terme même de la suroxvdation. 



( «3 ) 
» J'ai cherché à déterminer d'une manière très-exacte combien il faut de 
nitrate de potasse pur pour porter au maximum un poids connu de fer dissous 
dans un excès d'acide chlorhydrique; j'ai choisi, à cet effet, comme se 
prêtant le mieux à l'expérience, des fils de clavecin, qu'on peut considérer 
comme du fer pur, à deux ou trois millièmes près; j'ai constaté que 

2 grammes de ce fer, dissous dans un excès considérable d'acide chlorhy- 
drique (de 80 à 100 grammes), exigeaient, pour être portés à l'état de perchlo- 
rure, des quantités d'azotate de potasse pur toujours comprises entre is r ,2i2 
et 1^,220; soit en moyenne is r ,ai6. J'ai examiné la nature des gaz qui 
prennent naissance dans cette réaction , et je les ai trouvés formés d'acide 
chlorhydrique et de bioxyde d'azote. En traduisant ces nombres en équi- 
valents, on voit qu'ils correspondent à 6 équivalents de fer et à 1 équivalent 
d'azotate de potasse. L'acide de ce dernier sel se dédouble donc en bi- 
oxyde d'azote, qui se dégage, et en 3 équivalents d'oxygène, qui enlèvent 

3 équivalents d'bydrogène à l'acide chlorhydrique pour former 3 équiva- 
lents d'eau et mettre à nu 3 équivalents de chlore qui, s'ajoutant aux 6 équi- 
valents de protochlorure de fer, produisent 3 équivalents de perchlorure, 
comme l'indiquent les équations 

,o, 6Fe + 6HCl = 6FeCl-f-6H; 

2". 6FeCl4-AzO i K04-4HCl = 4HO + KCH-AzO s -f-3(Fe 2 Cl-) [*j. 

« Cette décomposition ainsi nettement établie, il m'était facile de prévoir 
qu'elle pouvait devenir la base d'une méthode simple et facile pouranalyser 

les nitrates. 

i> En effet, il n'était pas vraisemblable que la présence des chlorures et des 
sulfates dans ces sels, et particulièrement dans le salpêtre, pût changer la 
manière dont ils se décomposent dans l'expérience précédente; toutefois, 
pour m'en assurer directement, j'ai ajouté à du nitrate de potasse pur des pro- 
portions plus ou moins considérables de sel marin , de chlorure de potassium 
et de sulfate de potasse et de soude, et j'ai reconnu que ces sels étaient sans 
influence sur la quantité d'azotate nécessaire à la suroxydation du fer. 

». Ce nouveau point bien établi, il était évident qu'il ne restait plus, pour 
compléter la nouvelle méthode, qu'à trouver un moyen sûr et facile de con- 
stater, dans l'essai d'un nitrate impur, la quantité de fer non suroxydé, et ce 
moyen même était déjà indiqué dans le Mémoire de M. Margueritte sur le 
dosage de ce métal. 



[*} Cette décomposition des nitrates par les sels de protosyde de fer en présence d'un 
excès d'acide chlorhvdrique fournit un excellent moyen de préparer le bioxyde d'azote. 



(ai 4 ; 

» Je suppose, en effet, qu'ayant opéré sur 2 grammes de fer et iS r ,2i6 
de salpêtre impur, le caméléon minéral indique que o^oo de fer n'ont pas 
été peroxydes; j'en conclus que a^ooo moins o^oo ou 1^,800 de fer ont 
été portés au maximum : or, si le sel avait été pur, les a gr ,ooo de fer auraient 
été entièrement perchlorurés; j'établis donc la proportion 

2,000 ; 1,216 :: 1,800 : x. 
x = 1,0944. 

Il y avait donc 1^,0944 de nitrate de potasse réel dans rs r ,2i6 de salpêtre 
impur, ou 90 parties dans 100 de ce sel. 

» Je choisirai comme exemple du nouveau dosage de l'acide azotique et 
des azotates, le salpêtre brut du commerce, tel qu'il est livré au raffinage. 

« Dans un matras de 100 centimètres cubes environ de capacité, on 
introduit 2 grammes de fils de clavecin, on y verse 80 à 100 grammes 
d'acide chlorhydrique concentré, et, après avoir fermé le matras avec un 
bouchon de liège portant un petit tube effilé, on y dissout le fer à une douce 
chaleur; au moment même où cette dissolution vient d'être achevée, on y 
introduit 1^,200 du salpêtre qu'il s'agit de titrer : on referme aussitôt le 
matras, et l'on porte le liquide à lebullition. La liqueur brunit fortement; 
des vapeurs épaisses d'acide chlorhydrique mêlées de bioxyde d'azote jail- 
lissent par l'orifice da tube effilé, et s'opposent à l'accès de l'air dans le ma- 
tras. Bientôt la liqueur perd sa couleur brune; elle jaunit et s'éclaircit peu à 
peu; après une ébullition soutenue pendant cinq ou six minutes, et alors que 
îa liqueur est devenue depuis quelque temps transparente, on retire le ma- 
tras du feu , on verse le liquide qu'il renferme et les eaux de lavage dans un 
.«rand ballon de 1 litre environ de capacité, qu'on achève de remplir presque 
entièrement avec de l'eau commune. Gela fait, on y verse peu à peu, et à 
l'aide d'une burette graduée, une dissolution titrée de permanganate de po- 
tasse. On imprime au ballon un mouvement d'agitation qui mêle bien la 
liqueur; au moment où celle-ci prend enfin une légère teinte rose, on cesse 
d'ajouter le caméléon, et on lit sur la burette la quantité qu'il a fallu en 
employer pour peroxyder le fer. L'opération tout entière est terminée; il ne 
s'agit plus que d'en calculer le résultat (*). 



(*) On prépare le caméléon en maintenant pendant quelque temps au rouge sombre, dans 
un creuset de terre , un mélange de 3 parties de potasse à la chaux , 2 parties de bioxyde 
de manganèse et r partie de chlorate de potasse. La masse , d'un vert foncé , est pulvé- 
risée , mêlée avec trois à quatre fois son poids d'eau , et traitée par l'acide nitrique faible qu'on 
ajoute peu à peu jusqu'à ce que la liqueur ait pris une couleur pourpre. On la filtre sur de 
l'amiante ou du verre pilé, et on la conserve dans un flacon à l'émeri. 

Pour en déterminer le titre, an pèse exactement o^,5oo de fils de clavecin qu'on dissout 



( 2I 5 ) 
» Supposons que la dissolution de caméléon soit telle, qu'il eu faille 23 cen- 
timètres cubes pour peroxyder os r ,5oo de fer, ou 5o centimètres cubes pour 
i gramme de ce métal, et supposons aussi que, pour terminer l'expérience 
précédente, il ait fallu 10 centimètres cubes de la même dissolution; nous 
établissons la proportion : 

» Si 5o centimètres cubes de ce caméléon sont aptes à peroxyder 1000 de 
fer, combien en ont dû peroxyder 10 centimètres cubes : 

5o cc : 1,000 :: io cc : x = 0,200. 

» Je retranche donc des 2,000 de fer 0,200 de ce métal, et je con- 
clus que les 1,800 qui restent ont été portés au maximum par 1,200 de sal- 
pêtre brut; mais je sais que 2,000 de fer représentent 1,216 de nitrate de 
potasse pur, ou que 1 gramme en représente 0,608, et je trouve la quantité 
de ce sel correspondant à i gr ,8oo de fer avec la proportion suivante : 

1,000 : 0,608 :: 1,800 : #= 1 ,00,44. 
Dans les 1 ,200 de sel soumis à l'analyse, il y avait donc 1,09,44 d'azotate de 
potasse pur, ou ^fjfiA = 91,2 pour 100. Le salpêtre essayé est donc au titre 
de 91,2. 

» On comprend que, dans l'expérience dont il vient d'être question, la 
réaction entre le protochlorure de fer et le nitrate doit avoir lieu en l'ab- 
sence de l'air; en effet, si l'air avait accès dans le matras, il agirait rapide- 
ment sur le bioxyde d'azote et le rendrait apte à peroxyder une nouvelle 
quantité de fer. Dès lors le titre du salpêtre serait exagéré; mais il est très- 
facile de se mettre à l'abri de cet inconvénient. Lorsque le fer vient de dis- 
paraître dans l'acide, le ballon est rempli d'hydrogène et de gaz chlorhv- 
drique; le nitrate qu'on y introduit n'apporte pas avec lui, ou n'apporte 
qu'une quantité insignifiante d'air, et la liqueur, portée à une ébullition sou- 
tenue, laisse dégager par le tube effilé des vapeurs acides et aqueuses, dont le 
jet, toujours visible et facile à maintenir, ne permet plus la rentrée de l'air. 

» J'ajouterai que l'air n'est vraiment à craindre qu'au moment où le nitrate 
vient d'être mis en réaction; car je me suis assuré de l'exactitude de l'asser- 
tion de M. Margueritte, qui dit que, dans le sein d'une liqueur fortement 
acide, le fer se peroxyde à l'air, même libre, avec une difficulté et une len- 
teur telles, que l'analyse n'en est pas affectée d'une manière sensible. 



dans i5 à 20 grammes d'acide chlorhydrique. On ajoute à la dissolution i litre environ d'eau 
commune, et on y verse, avec la burette, le caméléon jusqu'à ce que la liqueur prenne une 
teinte rosée. ( Voir, pour plus de détails , le Mémoire de M. Margueritte sur le dosage du fer. 
Annales de Chimie et de Physique , 3 e série , t. XVm.) 



( ai6 ) 

» Les nitrates peuvent être employés indistinctement à l'état solide ou en 
dissolution dans l'eau. 

» Je préfère, en général, les prendre sous la première forme; mais, 
quand il s'agit de salpêtre brut, comme il peut y avoir des différences très- 
grandes dans les échantillons dont il s'agit de déterminer la composition 
moyenne, il est peut-être préférable d'opérer sur une dissolution faite avec 
une grande quantité de matière. Voici comment je fais dans ce dernier cas : 

» Je dissous, dans un vase de la capacité de 2 litres, 120 grammes du 
salpêtre à essayer, ou 60 grammes dans une carafe de r litre qu'on achève 
de remolir exactement avec de l'eau commune. Je prends, avec une pipette, 
20 centimètres cubes de cette liqueur, que j'introduis dans la dissolution de 
2 grammes de fer dans 100 grammes d'acide chlorhydrique concentré, au 
moment même où le métal vient de disparaître, et j'opère comme avec le 
salpêtre cristallisé. 11 est clair que 20 centimètres cubes d'une telle liqueur 
renferment 1,200 de salpêtre brut : c'est donc comme si l'on opérait directe- 
ment sur cette quantité de sel sec. 

» J'ai soumis à la même épreuve le nitrate de soude pur et le nitrate de 
soude impur, tel qu'on le trouve dans le commerce, et je me suis assuré, par 
de nombreuses expériences dont je crois inutile de rapporter ici les résultats, 
que mon procédé permet d'apprécier avec une grande exactitude le degré 
de pureté de ce sel. 

» Les usages du nitrate de soude commercial tendent à s'accroître; il sert 
à la fabrication de l'acide nitrique, à celte du salpêtre et de l'acide sulfu- 
rique; M. Kuhlmann a fait connaître son heureuse influence dans l'agri- 
culture. U était donc important de trouver un moyen de l'analyser rapide- 
ment et avec exactitude. Je crois que celui dont je propose l'emploi est 

sans reproche. 

» Le nitrate d'ammoniaque et le nitrate de piomb , analysés par le nouveau 
procédé, m'ont fourni des résultats dont l'unique intérêt consiste dans la 
confirmation de la bonté de la nouvelle méthode. 

» Cette méthode trouvera un intérêt plus pratique dans l'emploi qui pourra 
en être fait à la détermination de la proportion d'eau renfermée dans certains 
nitrates encore mal connus sous ce rapport. Elle sera surtout utile pour 
l'analyse des mélanges d'acides azotique et sulfurique devant servir ou ayant 
servi à la préparation de la pyroxyline. Je me suis assuré, en effet, que 
l'acide sulfurique, mêlé à l'acide azotique, n'apporte aucune perturbation 
dans le nouveau mode d'analyse, et que ce dernier acide, étendu d'eau, 
seul ou mêlé d'acide sulfurique, pouvait être dosé comme un nitrate 
neutre. 



( 2I 7 ) 

» Les salpêtriers ne connaissent aucun moyen d'apprécier avec quelque 
exactitude la proportion des nitrates destinés à être convertis en nitrate de 
potasse. Ils pourront maintenant titrer leurs plâtras et autres matériaux sal- 
pêtres (i). 

» La fabrication du salpêtre avec les plâtras se fait quelquefois en ajou- 
tant aux eaux de lixiviation suffisamment rapprochées , du sulfate de soude, 
qui donne naissance, avec le nitrate de chaux, à du sulfate de chaux qui se 
dépose, et à du nitrate de soude qui est converti ensuite en salpêtre, en 
le traitant par du chlorure de potassium. Fia connaissance de la proportion 
d'acide azotique renfermé dans ces eaux guidera les salpêtriers, d'une ma- 
nière beaucoup plus sûre, vers la proportion de sulfate de soude qu'il faudra 
employer, et cette connaissance leur sera très-utile , car un défaut ou un 
excès de ce sel est également nuisible à leur fabrication. 

.. Mais c'est principalement à la détermination du titre du salpêtre brut 
que sera utile ma nouvelle méthode d'analyse des nitrates. Dans la plupart 
des cas, le nitre du commerce ne contient qu'un seul azotate, celui de po- 
tasse, mêlé à des matières terreuses, à des sulfates, à des chlorures alcalins. 
Celui qui vient de l'Inde, et qui constitue les deux tiers environ du salpêtre 
destiné à la fabrication de la poudre, se trouve particulièrement dans ce 
cas. L'analyse pourra donc en être faite avec autant d'exactitude que de ra- 
pidité par le procédé que je propose. Toutefois , je dois faire remarquer que 
ce procédé ne fait pas connaître la nature de la base unie à l'acide nitrique; 
il indique seulement la quantité d'acide nitrique unie à ces bases, de sorte 
que, pour l'appliquera la détermination particulière d'un nitrate, il faut 
s'assurer que le mélange, soumis à l'analyse, ne contient pas d'autre sel du 
même genre. 

» Ainsi, par exemple, il m'est très-facile d'apprécier la proportion 
exacte de nitrate de potasse mêlé à des sulfates et à des chlorures; mais si 
le nitrate de soude existe dans ce mélange, mon procédé n'indique plus 
autre chose que la quantité d'acide azotique unie à une proportion inconnue 
de ces deux bases. Il ressemble, sous ce rapport, au moyen d'analyse qu'a 
fait connaître M. Gay-Lussac , et qui consiste à décomposer les nitrates 
alcalins par le charbon, et à apprécier, avec l'acide sulfurique normal, la 
proportion des carbonates qui en résultent. Dès lors , il est évident qu'on ne 

(i) Toutefois, il peut se présenter des cas particuliers dans lesquels des matières orga- 
niques ou des corps susceptibles de suroxydation mêlés aux nitrates s'opposeraient à l'ap- 
préciation exacte de ces sels , en agissant sur le caméléon. 

C. R., 1847, 1" Semestre. (T. XXIV, N° 7. ) 29 



(«8) 

doit pas le substituer exclusivement au mode actuel d'essai du salpêtre, qui 
fait connaître le titre de ce sel , sinon d'une manière précise, au moins dan* 
des limites qui satisfont, comme je vais essayer de lé démontrer, à une ba- 
lance équitable entre les intérêts de l'État et ceux des salpêtriers. 

» Lé mode d'essai du salpêtre, dans les raffineries du Gouvernement, 
consiste à laver 4oo grammes de ce sel avec 760 centimètres cubes d'eau sa- 
turée de nitrate de potasse pur. Il présente des incertitudes qui tiennent, 
d'une part, à des matières terreuses qu'on laisse dans le salpêtre d'épreuve, 
et qui varient ordinairement de 1 à 2 pour 100, et, d'une autre part, à des 
seis, surtout des sulfates et des chlorures alcalins , qui agissent plus ou moins 
sur l'échantillon d'essai et la liqueur saturée. Ces incertitudes tiennent aussi , 
entre autres choses, à des variations de température qu'on corrige, mais in- 
complètement, en traitant dans les mêmes circonstances 4oo grammes de 
nifre pur par 750 centimètres cubes de dissolution saturée du même sel et 
en observant ce que ces 4oo grammes ont gagné ou perdu à la fin des 
épreuves. S'il existait par hasard , ce qui arrive de loin en loin, de l'azotate 
de soude dans le salpêtre, il serait enlevé comme les autres seis par l'eau 
saturée, et il n'en serait tenu aucun compte aux salpêtriers par la régie qui 
n'entend leur acheter que du nitrate de potasse. Or, comme le nitrate de 
soude, dans ce dernier cas, serait confondu avec celui de potasse, en sup- 
posant l'emploi exclusif de mon procédé, il est évident, comme je l'ai déjà 
dit, que ce procédé n'atteindrait pas le but qu'on se proposerait; mais s'il 
présente cet inconvénient dont je reconnais la gravité, il offre heureusement 
l'avantage d'apprécier avec infiniment plus de précision que le mode actuel 
la proportion exacte de nitrate de potasse contenue dans un mélange de ce 
sel et des matières qui l'accompagnent ordinairement, et nul doute que le 
nouveau procédé , employé concurremment avec l'ancien , ne rende de grands 
services à la régie des poudres. Quoi qu'il en soit, il m'a permis d'apprécier 
beaucoup mieux qu'on n'avait pu le faire jusqu'à présent, le degré d'exacti- 
tude du mode d'essai de Riffault. 

» [/analyse comparative de plusieurs échantillons de salpêtre impur des- 
tiné au raffinage a été exécutée avec soin par le mode d'essai delà régie, et 
oar le mien; je me suis assuré que, dans le plus grand nombre des cas, le 
procédé de Riffault donne un titre plus élevé que le mien, et la différence est 
souvent comprise entre deux et trois centièmes. Cette circonstance est impor* 
tante à noter ; car, d'après l'Instruction réglementaire, la régie ajoute 2 pour 
ïôo au déchet subi par le salpêtre d'épreuve, ou, en d'autres termes, elle di- 
minue de deux centièmes le titre du nitrate de potasse qu'elle a soumis à 



( «i9 ) 
l'essai. Si cette coutume , suivie depuis plus d'un detni-sîècle , fait pressentir 
que le procédé adopté par l'Administration est très-imparfait au point de vue 
purement analytique , elle montre cependant que les hommes éminents qui , 
à des époques diverses, se sont occupés de cette question, ont su établir une 
balance équitable entre les intérêts du Trésor et ceux des salpêtriers. 

» Le nouveau procédé que j'ai fait connaître dans ce Mémoire sera d'une 
grande utilité à la régie des poudres , non-seulement pour l'essai des salpêtres 
exempts de nitrates autres que celui de potasse, mais elle pourra l'appliquer 
encore avec avantage dans le cas rare où le salpêtre est mêlé à du nitrate de 
soude. Lorsque, par exemple, cette méthode donnera pour le salpêtre un 
titre plus élevé que celui déduit de l'essai à l'eau saturée, et que la différence 
observée surpassera trois centièmes, il y aura lieu à examiner si cette cir- 
constance ne doit pas être attribuée à du nitrate de soude. 

» Quoi qu'il en soit, la nouvelle méthode, lorsqu'elle s'adresse à un nitrate 
dont la base est connue, présente l'avantage d'une exécution facile; elle de- 
mande à peine vingt minutes et comporte une exactitude de deux à trois mil- 
lièmes. Pour m'assurer d'une manière positive de ce degré de précision, j'ai 
soumis mon procédé à une épreuve qui est sans réplique. Des quantités de 
nitre pur étaient pesées à une balance d'essayeur et mêlées à des sulfates 
et à des chlorures, c'est-à-dire aux sels qui accompagnent ordinairement 
ie salpêtre brut: elles étaient soumises à l'analyse, et lorsque l'expérience 
était terminée, que le résultat en était calculé, l'opérateur était instruit alors 
seulement du poids de nitre pur sur lequel il avait opéré; il le comparait à 
celui qu'il avait déduit de son expérience. Cette comparaison amenait rare- 
ment des différences de quatre à cinq millièmes; elles étaient presque tou- 
jours de deux à trois millièmes; un procédé est jugé définitivement quand il 
supporte une épreuve de cette nature. 

» Je l'avais déjà appliqué, avec une égale certitude, dans une autre oc- 
casion et en présence de quelques-uns de nos honorables confrères , à la mé- 
thode de dosage du cuivre, dont j'ai eu l'honneur d'entretenir l'Académie ; 
aussi ce dernier procédé a-t-il été reconnu exact par tous ceux qui l'ont mis 
en exécution. » 

chimie. — Action des alcalis chlorés sur la lumière polarisée et sur l'économie 
animale ,- par M. Aug. Laurent. 

« Les nombreux travaux qui ont été publiés depuis quelques années sur 
les substitutions n'ont pas été suffisants pour déterminer tous les chimistes 

29.. 



( 220 ) 

à partager mon opinion sur ce sujet. Je dois surtout citer M. Berzelius, dont 
les préoccupations à mon égard s'accroissent d'année en année, et qui, 
au lieu de m'opposer des expériences, me combat par des hypothèses 
gratuites. 

» Avant de répondre aux objections de M. Berzelius, je crois devoir 
donner encore quelques faits d'un nouveau genre, afin d'appuyer mon 
opinion. 

» On ne manque pas d'exemples qui prouvent que, dans les substitutions 
chlorées régulières, le volume, la forme, la couleur, la capacité de la satu- 
ration et les propriétés chimiques fondamentales ne changent pas ; mais , 
jusqu'à ce jour, on n'a pas encore examiné l'action que les corps chlorés 
exercent sur la lumière polarisée et sur l'économie animale. Je viens de faire 
quelques recherches sur ce sujet, et j'ai comparé les propriétés de la cincho- 
nine et de la strychnine avec celles de leurs dérivés chlorés. 
» J'ai pesé i équivalent de chacun des sels suivants : 

Bichlorhydrate de cinchonine C l3 H"N ! 0+ H'Gl 2 

Id. de cinchonine biehorée C I3 (H 3£i CI s )N 2 0h- H'Cl 1 

Id. de cinchonine bibromée. C' s (H 23 Br 2 )N 2 -+■ EPC1 2 

Id. bromhydraté de cinchonine bichlorée. C l0 (H al, G*)ïï J O + H 2 Br 2 . 

» Ces sels, dissous dans la même quantité d'eau, ont été introduits dans 
l'appareil de M. Biot. 

Le premier dévia la lumière de. . . i3° 5o' vers la droite. 

Le deuxième dévia la lumière de . . 14.00 

Le troisième dévia la lumière de. . i3 à i/L ) 

Le quatrième dévia la lumière de. . 1 3 à ,4 J dissolution légèrement jaunâtre. 

» Pour examiner l'action des alcalis sur l'économie animale, j'ai choisi la 
strychnine. J'ai d'abord combiné cette base avec l'acide sulfurique, puis j'y 
ai fait passer un courant de chlore; j'ai ainsi obtenu un sulfate d'une nou- 
velle base, qui a précisément la composition du sulfate de strychnine, avec 
cette différence, que 1 atome d'hydrogène y est remplacé par 1 atome de 
chlore ; et, chose remarquable, ce nouveau sel renferme exactement , comme 
le sulfate ordinaire, 7 atomes d'eau. J'ai remis à M. Maisonneuve quelques 
centigrammes de ces deux sels; il les a administrés à deux chiens de taille 
moyenne : ces deux animaux ont succombé avec la même promptitude, sous 
les attaques du tétanos. 

« Maintenant, essayerai-je de réfuter les hypothèses de M. Berzelius? je 
crois que cela est parfaitement inutile. Cependant je ne veux pas que l'on 
puisse m' accuser de traiter avec trop de dédain ses théories j je demande 



( MI ) 

donc à l'Académie la permission de lai donner, en quelques mots, les expli- 
cations de l'illustre chimiste suédois. Un exemple suffira pour les faire 
apprécier. 

» Je viens de combiner l'acide nitrophénique chloré avec la cinchonine 
bichlorée. Suivant moi, cette combinaison n'est simplement qu'un phénate 
de cinchonine, dans lequel un certain nombre d'équivalents d'hydrogène a 
été remplacé par le même nombre d'équivalents de chlore et de vapeur 
nitreuse : 

Phénate C e H s O -+- C l9 H ïJ N 3 • 

Id. chloronitré. . C 6 ( H 3 Cl X ) + C' 9 ( H" Cl 2 ) N 2 0. 

» Voici quelle serait, en appliquant la théorie de M. Berzelius, la con- 
stitution du second sel : 

[(N'O' + O, C 6 H')C s H ! ,0 + H s O]-l-[N=H 6 H-(C 3 »H J 'N'0 2 )C 5 Cl*f. 

» En tout, une douzaine d'êtres imaginaires et d'hypothèses. 

» Mais je n'ai peut-être pas assez bien saisi le système de M. Berzelius. Je 
vais donc donner, avec plus de certitude, la formule qu'il attribuait au chlo- 
robutyrate de nitraniline. 

» Suivant M. Berzelius, l'acide butyrique est formé d'acide acétique co- 
pule avec un carbure d'hydrogène; mais, comme l'acide acétique lui-même 
est formé, toujours d'après M. Berzelius, d'acide oxalique copule avec un 
autre carbure d'hydrogène, il s'ensuit que l'acide butyrique chloré a la com- 
position suivante : 

C< Cl ! copule avec C W, qui est copule avec C'0 S + H= 0. 
.. Mais ce n'est pas tout : suivant M. Berzelius, la nitraniline elle-même 
est une copule d'ammoniaque et de deux ou trois corps imaginaires; de 
sorte que le chlorobutyrate de nitraniline a la constitution suivante : 
[CCI' -t- C'ff 4- C'0> + H'O] H- [H 6 N= ■+. (C»H S -f- O + WO')]. 

» Je le demande à l'Académie, le phlogistique, à sa dernière heure, a-t-il 
jamais appelé à son secours un aussi grand nombre d'hypothèses, et étais-je 
donc si blâmable lorsque j'ai dit que la chimie dualistique est une science 
dont le but est l'étude des corps qui n'existent pas ? 

» Je passe maintenant à une critique d'une nature toute différente. 
Suivant un chimiste allemand et un chimiste français , on commencerait à 
être fatigué de mes recherches sur les substitutions. Je profite de cette 
occasion non pour m'excuser d'avoir fait tant de travaux dans la même 
direction, mais pour faire voir que la chimie est plutôt la science des sub- 



( 222 ) 

stitutions que celle des combinaisons et des décompositions. Lorsque 
M. Dumas publia sa loi des substitutions, on ne vit guère, dans le petit 
nombre de faits qu'il cita, qu'un cas particidier qui devait plutôt être con- 
sidéré comme une exception que comme une généralité. Je pense que 
M. Dumas n'est pas alléassez loin, et qu'il aurait pu dire que presque tous 
Les phénomènes chimiques, même ceux qui sont du ressort de la chimie mi- 
nérale, ne sont que de simples substitutions. Pour soutenir ma thèse, je vais 
examiner les sels de mercure. 

» Lorsque l'on jette un coup d'œil sur les combinaisons mercurielles, on 
est saisi de stupéfaction, et l'on se demande si la chimie minérale n'est pas, 
plus encore que la chimie organique, la science des corps hypothétiques. Si 
ces hypothèses nous facilitaient l'étude des combinaisons, je m'élèverais 
moins contre elles; mais, je le demande à tous les chimistes qui sont dans 
cette enceinte, en est-il un seul parmi eux qui pourrait nous dire quelle est 
la composition du mercure soluble d'Hanneman, du précipité blanc et de 
toutes les combinaisons ammoniomercurielles? 

» Mais si l'on veut admettre les idées que j'ai émises sur les substitutions , 
sur la divisibilité des molécules, sur le ferrosum et le ferricum, aussitôt 
l'obscurité qui enveloppe ces combinaisons se dissipe, et rien n'est plus facile 
que de les dénommer , de les classer et de retenir leur composition. 

» Je commencerai par rappeler que l'aniline, la strychnine , la brucinef) 
et la cinchonine, qui sont basiques, restent telles lorsqu'on y remplace i ou 
2 équivalents d'hydrogène par du chlore, du brome ou de la vapeur ni- 
treuse. L'ammoniaque, qui a la plus grande analogie avec ces bases, peut 
donc aussi éprouver des substitutions semblables. Si l'on m'accorde que des 
corps négatifs, comme le chlore, peuvent remplacer l'hydrogène des alcalis 
sans altérer le pouvoir que ceux-ci possèdent de neutraliser les acides, à 
plus forte raison me concédera-t-on que Ton peut remplacer, dans ces 



(*") Je viensde remplacer i équivalent d'hydrogène dans cetalcali par i équivalent de brome ; 
le nouveau composé reste alcalin. M. Berzelius , qui semble penser qu'en jetant de ladefaveur 
sur les personnes, il pourra plus facilement renverser leurs idées, dit, dans son dernier 
Annuaire, que je me suis empressé de chiorarer des alcalis- aussitôt que j'ai eu connaissance 
du travail de M. Hoffmann sur- la chloraniline , et que ma découverte de la cinchonine 
chlorée était facile à prévoir. Je n'ai eu nullement besoin de la découverte de M. Hoffmann 
pour faire la mienne; car c'est moi-même qui ai engagé, à plusieurs reprises, M. Hoffmann 
à chlorurer l'aniline, en soutenant qu'il obtiendrait une base chlorée. Or cette découverte 
n'était pas facile à prévoir, d'après les théories de M. Berzelius; elle leur est même corn- 
plétemënt contraire. 



( 223 ) 

alcalis, l'hydrogène par des corps positifs, comme les métaux, sans altérer 
leur capacité de saturation. 

» Prenons maintenant l'ammoniaque et ses sels , et considérons ceux-ci 
soit comme des combinaisons d'ammoniaque, soit comme des combinaisons 
d'ammonium, peu m'importe l'arrangement des atomes; pour plus de sim- 
plicité, je prendrai la théorie de l'ammonium. Tout le monde se représente 
facilement la composition du chlorure, du nitrate, du sulfate, de l'oxalate 
d'ammonium, etc. , anhydres ou hydratés. Eh bien, remplaçons 1, a, 3, 
4 atomes d'hydrogène de l'ammonium par r , a , 3, 4 atomes de mercuricum 
ou par le même nombre d'atomes de mercurosum ; remplaçons ensuite 
l'atome d'azote par ses deux analogues, soit par le phosphore, soit par l'ar- 
senic: alors nous aurons cette multitude de combinaisons que l'on obtient en 
traitant les sels de mercure soit par l'ammoniaque, soit par l'hydrogène 
phosphore ou arséniqué, combinaisons pour lesquelles on a épuisé la formule 
du binôme, en croyant nous donner leur arrangement atomique. 

» On a donc du sulfate d'ammonium , du sulfate d'ammonium mercure, 
bimercuré, tri- et quadrimercuré; on a de même du sulfate d'ammonium 
mono-, bi-, tri- ou quadrimercurosé, ou bien ces mêmes sels arséniés ou 
phosphores. 

» J'ai, sans doute, changé quelques formules; mais les corrections que j'ai 
faites s'accordent, dans la plupart des cas, mieux avec les analyses des au- 
teurs qu'avec leurs propres formules, et dans les autres cas, la différence entre 
le calcul et l'expérience est la même de part et d'autre. 

» Voici le tableau de ces combinaisons; je me dispense de mettre en regard 
les formules ordinaires (*). 

» Chaque combinaison mercurielle est précédée de son type pris dans les 
combinaisons les plus communes du potassium, du plomb ou de l'am- 
moniaque. 

» Je représente le mercuricum par M; le mercurosum par M; l'ammo- 
nium H*N par Am; l'ammonium mercure par Am, Am, Am, Âm ; l'am- 

' " "' "a" |i I l ' r> 

monium mercurosé par Am, Am, Am, Am; 1 ammonium phosphore parP; 
l'ammonium arsénié par As. 



(*) Cependant je ne puis résister au désir de citer une formule sortie de l'école du chi- 
miste qui trouve que nous en savons assez sur les substitutions : 
Nitrate de merc.[N'0 5 -f-aHg i O+N s s ,H'0-+-{N'0 s ,H'0(aHe*O)H'O;-(-(lS I 0%H î 0{2H fi < 0)H ! 0i]- 



( "4 ) 

Type , Ammoniaque H s N 

ld. biiodée(*) (PH)N 

Id. trichlorée(*) C1 3 N 

ld. trimercurée ~. M 3 N 

Id. chlorobimercurée (Cl M*) N 

ld. arséniée H 3 As 

Id. phosphorée H 2 Ph 

Type. Oxyde potassique OR ! 

Id. mercurique O M 2 

Id. mercureux OJî ! 

Id, hydropotassique OH K. 

Id. hydro 3 mercurammonique (**) OH Am 

Type. Oxyde hydraté de potassium OHR+ffO 

Id. Id. de 3 mercurammonium (**) OH Am 4- H'G 

Type . Chlorure d'ammonium Cl Am 

Id. mercureux Cl M 

Id. de mercurammonium Cl Am 

Id. de 4 mercurammonium (Krug) Cl Am 

Id. de bimercurammonium Cl Am 

Id, de mercuroso-ammonium Cl Am 

it 

Id. de bimercuroso-ammonium Cl Am 

Id. de 4 mercurammonium arsénié Cl As 

Type . Iodure d'ammonium I Am 

Id. d'ammonium phosphore I P 

Id. mercureux I M 

Id. de mercurammonium I Am 

ld. de 4 mercurammonium I Am 

Type . Bromure d'ammonium Br Am 

ld. mercureux BrM 

ld. de bimercurammonium Br Am 



('*) L'aniline chlorée sature bien les acides; l'aniline bichlorée retient déjà faiblemenS 
l'acide chlorhydrique , puisqu'elle le laisse échapper dans le vide; l'aniline trichlorée n'a plus 
la force de se combiner avec les acides. L'ammoniaque biiodée ( iodure d'azote) se dissout en- 
core dans l'acide chlorhydrique, d'où elle est précipitée par les autres bases ; enfin l'ammo- 
niaque trichlorée ne se combine plus avec les acides. 

(**) Ces formules, qui se rapportent au produit que M. Rane a découvert en faisant agir 
l'ammoniaque sur l'oxyde de mercure , ont été calculées par M. Gerhardt. 



( 225 ) 

Type Chlorure métallique hydraté . . ; . Cl R -t- H'O 

Id. de 4 mercurammonium Cl Am •+- H'O 

Id. métallique basique Cl R-f- R'O 

Id. de bimercurammonium Cl Am ■+■ M 1 

Type . Iodhydrargy rate de potassium F M K 

Id, d'ammonium I 3 M Am 

Id. de mercurammonium FM Am 

Type . Bromhydrargyrate de mercurammonium B' M Am 

Id. de 4 mercurammonium B J M Am 

Type. Chlorhydrargyrate d'ammonium Cl'MAm 

Id. de mercurammonium Cl 2 M Am 

Id. de 4 mercurammonium Cl' M Am 

Type. Périodhydrargyrate de potassium PM'K 

Id. de mercurosum . . P M' M 

Id. d'ammonium FM'Am 

Type. Perchlorhydrargyrate de potassium ■ . • C1 3 M'K. 

Td. d'ammonium Cl'M'Am 

Id. de mercurammonium Cl 3 M' Am 

Id. de bimercurammonium Cl 3 M' Am 

Id. de 4 mercurammonium phosphore . . Cl' M* P 

Id. de 4 mercurammonium arsénié .... Cl 3 M* As 

Type . Nitrate de potassium N O 3 K 

Id. d'ammonium NO s Am 

Id. mercurique N J M 

Id. de bimercurammonium N O 3 Am 

Id. de { mercurammonium . N J Am 

Typ». Nitrate métallique hydraté N 3 R 4- H*0 

Id. mercurique N0 3 M+ H'O 

Id. mercureux N0 3 M-t-H'0 

Id. de 4 mercurammonium ■ NO 3 Am -t- H'O 

Id. métallique basique N O 3 R •+- R ! O 

Id. de bimercurammonium N O 3 Am -f- M 5 O 

Id. de mercuroso-ammonium NO 3 Am ■+■ M'O 

Id. mercurique NO»M + M"0 

Id. métallique hydrobasique. NO'R-f-RHO 

C. R. , 1847 , i" Semestre. ( T. X XIV , N" 70 3(> 



( 326 ) 

Type . Nitrate mercurique hydrobasique N O s M -f- M H O 

Id. mercureux hydrobasique KO s M + MHO 

Id. de mercurammonium hydrobasique NO 3 Ara + M H O 

Jd. bimercurammonium hydrobasique NO' Am -f- M £1 O 

1 1 

Id. mercurammonium hydrobasique N O 3 Am -f- M 3 H 3 O 

Type. Nitrate métallique bibasique N0 3 R + 2R 2 

Id. mercurique , N0 3 M + 2M 2 

Id. de bimercurammonium. , . , N0 3 Âm + 2M 2 

Type. Iodate métallique , IO a R 

Id. mercurique I0 3 M 

Id. mercureux I0 3 M 

Id. de ~ mercurammonium _ IO 3 Am 

Type . Bromate mercurique B0 3 M 

Id. mercureux B0 3 M 

Type . Bromate métallique hydraté B0 3 R + ETO 

Id. de 4 mercurammonium hydraté B0 3 Am+ H 2 Q 

Type. Sulfate métallique SO'R* 

Id. mercurique SO' M 2 

Id. mercureux SO' M s 

Id.. d'ammonium SO 5 Am 2 

Id. de bimercurammonium . SO 4 Am 2 

Type. Sulfate métallique basique SO'R 2 + R 2 

Id. de mercurammonium SO' Àm 2 -f- M 3 O 

Id. de mercurammonium SO'Âm + M 2 

Type . Sulfate métallique bibasique SO 4 R 2 ■+■ 2R 2 

Id. mçrcurique SO ; M 2 + 2 M 2 

Id. de mercurammonium .- SO'Am 2 -f- 2M : 

Id. de bimercurammonium SO' 1 Ara 2 + 2ÎPO 

-Id. de bimercuroso-ammonium SO'Am 2 -f- 2M'0 

J. î- 

Id. double d'aluminium et de potassium SO' K T A1 2 

Id. double de 4 mercuramm. phosphore et de mercure. SO'P 2 M 2 +2ll ! H r O 

Type. Carbonate métallique, C0 3 R 2 

Id. mercureux C0 3 M^ 

Type. Carbonate métallique bibasique C0 3 R 2 + 2R 2 

Id. de bimercurammonium CO 3 Àm 2 4- 2 M 2 O 

Type . Oxalate métallique. C 2 0'R 2 



( 22 7 ) 

Type . Oxalate mercurique C'O 4 M 3 

Type. Oxalate métallique bibasique C-'O'R' -+- aM s O 

ld. de bimercurammonium C'O 1 Àm 2 -+- 2M 2 

Type. Nitrate mercuroso-mercurique NO 3 M + M 2 

Type. Sulfate mercuroso-mercurique S0 4 M* + 2M 2 0. » 

M. Domas, à l'occasion du Mémoire qui précède, énonce quelques ré- 
sultats d'un travail sur les volumes atomiques qu'il se propose de soumettre 
prochainement à l'Académie. Dès à présent, toutefois, il regarde comme un 
devoir de faire remarquer qu'il existe, entre les conclusions auxquelles il est 
conduit et les opinions que M. Laurent développe depuis quelque temps, 
une conformité d'autant plus remarquable, que les points de départ, les 
faits observés et les méthodes de discussion n'ont aucun rapport. Il serait 
heureux si M. Laurent voyait dans ces paroles un motif de persévérer dans 
des recherches difficiles et pénibles. 

physiologie expérimentale. - Deuxième Note sur ï 'action directe de 
Véthersur le tissu nerveux ; par M. Serres. 

« Des expériences que nous avons communiquées à l'Académie dans la 
dernière séance, on pouvait conclure, comme nous l'avons fait : 

« Que la sensibilité est abolie dans les uerfs soumis immédiatement à lac- 
» tion de l'éther : d'une part , dans les points soumis à cette action; et , d'autre 
» part, dans les radiations qui émergent du nerf au-dessous de ce point. « 

» D'après la liaison qui existe entre la sensibilité et la motilité , on pouvait 
présumer également que la paralysie des muscles, auxquels le nerf se dis- 
tribue , serait la conséquence de la perte de sa sensibilité. 

» Quelque probable que fût cette déduction , il était nécessaire de la vé- 
rifier expérimentalement; car personne n'ignore que, parmi les hommes 
paralysés, il eu est beaucoup qui conservent le sentiment, tandis qu'il en est 
d'autres qui, ayant perdu le sentiment, conservent néanmoins la faculté de 
se mouvoir. 

» Parmi les expériences qui ont servi de base à la septième conclusion de 
notre Note, nous choisirons la suivante, suivie avec beaucoup de soin par 
les deux aides de ma chaire au Muséum, MM. Jacquard et Biscard : 

» Dixième expérience : sur un lapin adulte et vivace. — Le nerf sciatique 
poplité interne fut mis à nu et isolé : son excitation produisit de vives con- 
tractions et des cris aigus. 

» On soumit le nerf à l'action de l'éther liquide , comme dans les expé- 

3o.. 



( 228 ) 

riences précédentes, et pendant cinq minutes ; il n'y eut point d'hémorragie; 
la plaie, qui avait quelques centimètres d'étendue , fat réunie par naî suture 
entortillée,. 

» Le lapin étant lâché ^ on reconnut qu'il traînait 1a patte sur laquelle 
l'expérienee avait été pratiquée. 

» Le lendemain , 8 février, l'animal était dans le même état que la veille. 
Les 9 , io et 1 1 , il était revenu à son état ordinaire , sauf la patte opérée dont 
il ne se servait pas, et qu'il traînait après lui dans ses mouvements. 

« Le i 2, la plaie étant cicatrisée , on enlève les épingles qui avaient servi 
à établir la suture; le lapin étant mis en liberté, on constate de nouveau, 
en l'excitant, le traînement de la patte. 

» Le i3 , on met à découvert le nerf tibial correspondant au nerf éthérifié 
six jours auparavant ; ainsi mis à nu dans une certaine étendue , on l'excite de 
diverses manières sans que l'animal paraisse ie ressentir, sans qu'aucune con- 
traction musculaire se manifeste. Enfin on le saisit fortement entre les mors 
d'une pince à disséquer; même impassibilité de l'animal, même absence de 
contractions des muscles : on presse le nerf en divers points, et, pendant 
cette pression, il mange les légumes dont il se nourrit habituellement. 

» Le i4, la paralysie du membre est beaucoup accrue par suite de l'at- 
trision du nerf entre les mors de la pince. 

» II paraît donc établi, par cette expérience, que la perte de la con- 
tractilité des muscles accompagne l'insensibilité des nerfs soumis à l'action 
de l'éther liquide ; de plus, la persistance de i'abolition de ces deux facultés 
fait présumer qu'elle sera définitive. 

« Si ce résultat se confirme, ne serait-on pas en droit de conclure que le 
tissu nerveux périphérique renferme en lui-même le principe matériel de la 
sensibilité et de l'irritabilité qui fait naître la contraction musculaire? Ke 
serait-ce pas une donnée de plus à ajouter à celles que laisse déjà entrevoir 
l'anatomie microscopique de la fibre nerveuse primitive? Enfin, en com- 
parant ces fibres élémentaires modifiées par l'aclion de l'étber, en les rap- 
prochant de l'altération si singulière qui produit le ganglionnement des nerfs, 
dans la maladie nouvelle que j'ai décrite sous le nom de nêvroplastie, ne 
parviendrait-on pas à concilier les opinions des inicographes sur une ques- 
tion qui intéresse à un si haut point l'étude des altérations organiques et des 
maladies du système nerveux? 

» Le moment est opportun; un des effets heureux de l'application des 
inhalations éthérées à la chirurgie sera nécessairement de ramener vers 
cette étude trop délaissée, la physiologie et la médecine. Un intérêt puissant 



( 22 9 ; 

nous y porte, car la race gauloise est de toutes les races humaines ce'He que 
son organisation prédispose le plus aux affections du système nerveux. » 

La Note qu'on vient de lire avait été simplement déposée sur le bureau: 
l'auteur, sur la demande d'un membre, a ajouté de vive voix les remarques 
suivantes : 

« J'ai demandé la parole pour rappeler les motifs qui m'ont fait entre- 
prendre les expériences dont j'ai commencé à entretenir l'Académie dans la 
dernière séance, et dont je continue dans celle-ci la communication. Ces 
motifs ont pour objet la thérapeutique des affections du système nerveux , 
dont on s'occupe trop peu dans les études anatomiques et physiologiques 
dont ee système est le sujet. 

» Dès la première communication qui a été faite à l'Académie des effets 
si remarquables des inhalations éthérées sur l'homme , j'ai pensé qu'il serait 
peut-être possible d'utiliser cette substance pour la guérisou des névralgies. 

» Mais avant d'employer l'éther sous forme liquide , avant de proposer de 
substituer à la section du nerf névralgie son éthérification, j'ai dû m 'assurer, 
par l'expérience sur les animaux, des effets directs de lether liquide sur ie 
tissu nerveux : c'est ce que j'ai fait-. 

» Or, contre les prévisions que l'état de la science permettait d'établir, il 
est arrivé qu'au lieu d'enivrer passagèrement le nerf, l'éther liquide en' a 
changé la nature; il est arrivé qu'au lieu d'une action passagère, cette sub- 
stance, mise en contact avec le tissu nerveux, a produit un effet permanent 
qui, selon toute probabilité, sera définitif. 

» C'est ce résultat que j'ai cherché à faire ressortir. 

» Et en attendant que l'auatomie nous éclaire sur l'espèce du changement 
que l'éther liquide fait subir au tissu nerveux, j'ai dû chercher, d'après sa 
composition chimique, à en faire pressentir la nature. 

» Je suis d'autant plus satisfait de l'observation confirmative que vient de 
rapporter notre honorable collègue M. Magendie, qu'il s'en faut de beau- 
coup que les résultats que fournit la méthode de l'application directe des 
substances médicamenteuses sur le tissu nerveux, soient en tout conformes 
a ceux que nous devions attendre de l'effet que nous leur connaissons chez 
l'homme. On l'a déjà vu pour la strychnine et le chlorhydrate de strychnine: 
on le verra encore dans d'autres expériences qui ont besoin d'être répétées 
pour s'assurer de leur résultat. 

» Quant à la méthode topique dont j'ai fait usage pour l'éther liquide, 
elle est presque aussi ancienne que la physiologie expérimentale. Haller s'en 



( a3o ) 

sst particulièrement servi dans ses études si célèbres sur l'irritabilité: il 
excitait les parties mises à nu par le souffle (spiritus), la chaleur, 
l'esprit-de-vin, le scalpel, la pierre infernale, l'huile de vitriol, le beurre 
d'antimoine (Dissertation sur l'irritabilité, page 9). Et avant Haller, la 
même méthode avait été mise en usage par les physiologistes , pour déter- 
miner la manière d'agir de l'opium, ainsi que le remarque Tissot, dans la 
préface qui précède le Mémoire sur l'irritabilité. 

" Seulement, pour prévenir les résultats complexes, j'ai isolé le tissu 
nerveux et mis à nu l'encéphale, conformément aux procédés suivis avec 
tant de succès dans la physiologie expérimentale, depuis plus d'un quart de 
siècle. » 

M. Magendie dépose une Lettre de M. Gonstantin Jahes, relative aux 
accidents qui ont suivi une opération de l'amputation des amygdales, pra- 
tiquée par M. Velpeau sur un malade préalablement soumis à l'inhalation 
de l'éther. 

« M. le docteur Constantin James écrit à l'Académie pour déclarer que 
» c'est lui qui a communiqué à M. Magendie le fait d'excision des amygdales 
» dont on a parlé dans la dernière séance. C'est par discrétion qu'il ne s'était 
» pas nommé, d'autant plus qu'il pensait s'être fait connaître à M. Velpeau. 
» M. James ajoute que ses Notes n'avaient point été prises dans V ombre } 
» mais au grand jour, puisque les opérations se font, dans les hôpitaux, pu- 
» bliquement, en plein amphithéâtre, et que la publicité est le principal 
» but de l'enseignement clinique. 

» Quant au fait en lui-même , M. James dit n'avoir rien à modifier ni à 
» retrancher des détails qu'il a communiqués à M. Magendie. Il est tout 
.» prêt, du reste, à concourir à l'enquête que M. Magendie a réclamée. » 

physiologie. — Remarques à l'occasion de cette communication, et 
nouveaux renseignements sur les effets de l'inhalation de l'éther, 
considérée au point de vue chirurgical; par M. Velpeau. 

a La Lettre dont on vient d'entendre la lecture me ramène naturelle- 
ment à une discussion qui n'a pu, faute de temps, être terminée lundi der- 
nier, et que j'avais d'ailleurs demandé la permission de continuer aujourd'hui. 
On voit, par cette Lettre, que M. Magendie était dans l'erreur, en attri- 
buant à mon interne, ou à l'un de mes internes, les propos dont il a cru 
devoir se servir à l'occasion du malade en question. Du reste, comme M. Ma- 



( 23, ) 

gendie était allé jusqu'à demander une enquête, comme l'auteur de la Lettre 
manifeste le même désir, j'ai, ici, de quoi satisfaire ces messieurs. Voici, en 
effet, la narration des internes du service, telle qu'ils me l'ont adressée 
ce matin, pour être communiquée à l'Académie : 

« Dans la séance de lundi 8 février, M. Magendie a prétendu tenir d'un 
» interne de M. Velpeau, qu'un jeune homme, auquel on avait excisé les 
» amygdales, après l'avoir soumis à l'inhalation de la vapeur d'éther, était 
» resté pendant quatre heures entre la vie et la mort. Nous croyons devoir 
» dans l'intérêt de la vérité, faire savoir à l'Académie que nous n'avons ja- 
« mais conçu de craintes au sujet de ce malade, et qu'aucun de nous n'a 
» tenu le propos rapporté par le célèbre physiologiste. Signé :B. Blot, 
» Escalier, Lebled, internes à l'hôpital de la Charité. » 

» Ainsi, la quantité de sang échappée par la bouche du malade n'a point 
été considérable; les cris n'ont pas pu retentir d'une manière lamentable 
dans les salles voisines, par la raison toute simple qu'il n'y a point de salle 
au voisinage de l'amphithéâtre. Cet homme n'a point poussé des cris jusqu'à 
onze heures, car il était couché et tranquille à dix heures et demie. Il a été 
si peu difficile de le transporter au lit et de le coucher, qu'il s'y est rendu et 
mis lui-même. 

« A partir de ce moment, dit M. Blot, interne de la salle, cest-à- 
» dire vingt minutes (et non trois à quatre heures, comme l'a dit M. Ma- 
» gendie), le mieux se manifeste avec rapidité; le pouls reprend sa force; 
» le visage se colore; la respiration redevient normale, et je laisse le 
» malade parfaitement tranquille, me contentant de lui faire donner un 
>• gargarisme aluné, avec addition de sirop de mûres. Le soir, à ma visite 
» de quatre heures, il ne reste plus de traces des accidents du matin : 
» l'opéré se trouve bien, et il me raconte que, dans son enivrement, il a 
» tout entendu et tout senti. Le lendemain, la douleur dégorge est encore 
» un peu vive; on garde ce malade à l'hôpital, en lui continuant le même 
« gargarisme. Le jour suivant (5 février), se trouvant très-bien, il demande 
» sa sortie, qui lui est accordée. » 

•- Je ne me serais guère attendu, néanmoins, à la Lettre du préparateur 
de notre collègue; car voici ce que ce jeune médecin m'écrivait mercredi 
dernier : 

« Mon cher maître, je ne sais à qui vous avez fait allusion hier, en par- 
» lant de personnes qui suivent votre clinique avec un esprit de malveillance 
» et d'hostilité. Tout ce que je puis vous affirmer, c'est qu'en assistant à vos 
» visites, je n'ai d'autre but que de m'instruire sur les propriétés de l'éther 



( a32 ) 

;. ^j'hésite à lire la phrase qui suit, mais on comprendra que je ne puis pas 
.- m'en dispenser), à lecole que je crois la meilleure par le talent du chirur- 
.-> gien et les soins apportés aux opérations. Veuillez croire que je n'ai pas 
: . été le dernier à applaudir hier à l'excision de la fistule, et surtout à l'ad- 
» mirable réduction de Sa luxation de la cuisse. J'ai cru convenable, vu la 
» nature de mes relations, de vous faire cette petite profession de foi , et de 
» vous réitérer, mon cher maître , l'expression de mes sentiments de respect 
» et de dévouement. Signé : CoiSSTASTlN JAMES. » 

a Oserai-je , maintenant, prier M. Magendie de mettre dorénavant dans les 
discussions relatives à l'éther, tonte personnalité de côté, et de ne plus cher- 
cher a incriminer nos actes avec des faits ainsi controuvés ou mal présentés t 
Que notre coilegue.se livre à des expériences , s'il le ju^e convenable; qu'il 
vienne ensuite nous éclairer de ses lumières, nous lui en saurons gré. Le sujet 
est assez vaste pour mériter que chacun l'étudié à sou point de vue. Il y aura 
certainement avantage à ce qu'une foule d'hommes sérieux s'en occupent, 
et la science n'a nul besoin qu'on mêle à de telles questions des allusions 
injurieuses pour les personnes qui pensent autrement que nous. 

» Je reviens donc , pour ma part, à la question des inhalations de l'éther 
en général; les reproches qui leur ont été adressés, et auxquels je m'étais 
réservé de répondre , m'en font uo devoir. 

n Depuis quinze jours, époque à laquelle j'ai entretenu l'Académie, avec 
quelques détails T des effets de cet étrange moyen, beaucoup de faits ont 
été recueillis, beaucoup de questions ont été agitées, et j'ai la satisfaction 
de voir que,. de tons côtés, ce que j'en ai dit se confirme. Ainsi j'avais dit 
que les phénomènes produits- par l'inhalation de l'éther offraient un vaste 
champ à l'observation, que la physiologie viendrait y puiser à pleines 
mains: or les expériences faites à Alfort par M. Renaud, celles de M. Flou- 
i-ens, celles de M, Louget, celles de M. Serres permettent de voir si, 
sous ce rapport, je m'étais trompé. J'ai dit que la physique, la chimie, 
que la psychologie même s'en occuperaient, en tireraient même peut- 
être quelque parti : et voilà que déjà les chimistes étudient la compo- 
sition du sang des personnes éthérisées, les physiciens étudient de nouveau 
ta capacité pulmonaire dans ses rapports avec l'air, avec les gaz inspirés, 
que des médecins instruits étudient l'action des vapeurs éthérées sur les 
aliénés, les épileptiques, etc. Je me demandais si les accouchements ne pui- 
seraient pas quelque secours à cette source : et, aux faits qui me donnaient 
cette pensée, je puis ajouter des résultats aussi précieux qu'inattendus, 
obtenus par M. le professeur Dubois, à la Maternité de Paris. Enfin je disais 



( 2 33 ) 

que , peut-être, la chirurgie tirerait avantage des inspirations de l'éther dans 
les cas où il importe, où on est obligé de lutter contre l'action musculaire 
des malades: et je puis actuellement communiquera l'Académie des obser- 
vations concluantes en faveur de cet espoir! 

« En annonçant qu'il y avait là un grand fait , un fait d'un immense in- 
térêt, un fait dont les applications pourraient s'étendre à toutes les branches 
de la médecine, sans pouvoir être précisément calculées pour le moment, je 
crois donc être resté dans les limites de la stricte vérité. 

» En parlant ainsi, je n'ai point prétendu néanmoins que l'inhalation de 
l'éther fût bonne à tout, et dépourvue de toute difficulté, de tout inconvé- 
nient; par cela même qu'elle constitue un moyen puissant, elle doit, au 
contraire, être d'un emploi assez difficile, et entourée d'inconvénients nom- 
breux. Toutes les grandes choses en sont là. L'opium, l'iode, le sulfate de 
quinine lui-même et tant d'autres médicaments énergiques, ne sont point 
dépourvus de danger, et personne cependant n'a pensé à les rejeter de la 
thérapeutique. L'invention des chemins de fer est une grande et belle chose, 
personne ne le nie; et cependant les chemins de fer ont été cause de lamen- 
tables catastrophes : ils exigent qu'on les dirige avec prudence, qu'on en 
surveille soigneusement le développement et l'emploi. Il n'est donc point 
entré dans ma pensée que les inhalations de 1 elher dussent être employées 
sans discernement, à tort et à travers, chez tous les malades indistinctement. 
Mon intention est même d'entrer en ce moment dans quelques détails à ce 
sujet. 

» En ce qui me concerne, je pourrais indiquer un certain nombre de 
faits nouveaux relatifs aux inhalations d etber ; mais ces faits , appartenant 
presque tous à la catégorie de ceux que j'ai déjà communiqués à l'Aca- 
démie, n'apprendraient rien de nouveau. Je me bornerai à en rappeler 
deux qui me paraissent avoir une valeur plus spéciale. Ainsi jetais désireux 
de savoir si les injections iodées dans les cavités closes seraient influencées 
par ce moyen : je ne m'en suis point servi pour les hydrocèles proprement 
dites, parce que l'opération de l'hydrocèle en elle-même est trop peu doulou- 
reuse pour justifier l'emploi de l'éthérisation préalable; mais l'injection iodée 
dans l'articulation du genou, par exemple, est une opération assez sérieuse 
pour rendre utile une pareille précaution. Une femme d'une cinquantaine 
d'années, atteinte depuis cinq ans d'une vaste hydartbrose au genou 
gauche, a été soumise par moi à l'opération vendredi dernier. Chez cette 
femme, l'éthérisation a été facile et assez prompte. Pendant la ponction 
et l'évacuation du liquide, comme pendant l'injection et l'extraction de 

C. R., 1847, i" Semestre. (T XXJV,N°7.! 3l 



( 234 ) 
la teinture d'iode, elle n'a ni crié, ni essayé de se soustraire aux aides. 
Revenue à elle, elle a soutenu n'avoir rien senti, ne point avoir souffert. Il 
n'a pas même été possible de lui persuader qu'elle venait d'être opérée. 

» Un fait que j'ai considéré dès l'abord comme très-important est relatif 
au relâchement des muscles. L'exemple de fracture de cuisse que j'ai cité 
ne suffisait pas pour décider la question; il fallait une de ces luxations 
dont la réduction est reconnue comme très-difficile : or ce cas s'est pré- 
senté, la semaine dernière, à la Charité. Un jeune homme, ouvrier ma- 
çon, bien musclé, très- craintif, nous est apporté avec une luxation de 
l'épaule et une luxation de la cuisse gauche. Le bras est. réduit tout d'abord 
et sans l'intervention de l'éther. Pour la cuisse , je crois devoir suspendre 
toute traction, toute tentative de réduction pendant quelques jours à 
cause du gonflement et de la contusion qui existaient à la hanche et dans le 
membre. 

» Il n'était pas possible de toucher à la cuisse de ce garçon , d'essayer de 
lui redresser la jambe, sans qu'il jetât les hauts cris, sans qu'il demandât 
avec instance qu'on le laissât tranquille. Placé sur le lit, à l'amphithéâtre, 
j'ai voulu tenter chez lui la réduction par les moyens ordinaires et sans 
éthérisation. Une méthode un peu plus simple et moins douloureuse que les 
méthodes usuelles a d'abord été essayée : elle consiste à mettre les différents 
muscles dans le relâchement par la flexion du membre, et à se servir de la 
jambe et de la cuisse comme d'un levier pour ramener, par un mouvement 
de rotation, la tête de l'os dans sa cavité. Pour être plus sûr que rien ne serait 
négligé dans cette manière de faire, j'en ai confié la direction et une partie 
de l'exécution à M, le docteur Després, chirurgien des hôpitaux, et qui a 
le plus insisté , parmi nous , sur les avantages de cette méthode. Elle est 
restée absolument sans succès, et le malade n'a cessé de crier avec force 
pendant toute l'opération. Le malheureux, tout en se débattant et en criant, 
demandait de foutes ses forces qu'on le mît à l'éther, qu'on l'opérât 
par l'éther. Effectivement l'inhalation de l'éther a été effectuée : le malade 
est promptement tombé dans le collapsns; des tractions méthodiques ont 
été aussitôt employées, et, en moins de deux minutes, on a vu les muscles 
céder, se relâcher sans efforts, la luxation se réduire avec une extrême 
facilité, et cela sans que le malade eût crié, fait le moindre mouvement, 
ou qu'il parût s'en apercevoir. Revenu à lui, il a soutenu n'avoir rien senti, 
ne s'être aperçu de rien, et il était fort inquiet de savoir si sa cuisse pour- 
rait être remise ! 

« Voilà donc encore une question décidée; l'éthérisation , prudemment 



( 235 ) 

conduite, pourra être d'un véritable secours non-seulement pour empêcher 
la douleur, mais encore pour vaincre la résistance des muscles dans cer- 
tains cas de fracture et de luxation. 

» Lethérisation présente, dit-on, des difficultés et des dangers. Ceci n'a 
rien de nouveau pour moi, puisque, le premier, j'en ai averti les chirurgiens 
et les savants, soit ici, soit dans une autre enceinte. Les faits que j'ai observés 
me permettent d'examiner la question sous cet autre point de vue : les effets 
produits par l'éther ne sont pas semblables chez tous les hommes; ainsi que 
je l'ai dit dès le principe, certains malades s'agitent, parlent, crient même 
pendant qu'on les opère, et cependant ils ignorent, après l'opération, 
ce qu'on leur a fait, ce qu'ils ont pu dire ou faire. Il en est d'autres qui 
semblent rester réfractaires aux vapeurs éthérées. Quelques-uns devien- 
nent joyeux, loquaces, sans tomber dans l'assoupissement; d'autres, au 
contraire, s'emportent, se fâchent ou sont en proie à des idées pénibles. 
A quoi toutes ces différences tiennent-elles? est-ce à la nature même des 
choses, à l'organisation, à l'état moral différent des individus? Ne serait-ce 
pas plutôt à ce que l'opération est complète chez les uns, incomplète chez 
les autres? Je n'oserai point, quant à présent, répondre formellement à ces 
questions; je ferai seulement remarquer que lethérisation est une opération 
assez complexe et plus difficile qu'on ne le croirait de prime abord. Par 
exemple, j'ai vu plusieurs personnes qui se croyaient réfractaires, et qui 
ont eu plus tard la preuve de leur erreur. Un chirurgien distingué de 
Lille, M. Plouviez, m'écrivait le 3r janvier: « Je suis décidément réfractaire 
» à l'influence de l'éther; j'en ai inspiré pendant soixante-quinze minutes, 
» sans perdre connaissance, sans devenir insensible. Mon appareil , construit 
» snr les modèles de Cbarrière, était cependant excellent, puisque ceux de 
» mes confrères qui l'ont essayé sont devenus insensibles en moins de dix 
» minutes. » 

» Eh bien, M. Plouviez m'écrit, le 6 février: « Je me suis trop hâté en 
« vous disant que j'étais réfractaire à l'action de l'éther. 11 m'a suffi d'em- 
» ployer une embouchure plus large qui pût s'appliquer sur le pourtour de 
» la bouche, pour amener le sommeil en huit minutes. Pendant les deux 
>' minutes que l'engourdissement a duré, je suis resté complètement insen- 
» sible. » 

>• Le même fait s'est reproduit sous les yeux de M. Bonnet, de Lyon. De* 
malades que ce chirurgien avait crus réfractaires d'abord sont tombés 
promptement insensibles , dès qu'il a pu se servir d'un appareil plus complet, 
et dont il a d'ailleurs, je crois, envoyé une description à l'Académie. N'est- 



3i. 



( 2 36 ) 

il pas probable que, dans un grand nombre de cas, si ce n'est dans tous , 
les individus ne sont ainsi restés réfractaires que par la faute des appareils , 
et non à cause de leur organisation ? 

» Plusieurs de mes malade», l'homme à la luxation entre autres, vien- 
nent à l'appui de cette supposition. Soumis à l'inhalation au moyen d'un ap- 
pareil que je croyais bon , cet homme ne s'était assoupi que d'une manière 
très-incomplète; avec un appareil différent, il est, au contraire, tombé très- 
rapidement dans l'état d'insensibilité indiqué plus haut. 

» Les difficultés de lethérisation sont, au surplus, de plusieurs ordres. 
Un certain nombre de personnes s'y prêtent assez mal. Placées entre la 
crainte de souffrir et la crainte d'un moyen dont elles ne peuvent guère se 
former une juste idée, elles ont peine à se défendre de certaines angoisses, 
d'une certaine frayeur; aussi exécutent-elles mal les mouvements d'in- 
spiration et d'expiration nécessaires. Il en est qui laissent difficilement 
la vapeur d'éther franchir l'isthme du gosier ou qui la repoussent avant 
de l'avoir inspirée; d'autres sont saisies comme d'un spasme qui ne 
leur permet pas de la laisser pénétrer ; d'autres enfin exécutent plutôt des 
mouvements de déglutition que d'inspiration. Il en est aussi qui ouvrent et 
ferment alternativement la bouche, comme dans la mastication. La toux , 
l'irritation qui eu résultent pour quelques-unes sont autant de circonstances 
qui permettent bien un certain degré d etourdissement , mais qui empêchent, 
on le conçoit, le phénomène de se compléter. Les malades ont donc besoin , 
sous ce rapport, d'un certain degré d'éducation, de s'essayer en quelque 
sorte à l'inhalation de 1 ether avant de s'y soumettre définitivement. 

» Peut-être n'est-on pas encore arrivé à la connaissance précise de toutes 
les conditions d'un appareil tout à fait convenable : le ballon semble avoir 
besoin d'une capacité d'un litre au moins, puisqu'il entre naturellement 
d'un demi-litre à un litre d'air dans les poumons à chaque inspiration. Le 
tube conducteur doit avoir lui-même une capacité et un diamètre au moins 
égaux au diamètre de la trachée-artère ou de l'ouverture du larynx. Tout 
indique aussi que la vapeur d'éther ne doit être introduite dans les organes 
que par degrés; en faible proportion d'abord, en grande quantité, à pleine 
poitrine, quand la membrane muqueuse s'y est accoutumée. C'est ce que 
beaucoup de chirurgiens ont déjà supposé et indiqué; c'est ce que M. Doyère, 
d'une part, et M. Bonnet, de l'autre, ont très-bien saisi dans l'indication 
de leurs nouveaux appareils. En un mot, il y a, sous ce rapport, une foule 
de questions secondaires à étudier et qui permettront peut-être un jour 
d'arriver aisément à une éthérisation complète chez presque toutes les per- 
sonnes qu'on y voudra soumettre. 



! 1 ,7 ) 

» Pouf les inconvénients réels, je n'entrevois, d'après les faits connus et 
contrairement à ce que j'avais supposé dès le principe, que ceux qui pour- 
raient résulter d'une éthérisation trop prolongée. Les malades que j'ai opérés 
jusqu'ici n'ont rien éprouvé, absolument rien, dans les suites de leur opé- 
ration, qui puisse être rapporté à l'éther. Je craignais qu'il n'en résultât plus 
d'irritation ou plus de fièvre ; à en juger par ce qui me concerne, ce serait 
plutôt le contraire qui serait arrivé, car aucun de mes opérés n'a eu de 
réaction circulatoire ou nerveuse intense, même dans des cas où il n'est pas 
rare d'en rencontrer. Peut-être n'y a-t-il là qu'une coïncidence. C'est un fait 
que je constate comme devant être enregistré provisoirement, et voilà tout. 

» Quelques inconvénients qui ont été signalés ne me paraissent pas sé- 
rieux. M. Lallemand a cru que le relâchement des muscles serait un danger 
dans les amputations; que, les muscles ne se rétractant pas, le moignon 
des amputés deviendrait conique. Notre confrère oublie évidemment que, 
dans les amputations de membre, le chirurgien relève lui-même, ou fait 
relever les muscles artificiellement, au lieu d'en attendre la rétraction 
spontanée; qu'avant de commencer l'opération, il sait sur quel point il 
divisera les téguments, et à quelle hauteur il convient de couper l'os. Il 
craint aussi que le malade , ne sentant plus , expose l'opérateur à comprendre 
souvent les cordons nerveux en même temps que les vaisseaux, dans les liga- 
tures. Mais un chirurgien doit d'abord savoir Panatomie, pouvoir distin- 
guer les nerfs des vaisseaux, et n'avoir pas besoin des cris du malade pour 
ne saisir que les artères dans ses ligatures. D'ailleurs, si le nerf est gros, 
il n'y a évidemment aucune chance de le comprendre dans le fil ; s'il est 
petit, on ne s'en apercevrait, en tous cas, qu'au moment où l'on étrangle 
les tissus dans le noeud du lien, et alors loin de défaire sa ligature, ce 
qui serait fort difficile, en supposant que les cris du malade avertissent de 
l'accident, on en est quitte pour étrangler fortement le nerf et le vais- 
seau, afin d'en éteindre sur-le-champ la sensibilité. 

» Pour ce qui est des opérations auxquelles ce moyen ne convient point, 
il serait en réalité difficile d'en donner aujourd'hui la liste, d'autant plus 
qu'on est déjà allé au delà et avec succès de ce que M. Roux et moi avions 
dit dès le commencement. Nous pensions, par exemple, que l'éthérisation 
serait à rejeter des opérations un peu longues, et voilà qu'on a pu, en 
morcelant en quelque sorte l'éthérisation , pratiquer des opérations qui ont 
duré quinze et vingt minutes. Nous craignions que la lithotritie ne s'accom- 
modât point de l'éthérisation, et déjà un chirurgien distingué, M. Leroy 
d'Étiolles, a pratiqué la lithotritie chez des mnlades éthérisés, sans que les 



( a38 ) 

opérés en aient éprouvé d'accident; il en a été de même pour l'intérieur 
du nez, où M. Gerdy a été obligé de porter les instruments pendant près 
de vingt minutes. 

« En résumé donc, tout ce qui est relatif aux difficultés, aux incon- 
vénients , aux contre-indications de l'emploi des vapeurs d'éther en chirur- 
gie, ne doit être accepté, admis, jusqu'ici, que provisoirement. Ce sont 
des questions à l'étude, et que le temps, aidé de l'expérience, éclaircira par 
la suite. Qu'on laisse faire les chirurgiens; ils sont, il me semble, meilleurs 
juges que qui que ce soit en pareille matière. Il est vraiment singulier qu'on 
vienne sans cesse leur faire, à ce sujet, des recommandations; car, il faut bien 
que M. Magendie le sache , en revenant à nos opinions sous ce rapport, il n'a 
fait qu'accepter ce que nous avions formellement et itérativement dit ici 
même et à plusieurs reprises, ainsi que les Comptes rendus de nos séances le 
démontrent sans réplique. Je le demande, d'un autre côté, à tout homme qui 
voudra réfléchir un instant , est-il supposable qu'un chirurgien aille, de gaieté 
cœur, mettre en usage, chez les personnes qui lui confient leur santé, des 
moyens qu'il ne croirait pas utiles, qu'il aille se livrer à des essais qu'il 
croirait dangereux ? Qu'on y songe un moment, et l'on verra, en admet- 
tant même chez lui une dose d'humanité moins forte que chez tout autre, 
si, après le malade, ou ses proches, le chirurgien n'est pas la personne 
du monde qui a le plus d'intérêt, qui doit désirer avec le plus d'ardeur 
que ses opérés guérissent, que tout se passe bien chez les personnes qui 
ont été obligées de supporter l'action de ses instruments? Qu'on laisse donc 
de côté toutes ces insinuations injurieuses qui ne supportent pas le moindre 
examen, et qu'il est toujours fâcheux de faire intervenir dans les questions 
scientifiques. 

» Voici, du reste, une remarque que je me permettrai de soumettre, en 
terminant, au public etauxgens du monde; c'est que l'étber, en empêchant 
la douleur, n'empêche point les opérations d'être dangereuses, et que la 
possibilité d'opérer sans faire souffrir, n'est pas une raison pour opérer sans 
nécessité. » 

Réplique de M. Magendie à M. Velpeau. 

« Puisque mes honorables confrères conviennent aujourdhui qu'il faut 
user de 1 ether avec réserve; que son inhalation peut avoir des inconvé- 
nienls et même des dangers; qu'ils reconnaissent que l'ivresse par l'éther a 
des effets variables depuis le sommeil paisible jusqu'à la fureur et les con- 
vulsions; puisqu'ils signalent un grand nombre de circonstances où l'éther 



( a3 9 ) 
ne doit point être employé , etc. ; je regarde la discussion que j'ai soulevée 
comme terminée, surtout si désormais ils mettent en pratique les préceptes 
qu'ils viennent de professer. Je n'ai jamais désiré autre chose. Mes collègues 
ajoutent, il est vrai, qu'ils ont toujours été de cet avis. Je suis fort heureux 
de l'entendre de leur bouche; car, en vérité, je ne m'en serais pas douté, 
en les voyant naguère employer 1 ether dans tous les cas, pour les grandes 
comme pour les petites opérations. 

» Quant au fait particulier, dont certains détails sont contestés par 
M. Velpeau, et sur lesquels j'ai demandé et je demande encore une en- 
quête, j'ai lieu d'être surpris que mon confrère semble vouloir m'opposer, 
comme un argument sans réplique, je ne sais quelle narration de trois de 
ses élèves. Quelque soit le mérite de ces jeunes gens, mérite que je ne con- 
teste en aucune manière, je dirai cependant que leur témoignage n'a pas, à 
mes yeux, plus de valeur que celui d'un médecin honorable, ancien interne 
lui-même de l'hôpital de la Charité. Toutefois, je pense que ce débat, pre- 
nant un caractère personnel, ne doit pas être continué devant l'Académie. 

» Messieurs, en me jetant en travers de l'engouement général , en pro- 
testant contre des expériences faites sur des hommes avec une substance 
dont, même aujourd'hui, on ne connaît pas complètement les propriétés, 
je savais fort bien que je soulèverais une opposition formidable. Mais j'avoue 
qu'après avoir consacré tant d'années à des travaux qui, si je ne m'abuse, 
n'ont pas été stériles pour le bien de l'humanité, je ne me serais pas attendu 
à ce qu'on me représenterait comme I'apôtbe de la douleur, et, le dirai-je, 
comme repoussant une découverte utile, par la seule raison qu'elle ne venait 
pas de moi ! Mais qu'importe ! J'ai la conscience d'avoir rempli un devoir en 
mettant mes confrères et la société elle-même en garde contre une innova- 
tion qui, si elle doit avoir un jour une utilité réelle, a déjà entraîné de fu- 
nestes conséquences , et peut être l'occasion d'abus déplorables. » 

physiologie. — Communication relative aux inspirations d'éther,- 

par M. Roux. 

■< L'Académie désire qu'on se borne désormais, relativement aux effets 
de lether, aux seules communications d'un intérêt majeur; et, de son côté, 
M. Magendie a exprimé le vœu que la discussion, si elle doit continuer, 
prenne un caractère purement scientifique, et ne soit plus empreinte de 
personnalités. Il ne m'en coûte pas de me conformer à ce double désir, et 
je serai bien court dans la nouvelle communication que j'ai à faire à l'Aca- 
démie. Aussi bien ma pensée était déjà qu'après tant de faits réunis jusqu'à 



( 24o) 

présent sur l'action stupéfiante des vapeurs éthérées, faits dont chaque jour 
voit augmenter le nombre , on devait songer maintenant moins à faire con- 
naître les résultats nouveaux de l'observation , qu'à préparer l'appréciation 
générale de ces résultats, et, pour ainsi dire, leur systématisation. 

« Depuis lundi dernier, et pendant toute la semaine qui vient de finir, j'ai 
saisi toutes les occasions qui m'ont été offertes, et qui m'ont paru favorables, 
pour continuer à soumettre à l'inspiration des vapeurs éthérées des sujets qui 
devaient subir une opération. J'en ai eu précisément cinq nouveaux pour des 
cas un peu différents; ce qui porte à vingt-six, jusqu'à ce jour, le nombre 
des expérimentations qui me sont propres. Avec des nuances dans le degré 
et dans les phénomènes de l'éthérisation, le résultat a été des plus satisfaisants 
sur ces cinq nouveaux malades, pour chacun desquels l'opération qu'il avait 
à subir a été complètement exempte de douleur. Pour l'un d'eux seulement 
j'entrerai dans quelques détails; son cas était nouveau pour moi. Je n'avais 
point encore essayé l'inhalation de I ether sur un sujet ayant à subir l'ampu- 
tation d'un membre. J'avais voulu y soumettre, il y a trois semaines ou un 
mois, un jeune homme, à qui je devais amputer la jambe; mais c'était à une 
époque où les appareils fonctionnaient mal quelquefois : je n'étais pas parvenu 
à produire l'enivrement; peut-être le sujet était-il du petit nombre de ceus. 
qui sont réfractaires à l'influence de 1 ether. 

« C'est une amputation de la cuisse que j'avais à faire en dernier lieu, 
et cette opération a été pratiquée vendredi dernier. Tout a concouru à faire 
que l'expérimentation dont le malade a été le sujet eût quelque chose de 
grave, d'imposant, je dirai presque de solennel; le résultat d'ailleurs a été 
des plus décisifs en faveur de l'inhalation des vapeurs éthérées. Il s'agissait 
de l'amputation la plus grave parmi celles qu'on pratique dans la conti- 
nuité des membres. Je la faisais sur un jeune homme de vingt-quatre ans; 
et , à cause des circonstances de la maladie, il fallait qu'elle fût faite très- 
haut. Bien qu'entouré d'un grand nombre d'étudiants, et peut-être de quel- 
ques personnes du monde que la curiosité attire maintenant dans nos amphi- 
théâtres, j'avais pris soin de n'avoir près de moi et du malade que les quel- 
ques assistants dont j'avais besoin, afin qu'il fût plus facile de bien suivre et 
de bien observer les événements qui allaient se passer; et le malade lui- 
même avait été disposé, placé de manière à ce que je pusse, sans aucun 
délai , porter l'instrument sur son membre au moment où l'éthérisation 
serait développée au degré convenable. 

" Je savais d'avance que ce jeune homme serait amené facilement à 
l'état d'insensibilité; je l'avais étbérisé une première fois, deux heures aupa- 



( «4i ) 
ravant, pendant ma visite , et lorsqu'il était encore dans son lit. Après quatre 
minutes d'inspirations éthérées, il était tombé dans la torpeur : on avait 
constaté qu'il était devenu insensible. Il avait eu, dans ce premier sommeil, 
des hallucinations voluptueuses, auxquelles s'était entremêlée la pensée de 
l'opération qu'il avait à subir. Il était permis de compter sur un semblable 
résultat, au moins sur un nouvel état d'insensibilité par une seconde éthéri- 
sation; et j'avais résolu de procéder à l'opération le plus méthodiquement 
possible, de ne pas me hâter plus que je ne l'aurais fait dans toute autre 
circonstance : je voulais ue pas me préoccuper de l'état du patient, et prendre 
la peine d'observer si, comme quelques-uns pensent que cela doit être, il y 
a diminution de la rétractibilité musculaire sous l'influence de l'éthérisatiou , 
et si , comme le prétendent divers expérimentateurs , et particulièrement 
M. Amussat et M. Longet, le sang artériel perd sa couleur vermeille et 
prend une teinte foncée plus ou moins approchant de la couleur noire. 
Peut-être aurais-je dû, pour bien observer cette dernière circonstance, pré- 
parer un vase dans lequel j'aurais recueilli une certaine quantité de sang de 
l'artère, qu'on aurait cessé un moment de comprimer. Je n'ai pas pris cette 
précaution ; et, si je m'en rapporte à l'impression que j'ai éprouvée dans le 
moment où le sang s'est écoulé de plusieurs artères secondaires, et parfois, 
aussi des artères crurales, superficielle et profonde, avant qu'elles fussent 
liées, il m'a semblé qu'il conservait, à très-peu près, sa couleur naturelle. 
J'ai remarqué aussi que les muscles divisés avaient palpité sensiblement 
sous le couteau, et qu'ils s'étaient rétractés, assez faiblement à la vérité, 
après que j'en ai eu fait la section complète : mais, pour l'appréciation de 
ce dernier fait, il faut savoir que j'agissais sur un individu fort affaibli, 
sinon encore épuisé par la maladie qui l'avait obligé à faire le sacrifice de son 
membre. 

» Gomme la première fois , il avait été complètement éthérisé en trois 
minutes et demie ou quatre minutes. Au moment où je commençai à di- 
viser les téguments, l'une de ses mains se porta, par un mouvement auto- 
matique, près des miennes: on se mit en mesure d'assurer l'immobilité 
de ses bras, et je continuai l'opération, qui a duré deux minutes et demie , 
sans qu'on ait entendu le moindre cri, la moindre plainte, sans que le pa- 
tient ait éprouvé la moindre agitation , sans qu'il ait exprimé la moindre 
•souffrance. II n'avait point souffert, en effet, nous a-t-il dit plus tard, et sa 
léthargie s'était accomplie sans rêve, sans hallucination; il avait eu le som- 
meil le plus tranquille. Bien que ce sommeil fût déjà moindre au moment où 
j'eus à faire la ligature des vaisseaux, et que déjà le malade eût proféré 

G, R. , |«4 7 , t er Semestre. (T. XXIV, N°7.) 32 



( *4* ) 

quelques paroles , mais comme un homme qui n'avait recouvré qu'impar- 
faitement l'usage de ses sens, j'ai pu procéder à cet acte secondaire de toute 
amputation, sans qu'il en ait eu la conscience, sans qu'il ait ressenti la dou- 
leur qui en est inséparable ordinairement. Une sensation , toutefois peu dou- 
loureuse, n'est devenue perceptible pour lui, qu'au moment où j'ai commencé 
l'application de l'appareil. Ce matin, après soixante-douze heures écoulées 
depuis l'opération, le malade est dans l'état le plus satisfaisant. Je ne considère 
pas pour cela son salut comme parfaitement assuré, et ne prétends pas mettre 
son bon état présent sur le compte des inspirations éthérées ; pas plus que 
je ne voudrais qu'on leur attribuât des accidents qui auraient pu se mani- 
fester, ou ceux qui pourraient se déclarer plus tard (i). » 

M. Flocress a pris aussi la parole dans cette discussion; mais il réserve ce 
qu'il a dit pour le développer dans une Note qu'il présentera lundi prochain 
à l'Académie. 

M. Paye,\ dépose un paquet cacheté, 

NOaiINATEONS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Aca- 
démicien libre en remplacement de M. Borj de Saint-Vincent. 
Au premier lourde scrutin, le nombre des votants étant de 56, 

M. Civiale obtient 36 suffrages. 

M. Bussy il 

M. Fèvre 8 

M. Largeteau i 

M. Civiale, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est proclamé 
élu. Sa nomination sera soumise à l'approbation du Roi. 

(i) Depuis cette dernière communication à l'Académie, j'ai opéré quatre nouveaux ma- 
lades préalablement soumis à l'éthérisation. Ils n'avaient point à subir des opérations aussi 
graves que celle dont il vient d'être fait mention ; mais pour chacun d'eux il s'agissait d'une 
opération qui aurait pu être très-douloureuse. L'éthérisation a eu lieu à des degrés un peu 
différents et s'est traduite un peu diversement chez ces quatre malades. Deux d'entre eux 
n'ont éprouvé aucune douleur. Un troisième a eu la conscience seulement d'une seconde partie 
de l'opération ; !e dernier, à qui je faisais l'amputation du doigt médius dans la continuité de l'os 
du métacarpe, n'a pas été un seul instant sans avoir un sentiment vague de l'opération qu'il 
subissait : il avait en mémo temps la conscience de l'impossibilité où il était de se mouvoir et de 
parler. 



( *43 ) 
MÉMOIRES LUS. 

HYDRAULIQUE. — Mémoire sur la théorie de la résistance des fluides. Solu- 
tion du paradoxe proposé à ce sujet par d'Alembert aux géomètres. 
Comparaison de la théorie aux expériences; par M. de Saint- Vexant. 

(Commissaires, MM. Cauchy, Poncelet, Piobert.) 

« 1. Pour bien apercevoir le nœud de la question de la résistance des 
fluides, il convient de se reporter aux singuliers résultats analytiques qui 
ont arrêté Euler et d'Alembert, lorsqu'ils ont cberché à la résoudre. 

» D'Alembert, dans ses Opuscules (t. V, 1768) dit que, lorsqu'un corps 
solide immobile, composé de parties symétriques, est entièrement plongé 
dans un fluide indéfini en mouvement, l'application rigoureuse des équa- 
tions de l'hydrodynamique donne des actions du fluide égales et opposées 
à l'avant et à l'arrière de ce corps : « l'impulsion sur un pareil corps, ou la 
résistance que lui opposerait le fluide s'il s'y mouvait, serait donc, continue- 
t-il, absolument nulle', paradoxe singulier qu'il laisse à éclaircir aux géo- 
mètres. » 

» Déjà cette difficulté s'était présentée à lui, lorsqu'il composait sa Nou- 
velle Théorie de la résistance des fluides (n° 70). 

« Euler lavait rencontrée dès 1745 (Artillerie de Robins , cb. II, prop. 1, 
remarque 3). Aussi, après avoir inutilement tenté d'y échapper par une 
sorte de milieu {Académie de Saint-Pétersbourg, 1760) entre la théorie 
nouvelle et la théorie dite vulgaire, ce grand analyste revint, par la suite, 
à celle-ci, quoiqu'elle fût déjà démentie par un grand nombre de faits. 

» 2. On peut voir que le paradoxe subsiste pour un corps de forme quel- 
conque, symétrique ou non, tant que l'on suppose que le fluide où il est 
plongé satisfait aux équations ordinaires, fondées sur la supposition que 
ses pressions sont égales en tous sens et normales aux faces solides ou fluides 
sur lesquelles elles s'exercent. Il n'y a, pour s'en assurer, qu'à considérer le 
mouvement simultané du corps et d'une portion du fluide contenue dans un 
prisme, et qu'à poser une équation des forces vives pour le mouvement 
relatif au fluide extérieur, dont la vitesse est supposée constante et uniforme. 
Si le mouvement est arrivé, comme on le suppose toujours, à l'état de per- 
manence, la force vive, acquise à chaque instant par le système, est nulle; 
le travail des pressions extérieures est nul aussi, et il en est de même du 
travail des actions intérieures du fluide dont nous supposons que la densité 

3a.. 



( 244 ) 

ne change pas. Donc le travail de l'impulsion du fluide sur le corps, et, pat- 
conséquent, cette impulsion elle-même, est nécessairement zéro. 

» 5. Mais on trouve un autre résultat si, au lieu du fluide idéal, objet 
des calculs des géomètres du siècle dernier, on remet un fluide réel , com- 
posé de molécules en nombre fini, et exerçant, dans l'état de mouvement, 
des pressions inégales ou qui ont des composantes tangentieiles aux faces à 
travers lesquelles elies agissent; composantes que nous désignerons par ie 
nom de frottement du fluide , qui leur a été donné depuis Descartes et 
Newton jusqu'à Venturi. 

« En introduisant dans le calcul , ou ce frottement, ou l'état moléculaire 
réel, non-seulement le paradoxe disparaît et l'on a une impulsion ou une 
résistance finie (i), mais encore on voit à quoi elle est égale, et l'on obtient 
deux expressions de sa grandeur. 

» 4. En effet, l'équation de forces vives relatives, dont nous avons parlé, 
étant posée pour les mouvements de translation ou d'écoulement, c'est-à- 
dire pour les mouvements des centres de gravité d'éléments fluides finis, la 
force vive acquise par le système est toujours nulle, ainsi que ie travail des 
actions extérieures; mais le travail des actions mutuelles des éléments ou 
filets n'est plus nul. 

» Et l'on trouve que ïimpulsion du fluide en mouvement sur le corps qui 
y est plongé, est égale au travail total des frottements que sa présence pro- 
voque, de la part du fluide, tant sur ce corps solide que sur lui-même, par 
unité de l'espace que parcourt le fluide ambiant, 

» 5. Si l'on pose l'équation de forces vives relatives pour les mouve- 
ments individuels des molécules, la force vive acquise n'est plus zéro; car, 
outre les mouvements de translation, il y a d'autres mouvements très-variés, 
que nous appellerons non transitoires , comme sont les ondulations trans- 
versales, et ces mouvements giratoires, signalés par M. Poncelet, qui ré- 
sultent aussi de l'engrènement des groupes moléculaires. 

» On trouve que Yimpulsion est égale à la demi-force vive acquise, due 
a ces divers mouvements étrangers à la translation, plus le travail des ac- 
tions moléculaires extérieures dû aux mêmes mouvements, toujours par 
unité de l'espace que parcourt uniformément le fluide environnant. 

» 6. Les deux expressions qu'on vient de trouver pour l'impulsion ou la 

(i) J'ai annoncé ce résultat dans un Mémoire présenté et déposé à l'Académie depuis le 
i4 avril i834, °ù se trouve démontrée aussi la dépendance (ci-après, n° 6) du frottement 
des fluides et de leurs mouvements étrangers à la translation ou à l'écoulement. 



( 245 ) 

résistance sont identiques. On s'en assure en étudiant l'étroite connexion qui 
existe entre le frottement en général et les mouvements non translatoires 
qui se propagent au dehors, et dont la formation continuelle empêche les 
composantes des actions entre deux couches fluides de se compenser dans le 
sens de translation. On trouve, en effet, que le travail de leur frottement mu- 
tuel est égal à la demi-force vive non transitoire , créée aux dépens de la 
force vive transitoire, plus le travail non transitoire des actions que les 
couches reçoivent extérieurement. 

» 7. On peut appliquer ces expressions de l'impulsion à divers exemples. 
La principale difficulté, à cet égard, a été levée par M. Poncelet Diverses 
expériences ont prouvé que les filets déviés ou accélérés par la présence d'un 
corps plongé ne s'étendent guère hors d'un prisme fluide dont les faces son) 
à une distance égale à une demie ou à une fois sa plus grande largeur : 
M. Poncelet, en partant de ce fait, suppose, pour avoir une approxima- 
tion, que les vitesses sont toutes égales dans la plus petite section annulaire 
entre le corps solide et les faces du prisme fluide, et qu'il y a une pression 
constante sur la partie d'amont du corps et une pression aussi constante en 
aval , puis il détermine la différence de ces pressions , ou l'impulsion par unité 
superficielle de la plus grande section transversale du corps, en posant une 
équation de forces vives pour le mouvement du fluide dans cette sorte de 
canal, depuis l'amont jusqu'à sa partie la plus rétrécie. 

» Cette méthode étant créée et désormais acquise à la science, rien n'em- 
pêche de s'élever, en l'employant, à une deuxième approximation. On peut 
par exemple, au lieu d'une pression constante en amont, supposer une 
pression variable. Or, soit que l'on détermine sa gradation au moyen de 
l'hypothèse ordinaire du parallélisme des tranches fluides, en intégrant en- 
suite pour avoir la pression d'amont totale; soit qu'on détermine en bloc 
cette pression, en posant, comme a fait M. Bélanger pour le mouvement 
dans des tuyaux, une équation de quantités de mouvement et une équation 
de forces vives; soit, enfin, en posant, comme ci-dessus, une équation de 
forces vives dans les mouvements relatifs, en regardant la pression d'aval 
comme constante, on arrive au même résultat. 

» Et, ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce résultat est le même que 
celui que l'on obtient lorsqu'on applique nos principes, c'est-à-dire lorsqu'on 
évalue l'impulsion par le travail des frottements, ou par les forces vives 
translatoires perdues, en estimant les pertes ou les travaux des frottements 
extraordinaires qui ont lieu dans les mouvements tumultueux accompagnant 
le rélargissement brusque des sections, par le théorème connu de Borda. 



( =46) 

» 8. Des expériences de Dubuat {Principes, n° 484) et de Beaufoy {Nau- 
tical experiments) donnent, à l'aide de quelques calculs, la grandeur de la 
partie de l'impulsion provenant du travail des frottements ordinaires ou 
tranquilles. En combinant leurs résultats avec ce qu'on sait sur l'intensité du 
frottement de l'eau contre les parois des tuyaux où elle coule, et avec d'au- 
tres résultats d'expérience , on arrive , en estimant les rapports des frotte- 
ments intérieurs suivant la loi adoptée par Newton, Navier, Poisson, à con- 
naître à peu près les rapports des vitesses des divers filets autour des corps 
plongés , ce qui permet de calculer ces coefficients , plus grands que l'unité , 
par lesquels il faut, comme l'a remarqué M. Poncelet dès 1828, multiplier 
les forces vives dues aux vitesses moyennes pour avoir les forces vives réelles. 
D'autres considérations permettent détenir compte jusqu'à un certain point 
de l'augmentation graduelle de la pression vers aval. 

« 9. Muni de ces diverses données, et en faisant, comme M. Poncelet, 
quelques hypothèses plausibles sur les grandeurs de certains rapports, on 
arrive, pour l'impulsion sur divers corps plongés, à des résultats conformes 
à ce que l'expérience a appris. 

« On explique, par les mêmes principes, un fait bien connu dans les ports 
de mer, et qui met en défaut les théories anciennes : il consiste en ce que 
les pièces de charpente éprouvent moins de résistance étant tirées dans 
l'eau par le gros bout que par le petit. 

» On obtient, aussi, des formules capables de s'étendre , au besoin , à des 
cas sur lesquels l'expérience n'a pas porté. 

« Ces principes peuvent donc être utiles dans les applications , indépen- 
damment de l'avantage qu'ils offrent de montrer la vraie cause générale des 
effets à apprécier, et de faire disparaître, par le rétablissement de l'état réel 
et physique de la question, une singularité scientifique abandonnée sans 
explication par des géomètres tels qu'Euler et d'Alembert. » 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

chimie. — Recherches chimiques sur les acides gras du beurre de coco; 
par M. Edouard Smnt-Eyre. 

(Commissaires, MM. Dumas, Regnault, Balard.) 

L'auteur établit dans ce Mémoire : 

k !°. Qu'il existe dans le beurre de coco un acide gras fusible , volatil et 
eristallisable, représenté par la formule C** H^O 4 : 



( >4? ) 

» 2 . Que l'anomalie qui existait entre son équivalent et son point de 
fusion est détruite; 

« 3°. Que l'existence de cet acide est confirmée par l'analyse de l'éther 
et du sel d'argent; 

>» 5°. Que, par conséquent, il doit prendre place dans la série des acides 
gras immédiatement après l'acide laurique C 48 H' 8 4 . » 

chimie. — Sur plusieurs composés détonants produits avec l'acide nitrique 
et le sucre, la dextrine, la lactine , la mannite et la glycérine; par 
M. Ascagne Sobrero. (Extrait d'une Lettre à M. Pelouze.) 

« J'ai vu , dans le dernier numéro des Comptes rendus de l'Académie des 
Sciences, tome XXIV, séance du 25 janvier 1847, °l ue vol,s avez > monsieur, 
au nom de MM. Florès Domonte et Ménard , annoncé que la mannite et les 
diverses espèces de sucre et de gomme fournissent des composés analogues à 
la pyroxyline par l'action de l'acide nitrique. Je. ne sais pas à quel point se 
trouvent maintenant les recherches des deux chimistes dont vous avez an- 
noncé les découvertes; mais certainement l'idée de produire des corps ful- 
minants au moyen du sucre et des composés analogues a été réalisée de- 
puis longtemps par moi'sur le sucre de canne et sur la dextrine : j'ai commu- 
niqué une Note sur ce composé à l'Académie de Turin, le 3i janvier der- 
nier. J'ajouterai encore que j'ai déjà fait une analyse du sucre fulminant, et , 
bien que je n'aie pu empêcher la formation de produits oxygénés de l'azote 
pendant la combustion, les résultats que j'ai obtenus me conduiraient à 
penser que ce composé serait du sucre G 1 2 H 1 * O n , moins 2 équivalents d'eau , 
plus 2 équivalents d'acide nitrique anhydre. Ce corps m'a, en effet, fourni 
3 pour 100 d'hydrogène et 27 pour 100 de carbone. 

» La composition de la glycérine ne pouvant plus se représenter par du car- 
bone et de l'eau , et sa combinaison avec les acides gras la faisant considérer 
à peu près comme une base, et se trouvant par là très-éloignée des corps 
analogues au sucre et au ligneux, on ne pouvait presque pas soupçonner 
qu'elle pût donner lieu à des réactions analogues à celles des substances men- 
tionnées. Pourtant les résultats que je viens d'obtenir prouvent que la glycé- 
rine est capable de donner, avec un mélange d'acide nitrique et sulfurique, 
un corps analogue au coton fulminant. Voici ce que je puis dire de ce corps 
et de ses propriétés. 

» Quand on verse un mélange de 2 volumes d'acide sulfurique à 66 de- 
grés et 1 volume d'acide nitrique à 43 degrés dans de la glycérine sirupeuse , 



( 248 ) 

la réaction est très-vive, mais c'est une réaction d'oxydation dont je n'ai pas 
cherché les produits. Mais si l'on tient dans un mélange frigorifique le mé- 
lange susdit des deux acides , et si l'on y verse la glycérine , en agitant, pour 
empêcher l'élévation de température , la glycérine s'y dissout prornptemeat , 
*ans réaction sensible ; si, à ce point, on verse le mélange dans l'eau, on en 
précipite une matière huileuse plus lourde que l'eau , qui se réunit au fond 
du vase , et qu'on peut laver à grande eau pour la débarrasser complète- 
ment des acides, sans en perdre, vu qu'elle est insoluble dans ce" véhicule. 
Après les lavages, on peut la dissoudre complètement dans l'alcool et la pré- 
cipiter de nouveau par l'eau, on bien la dissoudre dans l'éther, et laisser à 
l'évaporation spontanée cette solution : l'éther se vaporisant, on obtient le 
nouveau corps isolé des matières qui pourraient le souiller.^ En la tenant dans 
le vide pendant quelques jours sur l'acide sulfurique, on se la procure aisé- 
ment débarrassée d'eau. 

» Dans cet état, ce corps présente i'aspect de l'huiie d'olive légèrement 
colorée en jaune ; il est beaucoup plus pesant que l'eau dans laquelle il 
semble être complètement insoluble ; il le dissout au contraire très-bien dans 
l'alcool et dans l'éther. Il est sans odeur; sa saveur est douce , piquante , aro- 
matique. Il faut toutefois être sur ses gardes en faisant cet essai , car il suffit 
d'en tenir une très-petite quantité (ce qu'on peut en prendre en y mouillant 
légèrement le bout du petit doigt) sur la langue pour en éprouver une mi- 
graine assez forte pendant plusieurs heures. Cette action sur le corps hu- 
main a été constatée par plusieurs personnes dans mon laboratoire , et je 
l'ai éprouvée plusieurs fois sur moi-même avant que je fusse certain qu'elle a 
des propriétés toxiques, 

» Je me propose d'analyser ce corps le plus tôt possible; je prévois toute- 
fois qu'il sera difficile de conduire régulièrement la combustion, et que ce ne 
sera qu'après plusieurs essais infructueux que j'arriverai à avoir des résultats 
sur lesquels on puisse fonder une formule exprimant sa composition. » 

CORRESP03VDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beacx-A,rts annonce que 
cette Académie a, sur la demande de l'Académie des Sciences, désigné trois 
de ses membres, MM Halevy, Caraffa et Spontini, pour prendre part au 
travail de la Commission chargée de faire un Rapport sur l.'orgue présenté , 
dans lavant-dernière séance, oar M. Achlin. 



( *49 ) 

L'Académie accepte le dépôt de deux paquets cachetés, présentés, lun 
par M. Jeax, l'autre par M. Brown-Seqdard. 

La séance est levée à 5 heures un quart. A. 



SUPPLÉMENT DE LA SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1847. 

M. Mobin présente à l'Académie la troisième partie de ses Leçons de 
Mécanique pratique professées au Conservatoire des Arts et Métiers, et en 
donne l'analyse suivante : 

« Ces Leçons ne sont que le développement de deux Mémoires que j'ai 
présentés le 23 octobre i843, à l'Académie des Sciences, sur le même sujet, 
et elles ont été, depuis cette époque, professées, à diverses reprises, au 
Conservatoire des Arts et Métiers. 

» Après un rappel succinct des principales données de l'expérience sur la 
formation et les propriétés de la vapeur, je fais connaître les expériences 
qui montrent dans quelles limites on peut employer la loi de Mariotte pour 
le calcul des effets de la détente dans ces machines, et je rapporte les ré- 
sultats des recherches les plus récentes sur la production de la vapeur dans 
les chaudières. 

» T/exposition des formules théoriques du calcul de l'effet utile des ma- 
chines à vapeur adoptées par M. Poncelet dans ses Leçons à l'École de 
Metz, est suivie de la discussion des hypothèses sur lesquelles elles sont 
fondées. De nombreux résultats d'observations faites avec l'indicateur de la 
pression en France et en Angleterre, justifient ces hypothèses, et montrent 
que, pour les machines bien proportionnées, il existe un rapport sensi- 
blement constant entre l'effet utile réel et l'effet théorique déduit de ces 
formules. 

» L'application des règles ordinaires du mouvement des fluides à la cir- 
culation de la vapeur depuis la chaudière jusqu'au cylindre, à travers les 
divers conduits et orifices qu'elle traverse, me permet de montrer l'influence 
fâcheuse qu'exercent les étranglements des passages, les proportions trop 
restreintes des orifices, l'emploi des tuyaux d'un trop petit diamètre, etc. , 
et explique comment, dans certaines machines mal proportionnées, il existe 
entre la chaudière et le cylindre des différences de pression parfois très- 
considérables. L'application de ces règles aux locomotives, et la compa- 
raison des résultats que l'on en déduit avec ceux qu'ont fournis les intéres- 

CK., i847 : i™ Semestre. {T. XXIV ,b° 7.} J3 



( 250 ) 

santés recherches de MM. Gouin et Lechatelier, montrent l'importance des 
bonnes proportions, et met sur la voie de plusieurs perfectionnements à 
introduire dans ces machines. 

» Comparant ensuite les résultats de nombreuses expériences faites au 
frein par divers observateurs, par les membres du comité de mécanique de 
la Société industrielle de Mulhouse, et par moi-même avec ceux des for- 
mules théoriques, j'en déduis les rapports de ces effets, et, par suite, les for- 
mules pratiques qui permettent de les calculer. Le résultat de cette discussion 
montre que les valeurs de ces rapports, que nous avions adoptées dès 
l'année i§32, M. Poncelet et moi, pour l'enseignement de l'École de Metz, 
diffèrent fort peu de celles que des expériences plus nombreuses ont 
fournies. 

» L'accord des formules pratiques à l'aide desquelles on peut calculer 
l'effet utile d'une machine établie avec l'expérience étant ainsi justifié, on 
ne peut, à l'inverse, déduire les dimensions qu'il convient de donner à une 
machine pour qu'elle produise un effet donné, et former des Tables de con- 
struction méthodiquement basées sur l'expérience. C'est ce que j'ai essayé de 
faire dans une série de Leçons , où je discute et compare, en outre, les règles 
auxquelles je parviens avec la pratique des bons ateliers de construction. Cette 
partie des Leçons contient aussi les règles à suivre pour proportionner les 
chaudières. 

» La relation qui s'établit entre les courses du piston et celles du tiroir, ou 
ce que l'on nomme la réglementation des tiroirs, exerce sur la distribution 
de la vapeur une influence considérable très-bien manifestée par les exem- 
ples que je fournis des diagrammes obtenus avec l'indicateur de la pression. 
Aussi ai-je cru devoir faire quelques leçons sur cet objet trop négligé par les 
constructeurs. 

» Enfin , l'ouvrage se termine par l'exposition d'une méthode graphique 
très-simple, que j'ai donnée, en i843, pour déterminer le moment d'inertie 
et le poids qu'il convient d'assigner au volant d'une machine à vapeur d'uis 
système quelconque, afin d'assurer à son axe de rotation un mouvement d'une 
régularité déterminée. » 



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(»5i ) 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

li'Aedémie a reçu, dans la séance du 8 février 1847, ' eB ouvrages dont 
voici 16 titres : 

Mémoires militaires de Vauban et des ingénieurs Hue de Caligny, précédé 
d'un Avint- Propos , par M. FavÈ, capitaine d'artillerie (avec 3 planches); 
tome Vi; in-8°. 

Choix dt Plantes nouvelles ou peu connues de l'Asie occidentale; par M. le 
comte JiUïERT et M. Ed. Spach; 19 e et 20 e livraisons; in-4°. 

Encycbpidie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; louvelle édition, publiée par MM. DlDOT, sous la direction de 
M. L. RE-Nim; 58 e et 5ç/ livraisons; in-8°. 

Histoire delà Médecine, depuis son origine jusqu'au XIX e siècle; par M. le 
docteur Reniuard; 1 vol. in-8°. (Cet ouvrage est adressé pour le concours 
Montyon.) 

Notice histcique sur l' Empoisonnement par l'arsenic, sur l'emploi de l'ap- 
pareil de Mark, et des autres moyens de doser ce toxique ; par M. F.-E. HlL- 
lairet (d'Anpulème). Paris, i847;in-8°. 

Déterminatin de la grandeur du Système solaire et de son orbite, ou suite du 
nouveau System de la marche des astres; par M. Deryaux. Vienne ; in-8°. 

Notice histonue sur la Poudre-Coton ; par M. Cottereau fils ; broch. in-8°. 

Bulletin de le Société d'Horticulture de l'Auvergne; 4 e année, i re livraison; 
janvier 1847; ii-8°. 

Académie desteiences, Arts et Belles-Lettres de Dijon, concours pour 1847 ! 
i feuille in-8°. 

Institut des Sords-Muets de Nancy (19 e année). — Distribution des Prix 
du 24 août 1846. 

Recueil de la Soiété Polytechnique; décembre 1846; in-8°. 

Journal de Chinie médicale , de Pharmacie et de Toxicologie; février 1847; 
in-8°. 

Revue zoologiqm, par la Société Cuviérienne , sous la direction de M. GuÉ- 
rin-Méneville? v j647, n° I er ; in-8°. 

Journal des Connaissances médico-chirurgicales; février 1847 ; in-8°. 

Annales de Thérapeutique médicale et chirurgicale et de Toxicologie; par 
M. Rognetta; février 1847; in-8°. 

Le Technologise, ou Archives des progrès de l'Industrie française et étrangère, 
février 1847; in-&°. 

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COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCffiNCES. 



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SÉANCE DU LUNDI 22 FÉVRIER 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Ministre de l'Instruction publique transmet ampliation de l'ordon- 
nance royale qui approuve l'élection de M. Civiale en qualité d'académicien 
libre. 

physiologie. — Note touchant les effets de l'inhalation de l'éther sur la 
moelle allongée; par M. Flourens. 

« I. On a vu , par mes précédentes expériences (i), quelle est l'action de 
l'éther sur la moelle épinière. 

» Quand on soumet un animal à l'action de l'éther, sa moelle épinière perd 
d'abord le principe du sentiment; elle perd ensuite le principe du mouve- 
ment,- et, ce qu'il faut bien noter, elle perd toujours le principe du sentiment 
avant de perdre le principe du mouvement. 

» Mais, enfin, il arrive un moment où elle perd tout à la fois le principe 
du sentiment et le principe du mouvement; et, cependant, l'animal continue 
à vivre : il vit, il respire encore. Comment cela se fait-il? comment cela peut- 
il se faire? 

» C'est ce que mes nouvelles expériences sur la moelle allongée vont 
expliquer. 



m) Comptes rendus, séance du 8 février, page 161. 

C.R., i84 7 , i"S«n«i™.(T.XXlV, IN°8.j 34 



f 254 ) 
» Mais , avant de venir à ces expériences mêmes, il me faut nécessairement 
reprendre les choses de plus haut. 

» IL J'ai prouvé, par les expériences que je soumis, en 1822, à l'Aca- 
démie, et qui, depuis, ont été répétées et confirmées par l'Europe entière , 
que les centres nerveux se composent de quatre parties essentiellement dis- 
tinctes, savoir : le cerveau proprement dit [lobes ou hémisphères cérébraux), 
siège exclusif des perceptions, de !a mémoire, du jugement, de la volonté, 
en un mot, de l'intelligence; le cervelet, siège d'une force demeurée jusqu'à 
moi inconnue, de la force qui équilibre, qui coordonne les mouvements de 
locomotion; la moelle allongée, siège du principe même de la vie, c'est-à- 
dire du principe premier moteur du mécanisme respiratoire, et nœud vital 
de tout le système; et la moelle épinière, siège du principe du sentiment et du 
principe du mouvement (r). 

» III. Or, en même temps que je donnais ces vérités nouvelles à la science , 
M. Charles Bell, cet illustre physiologiste, lui en donnait une autre non 
moins importante; il prouvait que, dans la moelle épinière même, le prin- 
cipe du sentiment et le principe du mouvement ont leurs sièges distincts : 
le principe du sentiment ayant le sien dans la région postérieure et dans les 
racines postérieures, et le principe du mouvement ayant le sien dans la 
région antérieure et dans les racines antérieures. 

» IV. Mais je reviens à la moelle allongée, sur laquelle portent plus par- 
ticulièrement aujonrd'huijnes expériences. 

» J'ai prouvé, en i8a3 (2), que dans ce qu'on appelle communément, 
et assez vaguement, moelle allongée, il y a un point particulier, déter- 
miné, circonscrit, qui est le siège du principe premier" moteur du méca- 
nisme respiratoire, par conséquent le siège du principe même de la vie, et, 
par conséquent encore , le vrai nœud vital du système nerveux -entier. 

« Il y a, disais-je alors (3), dans la moelle allongée, un point dont la 
» section produit l'anéantissement subit de tous les mouvements inspira- 
» toires, et ce point se trouve à l'origine même de la huitième paire (4)» 
» origine qu'il comprend dans son étendue , commençant avec elle et finis- 
» sant un peu au-dessous. » 

! 1 ) Voyn mes Recherches expérimentales sur les Propriétés et les Fonctions du Système net- 
veux (2 e édition, 1842), pages 1 et suivantes. 

(2) Jbid., pages 196 et suivantes. 

(3) Ibid. , page 200. 

(4) Nerf pneumogastrique. 



( a55 ) 

« C'est à ce point, disais-je encore, qu'il fant que tontes les autres par- 
» lies du système nerveux tiennent, pour que leurs fonctions sexercent. Le 
» principe de Y exercice de l'action nerveuse remonte doue des nerfs à la 
» moelle épiuière, et de la moelle épinière à ce point; et, passé ce point, 
» il rétrograde des parties antérieures de l'encéphale aux parties posté- 
» rieures, et des parties postérieures à ce point encore (i). » 

» V. On a maintenant tous les éléments de la question que je veux ré- 
soudre, et je passe à mes nouvelles expériences sur la moelle allongée. 

» Première expérience: sur un chien. — On a soumis l'animal à l'inhala- 
tion de 1 ether. 

» Au bout de trente-cinq ou trente-six minutes, le phénomène de Yéthé- 
risation ayant paru, on a mis à nu d'abord une portion de la moelle épi- 
nière dorsale , et, ensuite , la moelle allongée. 

b Gela fait, on a piqué la région postérieure de la moelle épinière, on a 
pincé, on a coupé les racines postérieures , et l'animal n'a rien senti. 

» On a pincé une racine antérieure, et il y a eu un léger mouvement 
de l'animal. 

» L'inhalation de l'éther a donc été prolongée pendant quelques minutes 
encore. 

» Ces quelques minutes écoulées, on a pincé une nouvelle racine anté- 
rieure, et l'animal ne s'est point mû; on a pincé, on a coupé les cordons 
antérieurs de la moelle épinière, et l'animal est resté immobile (a). 

» La moelle épinière avait donc perdu les deux principes du sentiment et 
du mouvement. 

» C'est alors qu'on a exploré la moelle allongée : on Ta piquée, et l'ani- 
mal a poussé un cri, et, en même temps qu'il poussait ce cri, il y a eu une 
contraction manifeste de la masse musculaire de la région cervicale. 

>< Deuxième expérience : sur un chien. — Au bout de vingt-cinq minutes, 
l'animai paraît complètement éthérisé. 



( i ) Voyez mes Recherches expérimentales sur les Propriétés et les Fonctions du Système ner- 
veux ; page 243. 

(2) Je remarque que je n'ai jamais vu la perte absolue de la motricité dans le nerf de 
l'animal éthérisé. Si l'on pince, par exemple, le nerf sciatiqne d'un animal éthérisé, alors 
même que les parties motrices de la moelle épinière ont perdu leurs forces, on voit les 
muscles auxquels le nerf se rend éprouver un léger frémissement. 

Cette survie de la motricité du nerf a la motricité de la moelle épinière est tout à fait compa- 
rable à la survie de la motricité du nerf, quand on a détruit la moelle épinière. 

34.. 



( 2 56 ) 

« On met à nu la moelle épinlère; la pression d'une racine postérieure 
produit une légère douleur. 

» On prolonge Véthérisation. 

» Au bont de deux ou trois minutes , on pince une nouvelle racine pos- 
térieure, et l'animal ne sent rien ; on pique, on coupe les faisceaux posté- 
rieurs, et l'animal ne sent rien non plus. 

» On passe aux racines et aux faisceaux antérieurs; on les pince, on les 
pique , on les coupe, et i'animal reste immobile. 

» Cette insensibilité, cette immotricité de la moelle épinière étant bien 
constatées , on examine la moelle allongée, déjà mise à nu. 

» On la touche, et il y a un frémissement marqué de tout l'animal, en 
même temps que des contractions très- manifestes dans les muscles cervicaux. 

» Je coupe alors la moelle allongée dans ce point déterminé, que j'appelle 
le nœud vital du système nerveux; et ce qui, en pareil cas, arrive pour 
l'animal qui est dans son état ordinaire, arrive de même pour l'animal qui 
est éthérisé, c'est-à-dire l'anéantissement soudain de tous les mouvements 
respiratoires, c'est-à-dire la mort soudaine. 

» Troisième expérience: sur un chien. — Même mise à nu de la moelle 
épinière et de la moelle allongée, dès que l'animal paraît éthérisé; même 
perte du sentiment et du mouvement dans la moelle épinière; même per- 
sistance de l'un et de l'autre dans la moelle allongée; enfin, même mort su- 
bite de l'animal à la section du point vital de la moelle allongée. 

» VI. Je n'ajouterai pas de nouvelles expériences. Qui ne voit, en effet, 
que la solution que je cherchais est trouvée? 

» La moelle épinière de l'animal perd tout principe de sentiment et de 
mouvement; et cependant l'anima! vit encore, parce que l'action de sa 
moelle allongée survit, en lui, à l'action de la moelle épinière. 

» En d'autres termes , quand on soumet un animal à l'action de Yéther, ses 
centres nerveux perdent successivement leurs forces dans un ordre donné : 
les lobes cérébraux perdent d'abord leur force , c'est-à-dire l'intelligence ; 
puis le cervelet perd la sienne, c'est-à-dire l'équilibration des mouvements 
de locomotion ; puis la moelle épinière perd les siennes , c'est-à-dire le prin- 
cipe du sentiment et le principe du mouvement; enfin la moelle allongée 
survit seule dans son action, et c'est pourquoi l'animal survit aussi : avec la 
disparition de l'action de sa moelle allongée 7 disparaît la vie. 

» VII. Après avoir fait, avec Yéther sutfurique , les expériences qu'on 
vient de voir, et plusieurs autres encore que je ne puis rapporter ici, j'ai 
voulu essayer d'antres étbers. 

» VIII. J'ai commencé par Yéther chlorhydrîque. 



( 257 ) 

» Avec le concours de mes deux aides-naturalistes au Muséum, MM. Aug. 
Duméril et Philipeaux, j'ai soumis un animal à l'inhalation de cet acide. 

» Au bout de trois minutes, l'animal est mort, mais d'une mort acciden- 
telle et qui ne tenait point au nouvel éther, ainsi que deux autres expé- 
riences me l'ont bientôt appris. 

« Dans ces deux autres expériences, l'effet de V éther chhrhjdrique a été 
absolument le même que celui de V éther sulfurique. 

» V éther chîorhjdrique a produit, de même, l'insensibilité générale, 
l'insensibilité de la région postérieure et des racines postérieures de la moelle 
épinière, et enfin Y immotricité de la région antérieure et des racines anté- 
rieures de cette moelle. 

» Seulement, et ceci est une circonstance qui peut avoir son impor- 
tance , X éther chlorkfdrique agit beaucoup plus promptement que Y éther 

sulfurique. 

» Au bout de douze minutes , X éthérisation chîorhjdrique est complète ; 
et de même qu'elle arrive bien plus tôt que Y éthérisation sulfurique, elle 
disparaît aussi bien plus vite. 

.> IX. Dans trois expériences successives, faites avec Y éther nitrique, l'a- 
nimal a constamment succombé dans l'espace compris entre une et deux 

minutes (i). 

» X. L'inhalation de l'alcool, que j'ai tentée plusieurs fois, ne m'a ja- 
mais rien donné de semblable au singulier phénomène de Y éthérisation. 

» Avec l'alcool , l'animal devient ivre ; mais il ne perd jamais ni le senti- 
ment ni le mouvement. 

» XI. Je continue ces diverses expériences. 

» XII. En attendant les résultats nouveaux qu'elles pourront me donner, 
celles qui précèdent suffisent pour établir : 

» i°. Que l'action de Xéther sav les centres nerveux est successive et pro- 
gressive ; et , i° que cette action successive va d'abord aux lobes cérébraux 
et au cervelet, puis à la moelle épinière , et puis à la moelle allongée. 

» Ainsi l'animal perd d'abord l'intelligence et l'équilibre de ses mouve- 
ments ; il perd ensuite le sentiment et le mouvement ; quand il a perdu 
le sentiment et le mouvement, il perdrait bientôt la vie. 



i'ij Le sang de l'animal soumis à Véther sulfurique brunit beaucoup; celui de l'animal 
sot! mis à Véther chîorhjdrique reste beaucoup plus rouge : à la vérité , l'expérience dure 
beaucoup moins de temps. Le sang de l'animal , soumis à Véther nitrique, devient presque 
iout à fait noir, ou, plus exactement, d'une couleur brun-chocolat toute particulière, 
it les chairs ont la même couleur que le sang. 



( a58 ) 

» C'est là ce qu'il faudra désormais que le chirurgien ait constam- 
ment présent à l'esprit : l'éther, qui ôte la douleur, ôte aussi la vie; et 
t 5 agent nouveau que vient d'acquérir la chirurgie est , à la fois , mer- 
veilleux et terrible. » 

Remarques de M. Magendie sur le Mémoire de M. Flourens. 

« Je ferai, sur la lecture que vient de faire notre honorable confrère, 
quelques observations. Son Mémoire contient deux parties distinctes: l'une 
est une sorte d'abrégé historique, l'autre a trait à de nouvelles expériences. 

» Dans la première partie, M. Flourens émet une opinion nettement 
formulée sur une question qui m'est tout à fait personnelle. Il attribue à 
Charles Bell la découverte des fonctions des racines rachidiennes. Or je 
crois avoir des droits incontestables à cette découverte. Aussi n'est-ce pas 
sans une extrême surprise que j'ai entendu mon honorable confrère s'exprimer 
d'une manière aussi affirmative. Si je ne connaissais son bon vouloir, j'aurais 
pu me méprendre sur ses intentions et les regarder comme des plus désobli- 
geantes. Toutefois, comme une pareille assertion ne tendrait à rien moins 
qu'à dépouiller la physiologie française d'une des découvertes les plus 
importâmes de ce siècle, je prie M. Flourens, lorsqu'il imprimera son 
Mémoire, de mettre en note l'indication précise des ouvrages du physiolo- 
giste anglais, où se trouverait signalée la découverte dont il s'agit. Ce n'est 
pas trop exiger, je pense, de l'impartialité de notre confrère. » 

Réplique à M. Magendie. 

M. Flourens répond qu'en attribuant, comme il l'a fait, la découverte 
du siège distinct de la sensibilité et de la motricité dans la moelle épinière 
à M. Charles Bell, il s'est borné à suivre l'opinion commune. Personne ne 
désire, plus que lui, de voir M. Magendie détruire cette opinion; personne 
ne sera plus heureux que lai de pouvoir proclamer française une des plus 
belles découvertes de la physiologie. 

Réplique de M. Magendie. 

« M. Flourens vient de dire que l'opinion qu'il a émise est assez généra- 
lement répandue pour que je ne sois pas étonné de l'entendre répéter, il 
ajoute que c'est à moi d'établir que la découverte m'appartient , et non 
à lui de prouver qu'elle ne m'appartient pas. Je ne puis accepter cette logique. 
Je sais que plusieurs ouvrages de physiologie associent le nom de Charles 
Bell au mien, lorsqu'ils traitent de la découverte des fonctions des racines; 



( a5 9 ) 
niais M. Flourens va beaucoup plus loin : il m'enlève, et cela, devant l'Aca- 
démie des Sciences, moi présent, toute participation à cette découverte. Sans 
doute M. Flourens n'a pas parlé sans y avoir réfléchi, sans avoir par-de- 
vers lui des preuves; or ce sont ces preuves que je lui demande et que j'ai 
le droit d'exiger. Quand il les aura fait connaître, je les discuterai; et, si de 
nouveaux documents, dont je ne soupçonne pas l'existence, établissent que 
la découverte est la propriété d'un autre, M. Flourens peut être bien con- 
vaincu que je renoncerai hautement à ma prétention : jusque-là , je maintiens 
que Charles Bell est complètement étranger à la découverte; je déclare mon 
confrère mal informé, et son assertion de tous points inexacte. » 

Suivent quelques observations relatives aux propriétés des éthers chlorhv- 
drique, acétique, azotique, etc. 

Réplique de M. Floure.ns. 

« Je ne crois pas que, dans la séance de l'Académie, M. Magendie se soit 
servi du mot exiger. Du moins, ne l'ai-je pas entendu. Quoi qu'il en soit, je 
ne puis exposer ici les raisons de mon opinion, ne les ayant pas présentées, 
lundi dernier, à l'Académie. Je les présenterai lundi prochain. J'ajoute que 
mon honorable confrère les réfutera très-facilement sans doute, car la prin- 
cipale tient au silence même qu'il gardait, depuis quelque temps, sur ce 
point; et je répète que personne ne sera plus heureux que moi de pouvoir 
n'attribuer qu'à lui seul la belle découverte dont il s'agit. » 

Remarques de M. Balard à l'occasion des divers éthers employés par 
M. Flourens dans ses expériences sur les animaux. 

A l'occasion de la lecture de la Note de M. Flourens, M. Balard fait re- 
marquer que, malgré la similitude des dénominations, l'éther que l'on désigne 
ordinairement sous le nom d'éther nitrique, et qui n'est, en réalité, que 
l'éther nitreux , diffère beaucoup, par sa constitution chimique , de l'éther or- 
dinaire , tandis que l'éther chlorhydrique est généralement regardé comme un 
composé très-stable, du même ordre que l'éther ordinaire, et dans lequel 
l'oxygène que renferme celui-ci serait remplacé par une quantité équivalente 
de chlore. Il est remarquable, malgré la grande différence dans la volatilité 
de constater entre ces deux corps une ressemblance d'action qui , si on ne la 
retrouvait que dans ces deux composés, pourrait, jusqu'à un certain point, 
être comparée à cette similitude d'action vénéneuse que M. Laurent a signalée 
dans quelques alcalis organiques et les mêmes espèces chlorées et modifiée* 
ainsi par substitution. 



( a6o ) 

M. de Gasparin fait hommage à l'Académie d'un exemplaire du troisième 
volume de son Cours d'agriculture (i). {Foir au Bulletin bibliographique.) 

MÉMOIRES LUS. 

mécanique appliquée. — Mémoire sur l'équilibre des corps solides, dans les 
limites de leur élasticité, et sur les conditions de leur résistance, quand les 
déplacements éprouvés par leurs points ne sont pas très-petits; par 
M. de Saevt-Vesakt. 

(Commission précédemment nommée.) 

« I. Les formules de la mécanique dite moléculaire ont été basées, jus- 
qu'à présent, sur la supposition que les déplacements des divers points des 
corps élastiques auxquels on les applique sont extrêmement petits, de ma- 
nière que la ligne de jonction de deux points quelconques ne change jamais 
que très-peu, non-seulement de longueur, mais encore de direction dans 
l'espace. 

» Or il s'en faut bien que cette condition soit remplie en vénérai : une 
lame mince peut être ployée de manière que ses deux bouts arrivent à se 
toucher, et un cyliadre d'un faible diamètre peut être tordu de plusieurs cir- 
conférences sans que l'élasticité, ni de cette lame, ni de ce cylindre, ait 
subi d'altération. 

». Il convient donc d'avoir des formules qui s'appliquent à des grandeurs 
absolument quelconques des déplacements, avec cette seule restriction, que 
les distances mutuelles de points très-rapprochés ne varient que dans une 
petite proportion, afin que la cohésion et l'élasticité naturelle subsistent. 

» 2. On y parvient en exprimant, au moyen des déplacements relatifs de 
deux molécules proches l'une de l'autre, le rapport de leur distance après à 
leur distance avant les déplacements, et en remarquant que, comme ce rap- 
port doit différer très-peu de l'unité, on peut développer le radical qui le 
représente, en négligeant le carré et les puissances supérieures de la quantité 
qui s'y trouvait ajoutée à l'unité; en sorte que l'expression de la nouvelle 
distance est toujours finie ou rationnelle, ainsi que celle de ses projections. 
On en déduit, pour les six composantes de pression sur trois plans quelcon- 
ques, des formules également finies et rationnelles en fonction des dépla- 
cements éprouvés. 



(i) La présentation de ce volume avait été faite dans la séance du i5 février; c'est par 
suite d'un oubli qu'il n'en a pas été fait mention dans le Compte rendu de cette séance. 



( a61 ) 

» Ces formules se simplifient en y introduisant les dilatations et les glis- 
sements en trois sens, c'est-à-dire : i° les proportions^, 3 r , 3. des allonge- 
ments de trois petites lignes matérielles passant par un point M du corps, et 
primitivement parallèles aux coordonnées se, jr, z ; 1° les petites dimi- 
nutions g yz , g zx , gxy éprouvées par leurs angles primitivement droits. On a 
pour une dilatation ~à x , et pour un glissement g } . z , eu fonction des déplace- 
ments quelconques £, 7? , Ç deM dans des sens parallèles aux coordonnées, 

d\ dV+drr+dV 



x dx ' idx 1 

_.... dt, fd^dj .__.. 
"? s dz dy \dy dz dy dz ' dy dz I ' 



dr, dt, (d±<}± dndr, dldï\ 



expressions dont les secondes parties disparaissent lorsque £ , ïj , Ç sont très- 
petits. Et l'on a toujours , pour la proportion de l'allongement d'une autre 
droite matérielle faisant primitivement les angles ce, S, y avec les axes, 

3 JC cos 2 a + 3 r cos 2 o+3;,cos 2 7 + g r .cos§cos7-|- g^cos-ycosa-l- g^cosacoso, 

d'où l'on déduit facilement que, lorsque les pressions sont prises sur les plans 
légèrement obliques dans lesquels se sont changés les trois plans matériels 
primitivement rectangulaires et parallèles aux coordonnées, on a , pour les 
six composantes, les mêmes expressions, en fonction des dilatations et des 
glissements, que lorsque les déplacements sont très-petits. 

» Le problème de la recherche de déplacements de grandeur quelconque 
des points de corps élastiques sollicités par des forces données, est donc 
posé en équation. 

>i Mais comme , dans le cas même des petits déplacements où les équations 
sont linéaires, on recourt rarement à leur intégration pour la solution des 
problèmes, il convient à fortiori, pour des déplacements quelconques, de 
les remplacer par ces équations plus simples qui expriment l'équilibre entre 
les forces extérieures agissant sur les pièces allongées habituellement em- 
ployées dans les constructions, et les pressions s exerçant à travers une de 
leurs sections transversales, pressions dont on exprime approximativement 
les sommes de composantes et les sommes de moments en divers sens, en 
fonction des changements de la longueur et des courbures de l'axe de la 
pièce, des rotations des rayons de courbure par rapport aux points des 
sections , et des degrés d'inclinaison que prennent ces mêmes sections primi- 
tivement droites et planes (i). 

" Comme ces diverses quantités ne dépendent que des déplacements 

;'i) Comptes rendus , 3o octobre, 6 et ?,o novembre i843; t. XVII, p. g4a , ro2o, 1 180, 
C. R , [84 7 , i« Semestre. (T. XXIV , N° 8. ) 35 



( 2Ôa ) 

relatifs de points peu éloignés les uns des autres, il n'y a que des modi- 
fications faciles à faire subir aux expressions de composantes et de moments 
dits de flexion et de torsion, trouvées dans le cas des petits déplacements, 
pour les adapter aux cas de déplacements quelconques. J'ai déjà donné quel- 
ques-unes de ces modifications, et les intégrations, soit exactes, soit ap- 
proximatives, de quelques-unes des équations d'équilibre des pièces (i), 
et je me propose d'en donner plus tard d'autres applications à des questions 
de pratique où l'on ne saurait calculer les déplacements comme très-petits» 
Aujourd'hui, je parlerai encore d'un élément nouveau qu'il convient d'in- 
troduire, en général, dans l'expression dujnoment de réaction de torsion 
des prismes. 

» M. Cauchy a reconnu le premier que ce moment n'est pas, pour un 
prisme à base rectangle, proportionnel au moment d'inertie de la section 
autour de son centre, comme on le croyait d'après une théorie ancienne : la 
résistance à la torsion est d'autant moins forte, pour même moment d'i- 
nertie, que les deux côtés de la section rectangle sont plus inégaux. J'ai 
montré que la différence entre sa formule et la formule ancienne tenait 
à ce que l'établissement de celle-ci supposait que la section primitivement 
plane reste plane, tandis qu'elle prend la forme gauche d'une aile de moulin 
à vent, ses éléments étant sollicités à s'incliner par les fibres qui leur étaient 
primitivement perpendiculaires et qui s'inclinent elles-mêmes sur l'axe. 

» Mais, en tenant compte de quelques termes de plus des séries données 
par M. Cauchy, on reconnaît, en outre, que la section, vers ses quatre 
angles, se ploie dans le sens de la torsion, de manière à rester exactement 
normale aux quatre arêtes du prisme devenues hélicoïdales. Et l'on voit fa- 
cilement, à priori, que les choses doivent se passer ainsi. En effet, on sup- 
pose que le prisme quadrangulaire n'éprouve, sur ses faces latérales, d'autre 
pression que la pression atmosphérique : cette pression n'a point de compo- 
sante parallèle aux faces où elle agit; or il résulte du théorème connu de 
réciprocité des composantes tangentielles de pression sur deux plans rec- 
tangulaires passant par un même point, que, vers les quatre angles, la 
pression intérieure, sur la section rectangle du prisme, a aussi des compo- 
santes nulles dans deux sens transversaux; donc elle agit, en ces points, 
perpendiculairement à la section, ce qui exige bien que les lignes maté- 
rielles primitivement normales à celle-ci soient restées normales, et que 
la section se soit inclinée, aux quatre angles , pour conserver cette normalité 
aux arêtes. 



(i) Comptes rendus, i« et i5 juUlet i844; t. XIX> p. /\o, et Journal de Mathéma- 
tiques pures et appliquées , 1 844 5 '• EL 



( a63 ) 

» Il suit de là que, outre le gauchissement précédemment signalé, dû à 
l'inégalité des deux dimensions transversales du prisme, il y a une deuxième 
espèce de gauchissement due aux angles saillants qu'offre la figure de la 
section. Le premier gauchissement aurait lieu seul pour une section ellip- 
tique, le second seul pour une section carrée; tous deux ont lieu pour une 
section rectangle, et ni l'un ni l'autre pour une section circulaire, qui, 
seule, reste plane après la torsion. 

» Il en résulte aussi que, pour même moment d'inertie de la section, 
un prisme à base carrée doit résister moins à la torsion qu'un cylindre. 

» C'est aussi ce qu'ont appris les expériences comparatives de Duleau (i) 
sur les résistances à la torsion des barres de fer carrées et des barres de fer 
rondes. La différence , qui a été trouvée d'un sixième pour même angle de 
torsion et pour même moment d'inertie, ne saurait s'expliquer par une 
différence de qualités de fers qui venaient des mêmes localités, ni par 
l'influence du forgeage : elle s'explique par la théorie ci-dessus. 

» J'ai vérifié expérimentalement cette théorie d'une autre manière; j'ai 
soumis à la torsion deux prismes de caoutchouc, de 20 centimètres de lon- 
gueur, l'un à base carrée, de 3 centimètres de côté, l'autre à base rectangle , 
de 4 centimètres sur 2. Les lignes droites, tracées transversalement sur leurs 
faces latérales avant la torsion, seraient restées droites et perpendiculaires à 
l'axe s'il n'y avait eu aucun gauchissement des sections; elles n'auraient fait 
que s'incliner sur l'axe du prisme à base rectangle, en restant droites, s'il 
n'y avait eu que le premier gauchissement. Au lieu de cela, ces lignes, par 
la torsion, se sont courbées en doucine ou en S, de manière que les extré- 
mités restaient normales aux arêtes, ce qui prouve bien le deuxième gau- 
chissement dont on vient de parler. 

» Ce point nouveau de la théorie de la résistance des solides paraît donc 
suffisamment conhrmé par les faits. Il donne le moyen de faire une correc- 
tion numérique aux formules, non-seulement de torsion, mais encore de 
résistance au glissement latéral des parties. » 

chimie. — De l'influence des alcalis dans divers phénomènes naturels, et 
en particulier du rôle que joue V ammoniaque dans la nutrition des ani- 
maux; par M. Fréd. Kchlmann. 

(Commission précédemment nommée.) 
«. J'ai été conduit, en i83g, à l'occasion de recherches sur la nature 



(1) Résumé des Leçons de M. Navier, sur l'application de la mécanique; deuxième édi- 
tion, n° 161, page io5. 

35.. 



. ( *64 ) 
des efflorescences des murailles , à constater que , dans toutes les pierres 
à chaux , il existe une petite quantité de potasse et de soude. Peu de 
temps après , j'ai reconnu la présence des mêmes alcalis dans un très- 
grand nombre de roches de composition diverse. En recherchant les con- 
ditions probables de la formation de ces dernières, j'ai été conduit à 
admettre que les alcalis ont dû leur servir de dissolvant, et qu'elles sont 
résultées de la décomposition de composés alcalins solubles, par leur contact 
avec l'acide carbonique emprunté à l'air. 

» A l'appui de cette opinion , j'ai fait voir que , lorsque l'on expose 
au contact de l'air une dissolution de silicate, d'aluminate ou de stannatede 
potasse, les acides sont déplacés à l'état gélatineux, et que leur contraction, 
lente et graduelle , leur donne bientôt une dureté comparable à celle des 
agates, des corindons et de l'acide stannique natif. 

» J'ai cherché depuis à expliquer comment ont pu se produire les infil- 
trations siliceuses qui remplissent souvent les coquilles fossiles. Les mêmes 
réactions paraissent être intervenues : mais ne peut-on pas admettre, en 
outre , que le carbonate d'ammoniaque , résultat de la décomposition de 
l'animal qui a habité la coquille , ait concouru à décomposer le silicate 
alcalin, et cela par une action continue; l'ammoniaque, après avoir cédé 
son acide carbonique pour déplacer la silice de sa combinaison avec la po- 
tasse , ayant pu ressaisir incessamment de l'acide carbonique au contact 
de l'air? Je ne présente ici cette opinion que comme une simple hypo- 
thèse; mais il résulte de mes recherches un fait important, et qui n'a 
rien d'hypothétique : c'est que la potasse et la soude sont universellement 
répandues dans le règne minéral, et que Ton peut aujourd'hui se rendre 
compte de l'existence de ces bases dans les plantes, quelle que soit la 
nature du sol sur lequel la végétation a eu lieu. 

» Après avoir recherché quel pouvait être, dans les formations diverses, 
organiques et inorganiques , le rôle assigné aux alcalis fixes, j'ai porté mon 
attention sur les circonstances où l'alcali volatil concourt à l'accomplisse- 
ment des grands phénomènes naturels. 

» J'ai successivement adressé à l'Académie les résultats de mes essais 
sur l'influence de l'ammoniaque dans la nitrification et dans la fertilisa- 
tion des terres, et, en dernier lieu, j'ai essayé de faire ressortir les rela- 
tions qui existent entre ces deux phénomènes. Aujourd'hui que je suis arrivé 
au terme de mes recherches sur ce point , il me reste à examiner quelle est 
l'influence de l'ammoniaque sur le développement des animaux. 

s Faut-il admettre, avec la plupart des physiologistes, que l'ammo- 
niaque, qui est si universellement répandue dans la nature, et qui intervient 



( s65 ) 

si efficacement, dans l'accroissement des végétaux, non-seulement ne peut 
être d'aucune utilité aux animaux, mais qu'elle doit même être considérée, 
dans la plupart des cas , comme nuisible et capable de jeter une profonde 
perturbation dans les diverses fonctions des animaux , et cela lorsque cer- 
taines espèces animales se rapprochent de si près des végétaux? Divers faits 
tne portent à douter qu'il en soit ainsi. 

» La première circonstance qui a appelé mon attention sur ce point, 
c'est que j'avais un jour remarqué, dans mes usines, la production d'une 
quantité considérable de coquilles d'eau douce dans un fossé qui recevait 
les eaux de lavage du noir animal. Porté ainsi à examiner la nature de 
cette eau, je me suis assuré qu'elle était légèrement alcaline , et contenait en 
dissolution, à la faveur du bicarbonate d'ammoniaque, une quantité notable 
de carbonate de chaux. Le développement et la multiplication de ces coquilles 
ont-ils été facilités, d'un côté, par le carbonate de chaux, dont elles sont 
presque exclusivement composées; d'un autre côté, par l'ammoniaque, dont 
l'azote a pu concourir à la nutrition de l'animal qui les construit? c'est là une 
opinion qui, si elle était confirmée par des faits plus nombreux et mieux 
caractérisés, jetterait un grand jour sur la formation d'une infinité de con- 
crétions calcaires produites par des animaux qui viveot dans l'eau. 

» Mais d'une simple hypothèse à un fait bien constaté il y a une grande 
distance. Cette distance, j'ai essayé d'en parcourir une partie, persuadé que 
la physiologie est intéressée à ce que la question soulevée soit vidée dans un 
sens ou dans un autre. 

» Il ne suffit pas d'établir qu'une infinité d'insectes ne se développent que 
sous l'influence ammoniacale, il importe de constater expérimentalement 
que l'ammoniaque peut directement concourir à la nutrition de certains ani- 
maux: et ce qui serait accepté comme probable, pour certains animaux 
d'un ordre inférieur, serait encore difficilement admis lorsqu'il s'agit des 
animaux qui, par la nature et la forme de leurs organes, se rapprochent de 
plus en plus de l'homme. 

» Disons, cependant, que certains animaux carnassiers vivent le plus 
souvent de chair corrompue, et j'ai d'ailleurs constaté que beaucoup de nos 
aliments, et notamment les viandes rôties, présentent une réaction ammo- 
niacale très-prononcée. 

« Quoi qu'il en soit, mon premier soin a été de rechercher si l'ammoniaque 
combinée avec un acide qui n'en modifie pas beaucoup les propriétés organo- 
septiques, si le carbonate d'ammoniaque enfin, état dans lequel l'ammo- 
niaque se produit principalement parla décomposition des matières azotées 
et dans lequel elle est répandue universellement, peut déranger les fonctions 
digestives des animaux; ou, au contraire, s'il est permis d'admettre qu'il 



( 266 ) 
puisse entrer dans la circulation, par la fixation de ses principes constituants 
sous la forme d'une matière organique. 

» C'est dans ce but que j'ai commencé une série d'expériences dont je 
viens soumettre à l'Académie les premiers résultats. 

» Pour juger du désordre que pourrait porter dans les fonctions animales 
le carbonate d'ammoniaque mêlé aux aliments , j'ai, cru devoir opérer sur des 
animaux adultes arrivés à un état de croissance et d'engraissement station- 
naire. J'ai fait mes expériences sur des petits porcs de l'espèce dite anglo- 
chinoise. Deux de ces animaux de même taille et de même âge, ayant un 
poids à peu près égal, ont été soumis à, une condition d'alimentation parfai- 
tement identique, avec cette seule différence, que, dans les aliments de l'un , 
j'ai fait ajouter chaque jour la dissolution de ioo grammes de carbonate 
d'ammoniaque. 

» Voici ce que j'ai remarqué : Le porc au régime ammoniacal a subi ce 
régime depuis plus de deux mois, sans qu'il soit possible encore de constater 
aucune altération dans sa santé. Des pesées , faites chaque semaine , ont 
donné des résultats qui établissent qu'il n'y a pas eu de dépérissement sen- 
sible déterminé par l'influence du sel alcalin, malgré l'odeur et la saveur si 
prononcées et si repoussantes qu'il présente. Voici ces résultats : 



JODHS DES EXPÉRIENCES. 


POHC 

à l'engrais 

ammoniacal , 

n° 1. 


PORC 

nourri avec les 

mêmes aliments sans 

ammoniaque, 

n° 2. 


Poids au 24 décembre 1846. . 
Id. 3i 


fcil 
76,00 

75,00 

77, 5o 
74, 3o 
72,00 
73,00 
73,5o 
75,00 
77,00 


fcU 
78,00 

76,00 

79>7° 
78,00 

79 > 00 
77,00 

78,50 

79» 5 ° 
81, 5o 


Id. 7 janvier 1847. • ■ • 
Id. i5 















» iUnsi, à 2 ou 3 kilogrammes près, les poids sont restés dans les rap- 
ports des poids primitifs, et, cela pendant deux mois, durant lesquels l'un 
des porcs a reçu en mélange avec ses aliments plus de 6 kilogrammes de 
carbonate d'ammoniaque. 



( 267 ) 

» Ce que ces résultats présentent de plus digne de remarque, c'est que, 
pendant toute la durée de l'expérimentation, l'urine et les excréments du 
çorc au régime ammoniacal, comme de celui au régime ordinaire, sont 
restés neutres et plus habituellement un peu acides. 

» Une différence importante existe dans la nature des urines, celle du 
porc soumis au régime ammoniacal paraissant beaucoup plus chargée d'urée, 
ainsi qu'il résulte de l'expérience suivante : 

» L'urine des deux porcs avait été recueillie en même temps après 
trente jours d'expérimentation ; elle était sensiblement acide. Après une 
putréfaction produite par un séjour d'un mois dans des flacons fermés, l'urine 
du porc au régime ammoniacal a pris une teinte vineuse, et l'autre est 
restée d'un jaune fauve. 

» L'urine provenant du régime ammoniacal était sensiblement plus alca- 
line que celle résultant du régime ordinaire; en opérant la saturation du 
liquide alcalin au moyen de l'acide sulfurique titré, j'ai pu me convaincre 
qu'il y avait dans la première un cinquième environ de plus de carbonate 
d'ammoniaque que dans la seconde. Pour opérer la saturation d'un litre de 
la première urine, il a fallu près de 6 grammes d'acide sulfurique mono- 
hydraté; tandis que, pour un même volume de l'autre, il n'en a fallu que 

4^,84. 

» Si le carbonate d'ammoniaque pouvait, par l'acte de la digestion, 
donner délurée, il serait raisonnable d'admettre qu'il peut concourir à la 
formation d'autres matières organiques azotées; mais, pour se prononcer 
d'une manière définitive sur la première question v il m'importe de constater 
les résultats d'expériences nouvelles, où je soumets au régime ammoniacal 
de jeunes porcs, pour reconnaître l'influence de ce sel sur leur croissance. 
J'entretiendrai ultérieurement l'Académie des résultats de cette nouvelle 
série d'essais, me renfermant, pour le moment , dans renonciation des quel- 
ques faits qui précèdent. 

» J'approfondirai la question au point de vue des objections qui peuvent 
être faites, à savoir : qu'une partie de l'ammoniaque peut s'échapper par la 
transpiration, et qu'une autre partie, saturée par des acides organiques , 
peut donner lieu à la formation du carbonate d'ammoniaque par la putré- 
faction. 

» Quoi qu'il en soit, il résulte des faits que je signale à l'attention des 
phygiologistes, que l'introduction d'une quantité très-considérable de car- 
bonate d'ammoniaque dans les aliments du porc ne change pas d'une 
manière appréciable ses conditions hygiéniques. Les chimistes poursuivront 
avec intérêt la question de savoir dans quelles circonstances les organes 
digestifs peuvent permettre la transformation du carbonate d'ammoniaque 



( 268 ) 

en urée , par une réaction inverse de celle par laquelle on convertit l'urée 
en carbonate d'ammoniaque. » 

ÉCONOMIE burale.— Sur un insecte qui nuit gravement aux moissons, dans 

l'arrondissement de Barbezieux, et sur les moyens de préserver les 

céréales de ses attaques ; par M. F.-E. Guéris-Méjvevule. (Extrait.) 
(Renvoi à la Section d'Économie rurale.) 

« Il existe autour de Barbezieux, dans un rayon de près d'une lieue , qui 
tend tous les jours à s'étendre, et probablement dans d'autres localités de la 
France, un très-petit insecte, nommé, dans le pays, aiguillonnier, lequel 
donne aux froments une maladie dont on a longtemps subi les effets sans en 
connaître la cause. Quand le blé approche de sa maturité, tous les épis des 
pieds attaqués par l'insecte tombent au moindre vent; les tiges, ainsi dé- 
pourvues de leurs épis, restent droites et apparentes parmi Jes épis murs et 
courbés par leur poids. On appelle ces tiges des aiguillons, et ces blés sont 
dits aiguillonnés. La perte causée par cette maladie s'élève au sixième, au 
cinquième et quelquefois même au quart de la récolte. 

» La maladie de l'aiguillon est produite par un insecte de l'ordre des 
Coléoptères, famille des Longicornes , classé dans l'ancien genre des Sa- 
perdes, et qui constitue un sous-genre nouveau, que je propose de nommer 
Calamobie (du grec chaume-vie). Cet insecte, ayant reçu primitivement le 
nom spécifique de Saperde grêle, devra , si l'on adopte mon sous-genre, être 
appelé Saperda (calamobius) gracilis. 

« Le petit longicorne en question paraît dans le courant de juin, quand 
les blés sont épiés et en fleur. Alors la femelle perce un petit trou dans la 
tige, près de l'épi, et y introduit un œuf. Comme elle a probablement plus 
de deux cents œufs dans ses ovaires et qu'elle n'en dépose qu'un dans chaque 
tige, et seulement dans les plus belles, dans celles qui portent les plus grands 
épis, il en résulte qu'une femelle peut infester plus de deux cents tiges de 
blé et faire tomber autant d'épis. 

» L'œuf, descendu ou tombé jusqu'au premier nœud du chaume, donne 
bientôt naissance à un petit ver ou larve , qui remonte dans le tuyau jusque 
près de l'épi, rouge circulairement ce tuyau en dedans, ne laissant intacte 
que lepiderme: l'épi , ainsi isolé, ne reçoit plus les sucs nourriciers, reste 
vide de grains, se dessèche quand les grains approchent de leur maturité, et 
tombe au premier vent. 

» Cette larve, après avoir affaibli ainsi riutérieur de la tige, près de l'épi, 
descend dans ce chaume, perce successivement ses nœuds, et va se loger au 
bas de la lige, à une hauteur de 5 à 8 centimètres au-dessus du sol, afin 
d'y passer l'hiver blottie dans une poussière composée de détritus et de ses 



(*6 9 ) 

excréments. Elle est arrivée à tout son accroissement et placée dans ce gîte, 
quand le blé est mûr, à l'époque de la moisson. 

» An commencement du mois de juin de l'année suivante, elle se méta- 
morphose en nymphe ou chrysalide, et, peu de jours après, l'insecte parfait 
éclôt , remonte dans le tube , se perce un trou avec ses mandibules ou dents, 
et sort pour recommencer le même cercle d'existence et les mêmes ravages 
dans nos céréales. 

a La larve, connue des agriculteurs de Barbezieux sous le nom d'aiguil- 
lonnier, peut supporter un froid très-vif sans périr; elle peut aussi passer un 
ou deux ans dans la paille sans se métamorphoser , quand cette paille n'est 
pas plantée en terre; mais elle finit par mourir faute d'humidité. Ainsi, 
quand on laisse le chaume sur la terre, les larves se conservent et subissent 
leurs métamorphoses l'année suivante, tandis que, si on les enlève avec la 
paille, elles ne se métamorphosent pas et finissent même par périr de séche- 
resse. 

« Ces habitudes des larves de se loger à 5 ou 8 centimètres au-dessus du 
sol, le besoin qu'elles ont de l'humidité de la terre pour vivre, indiquent 
suffisamment des procédés infaillibles de les détruire par des moyens simples, 
tout agriculturaux et faciles à pratiquer. En effet, il suffit de changer pour 
quelques années la manière de couper les blés, orges et avoines. Au lieu de 
les couper à i5 ou 3o centimètres du sol, comme on le fait à Barbezieux, 
et de laisser le chaume dans les champs pour fumer la terre, ce qui con- 
serve les larves pour l'année suivante, il faut couper les céréales très-près de 
terre, afin d'enlever ces larves avec la paille, ou bien couper comme à l'or- 
dinaire, mais faire arracher les chaumes et les faire brûler sur place; cette 
sorte d'écobuage donnera un bon engrais et fera périr en même temps les 
larves du Saperde grêle et celles d'autres espèces non moins nuisibles. » 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

économie rdrale. JRecherches sur la composition élémentaire de 

différents bois, et sur le rendement annuel de i hectare de forets; 
par M. Eue Chevandier. Troisième Mémoire. (Extrait par l'auteur.) 

(Commissaires, MM. Boussingault, de Gasparin, de Jussieu.) 

u Le but que je me suis proposé dans ces recherches était d'introduire, 
dans la détermination du produit des forêts, une méthode à la fois simple et 
précise, qui permît de comparer exactement, quant à leur production, 

C. R., 1847, '" Semestre. (T. XXIV, N« 8.) 36 



( 270 ) 

différentes forêts, soit entre elles, soit avec les terrains exploités par 
l'agriculture. 

» Dans mes Mémoires précédents , j'ai déterminé , pour différentes espèces 
de bois, le poids du stère et la composition élémentaire, que j'ai trouvée,.à 
très-peu d'exceptions près, constante pour chaque espèce, abstraction faite 
des cendres. 

» La quantité de ces dernières, au contraire, a été assez variable pour 
qu'il m'ait paru nécessaire de faire de nouvelles incinérations sur un plus 
grand nombre d'échantillons, avant d'appliquer les chiffres qui les concer- 
nent à des calculs stalistiques un peu étendus. C'est à cette étude qu'est con- 
sacrée la première partie de ce travail. 

» La seconde partie aura pour objet l'influence de la nature du terrain et 
du mode d'exploitation sur la production des forêts. 

» Le nombre total des incinérations a été de 524, savoir : Hêtre, g3 ; 
Chêne, 93 ; Charme, 73; Bouleau, 89; Tremble, 5g; Aune, 26; Saule, 17; 
Sapin, 46; Pin, 28. 

» La nature géologique du sol ne paraît pas avoir une influence marquée 
sur la quantité de cendres, au moins pour les bois durs. 



Les quantités moyennes de cendres résultant de 
mes analyses ont été, pour chaque espèce de 
bois : 


En confondant toutes les espèces de bois, on 
trouve : 


ESPÈCE DE BOIS, 


QUANTITÉ 

de cendres p. 100. 


QUALITÉS DU BOIS. 


QUANTITÉS 

de cendres p. 100. 




2,00 
';7 3 

1,65 
1 ,62 
i,38 
1 ,06 
1,04 
1 ,02 
o,85 


Rondinage de jeunes brins. 
Rondinage de branches. . . 


I ,23 

,,34 
1,54 

2,27 

















Pour pouvoir calculer et ramener à ses éléments les plus simples le 



( 2 7' ) 
rendement annuel d'une forêt, il faut d'abord connaître la quantité et la 
nature des produits exportables qui existent sur le sol au bout d'un certain 
nombre d'années de végétation; puis, déterminer les quantités de bois sec, 
et celles de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, d'azote et de cendres corres- 
pondantes, qu'il suffit ensuite de diviser par le nombre d'années comprises 
dans cette période, pour avoir la production moyenne annuelle. 

>> J'ai déterminé, par cette méthode, l'accroissement moyen annuel de 
16400 hectares de taiilis sous futaie, situés à partir du Donon, sur le revers 
occidental des Vosges, et dans les plaines qui s'étendent à leur pied. 

» J'ai calculé de même l'accroissement des futaies du grand-duché de 
Baden , en me servant des expériences nombreuses faites à cet égard par les 
soins de l'Administration forestière de Calsruhe, et je me suis assuré que les 
forêts du pays de Baden et celles des Vosges se trouvent placées dans des 
conditions comparables. 

» Les chiffres auxquels je suis arrivé, sont renfermés dans les tableaux 
suivants : 









ACCROIS- 






FCTAIES DO GRAND- DCCHÉ DE EADEK (*). 


NOMBRE 

d'expé- 
riences. 


ESSENCES. 


SEMENT 

moyen 
annuel 

par 
hectare, 

en 
mètres 
cubes. 


NOMBRE 

de 

stères 
corres- 
pondante 


BOIS SEC 

corres- 
pondant, 

en 
kilogr. 


Gneiss, granit, porphyre, grès bi- 
garré , marnes irisées , vieux calcaire 


23 
32 

27 
i5 

42 

86 


Chêne. 

Hêtre (montagn. moy.) 

Hêtre (hautes montag.). 
Charme. 

Sapin. 

Pin. 


5,221 

5,224 

4,55g 
4,008 

8,3o4 

7,33o 


7.57 

7.57 

C.fii 
5,8i 

12,04 

io,63 


k 
2900,81 

2994 >28 

2574 ,62 
2226,04 

3394,2i 

2798,71 


Gneiss, granit, grès rouge, grès bi- 
garré, vieux calcaire jurassique, nou- 
veau calcaire jurassique, molasse, 


Gneiss , granit, porphyre, terrains de 
transition , nouveau calcaire juras- 




Gneiss, granit, grès bigarré, muschel- 
kalk 


Granit, grès bigarré, maschelkalk, 




(*) Dans ce tableau, on n'a pas te 
d'éclaircies , qui augmenteraient d'em 


nu compte des produits intermédiaires r 
iron i5 pour 100 les chiffres donnés ici. 


ésultant < 


les coupes 



36.. 



( 272 ) 





K03IBRE 


ACCROISSEMENT B0ÏEK 
annuel par hectare , en 


TAILLIS S0DS FBTAIES d'eSSEHCES MÊLÉES ( Vosges ). 


d'hec- 






mm— 




tares. 


stères. 


fagots. 


bois sec, 
enkilogr. 


Forêt domaniale de Saint-Quirin : Grès vosgien et grès bigarré. 


li a 
6292,00 


6,46 


59 


2293, S7 J 


Forêts de M. le baron de Klinglin (affectation de Plaine-de- 








jt 




820,00 




55 


23o 9 , 16 ! 

s 


Forèts de madame la princesse de Poix (terrains de transi- 










7624,00 
1462,48 
495,43 


0,37 

7>4G 
6,3 7 
6,86 
2,90 


53 


1893,60 i 

2589,82 j 
2318,98 j 
494.52 | 
n37,25 j 








66 




64 
47 




i475,3i 




18181,40 


â. déduire pour parties des forêts de madame la princesse de 










Poix comprises dans les coupes examinées individuellement. 


1780,36 


de taillis 


sous futaies. 


16401 ,04 











J 



« Mais, pour le forestier comme pour l'agronome, le sol présente des 
degrés de fertilité différents, même dans des terrains appartenant à la 
même formation. Aussi les forestiers badois ont-ils eu soin de séparer leurs 
observations sur les futaies en cinq classes, ou « degrés de fertilité dé- 
» terminés par la composition du sol relativement à l'essence, par la pro- 
« fondeur du sol , le degré d'humidité , la quantité d'humus et l'exposition. » 

» J'ai suivi la même règle pour le classement des taillis sous futaies des 
Vosges; j'ai trouvé ainsi que ces taillis produisent, en moyenne : 



Accroissement moyen annuel par hectare en kilogrammes de bois sec. 



SATURE DE TERRAIS. 


DEGRÉ DE FERTILITÉ. 


Très- bon. 


Bon. 


Passable. 


Médiocre. 


Mauvais. 




» 
3 100 
2g55 
35o2 


1874 
233g 
2338 
2640 


.35 9 
1694 
1761 
2007 


1069 

» ■ 

.3g8 

l522 


797 

» 
» 



( *73 ) 

» On voit qu'indépendamment du degré de fertilité , la nature géolo- 
gique du sol a une influence marquée sur l'accroissement des taillis, et que 
ce dernier est d'autant plus faible que le terrain est plus perméable. 

» Cette influence de' la nature géologique du sol ne paraît pas avoir lieu 
pour les futaies; c'est qu'en effet les futaies régulières, en interceptant les 
rayons du soleil et en conservant dans l'ombre la surface du sol, maintiennent 
la fraîcheur de ce dernier, même lorsqu'il est très-perméable, et se trouvent 
ainsi dans les meilleures conditions de végétation toutes les fois que le terrain 
offre assez de profondeur pour permettre le libre développement des 
racines 

» Les taillis que j'ai examinés étant composés d'essences mêlées , pour 
pouvoir comparer leurs produits, dans chaque degré de fertilité, à ceux des 
futaies, j'ai réuni pour ces dernières les chiffres relatifs aux diverses essences 
sans tenir compte de la nature géologique du sol, puisque, dans toutes les 
observations faites sur les futaies du pays de Baden , elle n'a pas paru avoir 
d'influence appréciable sur l'accroissement. 

» Je suis arrivé ainsi aux nombres suivants, dans lesquels les produits in- 
termédiaires ont été compris, afin d'avoir le rendement moyen annuel 
véritable: 

Degré de fertilité. Très-bon 4 2 79 kilog. de bois sec. 

Id. ' Bon 3480 

Id. Passable 2849 » 

Id. Médiocre . 23g8 » 

Id. Mauvais 2082 » 

» On voit que, dans chaque degré de fertilité, ces chiffres sont supérieurs 
à ceux trouvés pour les taillis. 

-» Si donc on représente par l'unité l'accroissement des futaies dans les 
différents degrés de fertilité, on pourra exprimer celui des taillis en fractions 
décimales, et établir une série de coefficients exprimant le rendement relatif 
de ces forêts. 

» On peut aussi représenter par l'unité l'accroissement des futaies dans le 
degré de fertilité très-bon seulement; et par des fractions décimales, leur 
accroissement dans les autres degrés de fertilité , ainsi que celui des taillis. 



( * 7 4 ) 

Coefficients exprimant la production relative des futaies et des taillis ( en bois sec ). 



SATURE DE TERRAIS. 



Futaies du pays de Baden. 
Taillis [marnes irisées). 

là, ( m uschelkalt ) . . . 

là. ! jp'ès bigarré ) . . . 

Id. (grès vosgien)... 



Le proriait annuel des futaies étant 
pris pour unité dans chaque degré 
de fertilité. 



DEGRE DE FERTILITE. 



ï¥ès- 




Pas- 


Mé- 


bon. 


Bon. 


sable 


diocre 


1,00 


1,00 


1,00 


1,00 


0,82 


0.76 


0,70 


o,63 


0,69 


0,67 


0,62 


o,53 


0,72 


0,67 


0,59 


II 


n 


0,5} 


o,48 


0,45 



Mau- 
vais. 



o,38 



Le produit annuel des futaies dans le 
degré de fertilité très-bon étant 
pris pour unité. 



DEGRE DU FERTILITE. 



Très- 
bon. 



1,00 

0,82 
0,69 

0,7a 



Bon. 



0,81 
0,62 
o,55 
o,55 
o-44 



Pas- 
sable. 



0,66 

°>47 
0,41 
0,40 
o,32 



Mé- 
diocre 



o,55 
o,35 
o,33 
it 
0,25 



Mau- 
vais. 



°»49 



0,19 



» Je ne me suis occupé, dans ce Mémoire, que du produit brut des forêts, 
sans tenir compte de ia valeur relative des bois de service et des bois de feu , 
qui est tout à l'avantage des futaies, non plus que du jeu des intérêts com- 
posés que l'on représente ordinairement comme rendant , au point de vue 
financier, les taillis préférables aux futaies. Dans un prochain Mémoire , pu- 
rement forestier, je me propose de reprendre ces questions spéciales et de 
rechercher quel est, sous tous les rapports", le traitement le plus avantageux 
à adopter pour les forêts. 

Conclusions. 

» De tout ce qui précède , et dans la limite de mes expériences , je crois 
pouvoir tirer les conclusions suivantes: 

« i°. Les quantités centésimales de cendres contenues dans les bois sont, 
en moyennes générales : 

Pour les très-jeunes arbres, de i ,23 

Pour les corps des arbres plus âgés , de i ,34 

Pour les branches, de 1 ,54 

Pour les fagots faits avec des brindilles , de. . . . 2 ,27 

» 2 . Le produit moyen annuel, par hectare, de 16400 hectares de taillis 
sous futaies dans les Vosges est compris entre les limites, 

2, go stères et 47 fagots j chiffres correspondant ) dans le grès vosgien, 
7,46 stères et 100 fagots ) au produit moyen, ) dans les marnes irisées. 

Les quantités de bois sec , carbone, hydrogène, oxygène, azote et 



cendres, correspondant à ces chiffres, sont: 

Boissec. Carbone. Hydrogène. Oxygène. Azote, Cendres. 

Grès vosRien u&) 565 68 477 " ,6 

Marnes irisées a5 9 o «288 i5 7 1080 25 4o 

« 3°. Le produit moyen annuel (1), par hectare, des futaies du pays de 
Baden est compris entre les chiffres , 

6 mc ,68 c exprimant le 1 des futaies de Charme, 
i3 . 85 \ produit moyen ) des futaies de Sapin. 

,. Les quantités de bois sec, carbone, hydrogène, oxygène, azote et 
cendres, correspondant à ces chiffres, sont: 

Boissec. Carbone. Hydrogène. Oxygène. Azote. Cendres. 

Futaies de Charme ... . a56o 1245 i53 io 9 3 a5 44 

Futaies de Sapin 3 9 o3 i8 9 4 236 i5 9 5 3 9 3 9 

» 4°. Les forêts de la Forêt-Noire, dans le pays de Baden, et celles des 
Vosges sout dans des conditions de végétation comparables. 

» 5<>. L'accroissement des taillis varie avec la nature géologique du sol ; 
il est d'autant plus faible, que le terrain est plus perméable. 

» 6°. Cette influence de la nature géologique du sol ne paraît pas avoir 
lieu pour les futaies, pourvu qu'elles se composent d'essences bien appro- 
priées au sol. Leur accroissement va en augmentant avec l'âge, jusqu'à un 
maximum après lequel il décroît. 

» f. En classant les forêts d'après le degré de fertilité du sol, on trouve 
que les meilleurs taillis (marnes irisées, degré de fertilité très-bon) pro- 
duisent en moyenne, par hectare et par année, 35oo kilogrammes de bois 
sec environ; tandis que les plus mauvais taillis (grès vosgien , degré de fer- 
tilité mauvais) n'en produisent que 800 environ. 

>, On trouve de même que les meilleures futaies (toutes essences con- 
fondues) produisent en moyenne, par hectare , 43oo kilogrammes de bois 
sec , et les plus mauvaises 2 100 environ. 

» 8°. Enfin en comparant , pour chaque degré de fertilité, l'accroissement 
des futaies à celui des taillis dans différents terrains, on trouve que le pre- 
mier est toujours de beaucoup supérieur, et qu'en le prenant pour unité, 
l'accroissement des taillis sera exprimé par des coefficients d'autant plus 
petits, que le degré de fertilité sera moindre: d'où il résulte que, plus le 
terrain est mauvais, plus il y a avantage à traiter la forêt en futaie , toutes les 



ti) Y compris les produits intermédiaires résultant des coupes d'éclaircies. 



( 27 6) 

fois que le sol présente assez de profondeur pour permettre le développement 
des racines; mais ici, l'appropriation de l'essence au terrain devient une con- 
dition indispensable du succès. » 

physiologie. — Nouvelles observations sur les effets de l'inhalation de 
l'éther pendant les opérations chirurgicales ; par M. Ladgier. 

» i°. La jeune fille qui a subi, le 22 janvier, l'amputation de la cuisse, 
et dont j'ai entretenu l'Académie dans ma Note précédente, n'a éprouvé 
aucun accident depuis l'opération. Elle avait eu, comme je l'ai dit , un rêve 
extatique qui lui faisait voir Dieu et les anges. Elle n'a eu, que je sache, 
aucune autre espèce de rêve, et l'effet de l'éther a paru dissipé aussitôt 
qu'elle a été reportée dans son lit. Il faut reconnaître, du reste, que si des 
rêves erotiques se montrent sous l'influence de l'éther', ce ne sera point 
chez des jeunes filles déjà malades depuis longtemps, affaiblies par de lon- 
gues douleurs et par des accidents variés. 

1; Le moignon est dans un très-bon état, la cicatrice est fort avancée; 
mais je n'attribue en aucune façon à l'éther l'absence des accidents consécu- 
tifs: je ne vois pas ce qui pourrait me conduire à cette conclusion. A plus 
forte raison , je ne vois ce qui pourrait motiver une conclusion contraire. 

» 2 . Le 26 janvier, j'ai fait l'amputation de la jambe droite à une femme 
de quarante- trois ans, affectée de gangrène spontanée du pied et de la 
partie inférieure de la jambe. 

» Elle a respiré l'éther cinq minutes. Après ce temps, elle a paru assoupie, 
elle ne répondait plus aux questions adressées, ne donnait aucun signe de 
sensibilité lorsqu'on la pinçait : épreuve qui a été répétée plusieurs fois. Son 
pouls, devenu très^fréquent, était presque insensible, ce qui m'a déterminé, 
à ne pas pousser plus loin "l'inhalation ithérée. D'ailleurs, j'ai cru la ma- 
lade endormie; elle n'était, comme elle l'a dit ensuite,* qu'étourdie par la 
vapeur d'éther, mais elle était déjà dans un état qui l'empêchait de ré-~ 
pondre. J'insiste sur ce fait, parce qu'il s'est offert chez un autre de mes 
opérés; que d'autres chirurgiens l'ont aussi observé, et qu'il rend quelque- 
fois incertaine l'époque où l'on doit commencer l'opération. 

» J'ai donc fait l'amputation; mais la malade a senti les douleurs qu'elle 
cause depuis la première incision jusqu'à la ligature des vaisseaux. Peut-être 
ses douleurs ont-elles été moins vives qui si elle n'avait pas respiré l'éther; 
cependant ses plaintes, toutes modérées qu'elles fussent, ont duré autant 
que l'opération. Depuis, il n'y a eu aucun accident, et la plaie est presque 
entièrement cicatrisée. La cicatrice est déjà solide dans les deux tiers de la 



( 2 77 ) 
plaie d'amputation. Je crois que cette malade n'avait pas respiré assez 
d'éther; mais pouvait-on continuer l'inhalation sans inconvénient? 

« 3°. Mon troisième opéré a subi l'amputation de la cuisse pour une tu- 
meur blanche du genou avec luxation spontanée de la jamhe. Il a respiré 
l'éther trois minutes et demie sans la moindre hésitation, sans toux; et au 
bout de ce temps, il était endormi. Son sommeil était calme. L'opération a 
été pratiquée sans qu'il ait manifesté la moindre douleur. Il était pansé lors- 
qu'il s'est réveillé deux minutes après le pansement. 

» Il n'avait rien senti , et un des assistants lui ayant demandé s'il voulait 
être opéré, il a dit qu'il y consentait volontiers. Pendant plus de vingt mi- 
nutes, il est resté dans une sorte de demi-ivresse calme. Il ne pouvait croire 
qu'il eût été amputé, et me demandait toutes les deux ou trois minutes, s'il 
était vrai que l'opération fût faite. Chaque fois je lui faisais voir qu'il n'avait 
plus sa jambe, et que sa cuisse était pansée. 11 semblait interdit, et renouvelait 
quelques instants après la même question. Dans cet état, il ne ressentait au- 
cune douleur à la plaie d'amputation ; cette insensibilité s'est prolongée deux 
heures moins un quart. Au bout de ce temps, il a éprouvé quelques douleurs 
qui ont cédé assez promptement aux calmants administrés. 

» L'opération a été faite le 3i janvier; depuis lors aucun accident local ou 
général. La plaie du moignon est cicatrisée dans les quatre cinquièmes de 
son étendue. 

» C'est là, ce me semble, un des faits les plus concluants eu faveur de 
l'inhalation d'éther appliqué à la chirurgie. 

» 4°. Le 1 1 février, j'ai pratiqué à un jeune homme l'excision d'un sta- 
pbylôme de la cornée et de l'iris, opération courte, mais fort douloureuse. 
Il a respiré l'éther pendant neuf minutes; c'est le premier exemple que j aie 
vu de cette ivresse bruyante et accompagnée de mouvements désordonnés, 
signalée par d'autres chirurgiens après l'inhalation de l'éther. Le pouls, 
très-petit et lent au commencement de l'expérience , était devenu plus fré- 
quent et plus fort après quelques minutes. La face offrait l'expression de 
l'ivresse ; au lieu de manifester de l'hilarité , il avait une sorte de délire 
nerveux larmoyant, et avec des sanglots dans la voix. Il nous adressait force 
injures en anglais (c'est un palefrenier employé aux courses de chevaux). 
Je tentai de l'opérer, puisque, dans un état analogue, la plupart des ma- 
lades se sont montrés insensibles; mais, au moment où je traversai le staphy- 
lôme avec un ténaculum, il manifesta une vive douleur, et fit un mouvement 
violent de la tête en arrière, qui me força d'interrompre l'opération. Je le 
rendis un peu plus calme par quelques inspirations éthérées , et je pus acbe- 

C. li. , i»i-j, I e "- Semestre. (T. X.X1V, N°8.) ^7 



(:a?8 ) 
ver l'excision du stapbylôme. Après quelle fut terminée , il recommença ses 
cris et ses mouvements désordonnés, frappant avec violence le parquet de 
ses pieds, et jetant le troue à droite et à gauche, I! avait souffert pendant 
l'opération, avait entendu et compris tout ce qu'on disait autour de lui, 
sans pouvoir, disait-il, y répondre. Il avait senti qu'on le pinçait dans les 
premières minutes; mais, plus tard, il ne faisait plus de mouvements an 
moment de ces stimulations. Depuis l'opération, point d'accidents ; mais , je 
n'hésite pas à le déclarer, si tous les opérés devaient tomber dans une exal- 
tation pareille, et conserver à ce degré la sensibilité physique, je renon- 
cerais immédiatement à l'inhalation de i'éther. 

» 5 U . Le lendemain, j3 février, je devais être amplement dédommagé. 
J'ai pratiqué, pour la troisième fois, l'amputation de la cuisse après l'inspi- 
ration des vapeurs éthérées, et le succès a été complet. Le malade était un 
jeune homme dont la jambe avait été écrasée par une roue de voiture pe- 
samment chargée. Avant de pratiquer l'amputation, j'ai fait respirer l'ether ; 
mais ii a fallu vingt minutes pour obtenir un sommeil calme et l'insensibilité : 
celle-ci a été complète. On a prolongé le sommeil par l'inhalation de l'éther, 
interrompue et reprise jusqu'à la fin du pansement. Le malade a déclaré 
n'avoir rien senti; il n'avait fait aucun rêve. Ii a recommencé à souffrir de 
la plaie d'amputatiou quelques minutes après avoir été remis au lit. Aujour- 
d'hui , 14, son état est des plus satisfaisants ; il a dormi plusieurs heures pen- 
dant la nuit, et j'espère le conduire à bonne fin. 

» Toutes les amputations que je viens de pratiquer, ont été faites selon la 
méthode circulaire; et comme, parmi elles, il y a trois amputations de 
cuisse, je suis en mesure de répondre à quelques doutes qui ont été soulevés 
dans le sein de l'Académie des Sciences. 

» On a pensé que le relâchement musculaire produit par i'éther pourrait 
peut-être nuire à la régularité et à la bonne conformation des moignons. Or 
c'est à ia cuisse, qui sert de type pour l'amputation circulaire, que cet incon- 
vénient devrait surtout se montrer. Je puis rassurer à cet égard les personnes 
qui ont éprouvé quelque crainte ; les moignons peuvent être très-régulière- 
ment conformés: c'est la contraction volontaire qui, chez certains individus, 
est suspendue par iether; quant aux propriétés de tissu, elles existent au 
même degré, D'ailleurs il est facile de faire, sur le cadavre, des moignons 
en cône creux , suivant toutes Ses règles de l'art. 

» J'ai vérifié aussi , dans ces diverses amputations , que pendant le som- 
meil profond , où l'insensibilité est complète, le sang artériel continue à être 
rouge, et se distingue très-bien du saug veineux. Je n'ai observé, dans la 



( 279 ) 
couleur du sang , aucun changement. Cela est suffisant pour rassurer dans la 
pratique. 

» Je ne conteste pas pour cela le résultat contraire que MM. Amussat, 
Blandin et Longet ont observé chez les animaux, qu'ils ont sacrifiés en con- 
tinuant l'inhalation de l'éther jusqu'à la mort; mais j'affirme que, dans le 
temps nécessaire à la pratique d'une amputation de cuisse faite sans préci- 
pitation, et à la ligature des vaisseaux, le passage du sang artériel à la cou- 
leur du sang veineux n'est point observé. J'ai appelé sur ce fait de physio- 
logie pathologique, l'attention de tous les spectateurs de l'amputation de 
cuisse, faite le 12 février. Et cependant, cetie fois, le sommeil n'était venu 
qu'après vingt minutes de respiration de l'éther, et l'inhalation , ainsi que je 
l'ai dit, a été continuée par intervalles jusqu'à la fin du pansement, peut-être 
en tout une demi-heure , la ligature des vaisseaux, par diverses circonstances 
accidentelles, s'étant prolongée au delà du temps ordinaire. 

» M. Magendie a dit que l'éther ayant, d'après ses recherches, la pro- 
priété de rendre le sang plus fluide, il se pourrait qu'il y eût, pendant les 
opérations et à leur suite, des hémorragies dues à l'inhalation de l'éther, 
et il a éveillé sur ce point l'attention des chirurgiens. Je n'ai point eu 
l'occasion de remarquer cet accident chez mes opérés; peut-être cette flui- 
dité plus grande du sang nest-elle observable qu'à une période plus avancée 
de l'intoxication par l'éther. 

» Faut-il que la mort ait eu lieu pour qu'on en fasse la remarque, comme 
dans les expériences de MM. Blandin et Longet? je ne saurais le dire; je 
me borne à établir, comme fait positif, qu'aucune disposition à l'hémorragie 
ne s'est offerte chez mes malades, et cependant ne dois-je pas ajouter que, 
si une fluidité anormale du sang avait lieu pendant la période de l'inhalation 
de l'éther à laquelle on vient de donner le nom de chirurgicale, parce 
qu'elle répond à la durée ordinaire des opérations , j'aurais dû , et les autres 
chirurgiens avec moi, voir des hémorragies par cette cause, puisque, dans 
les amputations, on ne lie que les vaisseaux principaux du membre, et 
qu'on abandonne sans les lier une foule de ramuseules artériels, qui de- 
vraient donner des hémorragies en nappes, si le sang était déjà fluide ;, 
cette époque. 

» En résumé : j'ai pratiqué jusqu'à ce jour trois amputations de cuisse 
pendant l'insensibilité la plus entière des malades obtenue par l'inhalation 
de l'éther. 

» Aucun accident n'a suivi ces opérations, ce qui prouve, du moins, que 
l'éther n'en produit pas nécessairement à la suite des grandes opérations. 

3 7 .. 



( a8o ) 

» La régularité parfaite des moignons peut être obtenue, malgré le re- 
lâchement musculaire, qui du reste n'est pas constant. 

.. Aucune hémorragie n'a eu lieu chez mes malades , et aucune tendance 
à cet accident ne s'est manifestée, ni pendant ni depuis l'opération. 

» La coloration noire du sang artériel ne s'est pas présentée chez mes 
opérés, et cette altération du sang artériel, de même que la fluidité anormale 
du sang, n'appartiennent pas sans doute à la période dite chirurgicale de 
l'inhalation de l'éther. 

» Enfin, les résultats de mes observations confirment donc de tous points 
les communications de MM. Roux et Velpeau, tandis qu'ils peuvent servir 
à diminuer les craintes que d'autres académiciens avaient montrées tou- 
chant l'application de l'éther aux opérations chirurgicales , et en particulier 
aux amputations. » 

physiologie. — Deuxième communication sur l'inhalation étkérée ; 

par M. Gekdy. (Extrait.) 

« Il résulte de l'ensemble des observations faites sur les inspirations éthé- 
rées, que les personnes malades ou bien portantes s'engourdissent sous 
l'influence de ces inspirations; que la sensibilité tactile générale devient 
de plus en plus obtuse, jusqu'à s'anéantir entièrement; que les divers sens 
spéciaux s'éteignent aussi successivement; que le sujet soumis à l'expérience 
en éprouve une ivresse variée, taciturne ou loquace, gaie ou triste, calme 
ou furieuse; qu'il peut rester éveillé ou s'endormir profondément; que, dans 
son sommeil , il peut alors concevoir des rêves agréables ou pénibles, ou n'en 
faire aucun. 

« A cet ensemble de faits plus ou moins variés et variables , j'ajouterai 
d'abord qu'il résulte de mes expériences sur moi-même, et d'expériences 
faites sur d'autres et par d'autres personnes, surtout quand on les répète 
un trop grand nombre de fois (de quinze à vingt-cinq fois en un ou deux 
jours), une irritation, un endoiorissement de la poitrine, une mauvaise bou- 
che, un dépoùt pour l'éther, un embarras et de la douleur de tête. J'ai éprouvé 
tous ces effets pendant dix ou douze jours, après vingt-cinq expériences répé- 
tées en deux jours. D'autres expérimentateurs ont éprouyé des symptômes 
analogues, qu'ils feront connaître sans doute, tels que de la fatigue, du 
tremblement musculaire, du malaise, des vomissements, etc., qui ont duré 
plus ou moins longtemps, et ont fini par se dissiper entièrement, pour ne 
laisser aucune trace. 



( *8i ) 
„ De plus graves accidents ont suivi encore l'inhalation éthérée ; des 
animaux léfé tués par des expériences analogues dont laction a ete exa - 
P érée à dessein, pour connaître toute la portée de 1 influence de le hei . 
une femme même a succombé I Avait-elle respiré lether jusqua ce degré 
qu'on a énergiquement appelé la cadavérisation? Je e crois; mais d esU.es- 
emportant qu'on le sache pour la conduite à tenir a 1 avenu. Eli avait eu 
un sein amputé; un érysipèletraumatique s'est promptemen développe et 
au quatrième jour de l'opération, la mort est survenue. A 1 autopsie, on a 
trouvé la muqueuse des bronches rouge, enflammée et les poumon en- 
goués M Jobert, si je ne me trompe, a assuré que léther netait pase ran- 
fer à la mort; il serait bien important que M. Jobert donnât des relève- 
ments sur ce fait, à cause du haut enseignement qui peut en ressortir. 

, La mort des chiens réclame aussi de nouvelles explications; car, ren- 
fermés dans des boîtes étroites dont l'atmosphère était à peine renouvelée , 
ils auraient bien pu périr, autant par la cause de l'asphyxie que par 1 action 

\ \° ^Observation d'éthérisation sur un homme opéré de polype des na- 
rines - Un homme de quarante-cinq ans environ, affecté de polype mu- 
aueux des narines , avec amincissement des os propres du nez, des apophyses 
montantes de la mâchoire supérieure, élargissement des cavités osseuses du 
nez, avec impossibilité de respirer par le nez, fut éthénse le 5 février ,847 
au matin, pour subir plus commodément l'opération de 1 extraction des 
polypes. Il lavait demandé lui-même. 

.Après des inspirations qui paraissaient assez bien faites depuis quatre 
à cinq minutes , il fut pris , avant d'être engourdi , d'une loquacité d abord 
«te, puis triste et larmoyante. Voyant, au bout de d,x minutes environ, 
qu'il parlait toujours , j'essayai la sensibilité, et il déclara sentir es piqûres 
L je lui faisais. Néanmoins, comme la sensibilité tactile générale me sem- 
blait déjà un peu engourdie, et que le malade me paraissait a ors mal res- 
pirer l'éther et peu disposé à s'endormir, je le menaça, de l'opérer de suite 
alors il me pria d'attendre encore quelques minutes, en m assurant qu.l 
allait s'endormir. Il se mit à respirer l'éther avec plus d'activité. Quelques 
minutes après , la sensibilité étant essayée de nouveau par une piqûre d épingle 
au sommet du front, sans prévenir le malade, je m aperçus quil ne sentait 
pas : dès lors je retirai l'appareil. J'en agis ainsi par prudence d abord, parce 
qu'il y avait un quart d'heure environ que les inspirions continuaient, et 
surtout parce que l'engourdissement me parut devoir être suffisant Le ma 
lade avait les yeux encore entrouverts; ses oreilles bourdonnant . d était 



( 282 ) 

sourd, comme il l'avait dit. Dès le commencement il ne parlait plus- son 
pouls nava.t pas changé.... Le volume du polype, l'étendue de ses nombreux 
prolongements, sa nature friable , nécessitèrent des manœuvres qui se nro 
longèrent pendant a« moins un quart d'heure. Or, quoique ces manœuvre* 
soient, pour les narines et les fosses nasales, chatouilleuses, désapréables" 
douloureuses; quoiqu'elles soient nauséeuses et accompagnées d'efforts con- 
vulsifs, de vomissements et de suffocations pour la gorge; quoique le san, 
qui secome dans le pharynx, et quelquefois dans les voies aériennes au *- 
mente encore ces sensations pénibles, ces angoisses cruelles qui les accom- 
pagnent, et causent des accidents de suffocation et des efforts de toux le 
malade resta , pendant tout le temps de l'opération , plongé dans l'insensibilité 
apparente la plus profonde. Il ne fit pas entendre la moindre plainte- sa 
figure resta constamment calme et tranquille : seulement il demanda une 

ol a nt e H d p raSSer ^ b0UChe deS Cai!, ° tS d8 »"« <*« ^' "dent pénétré en 
coulant des narines antérieures. 

- L'opération achevée, il resta encore un certain temps engourdi; mais 
toujours les yeux ouverts, à demi voyants, et comprenant ce qu'on faisait 
sans s'en plaindre. ~ ' 

» Aujourd'hui , samedi 6 février, il se plaint seulement d'un peu de mal de 
tête, et les fonctions n'offrent aucun trouble. 

>• L'engourdissement ou le malade a été plongé a donc suffi, sans sommeil 
m perte de connaissance , à le préserver des souffrances d'une opération 
des plus pembles. il n'est donc pas toujours indispensable ni absolument 
nécessaire de pousser 1 ethérisation jusqu'à la perte de connaissance, et sur- 
ent a la cadaverisation, pour opérer les malades; enfin il n'est pas non plus 
toujours indispensable de continuer les inspirations pendant les opérations 
pour arracher les malade, à la douleur. Ces conséquences sont on ne peu* 
pas plus importantes pour la pratique. 

» a°. Un fort de la halle , de quarante ans environ, est entré dans notre 
servie avec un phlegmon considérable qui avait envahi la fesse gauche tout 
entière, et qui setendait même au delà. J'essayai d'abord d'en prévenir la 
suppuration par une forte application de sangsues, mais ce fut inutile- la 
suppuration survmt, et ,1 se produisit un abcès considérable. Oblké d'en 
faire I ouverture, comme les parties enflammées souffrent bien dus d'une 
incision que les mêmes parties quand elles sont dans l'état sain , je lui pro- 
posai delethenser. Il accepta, et fut exercé avant l'opération. Néanmoins 
au moment de (opération, n'ayant pu que l'engourdir imparfaitement et 
nullement le faire dormir, je me déterminai à lui ouvrir P son £££ 



( a83 ) 

pousser 1 ethérisation plus loin : l'incision fut de 10 à 12 centimètres. Quoique 
peu courageux, le malade la sentit exécuter, mais sans crier, et tout en se 
plaignant que 1 ethérisation ne l'eût pas endormi. Il avoua avoir peu souf- 
fert : la douleur consécutive fut également très-modérée. 

» 3°. Une jeune femme, qui portait un abcès aigu survenu à la suite 
de la lactation , fut engourdie. Elle me paraissait déjà endormie , que , 
sans plus attendre, j'incisai la tumeur. Vers la fin de l'incision, elle poussa 
un cri assez fort; après quoi elle s'endormit plus profondément encore 
qu'elle ne l'était, bien que j'eusse suspendu l'éthérisation immédiatement 
avant de pratiquer l'incision. Elle se réveilla bientôt, et déclara n'avoir 
pas souffert, quoiqu'elle eût crié, et elle ajouta qu'elle ne pouvait con- 
cevoir pourquoi elle avait crié. Il paraît qu'elle avait crié comme ceux qui 
crient après avoir été éthérisés, sans subir d'opération. 

» 4°- Pô jeune homme auquel je devais pratiquer un séton à la nuque fut 
éthérisé. Il tombait dans l'assoupissement quand ses membres se roidirent. 
Il se releva tout à coup en disant qu'il souffrait dans les membres et que 
l'éther lui donnait des sensations pénibles qu'il ne lui avait pas occasionnées 
la veille. Cependant il recommença l'inspiration de l'éther et parut s'engourdir 
au bout de quelques minutes. Pour ne pas porter trop loin l'influence stupé- 
fiante, je pratiquai l'opération. Il poussa des cris prolongés, et, le séton 
passé, il déclara avoir assez vivement souffert. 

» Chez ces quatre opérés, l'éthérisation n'a été mise eu usage qu'après 
qu'on les y avait soumis la veille, pour leur apprendre à la bien employer, et 
pour observer son influence sur chacun d'eux. 

» Néanmoins ils ne l'ont pas tous aussi bien pratiquée que la veille, et ils 
n'en ont pas non plus éprouvé les mêmes effets que la veille. A quoi cela 
tient-il? 

»• Conséquences. — Après ces observations et les réflexions qu'elle m'ont 
suggérées, je me demande s'il ne conviendrait pas d'employer toujours de 
l'éther rectifié pour diminuer les causes des variations que l'on observe dans 
les divers individus. De nouvelles expériences faites sur moi-même me por- 
tent à croire qu'on en retirerait d'ailleurs d'autres avantages. 

»> Le fait de l'individu qui a subi une opération d'extraction de polypes 
du nez, opération si longue et si pénible sans en éprouver la moindre fatigue 
quoiqu'il ne fût pas endormi, ne permet-il pas d'espérer qu'il en sera de 
même pour beaucoup d'opérés? ne permet-il pas aussi d'établir en principe 
qu'il n'est pas indispensable de pousser l'éthérisation jusqu'au sommeil? 
n'est-il pas permis de penser encore que l'éthérisation portée au delà du 



( 284 ) 

sommeil, jusqu'au refroidissement, au ralentissement du pouls, est dange- 
reuse? enfin n'est-il pas permis d'espérer qu'il pourra fréquemment suffire 
de déterminer un engourdissement général, même sans sommeil, pour dimi- 
nuer beaucoup la douleur des opérations et la rendre très-supportable? 
C'est pour cela que je n'ai pas cberché à produire un sommeil profond chez 
mes quatre derniers malades , et que je me suis hâté de les opérer. » 

physiologie. — Observations relatives aux effets de l'inhalation de Ve'ther 
sur les animaux et sur l'homme. (Note de M. Amdssat.) 

« Les phénomènes produits par l'inspiration de la vapeur d'éther sur les 
animaux sont les mêmes que sur l'espèce humaine : les animaux éprouvent 
tous les signes de l'ivresse; ils tombent sur le côté sans pouvoir se relever, 
deviennent insensibles à toutes les opérations qu'on leur pratique, et ne 
tardent pas à revenir lorsqu'on cesse l'expérience, ou succombent si on la 
prolonge. 

» Le sang artériel, au lieu d'être rouge, présente une couleur foncée 
presque noire, analogue à celle du sang veineux: ce changement dans 
l'aspect du sang n'a lieu qu'à une période avancée de l'inhalation ; du reste 
le sang artériel reprend sa couleur ordinaire dès qu'on cesse de faire res- 
pirer à l'animal des vapeurs d'éther. 

». Si l'animal succombe, le sang est noir et liquide. M. Flandin, ayant 
analysé le sang immédiatement après la mort, y a constaté la présence de 
l'éther (pendant la vie, il nous a été impossible d'enflammer les gaz expirés). 
Avant l'expérience, les muscles coupés se rétractent beaucoup, tandis que, 
pendant une période avancée de l'inhalation, la rétraction est très-bornée, 
comme l'avait déjà pensé M. Lallemand; on observe aussi une différence 
dans la couleur des chairs qui sont décolorées. 

» Les viscères intérieurs nous ont presque toujours offert des traces de 
congestion évidente. Le cœur est très- distendu, il ressemble à celui des ani- 
maux qui succombent par l'introduction accidentelle de l'air dans les veines. 
Le ventricule et l'oreillette droits contiennent une grande quantité de sang 
noir liquide. Les poumons sont colorés en rouge foncé , leur parenchyme 
est de même couleur. Le foie est gorgé* de sang noir qui s'écoule en nappe, 
lorsqu'on incise cet organe. Les reins sont violets, par la quantité de sang 
qu'ils contiennent. La rate, au contraire, est aplatie et a conservé son vo- 
lume ordinaire. Les vaisseaux de la dure-mère fournissent nne notable 
quantité de sang, et la pie-mère est fortement injectée. Quant à la pulpe 
cérébrale , quelquefois elle est légèrement piquetée ; le plus souvent elle a 



( ^85) 

conservé son aspect normal. Le liquide cérébrospinal nous a paru moins 

abondant. , . A 

„ [/ensemble de ces lésions me parait démontrer que la mort doit etie 
attribuée à une sorte d'asphyxie résultant de la pénétration de lether dans 

le sang. . , . 

, Les faits que j'ai observés sur l'espèce humaine sont au nombre de ttoi*. 
Dans le premier, c'était un Anglais âgé de vingt-trois ans. Après 1 inhalation 
de l'éther , il fut pris d'une très-grande agitation , d'un délire gai ; il tut im- 
possible de l'opérer. Dans le deuxième , il s'agit d'une jeune femme qui avait 
des polypes des fosses nasales. Une première fois, je la soumis à 1 inspiration 
de la vapeur d'éther; mais, soit à cause de l'impureté de 1 éther ce qui es 
très-probable, soit par toute autre cause, elle fut prise d'envies de vomir et 
d'un malaise très-grand: elle n'était pas devenue insensible. Le surlendemain, 
je recommençai l'opération; mais, cette fois, j'employai de lether rectihe. 
j'obtins une 'insensibilité complète et des phénomènes hystériques tres- 
prononcés,quise montrèrent de nouveau lors d'une troisième opération 
pratiquée sur la même personne. Je pense donc, d'après ce fait, qu'il faut 
faire choix, pour les applications chirurgicales et pour les expérimentations, 
d'un éther toujours identique, de concentration toujours égale, qui , servant 
pour tous les opérateurs, fasse disparaître une des causes de la différence 
observée dans les phénomènes. Le troisième fait est relatif à une jeune fille 
âgée de dix-huit ans, qui porte, dans l'épaisseur de la joue droite, une 
tumeur variqueuse que j'ai déjà cautérisée plusieurs fois et qui est en voie 
de guérison. Comme cette jeune personne souffrait beaucoup chaque fois 
que je l'opérais, je lui proposai de la soumettre à la vapeur d'éther; elle 
accepta sans difficulté, et, après quatre minutes d'inspiration , j'introduisis 
plusieurs fois un trois-quarts porte-caustique dans la joue sans que la malade 
témoignât la moindre sensibilité. En se réveillant, elle ne voulait pas croire 
qu'elle avait été opérée et riait aux éclats. Le lendemain, aucune douleur 
locale ni réaction. Toutes les autres opérations, qui avaient été bien moins 
longues que celle-ci, avaient été , au contraire, suivies de réaction fébrile et 
de douleurs vives dans la joue. Ce dernier fait nous a paru fort important, 
puisqu'il permet de comparer la même opération sur la même personne, 
faite à huit jours d'intervalle, avec ou sans éther, et il prouve que le défaut 
de réaction a été en rapport avec l'absence de douleur. » 



C. R., 1847, 1 er Semestre. (T XXIV, N° 8.) JO 



( 286 ) 

physiologie.— Expériences entreprises dans le but de reconnaître si les 
gaz exhalés par un animal soumis à l'inhalation de l'éther peuvent 
s' enflammer par l'approche d'un corps en ignition , et si Von peut craindre 
pour le sujet soumis à l'expérience quelque danger dû à cette cause. 
(Note de M. La.\dodzy.) 

« Des craintes ayant été émises sur les désordres qui pourraient se pro- 
duire dans les voies respiratoires, si un corps en ignition était approché 
d'un malade soumis à l'inhalation de l'éther, j'ai fait, sur les animaux, une 
série d'expériences propres à éclairer cette question, qui a de ttmportance 
au point de vue chirurgical, puisqu'un grand nombre d'opérations nécessi- 
tent l'emploi de la lumière artificielle. Ces expériences, répétées sur des 
chevaux, sur des lapins et sur des chiens, ont toujours produit des résultats 
identiques qui conduisent aux conclusions suivantes : 

» i°. Lorsqu'on approche de la bouche ou du nez un corps eu ignition, 
immédiatement après que l'appareil à inhalation a été enlevé, les vapeurs 
exhalées par l'animal s'enflamment subitement; ce nuage de feu dure au plus 
vingt secondes, et s'éteint spontanément, sans produire d'autre inconvénient 
qu'une légère brûlure des poils; 

» 2°. Lorsque l'appareil a été enlevé depuis plus d'une à deux mi- 
nutes, les vapeurs exhalées par la bouche ou par les narines cessent de 
pouvoir s'enflammer. 

» Ces conclusions sont contraires, dune part, aux craintes que plusieurs 
physiologistes avaient manifestées de voir la combustion des vapeurs éthe'- 
rées produire les plus graves lésions au sein de l'organisme; d'une autre 
part, aux assertions de quelques expérimentateurs qui n'ont pu enflammer 
les vapeurs éthérées chez les animaux soumis à l'inhalation. Je me suis 
servi, pour ces expériences, dether en ébullition, dans un flacon à très- 
longue tubulure. Cette tubulure était profondément enfoncée dans l'une 
des narines, l'autre étant maintenue ouverte ou fermée pour les besoins de 
l'expiration. » 

physiologie. — Sur l'emploi des courants électriques pour faire cesser 
instantanément les effets produits par l'inhalation de l'éther; par 
M. Buenos. 

« Si l'on soumet, dit l'auteur, à l'action de l'éther en vapeur, des poules, 
des pigeons, des moineaux, les phénomènes de l'intoxication éthérée durent 
de sept à huit minutes. Si, ensuite, on soumet ces oiseaux à l'influence de 



( 287 ) 

l'électricité , en les plaçant sur le tabouret isolant et leur faisant arriver un cou- 
rant positif, ils sortent de leur insensibilité eu (rente secondes; si on les 
met sur le conducteur électrique, l'effet se produit dans dix secondes; si 
enfin on les présente aux boules des conducteurs en agissant par secousses 
électriques , ils reprennent à l'instant leur vigueur. Daus leur état d ethéri- 
sation, si on les soumet à l'action de l'appareil simplifié de Clarke, les cou- 
rants magnéto-électriques leur rendent instantanément la sensibilité et le 
mouvement. 

» L'action de l'électricité négative , au lieu d'abréger l'éthérisation, semble 
prolonger cet état. » 

Les diverses communications relatives aux effets de l'éther, qui sont par- 
venues à l'Académie tant dans la présente séance que dans les séances anté- 
rieures, sont renvoyées à l'examen d'une Commission composée de MM. les 
membres de la Section de Médecine et de Chirurgie, et de MM. Arapo, 
Flourens et Dumas. 

médecine. - Sur un signe qui semble propre à faire distinguer la mort 
apparente de la mort réelle. (Lettre de M. Mandl.) 

« L'Académie s'occupe depuis quelques années de la question de la mort 
apparente et des moyens propres à constater la mort réelle. Permettez-moi, 
à l'occasion de ces travaux, de communiquer à l'Académie une expérience' 
facile à répéter, et dont l'exécution peut être confiée au premier venu. Le 
moyen que j'ai l'honneur de proposer, consiste dans l'examen des phéno- 
mènes organiques, indépendants de la sensibilité, qui se produisent à la 
suite de la brûlure, et surtout de celle au second degré. Les résultats que 
j'ai obtenus sont les suivants : 

» i°. La brûlure au second degré produit une ampoule chez les êtres 
vivants; 

» 2 . Rien de pareil ne se voit sur le cadavre; 

» 3°. Des expériences avec l'éther m'ont permis de constater que la sen- 
sibilité n'est pour rien dans la production de cette ampoule. 

» Toutefois, je n'oserais pas encore affirmer que l'ampoule se produit 
dans toutes les maladies, sur tous les individus, quoique cela me paraisse 
très-probable, quoique toutes mes expériences, tentées jusqu'à ce jour, con- 
firment ces prévisions; je demanderais pourtant la permission d'envoyer 

38. 



( a88. ) 
pius tard à l'Académie un travail complet à ce sujet, dans lequel j'aurais 
l'honneur d'exposer l'ensemble de mes recherches et des résultats obtenus. « 
Sur la demande de M. Serres, cette Note est renvoyée à l'examen de la 
Commission chargée d'examiner les pièces admises au concours pour le prix 
Manni. 

chimie. - Recherches sur l'acide sulfophosphorique et le chloroocjde de 

phosphore ; par M. Ad. Wdrtz. 

(Commissaires, MM. Dumas, Pelouze, Balard.) 

. Acide sulfophosphorique. - J'ai obtenu cet acide en combinaison avec 

la soude, qui forme avec lui un sel bien défini. Pour le préparer, on opère 

de la manière suivante : . 

„ On traite le chlorosulfure de Sérullas par un grand excès de lessive de 
soude moyennement concentrée : on introduit le tout dans un appareil dis- 
tillatoire, et l'on chauffe au bain-marie. Quand tout le chlorosulfure a dis- 
paru on laisse refroidir la liqueur, qui se prend ordinairement en masse, 
du io'ur au lendemain. On laisse égoutter les cristaux, on les lave avec un 
peu d'eau froide, et on les purifie très-facilement par plusieurs cristallisa- 
tions. L'équation suivante rend compte de la réaction qui se passe dans cette 

opération : p(a , s , ) + 6 HaO = P(0»S»), 3NaO + 3ClNa. 

» Il m'a été impossible d'isoler l'acide sulfophosphorique; car, à l'état de 
liberté, il se décompose avec une grande facilité, et déjà, à la température 
ordinaire, en hydrogène sulfuré et en acide phosphorique, comme le feit 
voir l'équation suivante : 

P0 3 S% 3HO + 2HO = P0 5 , 3HO + 2HS. 
, Le sulfophospbate de soude est très-soluble dans l'eau bouillante, et se 
dépose, par le refroidissement de la liqueur, sous forme de tables hexago- 
nales très-brillantes. Pour obtenir des cristaux bien formés, il faut aban- 
donner au refroidissement les dissolutions étendues. M. H. de la Provostaye 
a eu l'obligeance d'en déterminer la forme cristalline. 

„- Ces cristaux s' ef fleurissent à l'air sec; ils sont insolubles dans l'alcool. 
La formule du sulfophosphate de soude est , d'après mes analyses, 

PO s S 2 , 3NaO-4- 24HO. 
. L'acide sulfophosphorique est donc un acide tribasique, comme l'acide 

phosphorique ordinaire. 

„ Ladissolutiondn sulfophosphate trisodique est fortementalcahne, comme 



( 289) 
celle du phosphate correspondant. Le chlore, le brome et l'iode la décom- 
posent instantanément , en mettant le sonfre en liberté et en s emparant d une 
partie du sodium; la liqueur devient acide, et il se forme un phosphate, 
comme le fait voir l'équation suivante : 

PO>S% 3NaO + aCl = POS NaO + aQSa + S'. 

„ L'acide nitrique même, très-étendu, réagit d'une manière analogue; il 

transforme le sulfophosphate en phosphate, et il se dépose du soufre. Les 

ZtZ osants décomposent le sulfophosphate de soude en mettant 

îacide sulfophosphorique en liberté. Si l'on fait bouill r la Loueur, eehu-c. 

se décompose en hydrogène sulfuré et en acide pbosphonque. 

„ Le Jufophosphate de plomb est blanc au moment de sa precip.tat.oD, 
mais , au bout de quelques heures, il noircit en se transformant en sulfure de 
plomb et en phosphate, et la liqueur devient ac.de : 

PO 3 S 5 , 3PbO = PO%PbO + aSPb. 
. Cette décomposition s'opère instantanément, à la température de 

100 dearés. ,, 

„ Chloroxyde de phosphore. - Pour le préparer d une manière com- 
mode il suffit d'abandonner du perchlorure de phosphore dans un flacon 
mal bouché , ou dans un ballon à long col , dans lequel on introduit en même 
temps un tube rempli d'eau. De cette manière, le perchlorure se trouve 
exposé à une atmosphère de vapeurs aqueuses, et se résout peu a peu en 
un liquide, en dégageant continuellement de l'acide chlorhydr.que. Lu 
réaction se représente d'une manière facile par l'équation suivante: 

PC1 S + 2H0 = P(C1 3 0=)4- 2HCI. 
Dès que le perchlorure a disparu, on soumet le liquide à la distillation, en 
avant soin de rejeter les premiers produits qui renferment un grand excès 
dLide chlorhydrique. Le point d'ébullition monte rap.dement msqua 
, ,o degrés, où il se maintient. Le chloroxyde passe à cette température. 

. A l'état de pureté, c'est un liquide incolore et t.es-refnngent. bon 
odeur est irritante et rappelle celle du perchlorure de phosphore. Sa dens.te 
est de i°, 7 à .» degrés. Il bout à 1 .0 degrés. Il répand des vapeurs blanches 
à l'air ; mis en contact avec l'eau, il tombe d'abord au fond de ce hqn.de, et 
se dissout ensuite avec dégagement d'acide eblorhydrique et forn.at.on 
d'acide phosphorique. 

;. La formule du chloroxyde est 

P(C1 ! J ). 

» La densité de vapeur du chloroxyde est de 5,4»- 



( 290 ) 
» Si l'on jette un coup d'oeil sur quelques-uns des composés du phosphore, 
que j'ai précédemment étudiés, on ne peut méconnaître les rapports très- 
intimes qui les relient entre eux. Il me semble, en effet, qu'en prenant le 
perchlorure de phosphore pour point de départ, on peut former une série 
dont tous les termes appartiennent au même type; et dont quelques-uns 
dérivent les uns des autres de la manière la plus directe. On a, en effet: 

P 01= , perchlorure de phosphore ; 

P(CPS 2 ), chlorosulfure de Sérullas; 

PS 5 , persulfnre de phosphore ; 

PfC^Br 3 ), chlorobromure de M. Cahours; 

P(C1 3 S ), chioroxyde de phosphore ; 

P ( Cl 3 Ad' ) ? chloramidure de phosphore de M. Gerhardt ; 

PO 3 , 3H0, acide phosphorique ; 

P(0 3 S-}, 3 HO, acide sulfophosphorique; 

PHO% 2HO, acide phosphoreux; 

PEPO 3 , HO, acide hypophosphoreus. 

» J'ai fait beaucoup d'expériences dans le but de compléter cette série. 
J'aurais voulu préparer le chloroiodure PC1 3 I 2 et le chlorocyanure PCPQy 2 . 
Mais les essais que j'ai tentés à ce sujet ne m'ont donné que des résultats 
négatifs. 

»• Néanmoins, la série précédente est encore assez complète pour qu'il 
soit permis de la comparer aux séries que nous offre la chimie organique. On 
me pardonnera d'avoir insisté sur ce sujet, qui ne me paraît point dépourvu 
d'un intérêt tout actuel. Les cas de substitution, ceux de composition ter- 
naire, sur lesquels M. Fremy vient , de son côté, d'appeler l'attention des 
chimistes, sont encore très-rares en chimie minérale. Il me semble donc que 
les développements que je viens de présenter, sont de nature à faire entrevoir 
un champ encore peu cultivé de la science, et qu'ils contribueront peut-être 
à faire disparaître une des barrières qui séparent encore la chimie minérale 
de la chimie organique. » 

M. Dcfrésot présente, au nom de M. Achilie Demssb, professeur de 
minéralogie et de géologie à la Faculté des Sciences de Besançon, un Mé- 
moire sur la constitution minéralogiqne et chimique des roches des Vosges. 

L'auteur, suivant la méthode pratiquée, pour la première fois, par 
M. Goudier, a commencé par triturer les roches cristallines qu'il a étudiées. 
Il a eusuite séparé, sous le microscope, les éléments cristallins de ces 
roches, et il a analysé chacun d'eux. Ces analyses, dont on ne saurait rap- 
porter le résultat, l'ont conduit à reconnaître que les roches d'origine ignée, 



( 2 9> ) 
qui ont été formées à une même époque géologique, peuvent bien présenter 
des passages à d'autres roches qui en diffèrent par l'âge et parla composition 
chimique et minéralogique; elles peuvent aussi avoir éprouvé des altéra- 
tions dans quelques parties: mais ces altérations sont accidentelles, locales, 
et elles ne changent pas l'ensemble de la formation; enfin elles sont absolu- 
ment du même ordre que celles que l'on observe dans les caractères miné- 
ralogiques des terrains d'origine aqueuse. Comme résumé des faits qu'il 
a exposés dans ce Mémoire, M. Delesse pense qu'on peut établir, pour les 
terrains non stratifiés, le principe suivant : 

Le plus généralement, les roches de même âge ont même composition chi- 
mique et minéralogique; et réciproquement, des roches ayant même com- 
position chimique et formées de minéraux identiques associés de la même 
manière , sont de même âge. 

(Commissaires, MM.' Cordier, Élie de Beaumont, Dufrénoy.) 

physiologie. — Observations sur le développement du cœur chez le poulet; 
par MM. les docteurs Prévost et Lebert. (Extrait par les auteurs.) 

(Commissaires, MM. Duméril, Serres et Milne Edwards.) 

« Nous avons l'honneur de présenter à l'Académie notre cinquième Mé- 
moire sur le développement du cœur. Nous y sommes arrivés à des ré- 
sultats nouveaux et que nous croyons d'une assez grande portée pour la 
physiologie de la circulation en général. Voici les conclusions de ce cinquième 
Mémoire : 

» i°. Il y a un cœur primitif, divisé de bonne heure en deux portions 
semblables, chez les animaux qui présentent plus tard un cœur divisé- chez 
ceux où cet organe n'offre qu'un ventricule , le cœur primitif n'est point 
divisé; 

» 2 . Il existe un bulbe transitoire, divisé chez les Mammifères et le> 
Oiseaux, non divisé chez les Batraciens et les Poissons; 

» 3°. Le cœur permanent commence au-dessous du ventricule transitoire 
gauche, par le ventricule gauche permanent ; 

» 4°- Le ventricule droit permanent se forme plus tard au-dessous du 
ventricule droit transitoire ; le grand développement de gauche détermine sa 
position sur celui-ci; 

» 5°. Le bulbe transitoire est une partie du cœur entièrement différente 
du bulbe permanent de l'aorte ; celui-ci se forme beaucoup plus tard et seu- 
lement après l'apparition du ventricule gauche permanent : 



( 2 9 2 ) 

« 6°. II y a deux aortes primitives, comme l'a fort bien reconnu M. le 
professeur Serres; mais elles ne se soudent point entre elles pour former 
l'aorte permanente: celle-ci se forme entre les deux aortes primitives qui 
disparaissent, et la portion descendante de l'aorte permanente résulte de 
deux vaisseaux courts, qui sortent des sinus branchiaux au lieu où s'en dé- 
tachent les aortes primitives , et s'abouchent en avant sur la ligne médiane; 

» 7 . La portion de l'aorte permanente , qui se courbe en sortant du bulbe , 
coupe l'aorte descendante au-dessous de la jonction des racines, et non, 
comme on croyait , à la hauteur du troisième arc branchial ; 

« 8°. Dans le bulbe transitoire se forment deux vaisseaux qui se réunis- 
sent pour donner le vaisseau branchial, duquel partent les artères des arcs 
branchiaux. » 

ORGAKOGÉJNIE. — Formation de l'aorte; par M c Serres. 

« Dans la communication verbale que vient de faire notre honorable 
collègue, M. Milne Edwards, au nom de M. Prévost, de Genève, je n'ai pas 
bien saisi ce que Ton a nommé cœur provisoire; je n'ai pu saisir les carac- 
tères différentiels qui le distinguent du cœur permanent, lequel provient, 
comme on le sait depuis Malpigbi, de la transformation du canal car- 
diaque primitif. Dans le doute, je m'abstiendrai de toute observation. 

» J'en présenterai quelques-unes, au contraire, sur ce que l'on a dit de 
l'apparition d'une aorte nouvelle qui ne proviendrait pas des deux aortes 
primitives connues présentement de la plupart des anatomistes. Cette 
dualité primitive de l'aorte, constituant avec la dualité primitive de l'axe 
cérébrospinal du système nerveux l'un des faits primordiaux de l'organo- 
génie animale, ce n'est, je crois, qu'après un mûr examen et vérification 
qu'on peut admettre une aorte qui paraîtrait unique de prime abord. Dans 
tous les cas, et en présence de renonciation de ce fait, s'il existe, il me paraît 
nécessaire, dans l'état présent de cette partie d'une science si difficile, d'éta- 
blir d'après quelles observations la transformation des deux aortes en une 
seule a été établie. Le mécanisme de cette transformation, auquel je de- 
mande à l'Académie la permission de joindre les réflexions d'un embryo- 
péniste célèbre d'Edimbourg, M. Allen Thomson, sont de nature à suspendre 
le jugement des observateurs sur la disparition annoncée de ces deux 
vaisseaux primordiaux. 

» Mais, auparavant, j'éprouve le besoin d'ajouter quelques mots à ce que 
"vient de dire notre honorable collègue, M. Milne Edwards, sur le talent 
bien connu de M. Prévost, de Genève. 



( ^9 3 ) 

» Personne, mieux que moi, n'a été à même d'apprécier l'admirable 
travail qu'il a publié avec noire savant confrère, M. Dumas, sur les ébau- 
ches premières de l'embryon. Non-seulement j'ai rendu à nos deux célèbres 
physiologistes la justice que personne ne peut leur refuser; mais le premier 
j'ai reconnu et publié que plusieurs embryogénistes modernes s'étaient em- 
parés de leurs travaux sans faire mention de la source où ils en avaient puisé 
les éléments (i). Or, pour m'associer à une pensée que vient d'émettre, il y 
a un instant, notre honorable collègue, M. Flourens, je dirai que c'est pré- 
cisément à cause de cette valeur scientifique de M. Prévost qu'une obser- 
vation de la portée de celle qui est annoncée doit être soumise, pour son 
appréciation , à l'examen de l'Académie. Qui ne sait que Malpigbi a introduit 
dans la science la préexistence de l'embryon, d'après une interprétation 
erronée de ses propres observations? qui ne sait qu'une interprétation 
vicieuse des observations de Leuweuhoeck sur l'animalcule spermatique a 
porté Boerrhaave à supposer la préformation de l'axe cérébrospinal du sys- 
tème nerveux? qui ne sait enfin qu'une apparence trompeuse de la ligne 
primitive en a imposé, de nos jours, au célèbre micrograpbe M. de Baèr? 

» D'après ces exemples, et dans une science comme l'organogénie, où 
l'erreur nous menace de tant de côtés, où la vérité est si fugitive, si mobile, 
où l'observation pour la saisir dans sa durée éphémère, est si délicate, si 
difficile, quel est l'observateur qui pourrait se croire infaillible? 

» En demandant la nomination d'une Commission pour vérifier les faits 
annoncés, c'est donc soumettre indirectement à une vérification nouvelle un 
des faits qui m'ont le plus coûté de recherches, celui de la transformation 
des deux aortes primitives en une seule aorte; car, évidemment, si les 
Commissaires constatent la disparition de ces deux vaisseaux primordiaux, 
comment nous sommes-nous trompés , M. Allen Thomson et moi , dans les ob - 
servations qui suivent? comment, dans ce champ semé d'illusions microsco- 
piques, avons-nous pu voir se réunir deux vaisseaux qui n'existeraient plus? 

.. C'est ce que la Commission, si elle est nommée, vérifiera, et ce qui me 



(i) Ici je ne puis m'empêcher d'exprimer un regret : plusieurs fois , en répétant les obser- 
vations sur la formation du cœur et des vaisseaux, j'ai été en conférer avec mon honorable 
collègue, M. Dumas. Frappé, un jour , de la conformité des résultats auxquels nous étions 
parvenus , M. Dumas me montra un grand nombre de dessins inédits, qui font suite au travail 
qu'il a publié avec M. Prévost, de Genève: plusieurs sont relatifs au développement du cœur 
et des vaisseaux. Ceux qui ont médité le travail commun de nos deux physiologistes se join- 
dront à moi pour en réclamer la publication dans l'intérêt de l'organogénie. 

C. a., .8-i7, i« Semestre. { T. XXJV, N° 8.) d 9 



(*94) 

fait désirer qu'elle soit nommée ; car dans le mouvement présent de la 
science , l'organogénie a , par-dessus tout , besoin de faits bien constatés. 

» En attendant , voici le mécanisme de la transformation des deux aortes 
en une aorte unique, tel que nous l'avons observé, l'anatomiste d'Edimbourg 
et moi : 

« Dans son quatrième Mémoire d'anatomie transcendante, M. Serres 
» rend compte de plusieurs observations délicates qu'il a faites sur le dé- 
» veloppement de diverses parties du système vasculaire, et qui l'ont con- 
» duit à expliquer l'origine de quelques-unes des principales artères d'une 
» manière différente de celle qui est généralement reçue par ceux qui ont 
» écrit sur ce sujet, et à établir que toutes les artères uniques, situées dans 
.1 le plan médian du corps , ont été primitivement doubles , qu'elles ont été 
» formées parla réunion de deux vaisseaux, et que la dualité des artères 
» tend à l'unité , de dehors en dedans , en vertu des lois déformation de la 
» circonférence au centre, ou lois de symétrie et de réunion (i). 

» Les principales artères que M. Serres décrit comme formées et réunies 
» de cette manière, sont l'aorte, l'artère basilaire et l'artère calleuse du cer- 
» veau, ainsi que les vaisseaux artères ombilicaux dans le pédicule de l'al- 
» lantoïde. Il appuie ses conclusions sur la structure de ces artères dans le 
« fœtus chez les Oiseaux et chez les Mammifères, à une époque peu avan- 
» cée de leur développement, à l'état monstrueux, et dans les divers ordres 
» d'animaux vertébrés, à l'état adulte. 

» A propos de la formation de l'aorte, M. Serres rappelle l'observation 
» qui a été faite par la plupart de ceux qui ont étudié avec soin le déve- 
» loppement du poulet, et en particulier par Pander (Beitrage, etc., § i3 , 
» PL VIII) ; à savoir, que, vers la soixantième heure de l'incubation , l'aorte 
» du poulet consiste dans deux vaisseaux bien distincts l'un de l'autre dans 
» toute l'étendue de la portion abdominale de l'artère en question, là où 
» elle donne naissance aux artères de Yarea vascularia. 

» À cette époque, la portion abdominale de l'embryon se compose seule- 



(i) Dans la savante analyse que notre célèbre confrère TA, Chevreul a fait de nos travaux, 
il a proposé de substituer an mot de réunion ou de conjugaison , celui de loi àHhomœozygie. 
Depuis l'adoption de ce mot , l'ambiguïté que présentaient à l'esprit les mots de développe- 
ment de la circonférence au centre , de développement excentrique, ou centripète, a cessé. Les 
anatomistes étrangers, particulièrement, n'interprètent plus en sens inverse l'expression de ces 
règles de formation ; ils ne transportent plus à l'embryologie des formules applicables à I'or- 
-ganogénie, et déduites du mouvement qui s'opère dans les matériaux des organes en voie de 
développement. 



( * 9 5 ) 
» ment d'une colonne vertébrale rudimentaire, qui renferme la moelle épi- 
» nière; des portions latérales épaissies de la lame séreuse de la membrane 
» germinale, portions qui forment les parois de l'abdomen et du commen- 
« cernent des replis intestinaux à la surface inférieure. Toutes ces parties sont 
» encore situées, à peu près, dans le même plan que la portion horizontale 
» de la membrane germinale. A peu près au milieu de cette portion de l'em- 
» bryon , on voit les deux artères de l'aire vasculaire naître de l'aire trans- 
» parente et de l'aire vasculaire, tandis que les branches aortiques, avec les- 
» quelles elles sont en communication, constituent deux vaisseaux paral- 
» lèles situés des deux côtés de la colonne vertébrale, et s'étendant jusqu'à 
» l'extrémité de la queue , depuis le point du dos qui correspond au ventri-= 
» cule du cœur, point où ils se réunissent en un seul tronc. 

» Pander et M. Serres ont tous les deux désigné, sous le nom à'ombili- 
•• cales, les artères de l'aire vasculaire, circonstance qui a eu , jusqu'à un cer- 
» tain point, pour résultat d'obscurcir la description qu'ils ont donnée de 
i. ces artères. Pander, en effet, oubliant que les artères ombilicales propre- 
» ment dites , qui se distribuent sur l'allantoïde, sont produites par les por- 
« tions iliaques de l'aorte à une époque beaucoup plus tardive que les vais- 
» seaux de l'aire, suppose que la seule différence que présente la structure 
<•■ de l'aorte, dans le fœtus et dans l'animal adulte, consiste en ce que la di- 
» vision de ce vaisseau dans les artères iliaques a Heu plus haut ; mais il est 
•> évident que cela n'explique pas cette circonstance, que les artères de l'aire 
.. vasculaire du jaune (lesquelles, ainsi que l'indique leur nom plus ré- 
» cent et plus convenable d'omphalo-mésentérique, sont la continuation des 
» artères des intestins) naissent chacune d'une branche distincte de l'aorte. 

» M. Serres a encore observé que de la quarantième à la cinquantième 
» heure, c'est-à-dire immédiatement après que la circulation du sang a com- 
« mencé, le tronc aortique est double dans toute son étendue, depuis le 
» point où les branches naissent du bulbe du cœur jusqu'à l'extrémité de la 
» queue , et c'est, suivant lui, par la réuniou graduelle de ces deux vaisseaux 
» sur ligne médiane, que se forme l'aorte unique de l'adulte. 

« Baër, dont nous avons eu si fréquemment occasion d'admirer les soigneuses 
« recherches sur le développement, a aussi porté son attention sur l'état de 
» l'aorte aux premières époques de l'incubation; mais il ne paraît pas avoir 
« obtenu le même succès. Dans son histoire du développement du poulet 
« (Répertoire général d'Jnatomie et de Physiologie, t. VÏÏI, p. 72), il dit 
« que les deux vaisseaux dans lesquels le ventricule du cœur chasse le li- 
« quide qu'il contient vers la quarantième heure, après avoir contourné la 

3 9 .. 



( *9 6 ) 
» partie antérieure du canal intestinal, et s'être plongés dans un certain es- 
» pace, se réunissent probablement après avoir été séparés pendant un cer- 
» tain temps. Il ajoute que cette réunion ne peut pas toutefois être facilement 
» démontrée durant cette période , par la raison que ces vaisseaux , lorsqu'ils 
» arrivent au-dessous de la colonne vertébrale, semblent perdre leurs parois, 
» et que leur contenu est trop transparent pour en indiquer distinctement le 
« trajet (i). Cependant, d'après le même auteur, l'union de ces deux vais- 
» seaux peut facilement être démontrée avant la fin du second jour. 
- » Ces remarques de Baër, et la circonstance que M. Serres ne fait pas 
« allusion, dans sa description de l'état primitif double de l'aorte, à lexis- 
» tence des dix subdivisions branchiales de ce vaisseau , qui ont été décou- 
» vertes par Husehke , Ratké et Baër, et que nous avons décrites à la page 64 
» de cet Essai, et que, de plus, il ne nous a donné aucun renseignement sur 
» les moyens qu'il a employés dans ces investigations si difficiles, m'ont 
» conduit à regarder comme nécessaire de répéter les observations de 
» M. Serres, dans le but non-seulement d'en vérifier l'exactitude, mais en- 
» core de reconnaître les rapports des deux branches aortiques, décrites par 
■» M. Serres, avec les racines dorsales de l'aorte, formées par la réunion 
» des arcades branchiales de chaque côté de l'intestin. 

» La température étant fort basse à l'époque où j'ai fait mes obser- 
» vations, j'éprouvai beaucoup de difficulté à placer le poulet vivant dans 
« le champ du microscope , et à observer la circulation du sang pendant une 
>• période aussi peu avancée que celle où devaient se faire les recherches 
» dont il s'agit; aussi ai-je été obligé d'avoir recours à un autre mode d'ob- 
» servation, qui consiste à pratiquer des sections transversales du foetus 
» dans toute sa longueur, dans le but d'arriver à reconnaître la structure de 
» ses vaisseaux. Ce moyen n'est pas facile, mais c'est un de ceux qui donnent 
» les résultats les plus certains et les plus satisfaisants , et je suis arrivé ainsi 
« à confirmer les résultats généraux établis par M. Serres, relativement à la 
« duplicité de l'aorte pendant les premières périodes du développement 
» foetal chez les Oiseaux (1). 

(1) Cette observation de M. de Baër est très-exacte et elle a beaucoup d'importance pour 
l'étude de la marche des colonnes sanguines dans la circulation primitive. (S.) 

(2) C'est en répétant avec M. Doyère les expériences relatives à cette duplicité, que j'ap- 
pris de cezootomiste distingué l'existence des observations de M. Allen Thomson, qu'il eut 
l'obligeance de me traduire. 

M. Doyère, très-avancé dans ies études relatives à l'organogénie , a fait, sur cette partie si 
difficile de l'anatomie, des travaux de la plus grande importance, qui, malheureusement, 
sont encore inédits. (S.) 



( 297 > 
,. Dans le poulet, à la trente-sixième et à la quarantième heure de lïn- 
■> cubation (i) , c'est-à-dire un peu avaDt qu'ait commencé la circulation du 
„ sang et immédiatement après, j'ai vu deux vaisseaux naissant du bulbe du 
» cœur, contournant la face antérieure de l'intestin, et se continuant jus- 
» qu'à l'extrémité du fœtus, parallèles l'un à l'autre, tout en demeurant se- 
» parés dans toute leur étendue. Ces vaisseaux sont situés au-dessous de la 
» moelle épinière et de chaque côté de la chorda dorsalis (2), partie 
» qu'occuperont plus tard les corps des vertèbres. Les artères ompbalo- 
» mésentériques naissent de ces vaisseaux , beaucoup plus haut à cette époque 
» qu'à une époque plus avancée, et au premier coup d'œil, elles semblent 
. être les seules branches qui naissent des vaisseaux aortiques; mais un 
» examen attentif montre deux autres petits vaisseaux situés entre les artères 
, omphalo-mésentériques, et descendant un peu jusqu'au-dessous de l'en- 
» droit où ces dernières passent dans l'aire vasculaire : vers la queue de 1 em- 
» bryon, ces deux prolongements des vaisseaux aortiques semblent se 
» perdre dans un grand espace vide qui existe entre la lame vasculaire de la 
!. membrane et la chorda dorsalis. 

« Dans le poulet, à la quarante-huitième ou à la cinquantième heure, 
» c'est-à-dire à une époque où la circulation du sang est parfaitement éta- 
, blie dans l'aire vasculaire, mais où la seconde série des veines n'est pas 
» encore apparue, j'ai trouvé les deux vaisseaux aortiques réunis sur une 
» grande portion de leur longueur dans la région dorsale. Cette réunion 
„ paraît commencer dans la région dorsale, à peu près dans le point opposé 
« à l'oreillette; mais je n'ai pas été assez heureux pour pouvoir déterminer 
» l'époque précise où ce progrès commence. La réunion va se continuant 
» d'avant en arrière, de telle façon qu'à la soixantième ou soixante-cin- 
» quième heure, toute la portion dorsale et une partie de la portion abdomi- 
„ nale de l'aorte ne sont plus qu'un seul vaisseau, aussi bien que le point 
., de départ des artères omphalo-mésentériques. Ces dernières, se réunissant 
» bientôt elles-mêmes dans une partie de leur longueur, semblent naître 

n d'une seule branche. 

» Au quatrième jour, ce qui restait de la po rtion abdominale des vais- 

(i) En mentionnant les heures d'incubation , j'ai eu en vue des périodes en rapport, non 
pas avec le temps précis qu'ont employé les fœtus particuliers qui ont servi à mes recherches, 
mais avec l'état de leur développement, et avec les périodes générales adoptées par M. de Baw, 
par MM. Prévost et Dumas , etc. 

(2) La chorda dorsalis , ainsi appelée par M. de Baër, correspond , par sa position , à la rate 
primitive de la matricule; c'est un petit cordon opaque ( dense , en anglais) , situé immédiate- 
mentau-dessous de la moelle épinière. {Allen Thomson. ) 



( 298 ) 
» seanx aortiques s'est complètement réuni jusqu'au point où doit avoir lieu 
« la division permanente de ce vaisseau. Là les deux troncs demeurent sé- 
» parés, et ils fournissent les artères ombilicales ou vaisseaux de la membrane 
>■ allaotoïde, dont le développement commence vers cette époque. Ce sont 
» les premières branches considérables qui se forment de l'artère iliaque. 
» Pendant le temps que dure cette réunion de portions dorsales et abdo- 
» minales du double tronc aortique, les deux vaisseaux qui naissent du 
» bulbe du cœur, et dont les deux aortes ont été d'abord la continuation, 
» ne se réunissent pas comme ces derniers en un seul tronc, ainsi que les 
» observations de M. Serres pourraient le faire croire. J'ai déjà décrit ces 
» deux vaisseaux (page 267 du Mémoire, et j%. 20,21 et 3o) comme 
» étant la première paire d'arcades branchiales, dont les parties posté- 
>• rieures constituent les racines séparées de l'aorte, qui se voient dans le 
» poulet au troisième et quatrième jour de l'incubation, et à ces racines 
» vont encore se joindre vers cette période les quatre autres arcades bran- 
» chiales qui apparaissent successivement de chaque côté du pharynx. Les 
s racines de l'aorte et les arcades branchiales que nous avons déjà observées 
» ne se réunissent pas entre elles, mais elles offrent d'autres changements 
» fort remarquables dans leurs parties, agrandissement ou oblitération. 

» Une portion des premières arcades branchiales donne naissance aux 

» artères carotides dans tous les animaux vertébrés, pendant que !e tronc 

» propre de l'aorte, ou du moins sa portion ascendante et sa crosse, sont 

» produits par d'autres vaisseaux branchiaux et par les racines dans les- 

» quelles ceux-ci se réunissent ; l'aorte se forme d'un ou plusieurs vaisseaux 

» branchiaux , suivant la classe à laquelle appartiennent les animaux qui 

» sont le sujet de l'observation. Dans les Mammifères, elle résulte de la per- 

» manencede la quatrième arcade branchiale et delà racine aortique du 

» côté gauche; dans les Oiseaux, par celles du côté droit; dans la plupart 

.. des Reptiles, par celles des deux côtés; dans les Batraciens à queue, par 

» trois ou quatre arcades et leurs racines de chaque côté; dans les Poissons 

» osseux, par quatre; et dans les Sélaciens, par toutes les cinq paires des 

» vaisseaux branchiaux et les deux racines qui s'observent aux premières 

.1 époques du développement du fœtus {jlg. 1, 9, n, 14, ^ , 19, ao , 3o, 

» 35, 39 de ces deux dernières planches) (1). 



(1) Ces observations si précises de M. Allen Thomson confirment la règle que j'ai déduite 
de mes nombreuses recherches sur le développement du système sanguin; savoir, que toutes 
les artères ne prennent pas primitivement leur origine des gros troncs vasculaires d'où elles 
partent chez les animaux adultes, mais, qu'au contraire, le plus grand nombre ont leurs 



( 2 99 ) 

» La découverte de l'état primitif double de l'aorte dorsale et abdomi- 
» nale dans le fœtus très-jeune, découverte due à M. Serres, n'en doit pas 
» moins être regardée comme étant du plus haut intérêt; car non-seulement 
» elle met en lumière un changement très-singulier dans les artères mé- 
» dianes, auquel on avait accordé peu d'attention jusque-là, mais elle pa- 
» raît en outre devoir expliquer plusieurs variations qui s'observent chez 
» diverses tribus de reptiles dans le point de jonction des racines de l'aorte 
» et dans l'origine des artères cœliaque, mésentérique et autres. 

» Les observations de M. Serres, relativement à l'union des doubles ar- 
» tères basilaires et calleuses, n'offrent pas un moindre intérêt, et il en est 
» de même de plusieurs faits curieux qu'il a mentionnés en parlant de l'union 
» des principaux troncs veineux , et des variétés qui existent dans la distribu- 
» tion des vaisseaux du cordon ombilical chez plusieurs Mammifères (i). » 

M. Milne Edwards a répondu à M. Serres. Nous espérons être en mesure 
de publier cette réponse dans le prochain numéro du Compte rendu. 

chirurgie. — Note sur un nouveau brise-pierre,- par M. Leroy D'ÉTroiXEs. 

(Extrait.) 
(Commission précédemment nommée.) 

« L'instrument que j'ai l'honneur de présenter aujourd'hui à l'Académie 
est formé de deux tiges pleines prises sur pièce, jointes ensemble par une 
queue d'aronde latérale creusée au chariot; pour rendre opposés les mors 
qui se trouvent d'abord accolés seulement, on leur fait subir à chaud une 
torsion qui contribue encore à augmenter leur force et donne immédiatement 
à l'ajustage une grande précision.... 

» Des expériences comparatives, faites sous les yeux de la Commission 
de Chirurgie, à laquelle je souhaiterais qu'on voulût bien adjoindre un mem- 
bre de la Section de Mécanique, démontreront la réalité de ce que j'avance. 
Ce nouveau système de brise-pierre a été fabriqué dans les ateliers de 
M. Charrière. » 

embryologie. — Observations sur les analogies et les différences des arcs 
viscéraux de V embryon dans les deux sous-embranchements de Ver- 
tébrés; par M. È. Baudement. 

(Commissaires, MM. Duméril, Milne Edwards, Valenciennes.) 

racines dans les parties où elles se distribuent , et viennent ensuite , par la succession des déve- 
loppements, s'insérer sur les gros troncs. (S. ) 

(i) Allé* Thompson; traduit de l'anglais, par M. Doyère, professeur d'anatomie et de 
zoologie au collège Henri IV. 



( 3oo ) 

chirurgie. — Opération de taille ure'trale bilatérale; extraction de neuf 
calculs volumineux adhérents à la vessie; — Guérison. (Mémoire de 
M. Defer.) 

(Commissaires, MM. Roux, Velpeau, Lallemand.) 

économie rubale. — Recherches sur différents msectes qui attaquent 
V olivier et le millier, et sur les mojens de prévenir ou de diminuer les 
dommages qu'ils causent à l'agriculture ; par M. Crespon. 

Renvoi à la Commission qui avait été chargée de faire un Rapport sur un 
travail de M. Blaud concernant le Dacus olece. 

physique. — Note sur des appareils qui permettent d'employer la lumière 
de la lampe ordinaire à double courant d'air, pour les expériences 
d'optique à faire dans des cours publics de physique; par M. Soleil. 
(Commissaires, MM. Pouillet, Babinet, Despretz.) 

M. Scdre adresse un Mémoire sur son télégraphe de nuit applicable au 
service de la marine, et annonce qu'il a déposé l'appareil au secrétariat de 
l'Institut. 

(Commissaires, MM. Regnauit, Babinet, Despretz.) 

M. Moussard jeune présente le modèle en petit d'une machine à ,vapeur 
à laquelle est appliqué le régulateur dynamométrique à action instantanée, 
dont il a fait l'objet d'une précédente communication. 

(Commissaires, MM. Poncelet, Piobert, Morin.) 

M. Peltier adresse de Doué-la-Fontaine une Note sur des expériences 
ayant pour but de faire reconnaître la présence défibres végétales dans les 
tissus annoncés comme formés entièrement dejils de nature animale. 

(Commissaires, MM. Chevreul, Babinet, Morin.) 

M. Oppert père soumet au jugement de l'Académie une chaîne d'arpen- 
teur de son invention. 

(Commissaires, MM. Laugier, Mauvais, Faye.) 

CORRESPONDANCE. 

M. Lebesgue, récemment nommé à une place de correspondant (Section 
de Géométrie), adresse ses remercîments à l'Académie. 



( 3oi ) 

PHYSIQUE et physiologie. — Mémoire sur le magnétisme développé par le 
courant électrique et sur un organe particulier de la Raie. (Lettre de 
M. Ch. Matteucci à M. Jrago.) 

» Pour déterminer le seas du magnétisme développé et pour le mesurer, 
la seule méthode qui m'ait paru convenable, danslecas que j'ai voulu étudier, 
a été celle de prendre pour mesure les courants d'induction développés par 
le magnétisme produit. J'avais donc une spirale à fil très-fin et longue, en 
communication avec le galvanomètre, dans l'intérieur de laquelle était le cy- 
lindre de fer doux ou d'acier qui était aimanté par le courant d'une pile 
cassant par une autre spirale à fil gros et court, et qui avait aussi dans son 
intérieur les mêmes cylindres, mais dans un autre point. J'ai commencé par 
étudier jusqu'à quelle distance, dans un cylindre de fer doux, se propageait 
le magnétisme en dehors de la spirale. J'ai employé des cylindres de fer 
doux, longs de plusieurs mètres; mes spirales avaient à peu près 1 1 centi- 
mètres de longueur. Le magnétisme diminuait très-rapidement en dehors 
de la spirale parcourue par le courant; avec des cylindres longs de 4 mètres, 
le magnétisme était encore sensible à i m ,4o du centre de cette spirale. Il y 
a une très-grande différence dans le magnétisme développé dans les cylin- 
dres très-longs, suivant que la spirale se trouve avoir des longueurs différentes 
de ce cylindre de deux côtés. Le magnétisme développé sur la partie la 
plus longue du cylindre, est beaucoup plus grand que celui qui est développé sur 
la partie la plus courte. Le rapport que j'ai trouvé est celui de 48 à 85 degrés; 
ce qui est bien plus que le double, ces deux nombres n'indiquant que les 
arcs des déviations de l'aiguille du galvanomètre, et non les intensités du 
courant. La position de la spirale parcourue par le courant sur des longs 
cvlindres, qui donne le maximum de magnétisme, est constamment celle 
du milieu de ce cylindre. Voici les nombres d'une des expériences : 

» La spirale du courant était tantôt au milieu d'un cylindre de fer de 
4 mètres, tantôt à une extrémité. En mesurant le magnétisme développé 
dans les points du cylindre en contact avec la spirale , j'avais toujours le 
courant le plus fort quand laspirale était au milieu, de 85 à 90 degrés; tandis 
que, quand la spirale était à une extrémité, on avait 65 degrés pour le ma- 
gnétisme de la partie intérieure du cylindre, et 35 degrés pour la partie 
externe. Le phénomène que j'ai aussi beaucoup étudié par ma méthode, 
est celui du temps que met le fer doux à prendre le maximum de magnétisme , et 
celui qu'emploie le même métal à prendre son magnétisme après la cessa- 
tion du courant. En fermant le circuit induit, après avoir interrompu celui 
de la pile, on a un courant induit dans le sens du magnétisme qui se détruit. 

C. K. , i8:J7 , i« Semestre, (T. XXIV ,^8) 4° 



( 3cra ) 

Après un tiers de seconde entre la cessation du courant et le moment de 
fermer le circuit induit, le phénomène est encore sensible. En fermant le cir- 
cuit induit quelques instants après celui de la pile, on a encore un courant in- 
duit dans le sens du magnétisme qui se forme. Delà même manière, j'ai étudié 
l'influence des actions mécaniques, telles que la percussion et la torsion sur un 
cylindre de fer doux ou d'acier , opéréesdans le même temps qu'il était aimanté 
par le passage du courant ou de la décharge de la bouteille. J'ai fait un grand 
nombre d'expériences pour savoir si le degré du magnétisme était différent 
suivant que les molécules du fer ou de l'acier étaient tordues ou dans le sens 
du courant, ou en sens contraire; j'ai bien établi qu'il était le même dans 
les deux cas. Quant à l'influence de la percussion ou de la torsion sur le de- 
gré du magnétisme communiqué à l'acier ou au fer par le courant, j'ai 
trouvé , comme MM. Pouillet et Scoresby l'avaient fait pour l'action magné- 
tique de la terre, que les premiers coups ou les premières torsions augmen- 
tent le magnétisme. Quand le courant a cessé, ces mêmes actions produi- 
sent des effets contraires, et il est remarquable que cette partie du magné- 
tisme qui se détruit ainsi est la même, soit en agissant de suite après la 
cessation du courant, soit après plusieurs jours. 

» En continuant avec les mêmes actions mécaniques appliquées à des in- 
tervalles de temps très-courts, l'une après l'autre, sur le même fer aimanté 
par le courant, ces actions cessent d'avoir le même effet. Voici un résultat 
qui m'a paru singulier. Le magnétisme acquis par les mêmes actions de tor- 
sion , données successivement soit dans un sens, soit dans le sens opposé, soit 
alternativement, va toujours en diminuant; si l'on continue toujours, on 
voit apparaître les signes du magnétisme qui se détruit, qui sont remplacées 
par des signes du magnétisme qui s'accroît, et tous ces faits oscillent dans 
les mêmes limites. Quand le courant a cessé de passer, ces actions ne font 
que détruire le magnétisme, d'une manière très-rapide. Ces résultats^ ont 
été obtenus de manière à être indépendants de l'action magnétique de la 
terre. Enfin j'ai employé de la limaille de fer au lieu de cylindres de fer. Le 
circuit induit étant fermé, j'ai, par un moyen mécanique très-simple à ima- 
giner, agité cette limaille dans tous les sens et cela le plus rapidement pos- 
sible, de manière à porter vers le centre les molécules qui étaient aux pa. 
rois, en bas celles qui étaient en haut, et vice versa. Je n'ai jamais obtenu des 
signes de variation dans le magnétisme de ce cylindre de limaille. , C'est en 
comprimant cette limaille que j'obtenais des signes de magnétisme qui 
augmentaient. 

» P. S. Enfin j'ai pu avoir plusieurs grosses Raies bien vivantes, de cette 
espèce sur laquelle M. Robin a travaillé dernièrement. Ce jeune et habile 
anatomiste a trouvé dans la queue un organe qui lui a paru d'une structure 



( 3o3 ) 

plutôt analogue à un appareil électrique qua une masse musculaire, j'avais 
vu chez mon collègue, M. Savi, cet organe dont M. Robin a parlé et qui a 
vraiment une apparence bien différente de celle du muscle. M. Muller 
m'écrivit de Berlin , qu'il a fait quelques expériences sur cet organe dans la raie 
vivante avec le galvanomètre , et que , n'ayant trouvé aucun phénomène électri- 
que, il m'engage à étudier la chose avec plus de soin ; j'ai opéré sur mes raies 
vivantes au moyen d'une méthode très-délicate et qui aurait pu faire dé- 
couvrir le moindre signe de décharge électrique que la raie aurait donné, 
soit volontairement, soit en irritant son cerveau et sa moelle épinière : cette 
méthode très-simple est celle de la grenouille galvanoscopique. J'ai pu ainsi 
m'assurer que l'organe trouvé par M. Robin n'est certainement pas un appa- 
reil électrique. Je dois ajouter que j'ai pu obtenir de cet organe tous les 
phénomènes du courant électrique musculaire, de sorte que l'observation 
de M. Robin m'en semble d'autant plus digne d'attention de la part des ana- 
tomistes. » 

« A la fin de cette discussion sur l'existence prétendue d'un organe élec- 
trique dans la queue de certaines Raies, M. Duméril soumet à l'Académie 
quelques réflexions qui porteraient à faire supposer que plusieurs es- 
pèces de ces poissons cartilagineux seraient douées d'organes particuliers 
sans lesquels elles ne pourraient subvenir à leurs besoins pour se procurer la 
nourriture et parer aux grands inconvénients qui sembleraient résulter d'a- 
bord de la structure bizarre de leur corps, et ensuite de la situation in- 
solite et de la conformation de leur bouche. 

» En effet, le corps des Raies, excessivement large et aplati , se termine 
par une queue souvent très-longue , mais qui ne peut plus être propre à la 
natation. C'est à l'aide de leurs pleuropes ou nageoires latérales considérable- 
ment développées, qu'elles nagent et planent dans l'eau, comme les oiseaux 
volent dans l'air avec leurs membres antérieurs garnis de plumes rémiges 
et transformés en ailes. 

» Mais la plus grande difficulté apparente du mode d'existence ou de 
la sustentation nutritive des Raies semble résulter de la situation défavo- 
rable et de la singulière configuration de leur bouche , qui est placée au-dessous 
du corps, et dont l'orifice, très-ré tréci , peu protractile, permet tout au 
plus, en apparence, l'introduction d'une proie de 5 à 6 centimètres de lar- 
geur; tandis qu'on trouve fréquemment dans leur estomac des poissons plats 
du genre des Pleuronectes, tels que des Plies, des Soles qui ont quelquefois 
alus d'un double décimètre de largeur. Comme ces poissons sont dans un 

4o. 



( 3o4) 
état parfait d'intégrité, ils n'ont pu, par conséquent, y parvenir que privés de 
toute résistance ou de mouvement volontaire, et qu'autant qu'ils ont été préa- 
lablement roulés en une sorte de cylindre pour être ingérés sous cette forme 
et avec ce moindre diamètre. 

» D'un autre côté, par suite de cette position de la bouche, il a été 
pourvu au mode très-particulier de la respiration des Raies; car, lorsque 
cessent les mouvements qui les tiennent suspendues dans l'eau, et en raison 
de l'absence d'une vessie aérienne, elles doivent nécessairement tomber 
au fond des mers pour s'appliquer sur le sol où elles ne peuvent plus admettre 
par la bouche le liquide nécessaire à leur respiration. Aussi la nature a-t-elle 
pratiqué sur leur nuque deux évente qui permettent à l'eau de pénétrer dans 
la gorge, et de là dans les poches branchiales , pour en sortir par les fentes 
qui se voieot au-dessous du corps. 

» En outre, les Raies sont, pour le plus grand nombre des espèces, dé- 
pourvues d'armes offensives apparentes, quoique, dans certains genres, on 
observe des aiguillons, des dards osseux ou lames tranchantes et dentelées 
qui paraissent plutôt destinés à leur propre défense et à leur conservation, 
qu'ils ne sont de véritables instruments d'attaque. 

» Il faut donc supposer qu'afin de conserver à ces singuliers poissons les 
moyens d'existence pour se procurer la nourriture, et parce que leur corps 
est nu, comme celui des Torpilles, la nature aurait pu les douer d'un organe 
analogue qui serait destiné à engourdir, à stupéfier la proie , à la priver mo- 
mentanément de tout mouvement, de toute résistance; et peut-être pourrait- 
on reconnaître cet agent dans la matière muqueuse abondante qui suinte d'un 
grand nombre de trous qu'on peut observer à la surface de leur peau au- 
dessus de la tête. Ces trous sont, en effet, les orifices de canaux ou de con- 
duits excrétoires remplis d'une humeur muqueuse sécrétée par des glandes 
particulières situées dans la même région que les appareils électriques re- 
connus dans la Torpille; peut-être cette humeur, délayée dans l'eau, serait- 
elle une sorte de poison narcotique qui détruirait l'action de la vie , par cela 
seul qu'elle agirait sur les branchies de la victime, comme le fait le venin de 
quelques Serpents et de la plupart des Araignées, dont les morsures sont dé- 
létères et paralysantes. » 

chimie appliquée. — Emploi de la magnésie dans l'empoisonnement par 
l'acide arsénieux; réclamation de priorité en faveur de feu Mandel , 
pharmacien à Nancy. (Extrait d'une Lettre de M. de Haldat.) 

« Les réclamations de priorité , adressées à l'Académie, ne sont guère faites 
qu'en l'honneur des vivants; celle qui suit concerne un défunt. Elle est re- 



( 3o5 ) 

Sative à l'emploi de la magnésie dans le traitement de l'empoisonnement par 
l'acide arsénieux, sur lequel M. Bussi a présenté un travail {Comptes rendus, 
tome XXH, page 845), dont la priorité, sans doute à son insu, appartient 
incontestablement à feu Mandel, pharmacien, gradué en médecine, auteur 
de la Pharmacopée de Nancy et membre de l'Académie de la même ville, 
comme le prouve un article inséré, en 1809, dans un Précis analytique des 
travaux de cette Société, page 3o, joint à cet envoi. Vingt-trois observa- 
tions pratiques en faveur de la vertu préservatrice de la magnésie composent 
l'article fourni par le savant pharmacologiste et établissent son droit de prio- 
rité à cette utile application de son art. En le produisant au nom de l'Aca- 
démie de Nancy, je suis bien éloigné de prétendre diminuer en rien le mé- 
rite bien réel qu'a M. Bussi, d'avoir appuyé et éclairé, par des expériences 
de chimie et des essais sur les animaux vivants, les faits fournis par l'obser- 
vation pratique, qui, réunis, doivent assurer désormais à la magnésie la 
supériorité sur tous les moyens employés comme préservatifs dans les em- 
poisonnements par l'acide arsénieux. » 

astronomie. — M. Hind a consigné dans une Lettre adressée à M. Faïe, 
le calcul de l'orbite de la comète qu'il a découverte le 6 février 1847 dans 
la constellation de Géphée, ainsi que les observations de cet astre qu'il a 
pu faire jusqu'ici à l'Observatoire de M. Bishop. 

Les éléments sont calculés sur les positions des 7, 8 et 9 février: 

Passage au périhélie 1 847 , février 1 5 , 2587 , t. m . de Greenwich . 

Longitude du périhélie 77 5i',2 

Longitude du nœud ascendant i42°2i',6 

Inclinaison 7°° l8 '>7 

Distance périhélie ' ^9'!^ 

Sens du mouvement Rétrograde. 

Q ates Temps moyen Ascention droite Déclinaison 

de Greenwich. do la comète. de la comète. 

6 février i84 7 .... 9 b i6">58* 3.7° 1 7-27" + 7 i° 2 6'2i" 

6 février 9.37.23 317.19.52 

6 février 10.17.47 317.21.59 

6 février .0.44. 25 817. 24.50 -f- 7 1 34 . 3o : : 

6 février .o.5o. 3 9 3i 7 25.38 +71.34.22:: 

7 février i3.io, 5 319.47.22 +70.47.26 

8 février u.22.28 321.44-55: +70.15. 43: 

9 février 12.7.0 3 2 3.46.i8 +69.37.46 

,0 février 8.57.24 3i5.25.25 + 69. 5 4g 

,, février 8.20.41 327. 4. 10 + 68,28. 17 Bonne observ. 



( 3o6 ) 

Les positions des étoiles de comparaison ont été prises dans les zones 
d'Jrgelander. 

M. Lacgier , aidé de MM. Goujon et Villarceau, a observé ceùte comète 
à l'Observatoire de Paris : 

Date. T. raoy. de Paris. Ascension droite. Déclin, de la comète. 

1 9 février i 84? . . . . i o h o" 5o s 22 h 3g 10 1 3 S , oo 62 2 1 ' 4g" . 

Le Secrétaire a donné lecture d'une Lettre dans laquelle M. A.. Sédillot 
éaumère les découvertes astronomiques qui, suivant lui, appartiennent in- 
contestablement aux Arabes. 

M. Vallot adresse de Dijon des remarques relatives , les unes à différents 
faits d'histoire naturelle qu'il a observés lui-même, et les autres à l'éclaircis- 
sement de passages obscurs ou mal interprétés des naturalistes anciens. 

M. Val lot reproduit, entre autres, une phrase de Réaumur, de laquelle il 
semble résulter que cet observateur a bien reconnu, comme appartenant à 
une même espèce , malgré l'énorme différence de volume , le mâle et la 
femelle du Drile jaunâtre {Drilusjlavescem). 

M. Pikjou, médecin à Saint-Ëtienne, annonce qu'il s'est occupé de re- 
cueillir, dans l'arrondissement qu'il habite, des renseignements pour la déter- 
mination de la vie moyenne. Dans !e cas où ses observations pourraient être 
jugées utiles à la Commission qui a été chargée, sur la demande de M. le 
Ministre de l'Intérieur, de présenter un projet de travail pour l'établisse- 
ment de nouvelles Tables de mortalité, il offre ses services à l'Académie, et 
demande des instructions relativement à la forme sous laquelle il doit dis- 
poser les matériaux qu'il recueillera à l'avenir. 

(Renvoi à la Commission nommée.) 

M. Gaodïtv présente quelques considérations sur les modifications à 
apporter dans la construction des aérostats, de manière à les rendre pro- 
pres à monter ou descendre dans l'atmosphère sans dépense de lest ou de 
gaz; M. Gaudin supprime les phénomènes d'endosmose, en couvrant exté- 
rieurement le ballon, avec des plaques d'argent très-minces. 

M. Blaschot adresse la figure et la description d'un appareil qu'il em- 
ploie depuis plusieurs années, pour projeter des vapeurs éthérées dans la 
trompe d'Eustache et dans le pharynx, dans certains cas de surdité ner- 
veuse et de névralgies crâniennes ou faciales. 



( 3o 7 ) 
M. Preisser envoie le tableau des observations météorologiques qu'il a 
faites à Rouen pendant les sis mois de juin à novembre 1 846. 

M. Lamarche adresse le tableau des observations météorologiques faites 
par lui, à Saint-Lô, pendant l'année 1846, et des observations horaires du 
baromètre et de l'hygromètre pour le 21 mars, le 21 juin, le 21 septembre 
et le 21 décembre. 

M. Fraysse adresse, de Privas, le tableau des observations météorolo- 
giques du mois de janvier 1847- 

La Société rotale d'Horticulture adresse une Circulaire annonçant la 
résolution qu'elle a prise de ne plus donner ses Annales aux Sociétés sa- 
vantes qui ne lui enverraient pas leurs publications. 

M. Chaton communique le résultat de ses recherches concernant les 
moyens de prévenir le déraillement des convois sur les chemins de fer. 

Une personne, dont la signature n'a pu être lue, écrit sur la question 
de priorité d'invention pour l'idée d'appliquer l'hélice aux navires. 

M. Bozokjxet annonce qu'il s'est occupé d'expériences analogues à celles 
qui avaient fait l'objet d'une Note de MM. Chabert et Desphwes , Note que 
les auteurs ont depuis retirée. 

M. Balard fait remarquer, à ce sujet, qu'il est probable que la Note in- 
sérée par M. Cbevreul dans les Comptes rendus n'est pas étrangère au 
retrait de ce Mémoire. Il a déjà vu, dans une autre circonstance, la lecture 
de la Lettre écrite à Ampère et publiée par son confrère, en i833, dans la 
Revue des Deux-Mondes , suffire pour dissiper quelques illusions produites 
par le mouvement des corps librement suspendus, et dont n'avaient pas su 
se défendre des hommes habitués pourtant à l'observation, et aux travaux 
desquels l'Académie a accordé plus d'une fois une juste approbation. 

M. Barthe écrit de Versailles qu'il a observé un météore lumineux dans 
la nuit du 1 1 février. 

M. Merlateau adresse un paquet cacheté. 
[/Académie en accepte le dépôt. 

La séance est levée à 6 heures. A. 



( 3o8 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



{/Académie a reçu, dans la séance du 8 février 1847, ^ es ouvrages dont 
voici les titres : 

Cours d'Agriculture; par M. le comte de Gasparun; tome III; in-8°. 

Bibliothèque universelle de Genève, et Archives des Sciences physiques et na- 
turelles; 4 e série, r re année, n° 12; janvier 1847; m -&°- 

Des divers étals pathologiques de la Rate en général, et en particulier dans 
leur rapport avec la Fièvre intermittente; par M. BoGHE. Bruxelles, 1 846; in-8°. 

Mémoire sur la structure et les fonctions de la Rate; par M. Poelman. Gand , 
1846; in-8°. 

Flora batava; 1 46 e livraison ; in-4°. 

Repertorium corporum organicorum , quœ secundum alomisticam , procen- 
twam et relativam compositionem , annolatis proprietatibus phjsicis et prœci- 
puis,e quibus cognoscantur fontibus, in ordinem disposita, addita prœfatione 
ckrissimi G.-F. Mcjlder. Collegil et Tabulis exhibuit C.-H.-D. Buys Ballot ; 
in-4°. 

Bericht iiber . , . Analyse des Travaux de l'Académie royale des Sciences de 
Berlin , destinés à la publication; septembre et octobre 1846; in-8°. 

Entwurf . . . Exposition sommaire d'une méthode, générale d'investigation 
pour arriver à la connaissance des liquides et des produits sécrétés de l'organisme 
animal, basée sur la détermination cristallonhystologique et microchimique ; par 
M. G. Schmidt. Leipsick, 1846; in-8°. 

Darstellung. . . Exposition d'une méthode équilibrante pour assurer la gué- 
rison des fractures de la partie supérieure du fémur, sans raccourcissement du 
membre; par M. G. Mou'sisovics. Vienne, 1842; in-8°. 

Darstellung. . . Exposition d'une méthode sûre et prompte uour la guérison 
de la Syphilis, au moyen des préparations d'iode; par le même. Vienne, i845: 
in-8°. 

Gazette médicale de Paris; 17 e année, n°6; in -4°. 

Gazette des Hôpitaux; n os 14 et i5; in-folio. F. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADEMIE DES SCffiNCES. 



MsK&9<i 



SÉANCE DU LUNDI 1 er MARS 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Président annonce la perte douloureuse que l'Académie vient, de faire 
dans la personne de M. Benjamin Delessert, décédé le r er mars 1847. 

A l'occasion du procès-verbal, M. Milne Edwards présente les obser- 
vations suivantes : 

« Dans notre dernière séance, M. Serres m'a adressé quelques remarques 
à l'occasion de la présentation des Mémoires de MM. Prévost, Lebert et 
Baudement; n'ayant pu avoir communication de l'article dans lequel mon 
savant collègue se proposait de résumer ses observations, j'ai cru devoir 
ajourner l'impression de ma réponse. Aujourd'hui que j'ai sous les yeux cet 
article, il me semble inutile de reproduire ma réplique; car, pour le lecteur 
des Comptes rendus, elle ne paraîtrait pas avoir été motivée par l'argumen- 
tation de mon savant collègue. » 

mécanique appliquée. — Système de chemins de fer à roues motrices 
horizontales. (Note de M. Seguier.) 

M. le baron Seguier place sous les yeux de ses collègues, des mo- 
dèles de locomotive et de wagon d'enrayage appropriés à son système de 
chemin de fer à roues motrices horizontales; en les faisant plusieurs fois 
fonctionner sur un plan incliné très-rapide , il fait comprendre comment, à 

C. R., 1347, 1" Semestre. (T XXIV, N°9,} 4' 



( 3io ) 

l'aide de son dispositif mécanique, la cause d'adhérence des roues motrices 
sur la voie peut être trouvée dans la résistance même du convoi. Il fait aussi 
remarquer que le même principe de construction permet d'établir un frein 
aussi puissant que sûr, agissant de lui-même ou à la volonté d'un garde-frein, 
toutes les fois que cela est nécessaire. M. Seguier croit avoir ainsi pratique- 
ment justifié les propositions qu'il avait eu l'honneur de formuler devant l'A- 
cadémie , dans ses précédentes communications à l'occasion des chemins de fer. 

analyse mathématique.— Démonstration générale du théorème de Fermât, 
sur l'impossibilité, en nombres entiers, de l'équation x n + y n = s"; 
par M. Lamé. 

« On sait qu'il suffit de démontrer cette impossibilité pour les cas où 
l'exposant n est un nombre premier. On possède des démonstrations parti- 
culières, relatives aux exposants 3,5,7; eues sont fondées sur la décompo- 
sition en deux facteurs du premier membre de l'équation. Mais quand on 
passe aux exposants n, i3, 17, 19, etc., "on se trouve arrêté par la trop 
grande inégalité des deux facteurs. Je cherchais depuis longtemps un genre 
de démonstration, applicable à tous les cas, et qui fût en quelque sorte in- 
dépendant de la grandeur de l'exposant, lorsque, il y a quelques mois, j'en 
causai avec M. Liouville; il me parut convaincu qiie la propriété négative, 
énoncée par Fermât, devait dépendre de certains facteurs complexes, ré- 
cemment étudiés par les géomètres qui s'occupent de la théorie des nom- 
bres. C'était une nouvelle voie que je n'avais pas explorée ; je l'ai suivie , et 
je suis parvenu au mode de démonstration que je vais exposer, et qui me 
paraît justifier la prévision de M. Liouville. -, 

§ I- 

>> Les nombres complexes qu'il faut considérer, pour chaque exposant , 
ou nombre premier n, sont de la forme 

(1) A = a ■+■ oc, r -+- a z r 2 -h ... 4- a^ t r"-' ; 

a , a, , a 2 ,. . ., a«-4, sont des nombres entiers, r est une des racines ima- 
ginaires de l'équation r" — 1 = o, ou de celle-ci" - • - - - 

(2) o=i+r+f s + .,, + r"** . 

Les autres racines sont, comme l'on sait, r 2 , r% . . ., r"~' ; si l'on pose gêné 
ralement 



(3) z, = r f + r' 



i 

r,' 



( 3n ) 
les "~ ' valeurs de z t sont les racines réelles d'une équation a>(z) = o, que 

o 

l'on compose facilement. 

.. Si l'on retranche du nombre A(i) le second membre de l'équation (2) 
multiplié par l'un des coefficients a , a, , a SJ . . ., «„_, , on fera disparaître 
tel terme qu'on voudra. Plus généralement, on peut augmenter ou diminuer 
à la fois d'un même nombre d'unités ces coefficients entiers; toutes ces 
transformations ne changeront que l'expression du nombre complexe A. 
Cette indétermination dans la forme cesse, quand on fait disparaître un des 
termes, le dernier par exemple; maison détruit la symétrie. Quand on con- 
serve le nombre complexe sous la forme (ij, pour qu'il ne soit pas divisible 
par uu entier, il faut, et il suffit, que les restes de la division de tous les 
coefficients , par cet entier, ne soient pas égaux. 

.. Si l'on multiplie successivement A par r, r 2 , r 3 ,. . . , r n ~\ eu réduisant 
à chaque fois les puissances de a-, on obtient la série de n nombres, A, Ar, 
Ar 2 ,...,Ar"-\que nous désignerons par A, A', A%. . ., A"*-". Les ri" nes 
puissances de tous ces nombres sont égales. 

» Si l'on substitue successivement à la racine r, dans A ou A(r), les au- 
tres racines r 2 ,r 3 , r\. . ., r" -1 , en réduisant aussi, à chaque fois, les puis- 
sances de r, on obtient une autre série de (« — 1) nombres, A(r), A(r 2 ), 
A(r s ),..., A (r""'), que nous désignerons par A, , A a , A g , . . . , A„_,. Le 
produit A, A 2 A 3 . . . A„_, est une fonction symétrique des racines de l'équa- 
tion (2); ce produit sera donc une fonction entière, et du degré (« — 1), 
des coefficients «„,«., a 2 ,---, ««-< > et > P ar conséquent, un nombre 
entier; nous le désignerons sous le nom de module du nombre A. Ce mo- 
dule est essentiellement de la forme quadratique Y 2 ± nZ* : le signe + 
ayant lieu , si le nombre premier n est de la forme 4* + 3 , et le signe —, 
s'il est de la forme 4* + 1 . Nous appellerons les nombres A, , A 2 , • . • , A„_ , , 
les sous-facteurs du module; A est un de ces sous-facteurs. Quand le mo- 
dule est un nombre premier, A est un sous-facteur premier. Quand le mo- 
dule est un nombre composé de plusieurs facteurs premiers, A est le pro- 
duit d'autant de sous-facteurs premiers correspondants, ou bien ce produit 
multiplié par un nombre complexe dont le module soit l'unité. 

» La fonction de a ,«,,...,«„_,, qui forme le module , reste la même 
lorsqu'on augmente ou diminue d'un même nombre , soit ces coefficients 
eux-mêmes, soit leurs indices, en ayant soin de réduire ceux de ces 
indices qui surpasseraient ra, ou ceux qui leur seraient inférieurs; c'est-à- 
dire que le module de A n'est pas affecté par toutes les transformations 

4... 



( 3 ia ) 
qu'on peut faire subir à l'expression (i) , et que ce module est aussi ceîui 
de A"». En outre, A<*> ou Ar l correspond au même sous-facteur que A, le 
multiplicateur r l ayant pour module l'unité. 

» Le nombre A sera divisible par un autre nombre complexe 
D = o\> + <?, r + o\ r 2 + . . . H- (?„_ , r»- 1 , dont les coefficients entiers sont 
donnés, s'il est possible de satisfaire à l'équation 

= (àa + à,r + d i r' + ...+ & a _,r»- t )(6 -h s,r + ç 2 r 2 + . .. + î,./-') 

par des valeurs entières de a , s, , s 2 , . . . , £ „_ 4 ; il le sera encore, s'il peut 
suffire, pour remplir cette condition, d'augmenter d'un même nombre tous 
les coefficients a, ou tous les coefficients o\ Dans ce cas de divisibilité , le 
nombre complexe E = s + s, /•-)- s 2 r 2 + . . . + s a _, r*- 1 sera le quotient 
de A par D; A sera aussi divisible par D"', et le quotient sera E ("-'>. Le mo- 
dule de A sera le produit des modules de D et de E. 

is u. 

» Soient maintenant un autre nombre complexe 

B = p -h |3, r + /3 2 r 9 + . . . + /3 n _, ,-«-*, 

et la série de n nombres B, B', B", . . ., B'"-'' qui lui correspond. La somme 
(A" -f- B") des ri èmes puissances de A et B est divisible par (A + B); cette 
somme est identiquement égale à [(A^) n + B], quel que soit/; elle est 
donc pareillement divisible par A' -h B, par A"+ B, . . ., par A ( * -< ' + B. 
D'ailleurs, elle n'est autre que le produit de ces n diviseurs : en effet, la 
série des nombres A, A', A", . . ., A<"-'' se forme en multipliant successive- 
ment A parles n racines r' ', r', r", . . ., r< n -<> de l'équation r" -1 = 0; et 
si l'on désigne généralement par S k la somme des produits de k facteurs, 
qu'on peut former avec ces racines, on aura 

(B + A)(B + A')...[B + A("-«)] 
= [B-i-ArW](B + Ar')(B + AO-..[B-l-Ar< n - , >] 

= B" + S, AB"-< -f- S a A 2 B"~ 2 + . . . + S n A" = B" + A" ; 

car, d'après la composition de l'équation aux racines r' ', r\..., r (n ~ " on a 

S, = o, S 2 = o,.. ., S„_, = o, S 4 = i. 

» Or on peut mettre ce produit sous une autre forme , et poser 

(5) A"+B"=(A+B)[A'+B f "-^][A"+B^- 2 ']. . .[AW+B"-"]. . .[A«"-«>+B']. 



( 3.3 ) 

¥iï\ efôeX. , on reconnaît facilement que 

A'+B< B - () = r"-*(B+A"), 
A"+B( n - 2) = r n - 2 (B+A IV ), 

/b-|\ /« + '\ " + ' 

A l W + B^ 2 ' = r a [B + A<"-'>], 

A l ^ ; + B v 2 ) = r 2 (b+a'), 



A !«-2)_,_B" = r 2 [B + A« B - 4 i], 
AC-'i + B' =r[B + Af n - 2 >]; 

d'où il résulte que le second membre de l'équation (5) est égal à 

(A n + B n ) rP = A" + B", 

car l'exposant/?, égal à la somme i-f-a+3-h. ..+ (» — i),ou à — ■> 

est un multiple de n. 

« Ainsi, la somme des ri èmes puissances de deux nombres complexes de la 
forme (i) est décomposable en n facteurs complexes de la même forme. 
Ces n facteurs ont entre eux des relations nécessaires. Si l'on adopte pour 
ce produit la forme du second membre de l'équation (5), dont la loi est 
facile à saisir, et que l'on désigne généralement ces facteurs par M (J ', l'in- 
dice i étant le même que celui de A, on démontre facilement que la somme 
de deux quelconques de ces facteurs est égale à un troisième de ces mêmes 
facteurs, multiplié par l'une des valeurs de z t (3) ; car on trouve 

(—) 

(6) W l > + W> = z, l!=1 ..MS *'>, 

\ 2 / 

en ayant soin d'augmenter de n l'un des indices , quand ils sont de parités 
contraires, ce qui ne change pas le nombre dont l'indice est augmenté. 

» Les n nombres complexes M , M' , M", . . . , M*»-" vérifient donc " ( " ~ ' ' 
équations, semblables à l'équation (6) , ou à celle-ci , citée pour exemple , 

( 7 ) M' + M'" = z, M". 

Toutes ces relations peuvent être groupées de deux manières. 



(3i4) 

» Chaque nombre M® est facteur du second membre, dans -équations, 

dont le premier membre est la somme de deux des (« — » i) autres nombres, 
associés de telle sorte que la somme dé leue&indices soit ja même. De là, et 
delà définition que nous avons donnée pour la divisibilité , on déduit cette 
conséquence, que, si un nombre complexe <? divise. deux des n nombres 
M , M', M", . . . , M^', il divisera nécessairement tons les autres. 

» Chaque racine z,- est facteur du second_membre_dans n équations , dont 
le premier membre est la somme de deux des n nombres M,M / ,M",...,M ( " -< ', 
associés de telle sorte que la différence de leurs indices soit la même. De là 
suit cette autre conséquence, qu'un nombre eomplexe z,-, ou z, par exemple, 
(ou même l'un des sous-facteurs de z ê - s'il en avait) , ne peut diviser un seul 
des n facteurs M , M', . . . , M { " _,) , sans diviser aussi tous les autres. 

» Il résulte enfin de ces deux conséquences , que la somme des n imfi puis- 
sances de deux nombres çqmpJexes^st égale à un produit de cette forme 

(8) _ A" + B" == k n mm'm". . . m'"-", 

k étant un nombre formé du produit de tous les nombres complexes qui 
pouvaient diviser à la fois deux des nombres M, M',..., M ! " _4) , et , par suite , tous 
les autres; m, m' \m",... y m in ~ i) , étant des nombres complexes', non divi- 
sibles, deux à deux par un même facteur complexe, ni seul à seul par 
aucune des valeurs de &;; et ces nombres m® vérifient toutes les équations (6) , 
en sorte qu'on a, par exemple , 

(9) m' -4- nf = s, m". 

» Ainsi, la somme des rf èmes puissances de deux nombres complexes de 
la forme (1) ne saurait être divisible par une puissance de z,-(3), de z, par 
exemple , dont l'exposant ne serait pas un multiple de n. 

- §ffl. 

» Actuellement, si l'on veut rendre le produit 

k n mm'm" ...mt"-*> 

égal à la n lème puissance d'un nombre -complexe C, il faudra que les 
nombres m,m\m'\..., m! n ~*>, qui n admettent plus de diviseur commun, 
même deux à deux, soient respectivement égaux à des n ièmes puissances^ 
c'est-à-dire qu'il faudra poser .____■- 

|C = i- | a l <a»...^ ) 
( - ' { m = ij," , m' = p? , m" = a"", . ;, m'"- 1 > = /x<*-*»'. 



( 3i5) 
Mats les relations, telles que (g), ne permettent pas de prendre p., {//,...,!//"-'' 
arbitrairement; il faudra, entre autres conditions, que les nombres com- 
plexes f/\ fi"", fi'"" vérifient l'équation 

(II) f + ff^ttiL"". 

Or, pour que cette équation (i i) fût possible, il faudrait nécessairement que 
la somme des n ièmes puissances des nombres complexes \i! et tx'" fût divisible 
par z'i" +I , ce qui est impossible. On démontre d'ailleurs que z, = r-f- r' 
ne peut être la n Ume puissance d'un nombre complexe. 
» Il est donc impossible de satisfaire à l'équation 



n-lj 



(m) 



A" + B"=C n 



en prenant pour A, B, G des nombres complexes de la forme (i). 

.. Toutefois, le cas de « = 3 échappe à ce genre de démonstration, car 
alors il n'y a qu'une seule valeur de i { , laquelle est — i , et tout le système 
des équations (6) , exprimé en fi , fi', fi.", se réduit à l'équation nnique 

(i3) p' + f i n + ii."*=o i 

en sorte que l'impossibilité de l'équation (i a), dans le cas particulier de n = 3, 
exige que l'on ait recours à l'ancien mode de démonstration. 

» Le théorème de Fermât, pour «>3, n'est qu'un cas particulier de 
celui qui vient d'être démontré; car si A et B sont des entiers, ou s'ils se ré- 
duisent à a , j3„i M sera entier, ainsi que C, À\ p,; mais fi', p.",.. .,fx' n - 1 ' seront 
toujours des nombres complexes : seulement, leur produit devra être un mo- 
dule entier, c'est-à-dire quefi,ft',...,fA (n-1) devront être les sous-facteurs d'un 
nombre entier de la forme Y 2 ±nZ 2 ; enfin, les relations telles que (i i) se- 
ront encore nécessaires, et la conclusion d'impossibilité sera la même. » 

Observations de M. Liocvhxe. 

« Dans la communication qu'il vient de faire à l'Académie, M. Lamé 
a bien voulu déclarer qu'il a suivi une idée dont je lui avais fait part 
autrefois : celle d'introduire des nombres complexes dérivés de l'équa- 
tion binôme r n — i = o dans la théorie de l'équation x" — y" = z" , pour 
essayer d'en conclure l'impossibilité de cette dernière équation, soit eu 
nombres entiers ordinaires, soit même en nombres complexes de la forme 
indiquée. Une telle idée n'a rien de neuf en soi , et a dû se présenter naturel- 



(3.6) 

lementaux géomètres d'après la forme du binômes" — y". Je n'en ai d'ailleurs 
déduit aucune démonstration satisfaisante, et, à vrai dire, je ne me suis 
même jamais occupé sérieusement de l'équation œ n — y" = z n . Toutefois, 
quelques essais me portaient à croire qu'il faudrait d'abord chercher à éta- 
blir pour les nouveaux nombres complexes un théorème analogue à la pro- 
position élémentaire pour les nombres entiers ordinaires, qu'un produit 
ne peut être décomposé en facteurs premiers que d'une seule manière. 
L analyse de M. Lamé me confirme dans ce sentiment; elle a besoin, ce me 
semble, du théorème dont je parle: et pourtant je ne vois pas que notre 
confrère soit entré, à ce sujet, dans les détails que la matière paraît exiger. 
N'y a-t-il pas là une lacune à remplir ? Je soumets cette observation à notre 
confrère, mais en exprimant la ferme espérance qu'il viendra à bout de 
toutes les difficultés, et qu'il obtiendra un nouveau et plus éclatant triomphe 
dans cette question épineuse où il s'est déjà tant distingué. Je rappellerai, en 
terminant, que depuis M. Gauss, et même depuis Euler et Lagrange, les 
géomètres se sont souvent occupés de nombres complexes. Le tome XVII 
de nos Mémoires renferme un grand travail de M. Gauchy, où ceux de ces 
nombres qui se rattachent à l'équation r n — i =o, jouent un rôle important. 
Mais pour le point spécial que j'ai signalé tout à l'heure, c'est surtout dans 
un article de M. Jacobi (Journal de Mathématiques, tome VIII, page 268) , 
que l'on pourra trouver des renseignements utiles. >• 

A la suite de la lecture faite par M. Lamé, M. Cauchy prend aussi la pa- 
role et rappelle un Mémoire qu'il a présenté à l'Académie dans une précé- 
dente séance (19 octobre 1846), et qui a été paraphé, à cette époque, par 
l'un de MM. les Secrétaires perpétuels. Dans ce Mémoire, M. Gauchy exposait 
une méthode et des formules qui étaient, en partie, relatives à la théorie 
des nombres, et qui lui avaient semblé pouvoir conduire à la démonstration 
du dernier théorème de Fermât. Détourné par d'autres travaux, M. Gauchy 
n'a pas eu le temps de s'assurer si cette conjecture était fondée. D'ailleurs , 
la méthode dont il s'agit était très-différente de celle que M. Lamé paraît 
avoir suivie, et pourra devenir l'objet d'un nouvel article. 

physiologie. — Sur la découverte du siège distinct de la sensibilité et de la 

motricité; par M. Flotjrens. 

« M. Magendie m'a demandé d'exposer les raisons sur lesquelles je me 
suis appuyé pour ne citer que M. Charles Bell à propos de la découverte 
du siège distinct de la sensibilité et de la motricité dans la moelle épinière. 



(3i 7 ) 
Voici ces raisons. Mais, avant d'aller plus loin, je prie l'Académie de bien 
considérer que je ne cherche pas ici des preuves contre mon honorable con 
frère; je cherche seulement à justifier mon opinion. 

»> J'ai pensé, pendant plusieurs années, que, dans la découverte des 
fonctions distinctes des racines postérieures et des racines antérieures , de 
la région postérieure et de la région antérieure de la moelle épinière , l'idée 
première était à M. Bell, et la première expérience à M. Magendie. Je l'ai 
pensé, et je l'ai écrit. 

» En rendant compte, en i833, dans le Journal des Savants,àe l'ouvrage 
de M. Bell, traduit en français par M. Genest(i), je m'exprimais ainsi: « Ce 
" que nous appelons un nerf est un organe très-composé; l'organe simple 
» est le filet nerveux : il ne suffit donc pas de soumettre le nerf total à l'ex- 
» périence; c'est chacun des filets nerveux dont le nerf total se compose, 
» qu'il faut que l'expérience atteigne; car c'est dans ces filets nerveux seuls 
» que les propriétés se montrent distinctes et isolées. 

« C'est là qu'est proprement la grande vue qui domine tout l'ouvrage de 
•> M. Bell; c'est dans cette analyse expérimentale, qui ne se borne plus au 
» nerf total, mais qui atteint successivement chacun des éléments primitifs 
" du nerf, qu'est la source de tous ces résultats, pour la plupart si neufs et 
» si remarquables, dont il a enrichi la physiologie. 

» En effet, son attention étant une fois portée sur les filets nerveux pri- 
>• mitifs ou constitutijs, il a bientôt senti l'importance d'étudier surtout les 
» racines des nerfs, c'est-à-dire le point même où tous ces filets se mon- 
" trent complètement distincts et isolés(2). » 

» J'ajoutais, presque aussitôt: « D'un côté, M. Bell accorde beaucoup 
» trop aux conjectures et aux déductions tirées de la seule anatomie; et 
» pourtant personne ne sait mieux que lui quelle est la confusion dans la- 
« quelle les anatomistes avaient laissé jusqu'ici les caractères propres des 
■■■ différents nerfs. D'un autre côté, il accorde trop peu à l'expérience; et 
» aussi est-ce faute de s'être assez empressé d'avoir recours à l'expérience 
* qu'il a laissé un physiologiste français, M. Magendie, partager avec lui la 
» gloire de l'une de ses plus belles découvertes: celle de la fonction distincte 
■■> des racines postérieures et antérieures (3). » 

(i) Exposition du Système naturel des nerfs du corps humain, subie des Mémoires sur le 
même sujet, etc. Paris, 1820. 

(2) Journal des Savants; année f 833, p. 261. 

(3) Ibid. , p. 266. 

C. R,, i 8 »7 , i« Semestre. ( T. XXIV, N» 9.) 4^ 



( 3i8 ) 

. Voilà ce que je pensais, ce que j'écrivais en i833. Mais, en i84*, est 
survenu un fait qui a beaucoup influé sur mon opinion. 

» En i84a, l'Académie a décerné le pris de physiologie expérimentale a 
M. Longet, pour quatre Mémoires réunis, dont l'un portait ce titre: 
Mémoire sur les fonctions sensoriales et motrices des cordons de la moelle 
épinikre et des racines des nerfs qui en émanent (i). ,,..,,, 

. Dans ce Mémoire, M. Longet ne s'attribue point lhonneur de l 'idée des 
fonctions distinctes des deux ordres de nuîiief, des deux ordres de régions 
de la moelle épinière; il laisse cet honneur à M. Bell : il ne", attribue que le 
mérite des premières expériences, positives et décisives; et c est a ce mé- 
rite que la Commission décerna le prix. 

«Pourquoi M. Magendie n'a-t-il pas alors pris la parole? Assurément, 
s'il eût réclamé, s'il eût dit : Les expériences que vous couronnez dans 
M. Longet, sont mes expériences, la Commission se serait arrêtée. Elle 
aurait, du moins, discuté sa réclamation. Mais point du tout : M. Magendie 
n'a rien dit; il s'est tu. Son silence a été la première cause de mon erreur. 

. Je me hâte de reconnaître que j'avais mai interprété le silence de mon 
honorable confrère. Je vais plus loin, je déclare que j'ai eu tort d attacher a 
ce silence une valeur quelconque. , , c 

„ Un auteur est toujours libre de réclamer ou de ne pas reclamer. Son 
4lence ne saurait affaiblir ses titres. Les droits scientifiques fondés sur des 
preuves écrites, imprimées, authentiques, résistent à tout : a 1 oubli, au 
silence , à l'injustice. De tels droits sont imprescriptibles. 

H ne reste plus, dans mon esprit, qu'un seul fait en faveur de M. Bell 
contre M. Magendie, et ce fait est le passage suivant qui se trouve dans un 
Mémoire de M. Bell, publié en i8m: 

, Je trouvai, dit M. Bell dans ce Mémoire, que [excitation de la partie 
, antérieure de la moeile-épinière causait des contractions musculaires, beau- 
', coup pins constamment que l'excitation de sa partie postérieure, ma 1S 
,. l'éprouvai de la difficulté à léser isolément ces deux parties. Ensuite , cou- 
^ tidérant que les nerfs spinaux ont une double racine, et pensant que les 
, propriétés différentes des nerfs dérivent de leurs connexions avec lence- 
„ Uale ie crus avoir une occasion favorable de vérifier mon opinion par 
. l'expérience, et de prouver que des filets nerveux possédant des attributions 
„ différentes étaient contenus dans le même tronc et entourés de la même 
, gaine : après avoir mis à nu les racines des nerfs spinaux , je coupai les 

1 1 ) Comptes rendus des séances de l'Académie , t. XV, p. 1 1 3g. 



(3ig) 
„ racines postérieures saas déterminer de contractions musculaires; tandis 
! qu'en excitant, avec la pointe d'un scalpel, les racines anteneures, les 
„ mus-les entrèrent immédiatement en convulsion (i). » 

? ,; Le* ce passa 5 e au ju S eu,en, de ra o„ honorable -n^onr 
m „i je vois ici l'idée; j'y vois n.érae de premières expériences, dc™eure' 
72» pi tes Je reconnu, do S rand ».r, que M. Magendie a lhonueu, 
davlfa", le .«-ter, des expérienees beaucoup pins nettes et plus corn- 
plètesque M. Bell. » 

Remarques de M. SU»».» A l'occasion de la Note de M. Flourens. 
, le dois remercier M. Flourens d'avoir bien voulu donner devant l'Aca- 
démie les explications que j'ai réclamées de lui dans la précédente «ance. 
La plupart des faits qu'il vient de citer me paraissent exacts : seulement u 
Ip, interprète d'une manière que je ne saurais admettre. 

£ tf abord si j'ai oardé le silence dans la circonstance rappelée par 
m ;! ; f rè pèroLe'na pu l'interpréter comme une sorte d'à andon de 
7o„ dTo ; c . le Rapport fait à l'Académie pour le pnx de Physiolog, 
Te "air dit textuellement que jW cru devoir me récuser comme ne 
posant pas être juge et pari dans des questions dont^ meta, mo,meme 
honnrmm occupé Je passe maintenant aux travaux de Cb. Bell. 

ZZZt c'est moi qui, le premier, les ai fait connaître en France. 
Je les a Ilysés dans mon Journal de Physiologie. J'ai même faU ressortir 
eu origiaali é, dans une lecture faite à une séance publique de 1 Académie 
de" ScL»; et, si la découverte qu'on voudrait attribuer aujourd hm u.u 
physiologiste anglais eût été annoncée , ou seulement md.quee dans ses Me- 
LLs , je n'eusse certes pas manqué de la mettre en prem.ere ligne et d en 
sicmalpr toute l'importance. , 

Tcbarl" Bell fut très-sa.isfai, de l'aoeueil que je fo à ses travaux. U 
preuve qu'U reconnaissait que je lui avais rendu pie ue ,us„ce, ces, que 
f "ô il .8» 1( il écrivait dans «on journal : . Mes découvertes ont fait plus 
, dépression en Franc, qu'ici ; j'ai reçu nue seconde Le-tre de Masendie, 

IrrL.fie D«c.««es of ,lr ClvrU,, B,U ,» ,l,c „^m«->; P- 4»«4-- ^ 



( 3ao ) 
>■■ qui me dit que si je voulais lui envoyer une courte analyse de mes expé- 

airil/lT 15 I V Dédai,,e qne déC6rQe VlDsti ^ » (^graphie dll 
Uiarle* Bell , Revue Britannique, octobre 1846 ) 

Cha^sBei?"^^" 11 ^ SUSCe P tibilhé et le caractère ombrageux de 
taries Bel) , conv.endra sans peine qu'il ne se serait pas exprimé de cette 

ses travaux, la plus belle de ses découvertes 

cmês A M C Shf ° ^ me - Premiè , reS P ubIications s -^s fonctions des ra- 
pÎieL , I. meCnVlt qUG Ch - Bdl aVak aDci — ment fait quelques 

le but di ait il ?' DaVa,t C ° mmUDit ï uée 1°'* «« «euls amis, dans 

le but, d Jsa ,t-d, davo lr leur opinion touchant ses nouvelles idées, encore 

Tn "ru 5 / "/r^ 1106 " 63 " Jemehâtai d '-P« textudlem 
et ^ oinl , JrSi ° l0gie l6S P^ 68 ^ aVai6Qt trâit «« "<*«. 

soup on de I T " q r "' m0i ' " PerSODne e " Ffance ' ^00. le moindr 
soupçon de 1 existence de cet-opuscuie. Heureusement, pour mes travaux il 

;:::r:: h ï toncha ^ au fait »* m > ^ "--rir i 
^ZTo^^^r corame oerfs da ■— -' * ies - 

• En effet, Gh. Bell, préoccupé de ses idées sur l'irritabilité, dit simple 
men que* coupant la racine postérieure, il n'a pas déterminé Je con- 
traction dans les muscles, tandis que les muscles se sont contractés Ql 2d 
1 a tou^avec la pointede l'instrument la racine anténeu^^£ 
ence telle qu'd la décrit. On voit que non-seulement il n'ava tp !i - 

pmsqu U n agirait que sur des animaux récemment morts ? 

». lin résumé, Ch Bell avait eu avant moi, mais à mon insu l'idée de 
couper séparément es racines rachidiennes ; il avait eu égaleml'l ml 
de decouvnr que lantér.eure influence la contractai! té musculaire plu s 
que 1, posteneure. C'est là une question de priorité dont je ' JÏ dis Le 
pnu c.pe, fou hommage. Mamtenant, quant à avoir établi que ces „ n es 

» ; isr; 5 ! es fouc - ioQs ^^ *» *^™-. P £z 

tient CbBe'J v P0Sfenea r 3U SCmiment ' CeUe dé — îe m '*PP- 
S ^ ,a P ° mt 1Qdi q«ée; il n'a même pu l'entrevoir, puis- 

quelie ne ressort en aucune manière de l'expérience qu'il raconte. C'est 
donc b ,e ^ œuvre, et elle doit rester comme une desToionnes du monu- 
ment qu eleve ae,m» le commencement de ce siècle la physiologie française. . 



( 3ai ) 

astronomie. —Notesur de nouveaux moyens d'éclairer lesfds des réticules 
et des micromètres ; par M. Arago. 

« La comète nouvellement découverte par M. Hind est très-faible, très- 
difficile à observer. Quand on éclaire les fils du micromètre, suivant le* 
procédés ordinaires, l'astre disparaît; quand, au contraire , la nébulosité est 
perceptible, les fils ne se voient qu'avec une peine infinie. Ces circonstances , 
a dit M. Arago, ont reporté mes pensées sur des projets que j'avais formés 
il y a plus de vingt-cinq ans, pour arriver à éclairer les fils des micromè- 
tres, des réticules, aussi faiblement, aussi instantanément que cela peut être 
nécessaire, et en laissant le reste du champ dans une complète obscurité. 
i, M. Arago avait d'abord pensé à se servir de fils diaphanes, de fils de 
verre, éclairés par une lampe, latéralement, c'est-à-dire dans le sens de leur 
longueur. L'essai ne répondit pas à ce qu'on pouvait en attendre. 

» L'idée d'appliquer l'électricité, à l'éclairage des fils métalliques, ei\ 
platine, des réticules astronomiques, vint à l'esprit de M. Arago, lorsque 
Wollaston eut exécuté un appareil dans lequel un fil très-fin et excessivement 
court, devenait lumineux par l'action d'un couple voltaïque, en quelque 
sorte microscopique, qu'on plongeait dans une dissolution acide très-faible. 
M. Arago a présenté à l'Académie, l'appareil même dont il vient d'être 
question. Il en était redevable à l'amitié de l'illustre chimiste anglais, qui 
voulut bien le faire fonctionner sous ses yeux et ceux de M. Gay-Lussae , 
pendant un voyage des deux académiciens français en Angleterre. 

» Depuis cette époque, M. Arago a souvent reproduit son idée, dans ses 
cours publics et aux séances du Bureau des Longitudes, mais en remarquant , 
d'une part, qu'il restait à trouver un moyen simple et prompt de faire varier 
l'intensité lumineuse du fil, et, de l'autre, à s'assurer que les images des 
objets éloignés, placées près du fil incandescent, ne seraient pas ondu- 
lantes^). Le moyen d'affaiblir et de faire, à volonté, renaître rapidement 
l'incandescence d'un fil de platine, existant maintenant dans plusieurs appa- 
reils du célèbre M. Wheatstone , l'essai du nouveau réticule ne pouvait plus 
être différé. M. Froment, à qui M. Arago en avait confié l'exécution, a 

(i) A l'issue d'une de ses leçons, M. Arago apprit de M. Savary, que cet ingénieux et si 
regrettable physicien avait, lui aussi, songé à cette application des courants voltaïques. 
Enfin, en i838, le savant directeur de l'Observatoire de Naples, M. Capocci, sans avoir eu 
connaissance de ce qui avait été divulgué en France, annonça qu'il se proposait de soumettre 
la même idée à l'épreuve de l'expérience. Nous n'avons pas appris que M. Capocci ait 
donné suite à son projet. (ToiVles Comptes rendus pour i838, tome VI , p. 242.) 



( 322 ) 

montré, dans ce petit travail, tout ce qu'on pouvait attendre d'un artiste à Ja 
fois si instruit et si ingénieux. Les fils passent, presque subitement, de l'ob- 
scurité absolue à une vive incandescence, et réciproquement; on obtient 
toutes les intensités intermédiaires avec une égale facilité, avec la même 
promptitude. Le fil, attaché à des ressorts convenables, reste rectiligne, 
malgré les énormes changements detempérature qu'on lui fait subir. M. Arago 
s'est, enfin, assuré, par une expérience directe, faite, il est vrai, avec un 
faible grossissement , que des images placées très-près du fil rouge n'ondu- 
lent pas sensiblement, et qu'elles n'éprouvent point de déviation permanente 
s 'élevant à une seule seconde. 

» L'instrument exécuté par M. Froment , a été mis sous les yeux de l'Aca- 
démie. M. Arago a annoncé que, dans une autre communication^ il mon- 
trerait comment on peut l'appliquer à ia solution de diverses questions spé- 
ciales de photométrie. 

•> Pendant que M. Froment travaillait à la construction du nouveau mi- 
cromètre, a dit M. Àrago , mon ami, M. Breguet , voulait bien, à ma prière , 
chercher à réaliser une autre solution du problème. Je désirais me servir 
d'un fil rendu rouge par l'électricité galvanique, pour éclairer les fils d'un 
réticule ordinaire. Ce fil éclairant, étant très-mince, je demandais qu'ouïe 
plaçât dans le porte-oculaire même, en telle sorte qu'il éclairât les fils, du 
réticule, par leurs côtés tournés vers l'observateur, et que ceux des rayons 
lumineux que ces fils n'auraient pas arrêtés, allassent s'absorber sur le 
vernis noir intérieur du tuyau de la lunette, ou s'échapper par l'objectif. 
Je voulais, en un mot, substituer une lumière électrique, à celle de la lampe 
dont Fraunhofer faisait usage dans un de ses ingénieux micromètres. La 
minceur du fil éclairant, devait fournir les moyens de mettre les lentilles de 
l'oculaire entièrement à l'abri de tout fâcheux reflet. M. Breguet a adopté 
une disposition différente , et bien préférable, suivant toute apparence. 

» 11 a fendu transversalement le tuyau du porte-oculaire. C'est au-dessus 
de la fente, en dehors du tuyau et dans un plan intermédiaire entre la 
lentille de l'oculaire et les fils du réticule, qu'il a placé son fil éclairant. Cet 
expédient a complètement réussi. 

» ïl est inutile de dire que là aussi , on peut réduire ou augmenter à vo- 
lonté, et dans un temps inappréciable, le pouvoir éclairant du fil, et qu'à 
l'aide de certaines dispositions les fils aboutissant à la pile ne gênent en rien 
l'observateur. Tout porte donc à croire que la pile de Volta, dont on a fait 
déjà de si nombreuses, de si belles, de si singulières applications, figurera 



( 3a3 ) 
prochainement, comme un auxiliaire utile, dans les instruments astrono- 
miques. « 

M. Biot fait hommage à l'Académie d'une collection d'articles qu'il a suc- 
cessivement publiés, depuis quelques mois, dans le Journal des Savants. 
et qu'il a réunis sous ce titre : Précis de l'Histoire de l'Astronomie plané- 
taire, écrit à l'occasion de la découverte de M. Le terrier. 

Ces articles seront ultérieurement complétés par trois Notes mathéma- 
tiques, qui paraîtront dans les cahiers suivants du journal , et dont les deux 
premières sont déjà sous presse. 

RAPPORTS. 

géologie. — Rapport sur le puits artésien commencé par M. Mulot dans 
l'enceinte de la ville de Calais. 

(Commissaires, MM. Arago, Beudant, Berthier, Dufrénoy, Élie de 

Beaumont rapporteur.) 

« L'Académie s'est déjà occupée plusieurs fois d'un puits foré dont le 
percement a été entrepris à Calais, par M. Mulot, dans le but d'obtenir de 
l'eau jaillissante destinée à subvenir aux besoins de la population réduite, 
aujourd'hui, à se servir presque uniquement d'eau conservée dans des 

citernes. 

» En i844, M. le Maire de Calais a consulté l'Académie sur ce sujet, et 
dans la séance du 26 août de la même année, MM. Arago, Beudant et Ber- 
thier ont été invités à répoudre à diverses questions posées par ce ma- 
gistrat (1). 

» Dans la séance suivante (le 2 septembre), les Commissaires ont émis 
un avis favorable à la poursuite de l'entreprise (2), et le travail a été continué. 

.. Depuis lors, dans la séance du 10 novembre 1 845, l'Académie a reçu 
une nouvelle Lettre de M. le Maire de Calais , qui la consultait encore au 
sujet du puits artésien auquel M. Mulot u'avait pas cessé de travailler, et 
qui lui transmettait des échantillons des terrains traversés par la sonde , 
du 2 3 août au 19 septembre. Ces nouveaux documents furent renvoyés à la 
Commission déjà nommée, à laquelle furent adjoints deux nouveaux Com- 
missaires, MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont. 

(1) Comptes rendus , tome XIX ( 1 844) , P a o e 4°9- 

(2) Comptes rendus, tome XfX, page 484- 



( M ) 
- " D'après les instances réitérées de M. le Maire de Calais et de M. Mulot, 
nous venons soumettre à l'Académie le résultat du nouvel examen auquel b 
Commission s'est livrée. 

» Il résulte des documents mis sous les yeux des Commissaires, qu'à la fin 
du mois de septembre i845, le puits foré de Calais avait atteint ia profon- 
deur de 346 œ ,86, en traversant une série de couches dont nous transcrivons 
ici la désignation telle qu'elle a été relevée par M. Mulot. 

Tableau explicatif des différentes, natures de terrains rencontrés dans le percement du puiis 

artésien de la ville de Calais. 



Au sol 



Sable et gravier rapportés 3™ 



00 



à 3,oo Sable gris et jaune, avec coquilles et débris végétaux 20 3c 

23, 3o Argile brune sableuse 'g o 

23 ,80 Cailloux roulés et gros silex. " ~ „ ' g* 

26,45 Argile brune. . . , , . , _ 6 25 



32. 



70 Sable renfermant des cailloux et de gros silex. „5 



3o 



58,oo Argile brune 

„ v • 9)00 

07 ,00 Sable argileux 5 , 

70,30 Argile sableuse _ cr 

72,95 Craie blanche friable et silex épars. ........... , 01 5e 

164 ,45 Craie grise et silex , _ , 3n o5 

201 ,5o Craie grise argileuse très-dure n5 a% 

277 ,45 Craie grise beaucoup plus dure , ,3 /g 

290 , go Craie argileuse très-foncée i5 20 

3o6 , 19 Craie à grains verts .- 

007,09 Argile brune micacée A n Z 

o /■ . ., . . * ' ' * f > y a 

512,04 Ajgile a grains verts, avec pyrites de fer., t0 5 

3 13,09 Argile brune, avec des grains de quartz et des pyrites de fer. 1 80 

34,89 Grès à grains fins très-dur, avec points verts de silicate de fer 5, 81 

320 , 70 Grès calcaires alternant de densité. Épaisseur connue 26 . 1 6 

346,86 Fin du percement. 

» D'après le tableau de M. Mulot, la sonde est entrée à la profondeur 
de S^^g dans un grès à grains fins très-durs, avec points verts de silicate 
de fer dentelle a traversé une épaisseur de 5 m ,8i. Un échantillon qui nous 
a été présenté comme provenant de la profondeur de 3i5 mètres, est formé, 
en effet, d'un grès très-dur, à ciment calcaire, dans lequel on distingue de 
nombreux grains de quartz et des grains glaueonieux. Ce grès se dissout dans 
les acides avec une vive effervescence et laisse pour résidu un sable fin 
formé de grains anguleux, mais souvent usés sur leurs angles, de quartz 
hyalin transparent, le plus souvent incolore^ quelquefois seulement traversé 



( 3a5 ) 
de très-petites veines rouges et de grains irréguliers de silicate de protoxyde 
de fer d'au vert sombre. Ce grès appartient évidemment au terrain crétacé 
inférieur et fait partie du grès vert inférieur des géologues anglais II re- 
présente assez bien certaines parties dures de la division supéneure du grès 
vert inférieur du comté de Kent, en Angleterre, désignées sous le nom de 
Kentish-rag (i) , et il est probable que, par son âge géologique, il corres- 
pond à peu près au tourtia des mineurs de Valenciennes. 

- Ainsi , à l'époque où M. le Maire de Calais consulta l'Académie pour la 
première fois , le forage n'avait pas complètement traversé le terrain crétacé , 
et, comme les Commissaires l'avaient pensé, il s'y maintint encore pendant 
longtemps; mais, ainsi qu'il était également naturel de s'y attendre , il a fani 
par en atteindre la base, et c'est à la profondeur de 320 ,n , 7 o que le change- 
ment de terrain s'est manifesté. 

,. A cette profondeur, la sonde a rencontré rt a traversé, sur une épais- 
seur de a6 m ,i 6, jusqu'à la profondeur de 346 m ,86, qui n'a pas encore été 
dépassée, des roches d'une nature toute nouvelle. M. Mulot les désigne 
comme des grès calcaires alternant de dureté; mais les échantillons mis 
sous nos yeux ne nous ont présenté qu'un calcaire compacte, d'un gris tirant 
sur le brun et d'une texture un peu globulaire, sans être cependant distinc- 
tement oolithique. Ce calcaire renferme quelques parties spathiques miroi- 
tantes et des petits filons très-minces de spath calcaire blanc; il se dissout 
dans les acides avec une très-vive effervescence et sans laisser aucun résidu, 
mais en dégageant une légère odeur de bitume. Tous ses caractères tendent 
à le faire rapporter aux calcaires dits de transition ou paléozoïques, à ceux 
dont on trouve des affleurements dans le Bas-Boulonnais, aux environs de 
Fiennes, de Ferques et de Marquise. On pourrait, sans doute, signaler quel- 
ques analogies entre ce calcaire et les calcaires compactes que M. le docteur 
Fitton a signalées dans la division inférieure du grès vert, près de Folkstone (2); 

tout nous porte cependant à le comparer plutôt aux calcaires paléozoïques 
du Bas-Boulonnais, et particulièrement à ceux de ces calcaires qui corres- 
pondent au calcaire carbonifère des géologues anglais. 

». Il résulterait de là, qu'au-dessous de Calais, de même que dans plu- 
sieurs points du Boulonnais, de même qu'aux environs d'Arras, de Valen- 

(!) D° r FiTTON, On the strata below thechalk. - Transactions of the geoiogical Society 
0/ London ; 2 e série, t. IV , p. 117. 

(2) D° r FiTTON, On the strata below thechalk. — Transactions of the geological Society 

of London ; 2 e série, t. IV, p. 126. 

C.R., 1847, i«Sem«<re.(T.XXlV,IS°9.) 4 



( 3a6 ) 

tiennes, de Douai, de Lille, etc., le terrain crétacé inférieur reposerait 
directement sur le terrain carbonifère ou sur ceux qui le supportent immé- 
diatement : circonstance qui était la plus probable qu'on pût imaginer à 
priori. 

» Mais que devrait-on conclure de la vérification de cette conjecture re- 
lativement à l'avenir du puits artésien de Calais? Le fait de la rencontre d'un 
calcaire appartenant au terrain paléozoïque doit-il augmenter ou diminuer 
l'espérance de trouver de l'eau jaillissante en continuant le forage? L'état 
de dislocation dans lequel se trouvent généralement les terrains anciens ou 
paléozoïques sur lesquels reposent les terrains secondaires du nord de la 
France, rend extrêmement difficile , pour ne pas dire impossible, de faire, 
à priori , aucune conjecture sur la manière dont les eaux douces , venant 
des parties élevées du continent, peuvent circuler dans leur intérieur, et cet 
état de dislocation tendrait certainement à affaiblir les espérances qui s'atta- 
chaient au puits artésien de Calais, si des succès obtenus dans des circon- 
stances fort analogues ne pouvaient être cités pour les relever. 

» Nous voulons parler ici des eaux jaillissantes que M. Degousée a 
trouvées à Lille, dans le calcaire carbonifère, après avoir traversé tout le 
terrain crétacé sans en rencontrer. 

« A Lille et aux environs, le terrain crétacé, beaucoup moins épais, à la 
vérité, qu'à Calais, repose, dans une grande étendue, sur le calcaire carbo- 
nifère, ainsi que de nombreux sondages l'ont constaté. A Lille, les eaux qui 
existent, soit dans la craie, soit dans les couches inférieures du terrain 
crétacé, dont l'épaisseur totale est d'environ 70 mètres, ne s'élèvent pas 
jusqu'à la surface ; mais M. Degousée a obtenu des eaux jaillissantes à la sur- 
face du sol, qui est à 22 mètres au-dessus de la mer, en prolongeant ses 
sondages dans le calcaire carbonifère auquel tout le système crétacé est su- 
perposé. Dans le forage de l'esplanade, cet habile sondeur a rencontré l'eau 
jaillissante après avoir pénétré à 22 mètres dans le calcaire carbonifère; à 
l'hôpital militaire, il ne l'a rencontrée qu'après avoir traversé 3i mètres 
du même terrain (1); enfin, à l'hospice civil de Lille comme à l'hôpital mi- 
litaire , il a rencontré l'eau jaillissante , à la profondeur de 1 20 mètres au- 
dessous de la surface du sol, dans le calcaire carbonifère (2) , après avoir tra- 
versé une épaisseur de ce calcaire plus grande encore que dans les deux 
forages précédents. 



(1) Comptes rendus, tome XII (1841), page 438. 

(2) Comptes rendus, tome XIV (1842), page 916. 



( 3s 7 ) 

» On ignore si le calcaire présumé carbonifère, atteint par le forage de 
Calais, fait continuité avec celui de Lille; mais cette continuité n'a rien d'im- 
possible, et il se pourrait même que le calcaire carbonifère de Calais fût 
traversé par des canaux aquifères communiquant avec ceux de Lille. Il se 
pourrait également que le calcaire carbonifère de Calais fît continuité avec 
relui des environs de Bristol et reçût des eaux dans cette direction. Il serait 
facile de concevoir encore d'autres combinaisons dont plusieurs seraient fa- 
vorables à la réussite du forage, et la grande épaisseur que le terrain crétacé 
a présentée à Calais ne tend pas absolument à diminuer la probabilité de 
ces conjectures, dont la vérification couronnerait si heureusement les efforts 
persévérants d'une administration éclairée. D'après cela, et sans nous porter 
garants du succès , nous croyons pouvoir dire que le moment d'en désespérer 
n'est pas encore arrivé. Nous craindrions même de commettre une sorte 
d'inconséquence, si nous ouvrions l'avis d'abandonner un travail qui a déjà 
coûté plus de 60000 francs, au moment où il se trouve dans des conditions 
comparables à celles dans lesquelles d'autres travaux du même genre ont 
atteint leur but. 

» Nous ajouterons que dans le cas, peu probable selon nous, où le cal- 
caire trouvé au fond du forage de Calais appartiendrait à la division infé- 
rieure du grès vert, il y aurait lieu de chercher à le percer ainsi que l'argile 
weldienne qui pourrait se trouver au-dessous, pour atteindre plus bas encore 
les sables de Hastings. 

Conclusions. 

« D'après ces diverses considérations, vos Commissaires sont d'avis que 
rien, dans ce qui leur a été communiqué, ne motiverait, pour le moment, 
la suspension des travaux du puits artésien de Calais. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

phtsique. — Mémoire sur les modifications que la réflexion à la surjace 
des cristaux doués de l'opacité métallique jait éprouver à la lumière 
polarisée; par M. de Senarmont. (Extrait par l'auteur.) 

(Commissaires, MM. Biot, Pouillet, Regnault.) 

« Dn rayon de lumière polarisée avant l'incidence peut toujours être 
regardé comme formé de la superposition de deux vibrations rectangulaires, 
lune parallèle, l'autre normale au plan d'incidence. 

43.. 



( 3a8 ) 

» Quand un semblable rayon se réfléchit sur an milieu transparent ordi- 
naire, tout est symétrique autour de la normale et de part et d'autre du 
plan d'incidence. Les vibrations parallèles et normales à ce plan d'incidence 
demeurent donc nécessairement parallèles et normales après s'être réfléchies : 
elles continuent d'ailleurs à vibrer d'accord, puisque le caractère de la 
polarisation n'a pas changé et que leur superposition reproduit une vibration 
rectiligne; mais leurs amplitudes sont généralement diminuées inégalement, 
et 1 azimut de la vibration résultante dépend du rapport de ces diminutions: 
ce rapport est le seul élément inconnu , et il n'est fonction que de l'incidence. 

» Ce rapport prend des valeurs remarquables à certaines incidences par- 
ticulières; il est évidemment égal à l'imité sous l'incidence normale, et, par 
conséquent, les directions des vibrations incidentes et réfléchies coïncident. 
Il est égal à zéro sous l'angle de polarisation compréte. 

» Quand le milieu sur lequel la réflexion s'opère est doué de Sa réflexion 
métallique, tout est encore symétrique autour de la normale et de part et 
d'autre du plan d'incidence; on peut donc répéter les mêmes raisonnements; 
mais ici les vibrations parallèles et normales au plan d'incidence cessent 
d'être d'accord après s'être réfléchies. La réflexion établit entre elles une 
différence de phases, puisque le caractère de la polarisation a changé et 
que leur superposition reproduit une vibration elliptique. La position et la 
grandeur relative des axes de l'ellipse dépendent du rapport des diminu- 
tions d'amplitude et de la différence de pbases produites par la réflexion. 
Ce sont là, par conséquent, deux éléments inconnus et qui ne sont encore 
fonction que de l'incidence. 

» Ces éléments prennent des valeurs remarquables à certaines incidences 
particulières; sous l'incidence normale, la différence déphasés est évidem- 
ment nulle, et le rapport égal à l'unité; la direction de la vibration réfléchie 
coïncide, par conséquent, avec celle de la vibration incidente. Sous une 
incidence particulière, le rapport devient un minimum, en même temps que 
la différence de phases est égale à un quart. 

» Quand la réflexion s'opère sur un milieu biréfringent transparent, on 
ne peut plus regarder généralement tout comme symétrique autour de la 
normale, ni de part et d'autre du plan d'incidence. Les vibrations parallèles 
et normales à ce plan ne demeurent donc plus généralement parallèles et 
normales après s'être re'fléchies, et chacune d'elles fournira, pour sa part, au 
rayon réfléchi, une composante parallèle et une composante normale au plan 
de réflexion ; mais toutes ces composantes continuent à vibrer d'accord , 
puisque le caractère de la polarisation n'a pas changé et que leur superpo- 



(3*9) 
«tion reproduit une vibration rectiligne. L'azimut de cette vibration est dé- 
terminé par le rapport des amplitudes des vibrations parallèles et normales 
au plan de réflexion : c'est le seul élément inconnu; mais ici cet élément 
n'est pas seulement fonction de l'incidence, il est encore fonction de l'in- 
clinaison de la face réfléchissante sur les axes du cristal, et, pour une face 
déterminée , de l'inclinaison du plan d'incidence sur les mêmes axes. 

» La puissance biréfringente de la matière ajoute ainsi aux phénomènes 
généraux de la réflexion sur les corps transparents ordinaires, quelques 
propriétés caractéristiques. 

„ i°. Une vibration parallèle ou normale au plan d'incidence ne de- 
meure parallèle ou normale, après s'être réfléchie, que pour certaines 
directions particulières du plan d'incidence; 

» 2°. Quand on opère successivement sur la même face , suivant deux 
directions de ce genre, on [trouve, pour une incidence déterminée, des 
rapports différents entre les diminutions d'amplitudes que la réflexion im- 
prime aux vibrations parallèles et normales au plan d'incidence; 

» 3°. Ce rapport passe par zéro à l'incidence de polarisation com- 
plète, qui n'est généralement pas la même pour deux directions du plan 

d'incidence ; 

.» 4°. Sous l'incidence normale, ce rapport est différent de l'unité, et, 
par conséquent, l'azimut de polarisation du rayon réfléchi se sépare de celui 

du rayon incident; 

» 5°. Ce rapport devient égal à l'unité sous une incidence oblique et seule- 
ment pour certaines directions particulières du plan d'incidence : pour cette 
incidence, l'azimut de polarisation du rayon réfléchi et celui du rayon in- 
cident coïncident; 

» 6°. Enfin toutes ces choses changent quand on change la face réflé- 
chissante. 

., Ces propriétés de la lumière réfléchie, qui sont essentiellement liées à 
la double direction des ondes réfractées, existent-elles encore quand ces 
ondes se trouvent anéanties à une très-petite profondeur, parce que le mi- 
lieu réfléchissant a une constitution qui le rend incapable de propager des 
vibrations intérieures sans les éteindre? 

» S'il en est ainsi, on doit s'attendre à retrouver dans la lumière ré- 
fléchie, sur les cristaux doués de l'opacité métallique, les particularités ca- 
ractéristiques de la réflexion cristalline , compliquées , il est vrai, des pro- 
priétés particulières à la réflexion métallique, c'est-à-dire de la différence 



( 33o ) 

de phases qu'elle établit entre les vibrations parallèles et normales au plan 
d'incidence. 

» Ainsi les vibrations parallèles et normales au plan d'incidence ne de- 
vront demeurer parallèles ou normales après la réflexion, que pour cer- 
taines directions particulières du plan d'incidence. 

» En opérant successivement dans ces directions, on doit trouver que. 
pour une incidence donnée , le rapport des diminutions d'amplitudes des 
vibrations parallèles et normales au plan d'incidence diffère ainsi que leur 
différence de phases. 

» Cette différence de phases sera égale à un quart sous une incidence qui , 
généralement, ne sera pas la même pour deux directions du plan d'in- 
cidence. 

.. Sous l'incidence normale, deux vibrations rectangulaires n'éprouve- 
ront pas ia même diminution d'amplitudes, et la réflexion séparera les di- 
rections de la vibration réfléchie et de la vibration incidente. 

» Le rapport des diminutions d'amplitudes sera égal à l'unité sous une 
incidence oblique , et seulement pour certaines directions particulières du 
pian d'incidence. 

» J'ai annoncé depuis longtemps qu'une partie de ces phénomènes se 
réalisait quand on faisait réfléchir la lumière polarisée sur le sulfure d'anti- 
moine; mais, comme les différences sont assez petites, je m'étais borné à 
constater le fait sans donner de mesures. L'expérience présentait , en effet , 
des difficultés particulières, à cause de l'imperfection des surfaces réfléchis- 
santes de l'extrême allongement des ellipses de polarisation, et, par-dessus 
tout, du grand pouvoir dispersif de la matière, qui fait naître des décompo- 
sitions de couleurs. 

» Toutes ces circonstances et la petitesse des quantités qu'il s'agit d'ap- 
précier, jetteraient d'ailleurs des doutes sur des résultats qui n'auraient 
d'autre fondement que des nombres ou des mesures, et i! s'agissait de trouver 
un procédé expérimental qui imprimât un caractère spécial à chaque par- 
ticularité du phénomène, et fournît en réalité un mode sensible de démons- 
tration autant qu'un moyen de mesure. 

» Après avoir essayé un grand nombre de méthodes , j'ai fini par adopter 
la suivante, qui me paraît convenir au but que je m'étais proposé : 

» La lumière polarisée traverse une plaque composée de deux quartz 
perpendiculaires à l'axe, d'égale épaisseur et de rotations inverses; chacun 
d'eux occupe la moitié du champ du diaphragme objectif. Le faisceau 



( 33 ï ) 

incident, composé de deux moitiés ainsi modifiées en sens contraire, se 
réfléchit sur le miroir métallique, puis est analysé par un prisme biréfrin- 
gent : les deux images produites sont colorées et généralement mi-partiées 
de deux segments de couleurs différentes. En faisant varier l'azimut de po- 
larisation primitive du rayon incident, on trouve un azimut qui donne 
la même teinte aux deux segments de l'image ordinaire, un autre azimut 
qui donne la même teinte aux deux segments de l'image extraordinaire. 

» Or les principes de Fresnel permettent de traduire en formules chacune 
des modifications successives qu'éprouve, sur sou trajet, le rayon polarisé 
incident, et l'on déduit de la discussion de ces formules les conséquences 
suivantes: 

» L'angle d'incidence correspondant à une différence de phases égale à 
un quart est caractérisé par cette circonstance, que les images ordinaire et 
extraordinaire sont , pour un même azimut de polarisation du rayon inci- 
dent, de teinte uniforme; que cette teinte uniforme des deux images est, à 
l'intensité près, complémentaire quand l'azimut de la section principale de 
l'analyseur est égal à o degré ou à go degrés; que cette teinte est identique 
de couleur et d'intensité quand cet azimut est égal à 45 degrés ; et qu'enfin , 
pour quatre directions conjuguées deux à deux, l'image ordinaire ou l'image 
extraordinaire devient sensiblement incolore, l'autre demeurant colorée. 

» L'angle d'incidence pour lequel la réflexion diminue dans le même 
rapport l'amplitude des vibrations parallèle et normale au plan d'incidence, 
est caractérisé par cette circonstance, que les images ordinaire et extraor- 
dinaire atteignent en même temps l'uniformité , mais restent complémen- 
taires de couleur et d'intensité, quel que soit l'azimut correspondant de 
l'analyseur. 

» Si, pour toute autre incidence et pour un azimut déterminé de l'ana- 
lyseur, on mesure successivement les deux azimuts de polarisation du 
rayon incident, qui donnent la même teinte aux deux segments de l'image 
ordinaire, puis de l'image extraordinaire , on pourra, au moyen de ces trois 
angles mesurés, calculer la différence de phases et le rapport des diminu- 
tions d'amplitudes que la réflexion a imprimées aux deux portions du rayon 
réfléchi , qui vibrent parallèlement et normalement au plan d'incidence. 

« Dans cette manière d'opérer, toutes les particularités caractéristiques 
du mouvement vibratoire, qu'il s'agit de saisir dans le rayon réfléchi, se 
manifestent par des phénomènes de couleurs. Si, tout égal d'ailleurs, ces 
particularités changent avec la direction du plan d'incidence par rapport 
aux axes du cristal, ces couleurs changeront elles-mêmes, et c'est là une 



( 33a J 

épreuve nette et décisive à laquelle il est impossible de se tromper et don't 
les résultats ne peuvent laisser aucun doute. 

» Ceci posé, on établit la face de clivage d'un cristal de sulfure d'an- 
timoine, de manière qu'elle tourne dans son propre plan, et l'on peut 
ainsi, sans rien cbanger aux rayons incident et réfléchi, étudier ce rayon 
réfléchi pour toutes les directions de l'axe du «ristal par rapport au pian 
d'incidence. Au moyen des caractères que l'on vient d'énoncer, on recon- 
naîtra facilement : 

» i°. Que l'angle correspondant à une différeuce de phases égale à un 
quart est de 78°!, ou de 76° f , selon que le plan d'incidence est parallèle 
ou normal à l'axe du cristal, et que le rapport des diminutions d'amplitudes 
correspondant à ces angles est respectivement de 0,1 5 et de 0,16; 

» 2 . Que sons l'angle d'incidence de 20 ou 2! degrés, le rapport des di- 
minutions d'amplitudes est égal à l'unité quand le plan d'incidence est paral- 
lèle à l'axe; 

» 3°. Que sous l'incidence normale, les azimuts de polarisation des rayons 
incident et réfléchi se séparent, et que le rapport des diminutions d'am- 
plitudes qu'éprouvent, dans l'acte de la réflexion, les vibrations parallèles 
et normales à l'axe, est de 1 ,062 ; 

» 4°- Qt |e toutes les fois que le plan d'incidence n'est pas parallèle ou 
normal à l'ase du cristal , un rayon incident polarisé parallèlement et nor- 
malement à ce plan d'incidence cesse, après s'être réfléchi, d'être polarisé 
parallèlement ou normalement, que cette déviation très-sensible est accom- 
pagnée de décomposition de couleurs, et que, très-probablement, le rayon 
réfléchi prend une polarisation elliptique; 

» 5°. Qu'enfin, le rapport des diminutions d'amplitudes et la différence de 
jpbases que la réflexion, sous une incidence déterminée, imprime aux vibra- 
tions parallèles et normales au plan d'incidence, varient avec la direction du 
plan d'incidence par rapport à l'axe du cristal, et que cette variation atteint 
son maximum quand le plan d'incidence passe de la direction parallèle à 
l'axe à la directiou perpendiculaire. 

» Les analogies qui se trouvent ainsi établies entre les cristaux biréfrin- 
gents, opaques et transparents, sont plus intimes encore, quand, au lieu 
d'opérer sur des corps d'une réfringence moyenne, comme le spath calcaire, 
on soumet à l'observation des cristaux fortement réfringents, comme le 
protochlorure de mercure. La lumière réfléchie se trouve aussi, dans ce 
cas, polarisée elliptiquement, et les phénomènes ne diffèrent de ceux que 
produisent les cristaux à reflet métallique que parce qu'ils sont infiniment 



( 333 ) 
moins prononcés. Ils prêtent, par conséquent, difficilement aux mesures, 
mais sont toujours reconnaissables aux mêmes caractères. 

» On trouvera , dans «a Mémoire étendu que j'aurai l'honneur de sou- 
mettre très-prochainement à l'Académie, l'application des mêmes méthodes 
d'expérience à diverses matières transparentes et opaques, non cristallisées 
et cristallisées, ainsi que des séries d'observations qui embrassent, dans toute 
leur étendue, les phénomènes produits par le sulfure d'antimoine et par les 
plus remarquables d'entre ces matières. » 

mécanique appliquée. - Noie accompagnant la présentation d'un nouvel 
orgue expressif construit par M. Stein. 
(Commissaires, MM. Seguier, Despretz, Mauvais.) 
« Employé pendant plusieurs années dans les principales fabriques de 
grandes orgues de Paris, j'ai eu occasion, dans le cours des voyages que j'ai 
faits pour ces différentes maisons, de me convaincre de l'impossibilité où se 
trouvent un grand nombre de petites localités, de se procurer des orgues a 
cause du prix trop élevé de ces instruments. J'ai cherché des lors a faire 
subir, à l'orgue expressif, quelques modifications qui le rendissent propre 
à pouvoir suppléer les grandes orgues. 

,, Quoique moins familier avec la théorie qu'avec la pratique de mon art , 
je crois avoir atteint ce but. Ainsi j'ai beaucoup amélioré la puissance, la 
suavité et la promptitude des sons, en substituant aux simples planchers 
auxquels on adaptait les anches, une case sonore que j'ai graduée, variée, 
selon la position de chaque note dans l'échelle musicale. Cette case a pour 
but de remplacer les tuyaux tels qu'on les applique dans les grandes orgues. 
» J'ai tout à fait changé le système mécanique, je l'ai réduit a un état 
de très-grande simplicité: tout est en bois, et mon mécanisme, peu coûteux, 
n'exige aucun entretien; de sorte que je puis établir l'instrument à un prix 
si modéré, qu'aucune église de village, aucune communauté n'en sera privée. 
Toutes les pièces dont l'instrument se compose, peuvent, grâce à la dis- 
position que j'ai donnée aux divers compartiments, être mises à nu, et leur 
état peut être constaté sans le secours d'un facteur, ce qui est d'un grand 
avantage pour le propriétaire, et est surtout précieux pour l'exportation. 

n L'Académie me pardonnera de ne pas entrer dans de plus longs déve- 
loppements : les résultats auxquels je suis arrivé sont le fruit dun long tra- 
vail, de beaucoup de recherches pratiques et de nombreux tâtonnements. 
(Test donc sur ces résultats plus que sur les principes qui m'ont gu.dé, que 
j'ose appeler son jugement. » 

G. H. , 1847, 1" Semestre. (T. XXIV, N°9.) '^ 



( 334 ) 

L'Académie accepte le dépôt duo paquet cacheté présenté par MM. de 
la Provostaye et Desains; de deux paquets cachetés présentés par M. Do- 
cros, et d'un présenté par M. Maissiat. 

La lecture de la Correspondance, vu l'heure avancée, est renvoyée à la 
prochaine séance. 

A 5 heures, l'Académie se forme en comité secret; la séance est levée 
à 5 heures un quart. p 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

L'Académie a reçu, dans la séance du i5 février 1847, les ouvrages dont 
voici les titres : 

. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences, 
1 er semestre 1 847, n° 6 ; in-4°. 

Bulletin de l'Académie royale de Médecine; tome XII , n° 8 ; in-8°. 

Prolégomènes des Tables astronomiques d'Oloug-Beg, publiés avec Notes et 
Variantes, précédés d'une Introduction; par M. Sédillot. Paris, 1847; in - 8 °- 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. Didot, sous la direction de 
M. L. Renier; 60 e et 61 e livraisons; in-8°. 

Expériences relatives aux effets de l'Inhalation de l'éther sur le système ner- 
veux des animaux; par M. Longet; in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par 
M. Roux.) 

Annales de la Société royale d'Horticulture de Paris; janvier 1847 > in " 8 °- 

Précis analytique des Travaux de la Société des Sciences, Lettres et Arts de 
Nancy, pendant le courts des années 1 80S et 1 809. Nancy, 1809 ; in-8°. 

Réflexions sur différents caractères que présentent certaines forces dans leur 
emploi en mécanique, et sur la manière de calculer les effets qu'elles produisent: 
par M. Dupré. Rennes, 1846; in-8°. 

Calendrier universitaire pour l'année 1847; hi-12. 

Annuaire de la Mortalité genevoise , publié sur l'invitation du Conseil de Santé ; 
parM. Marc d'Espine; 3 e publication, années i844 et i845. Genève, 1847 • 
in-8°. 'H/, 

Notice sur quelques Sauriens fossiles du gouvernement de Moscou ; par 
M. Fischeb DE Waldeim. Moscou ; in-4°. 
Bryologia europœa, seu gênera muscorum europœorum Monographice Mus- 



( 335 ) 
trala; auctoribus Bruch, W.-P. ScHiMPER et Th. GumbëL; fasciculi 32 usque 

ad 4o; in-4°- 

Raccolta. . . Recueil scientifique de Physique et de Mathématique; 3 e année, 

février. Home, i?>îi7', \v\-&°. 

Gazette médicale de Paris; 1 7 e année ; n° 7 ; in-4°- 

Gazette des Hôpitaux; n 05 16 à 1 8 ; in-folio. 

L'Union agricole; n° i3g. A. 



L'Académie a reçu, dans la séance du 22 février 1847, les ouvrages dont 
voici les titres : 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences , 

I er semestre 1847, n ° 7 '■> in "4°' 

Institut roval de France. — Académie royale des Sciences. — Funérailles de 
M. Dutrochet. — Discours de MM. Boussingault, Payen et Rayer. 

Traité pratique et historique de la Lithotritie; par M. CiviALE. Paris, 1847; 
in-8°. 

Annales maritimes et coloniales; par MM. Bajot et Poieré; n° 1 1 , janvier 
1847; in-8°; et Table de 1846; in-8°. 

Guide du Sondeur, ou Traité théorique des Sondages; par M. Degousée; 
1 vol. in-8°, avec atlas in-8°. Paris, 1 847- 

Rapport sur le Progrès des Découvertes et des Études géographiques, et sur les 
Travaux de la Société de Géographie pendant l'année 1846; par M. Vivien de 
Saint-Martin ; in- 8°. 

Rapport fait à l'Académie royale du Gard, sur le Congrès scientifique de Gènes ; 

brochure in-8°. 

Bulletin publié par la Société industrielle et agricole de l'arrondissement de 
Saint- Etienne; 3 e série , tome I er , 2 e livraison de i845 ; in-8°. 

Statistique du dépaiiement du Far; par M. Noyon. Draguignan, 1846; in-8 u . 

Nouveau Procédé de Dosage de l'or par la voie humide, et Essais qui s'j rat- 
tachent; par M. O. Henry, de l'Académie de Médecine; brochure in-8°. 

Bulletins de la Société libre d'Émulation de Rouen, pendant l'année i8/|5- 

1846; in-8°. 

Association des Médecins de Paris. — Assemblée générale annuelle, tenue le 
dimanche 3i janvier 1847, sous la présidence de M. Orfila; Compte rendu de 
M. Perdrix, secrétaire général; 1 feuille in-8°. 

Revue botanique , recueil mensuel; par M. Duchartre ; 2 e année, février 
1847; in- 8°. 



( 336 ) 

Journal des Usines et des Brevets d'invention; janvier 1847; i n ~8°. 

Journal de Pharmacie et de Chimie; février 1847; in-8 . 

Journal de la Société de Médecine pratique de Montpellier; février 1847; 
n-8°. 

Revue médico-chirurgicale de Paris (Journal de Médecine et Journal de Chi- 
rurgie réunis), sous la direction de M. MALGAIGNE; j rfi année, février. 1847; 
in-8°. 

Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et Médecine vétérinaire de la 
Cote-d'Or, publié par la Société médicale de Dijon; i re année, n° 1 1 ; janvier 
i84 7 ;in-8°. 

L'Abeille médicale; février 1847; in-8°. 

An account. . . Exposé des observations magnétiques faites à l'Observatoire 
de l'Université Harvard de Cambridge, Mémoire de M. J. Lovering. (Extrait 
des Mémoires de i Académie américaine.) Cambridge; in-4°._ 

Astronomische . . . Nouvelles astronomiques de M. Schumacher; n° 588; 
in-4°. 

Nactuïcbten. . . Nouvelles de l'Université et de l'Académie rojale de Got- 
tingue; n° 1 ; février 1847 '■> i n_ 8°. 

Délie artigliere. . . Des Pièces d'artillerie depuis le XIV e jusqu'au XVII e siècle; 
Lettre de M. L. Cibraeio. Turin, 1847; in -1 »- 

Gazette médicale de Paris; n° 8. 

Gazette des Hôpitaux ; n os 1 9 à 1 1 . 

L'Union agricole ; n° i4o. A. 



ERRATA. 



(Séance du 22 février 1847.) 
Page 3o6. ligne 6, au lieu de io h o m 5o ! et 62°2i'4g", 
Usez io h 6 m oo s et 62 3i'4g' / . 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



>{^QQg 



SÉANCE DU LUNDI 8 MARS 1847. 

PRÉSIDENCE DE M. ADOLPHE BRONGNIART. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

astronomie. —M. Le Verriee présente, de la part de M. E. Cooper, 
directeur de l'observatoire deMarkree (Irlande), les éléments de la dernière 
comète, calculés par M. Graham, sur les observations suivantes: celle de 
M. Hind, de Londres, du 6 février; et deux autres faites par M. Graham, 
à l'observatoire de Markree, savoir : 





TEMPS MOTEN 

de Greenwich. 


ASCEHSIOa DROITE. 


DÉCLINAISON. 


Février 1 847 


iO h ,4g5oi 
.5, 453 9 i 


2I h 42 m 37 s ,2 
22. 16.26,9 


6 9 ° ^Ô!" 

65.36.42 



Éléments. 

Passage au périhélie 1 84 7 , mars 3o , 3483 , t. m . de Greenwich. 

Nœud ascendant 22°38'i6" J Équinoxe appar. 

Longitude du périhélie 2 7 6.5o.32 S du ^février 1847. 

Inclinaison 48-44- 2 

Log. de la distance périhélie 8,6o520 

Sens du mouvement Direct. 

C. R, 1847, i" Semestre. (T. XXIV, N° 10. ) ^ 



( 338 ) 

Nota. Les éléments calculés par M. Graham paraissent établir, avec cer- 
titude, que la distance périhélie de cette comète est très-petite. 

M. Le Verrier communique ensuite, à l'Académie, des observations 
de la dernière planète, qu'il a reçues de MM. O. Struve, de Pulkovaj 
Littrow, de Vienne, et Wïtherstorf, de Venise. 

Extrait de la Lettre de M. O. Struve. 

« Je vous transmets les observations de votre planète , obtenues à l'ob- 
servatoire de Pulkova. A cause de l'obscurité du ciel, presque continuelle 
pendant tout l'hiver, le nombre des observations n'est que très-petit; mais 
en revanche j'espère que vous les trouverez fort exactes. 

I. Observations faites à l'aide des instruments méridiens, par MM. Peters, Fuss et Sabler. 

Dates. Temps sidéral. Ascension droite. Déclinaison. 

6 octobre 1846. 2J h 52 m 3i 5 2i h 52 m 2o s ,97 — i3°2g' 5",g5 

10 52 7 52. 6,85 3o.ig,i2 

12 52. o 52. o,3o 3o.53,24 

26.... . 5i.28 5i. 27,78 33.37,61 

4 novembre.... 5i 20 5i. 19,73 34-i5,7i 

5... 5i.ao 5i.ig,53 34-17,38 

8, 5i.2o ........ 34i5,75 

16 5i.26 5r. 25,53 33,43,66 

7 décembre 52 . 2 1 5.2 . -20 , 8g 28 . 3g , g5 

2i 53.28 22.43,67 

II. Observations faites à la grande lunette parallactique, par M. O. Struve. 

Différences des deus 



Dates. Temps sidéral . Ascension droite. Déclinaison. en asc. dr. endecj. 

ôoct. 1846. 2i h 34 m 4g s 2i h 52 m 20 3 ,g8 — i3°2g' 5 s ,5o — o s ,o4 +o",2 

10 22.44- 1 52. 6,77 3o. 19,67 +0,04 +0,1 

12 22.i2.3o 52. 0,28 3o.52,5i -r-o,o3 +i,c 

4 novembre. 22.2g. 44 5i.ig,70 34.17,00 — o,o3 — 1,3 

5 22.26.58 5i.ig,47 34. 17,17 —0,06 +0,2 

8 21.47. 54 5i.ig,37 

5 décembre.. a3. 6.6 52. i3,3o 

7 22.45.3g 52.21,08 28.39,76. 4-0, 04 — 0,6 

2i 23.51.27 53.28,23 22.40,71 -r-°>4 

8janv.i847- 0.18. 35 Asc.dr.c— 3. 11,22 Décl.c+ 2.48,72 

» La position de l'étoile c, avec laquelle la planète a été comparée le 
8 janvier, n'est pas encore déterminée. 



( 33g) 

III . Moyennes des deux séries, eu égard aux poids relatifs des différentes observations, 

rj ates . Temps sidéral. Ascension droite. Poids. Déclinaison. Poids. 

6 octobre 1846 2i b 44 m i2 s 2t h 52 m 20 s ,98 2 -i3°2 9 '5",8 7 

IO 22.16. i3 52. 6,8i 4 3o.ig,4 7 

I2 22. i.3i 52. 0,29 4 3o.52,g' 7. 

2 6. 2i. 5i.28 51.27,78 2 33.37,6 i 

4novembre 22.9.10 51.19,71 4 34-i6,3 7 

g 22. 7.52 5i.ig,5o 4 34.17,3 7 

8 21.49.37 5t. 19,37 2 34.i5,8 3 

rô! 21. 5i.a6 5i. 25,52 i 33.43,7 1 

5 décembre 23.6. 6 02. i3,3o 1 

„ 22.19. o 52.20,98 2 28.39,9 6 

3I ,... 23.2i.58 53.28.11 1 22.41,5 6 

» Dans ces positions, la correction pour la parallaxe n'est pas encore 

appliquée. 

Extrait de la Lettre de M. de Littrow. 

I. Observations faites dans le méridien. 



TEMPS S10ÏES 

devienne. 



5 octobre 1846. 

7 

9 

10. . . ., 

11 

■4 

16 

25 ... 

2 9 

1 novembre .... 

5 

11 

i3 



•4 



18. 

"9 



8.56. 1,9 
8.48. 2,7 
8.40. 3,6 
8.36. 4,2 
8.32. 5,2 
8.20. 6,8 
8.12. 8,5 
7.36.28,5 
7.20.39,2 
7. 8.48,1 
6.53. 2,7 
6.29.27,7 

6.21 .37.1 

6. 17.42.2 
6. 2. 4,4 
5.58. 8,6 



ASCENSION DHOITB. 



DECUKAISON. 



OBSERVATEURS. 



21 .52.24,44 

52. 17,06 
52. 9,93 
52. 6,40 

52. 3,20 

5i .54,o6 
51.48,57 
51.29,40 
51.24,19 
5i .21 ,34 
5 1 . 20 , o 1 
5i .20,96 
5i .22,36 
5i,23,4i 
5i.28,36 
51.29, 85 



13.28.49,7 
13.29.28,5 
i3.3o. 2,3 
i3. 3o.24,3 
i3.3o.36,7 
i3.3i .23,6 
1 3 . 3i .53,2 

i3. 33.53,8 
i3.34. 9,1 
i3.34.i8,3 
1 3 . 34 . 6,8 
(3.33.59,o 
i3. 33. 55,6 
. r3. 33.36,5 
- i3. 33. 16,1 



Schaub. 
Jelinek. 
Hornstein ■ 
Jelinek. 
Jelinek. 
Hornstein . 
Hornstein . 
Littrow. 
Littrow. 

Jelinek. 

Jelinek . 

Littrow. 

Littrow. 

Jelinek . 

Hornstein 

Jelinek . 

45.. 



(34o) 

H. Observations faites à la lunette parallactique. 



.... 


TEMPS MOYEN 

de Vienne. 


ascension droite. 


DÉCLINAISON. • 


OESERVATEBKS. 


2i décembre 1846. 

2 7 ■•• 

u janvier 1847.. 


h m s 

5.2o.5o,8 
6.3g. 3,9 
6. 6. 3,3 


m 3 

Étoile A+3.20,oi 

ai h 54. 3,9.5 

Étoile B — 1.10,2g 


Étoile A + 54", 8 

— i3°i9' 17,9 

Étoile B— 17.52,8 


j 

Hornstein. ] 
Schaub. 
.Schaub . 



Positions approximatives des étoiles A et B. 



A 2i h 5o m 4 S 

B 2i.56.53 



— i3°25' 

— i3.54 



» Le 27 décembre, la planète a été comparée avec l'étoile n° 37g, XXI n 
de Piazzi, qui se trouve aussi dans Y Histoire céleste , p. 180. On a pris la 
moyenne entre les deux positions. » 

physiologie. — Note touchant l'action de l'éther sur les centres nerveux; 

par M. Fiourens. ~~ 

« I. On a vu, par mes dernières expériences (1), que l'action de l'élher 
sur les centres nerveux suit une marche donnée. L'éther agit, d'abord, sur 
le cerveau proprement dit [lobes ou hémisphères cérébraux) , et trouble (2) 
l'intelligence; il agit, en second lieu, sur le cervelet, et trouble (3) l'équilibre 



(1) Comptes rendus, séance du 22 février, page 253. 

(2) Je dis trouble à dessein. En effet, on ne peut douter, du moins en général, que 
l'intelligence et h. coordination des mouvements ne soient les premières fonctions troublées. Il y 
a des chiens qui résistent à l'éther, sur lesquels l'éther ne va pas jusqu'à produire l'insensibilité 
et l' immotricité de la moelle êpinière; mais l'éther étourdit ces chiens (voilà pour V intelligence), 
mais il les rend ivres (voilà pour la coordination des mouvements). Il y a des éthers (l'éther 
oxalique, l'éther acétique) avec lesquels je n'ai pu parvenir à éteindre la sensibilité et la mo- 
tricité de la moelle êpinière; mais les chiens , soumis à ces éthers , ont toujours été étourdis , 
ils sont toujours devenus ivres. 

"L'intelligence est donc la première fonction troublée , du moins en général : elle est troublée , 
mais est-elle éteinte ? Des expériences faites sur les animaux sont peu propres à lever cette 
difficulté ; les observations recueillies sur l'homme prouvent qu!un reste d'intelligence subsiste 
jusque dans l'état le plus complet d'éthérisation. " ' 

(3) Je dis encore trouble à dessein. On ne peut juger de l'état du cerveau et du cervelet, 



(34. ) 

des mouvements; il agit, ensuite, sur la moelle épiniere, où il éteint, suc- 
cessivement, le principe du sentiment et le principe du mouvement; il agit , 
enfin, sur la moelle allongée, et, quand il en est venu là, il éteint la vie. 

» II. Dans mes nouvelles expériences, j'ai poussé l'action de 1 ether sur 
les centres nerveux jusqu'à l'extinction de la vie. 

« Première expérience : sur un chien. — L'animal est soumis à l'action de 
l'éther. 

>> Au bout de six ou sept minutes (i), Yéthérisation est complète. 

» Au bout de trente minutes, la mort paraissant imminente, on meta nu 
la moelle allongée. 

» On la toucbe, et il y a un léger mouvement de l'animal. 

» On la touche de nouveau, et l'animal ne bouge plus; il est déjà mort. 

« Deuxième expérience : sur un chien. — Au bout de cinq ou six minutes, 
Yéthérisation paraît. 

» On met à nu la région dorsale de la moelle épiniere. On pince, on coupe 

comme on juge de l'état de la moelle épiniere et de la moelle allongée , directement , par une 
lésion mécanique. Le cerveau et le cervelet sont naturellement impassibles [voyez mes Re- 
cherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du sysUmc nerveux; seconde édition , 
p. iSetao). On ne peut juger de leur état que par leurs fonctions. Au reste, par rapport au 
grand objet qui m'occupe ici , V état au cerveau et du cervelet n'est qu'une question secondaire. 
On peut enlever le cerveau , l'animal perd M intelligence , mais il survit ; on peut enlever le cer- 
velet , l'animal perd l'équilibre de ses mouvements, mais il survit (voyez mes Recherches 
expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux ; seconde édition , p. 3i 
et 37). Le grand objet qui m'occupe ici est la détermination de la survie singulière de l'action 
de la moelle allongée à l'action de la moelle épiniere. La découverte de cette admirable survie 
est ma découverte nouvelle. 

(1) L'appareil qui me donne, aujourd'hui, des résultats si prompts est l'appareil ordinaire 
'un vase à deux tubulures s'ouvrant et se fermant à volonté, dont l'une permet l'entrée et 
la sortie de l'air qui doit se mélanger aux vapeurs, et dont l'autre est munie d'un tube flexible 
garni de caoutchouc, et portant deux soupapes s'ouvrant en sens inverse, dites soupapes 
d'inspiration et d'expiration) : seulement , au bout libre de ce tube , au lieu de l'embouchure 
métallique dont se servent les chirurgiens, on a adapté une bouteille de caoutchouc. Cette 
bouteille reçoit le tube éthérifère par son fond, et le museau de l'animal par son col. Un res- 
sort d'acier, représentant assez bien la forme d'un étrier, et dont la branche transversale est 
percée d'un trou pour le passage du tube éthérifère, embrasse le museau de l'animal par ses 
deux branches latérales qui, s'appuyant sur les côtés de la bouche, sur les joues, viennent 
gagner la partie postérieure de la tète, où elles sont réunies par une courroie que l'on serre à vo- 
lonté. Une autre courroie , passant sous la mâchoire inférieure , complète les moyens de fixité. 
Cette modification de l'appareil ordinaire est due à mes a ides- naturalistes au Muséum, 
MM. Aug. Duméril, Philipeaux et Alf. Vulpian. 



une racine postérieure, point de sensibilité; on pince, on coupe une racine 
antérieure, point de motricité. 

» Et il en est des deux régions de la moelle épinière, comme de ses deux 
ordres de racines. La région postérieure est devenue insensible; la région 
antérieure n'est plus motrice. 

« h'éthérisation est prolongée pendant près d'une heure. 
» L'animal paraissant alors sur le point de succomber, on met à nu la 
moelle allongée. 

» On la touche, et il y a une légère secousse de l'animal; on la touche 
encore, et légère secousse encore : au moment où la moelle allongée cesse de 
réagir, l'animal meurt. 

» Troisième expérience : sur un chien. — Même reproduction , même 
succession de faits; même survie de la moelle allongée à la moelle épinière; 
même mort soudaine de l'animal au moment où l'action de la moelle allongée 
cesse. 

» III. L'éther agit donc successivement, comme je viens de le dire, sur 
le cerveau (lobes ou hémisphères cérébraux), sur le cervelet, sur la moelle 
épinière, sur les deux régions, sur les deux ordres de racines de cette moelle, 
sur la moelle allongée,- et, en agissant ainsi, il trouble, il éteint, successive- 
ment, l'intelligence, l'équilibre des mouvements, la sensibilité, la motricité, 
la vie. 

» IV. On se rappelle que Véther chlorhydrique ma donné les mêmes 
résultats que l'éther sulfurique (i). Véther chlorhydrique m'a conduit à 
essayer le corps nouveau , connu sons le nom de chloroforme. 

» Au bout de quelques minutes, et de très-peu de minutes (de six dans 
une première expérience, de quatre dans une seconde et dans une troisième) , 
l'animal, soumis à l'inhalation du chloroforme, a été tout à fait éthérisé, 

» On a mis, alors, la moelle épinière à nu : la région postérieure, les 
racines postérieures étaient insensibles; sur cinq racines antérieures , suc- 
cessivement éprouvées , deux seules conservaient encore leur motricité; les 
trois autres l'avaient perdue. 

» V. Il est impossible de voir un seul fait d'éthérisation, sans être frappé 
de la ressemblance de ce nouveau phénomène avec le phénomène de 
Yasphyocie. Presque tous les observateurs ont remarqué cette ressemblance , 
et même quelques-uns en ont déjà fait l'objet d'études suivies. 

» J'ai soumis deux chiens au genre d'asphyxie le plus simple, c'est-à- 

(i) Comptes rendus, séance du 22 février, page 257. 



( 343 ) 
dire à la consommation graduelle de l'oxygène contenu dans un volume d'air 
atmosphérique donné. 

» il faut un petit appareil, que je décris en note (i), pour produire, dans 
ce cas-ci, X asphyxie, pour la conduire, pour la régler en quelque sorte. 

» En la réglant ainsi , en la commençant, en la continuant, en la suspen- 
dant , selon que l'expérience l'exige , l'animal arrive à un état ^asphyxie fort 
semblable à l'état iïéthérisation. 

» Sur les deux chiens dont je parle , Xasphyxie étant parvenue au point 
nécessaire, on a mis la moelle e'pinière à nu, et l'animal n'a rien senti; on a 
piqué, pincé, coupé les parties sensorielles de cette moelle, et l'animal n'a 
rien senti encore; on a piqué, on a pincé les parties motrices, et il n'y a eu 
que quelques faibles contractions musculaires (2). 

» VI. Il y a donc un rapport réel , une analogie marquée entre Yéthé- 
risation et X asphyxie. Mais, dans X asphyxie ordinaire, le système nerveux 
perd ses forces sous l'action du sang noir, du sang privé doxygène,- et, dans 
Yéthérisation , le système nerveux perd, d'abord, ses forces sous l'action 
directe de l'agent singulier qui la détermine. 

.. VII. C'est là qu'est la différence. Car, du reste, dans Xèthérisation et 
dans Xasphyxie, même perte du sentiment et du mouvement volontaire, et 
même persistance, du moins pour un temps, des mouvements respiratoires ; 
en un seul mot, même survie de la moelle allongée à la moelle e'pinière (3). 
\:éthérisation sera venue nous donner le mécanisme profond de Xasphyxie, 
j'entends la mort successive des centres nerveux dans Xasphyxie. 

» VIII. Et, pour dire ici toute ma pensée, cette marche successive de la 
mort, dans les centres nerveux, est le vrai point, le grand point des nou- 
velles expériences. 

(1) Cet appareil consiste en un flacon à deux tubulures, dont l'une reçoit un tube 
muni d'un robinet, permettant ou empêchant l'entrée de l'air extérieur dans le flacon , 
suivant qu'on le tient ouvert ou fermé , et dont l'autre pénètre dans une vessie qui y est so- 
lidement fixée. Une ouverture , pratiquée à l'extrémité opposée de la vessie, reçoit la tête de 
l'animal. On serre alors la vessie autour du museau, de manière que l'animal ne peut 
inspirer d'autre air que celui du flacon , et que tout celui qu'il expire , revient dans l'appareil. 

(2) De ces deux chiens, l'un a succombé pendant l'expérience ; l'autre a été rendu à l'air 
atmosphérique, et a survécu. 

(3) Pour nouveau trait d'analogie, les viscères de l'animal mort par ethérisation et ceux de 
l'animal mort par asphyxie sont dans un état à peu près le même : dans l'un et dans l'autre, 
les poumons sont un peu décolorés, pâles; le foie et les reins, au contraire, sont gorgés d'un 
sang noirâtre, et qui s'écoule avec abondance, dès qu'on les incise; le cœur est dilaté et 
flasque ; le sang des deux ventricules est également noir, etc. 



( 344 ) 

» IX. Je disais, en 1822, dans les Mémoires que je soumettais alors à 
l'Académie: « Les diverses parties du système nerveux ont toutes des pro- 
» priétés distinctes, des fonctions spéciales, des rôles déterminés; nulle 
» n'empiète sur l'autre (1). » 

.. Je disais encore : « Tout montre une indépendance essentielle entre les 
» facultés intellectuelles et les facultés motrices,- entre la coordination des 
» mouvements et Xexcitation des contractions musculaires. L'organe par 
» lequel l'animal perçoit et veut n'est pas celui qui coordonne ses mou- 
» vements ; l'organe qui coordonne ses mouvements n'est pas celui qui excite 
» les contractions musculaires, etc., etc. (2). » 

» X. Eh bien, Véthérisation isole, comme les expériences mécaniques, 
V intelligence, la coordination des mouvements , la sensibilité, la motricité, 
la vie. 

» XI. Cet isolement de la vie, du point, du nœud vital du système 
nerveux, est même ce que les nouvelles expériences ont de plus frappant. 

» Dans l'animal éthérisé, un point survit seul; et, tant qu'il survit, toutes 
les autres parties vivent au moins d'une vie latente et peuvent reprendre 
leur vie entière : ce point mort, tout meurt. 

» Entre toutes les forces nerveuses, Véthérisation isole et dégage donc la 
force première, la force simple et une, la force vitale du système nerveux. 

» ha force vitale du système nerveux est la force même, la force propre 
de la vie. » 

Après cette communication de M. Flourens, M. Roux prend la parole : 
« Tout en reconnaissant le mérite et la valeur des nouvelles expériences 
dont M. Flourens vient de faire connaître les résultats à l'Académie, je ne 
puis admettre dans toute leur rigueur les conséquences qu'il en a déduites, et 
je prie M. Flourens de vouloir bien me permettre de lui communiquer les 
doutes qui se sont élevés dans mon esprit, relativement à deux points 
surtout. 

» Il y a toujours, dit notre honorable confrère, influence successive , et 
non pas influence simultanée de l'éther sur les différents centres nerveux, 
sur le cerveau d'abord, puis sur le cervelet, puis sur la moelle épinière, le 
bulbe rachidien étant affecté le dernier; le trouble des fonctions départies 



(1) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux 
(seconde édition), p. io. 

(2) Ibid., p. !3. 



( 345 ) 
au cerveau, notamment de l'intelligence, doit précéder les autres phéno- 
mènes de Véthérisation. Peut-être les expériences sur les animaux , particu- 
lièrement celles qui ont pour but de constater l'insensibilité propre des dif- 
férentes parties de l'axe cérébrospinal, conduisent-elles à émettre cette 
opinion; mais les observations faites sur l'homme, observations qui depuis 
deux mois ont déjà été recueillies en si grand nombre, semblent la démentir, 
ou du moins conduisent à penser que les choses ne se passent pas tout a 
fait semblablement chez l'homme et chez les animaux. Dans nos opérations, 
i! y a quelquefois manifestation simultanée de tous les phénomènes de 
l'éthérisation: plus souvent encore, le sentiment du moi, la conscience de 
toutes choses , l'aptitude à saisir des questions , à y répondre par des gestes 
volontaires, se maintiennent jusqu'au moment où l'insensibilité se déclare. 

. En second heu, M. Flourens voit, dans l'état d'éthérisation de 1 homme 
ou des animaux, une sorte d'asphyxie. Je ne puis pas non plus partager son 
sentiment à cet égard, et je ne voudrais pas qu'une telle assimilation parvint 
à la connaissance des personnes du monde. Comme, dans son acception 
Générale, ou plutôt dans son acception reçue, le mot asphyxie implique 1 idée 
d'une mort ou réelle, ou imminente et plus ou moins prochaine, par détail t 
d'oxygénation du sang, il se pourrait qu'on vît renaître contre lethe.isat.on 
des appréhensions que nous avons eu quelque peine à dissiper. Non; I etbe- 
risatioD, qui a un caractère à elle, se rapproche bien plus de 1 ivresse que 
de l'asphyxie. Le changement de couleur du sang artériel, dont il a ete 
parlé, n'est pas chose parfaitement établie, ni surtout constante : loin de la; 
dans les opérations chirurgicales, et dans les cas où l'insensib.htedes ma- 
lades est portée an plus haut degré, il arrive presque toujours qu on peut 
très-bien distinguer , par la couleur vermeille de l'un , et par la teinte brune 
Plus ou moins foncée de l'autre, les deux sangs artériel et veineux s écoulant 
do leurs vaisseaux respectifs quand des artères et des veines ont ete divisée* 
simultanément. Et combien la physionomie de l'individu éthérisé se distingue, 
par l'animation delà peau, par la teinte vermeille des lèvres, de celle dun 
individu frappé d'asphyxie! 

- Si l'Académie veut bien me le permettre, je garderai encore quelques 
instants la parole que j'ai prise à l'occasion de la Note communiquée par 
M. Flourens, pour donner connaissance d'un fait particulier qui, dans les 
circonstances présentes, doit recevoir de moi-même la publicité qu il com- 
porte. En effet, si j'ai montré de l'empressement et du zèle a combattre 
l'opposition qui s'est imprudemment, je crois , manifestée contre 1 emploi des 
inhalations d'éther, comme moyen de rendre l'homme, pour quelques m- 

Ao 

C. R. , 1847 , i« Semestre. (T. XXIV , N° iO.) 



( 3/,6 ) 
stants, inaccessible à la douleur; si je me suis plu à faire connaître les beaux 
et importants résultats que j'ai obtenus, et qui se multiplient chaque jour on 
pourra aussi compter sur ma franchise quand j'aurai été témoin de quelque 
fâcheux événement. J'en ai eu an à déplorer samedi de l'avant-dernière se- 
ma.ne, il y a maintenant dix jours. J'avais eu recours à l'éthérisarion , non 
pas comme moyen de prévenir la douleur, et dans un cas d opération à pra- 
tiquer, mais dans le but d'enrayer les progrès d'un tétanos très-avanoé, et 
très-considérable. On se rappelle que tout d'abord, dès qu'il s'est ari de 
1 inhalation des vapeurs éthérées, dès qu'on a eu constaté leur action^pé- 
c.alesur la sensibilité, on s'est demandé si elles ne pourraient pas servir à 
combattre, ou le spasme passager des muscles , tel que celui qui a lieu quel- 
quefois dans les fractures, dans les luxations, ou un état convulsif permanent, 
comme celui qui constitue le tétanos, et particulièrement le tétanos trauma- 
t.que. Cette complication si grave des plaies est heureusement très-rare. Il 
y a dix jours donc, je trouvai dans mon service, à l'Hôtel-Dieu, un homme 
de cinquante-cinq ans environ, affecté d'nn tétanos parvenu à son dernier 
période qui s était déclaré chez lui quinze jours après une blessure grave 
que cet homme s était faite lui-même, ou qui lui avait été faite aux parties de 
la génération II y avait eu ablation du testicnle droit. La cinquième journée 
commençait depuis 1 invasion du tétanos. Le trisme était porté au plus haut 
degré; la ro.denr des muscles du cou en arrière et du dos n'était pas moins 
considérable; de même celle des parois de l'abdomen; les mouvements né- 
cessaires à la déglutition étaient abolis ; la respiration était déjà fort embar- 
rassée; et, bien que le pouls conservât encore du développement et de la 
régulante, on pouvait avoir la presque certitude que le malade, que je 
voyais un matin , succomberait dans le cours de la journée , ou au plus tard 
la mut suivante. La mort était à peu près inévitable, si j'usais seulement de 
quelqu une des médiations connues et les plus préconisées contre les affec- 
tions tétaniques. Dans un cas aussi désespéré, je me décidai à tenter l'étbé- 
nsation ; elle fut facile. Le malade tomba assez promptement dans une som- 
nolence, qui dura quelques minutes seulement. Je bâtai même l'instant du 
reved , qu* eut lieu sans agitation, par des aspersions d'eau à la figure. Le 
malade ayant recouvré connaissance, nous crûmes remarquer une certaine 
liberté dans les mouvements de la tête, une tension moindre dans les 
muscles du cou: mais presque immédiatement, ou du moins après peu 
d instants, la respiration devint courte et précipitée, le pouls s'affaissa, et 
une deun-heure s était à peine écoulée, que le malade avait cessé -d'être. Sa 
mort, je le disais à l'instant, était à peu près inévitable; mais très-certaine- 



' 34 7 ) 
ment elle a été hâtée de plusieurs heures, peut-être même d'un temps plus 
long, par l'emploi, que je ne rae reproche nullement d'ailleurs, des vapeurs 
éthérées. » 

M. Despretz fait observer que l'air respiré par les malades soumis à 
l'action de l'éther renferme seulement la moitié de l'oxygène contenu dans 
l'air ordinaire; car, à la température de 20 degrés, qui paraît être la tem- 
pérature choisie par la chirurgie, la force élastique de la vapeur d'étber 
est environ égale à la moitié de la pression moyenne de l'atmosphère (l'éther 
étant supposé pur). Si l'on doublait préalablement la quantité d'oxygène, en 
ajoutant à l'air une quantité d'oxygène égale au cinquième de son volume, 
l'air respiré avec l'éther serait aussi riche en oxygène que l'air ordinaire, et 
peut-être les chances d'asphyxie seraient diminuées. 

analyse mathématique. — Note sur quelques propriétés des facteurs 
complexes ; par M. Adgdstis Cadcht. 

:> Dans le Mémoire que renferme le dernier numéro des Comptes rendus, 
M. Lamé a établi diverses propriétés de certains facteurs complexes. Ces 
facteurs , dont je me suis occupé moi-même à diverses époques , ne sont , 
comme l'on sait , autre chose que des fonctions entières de l'une quelconque 
r des racines imaginaires de l'équation binôme 

r n — i, 

l'exposant n et les coefficients des diverses puissances de r dans chaque 
fonction étant des nombres entiers. Un facteur complexe u, qui, multiplié 
par un autre v, donne pour produit un nombre entier N, ou même un nou- 
veau facteur complexe w, est appelé diviseur de N ou de w. 11 résulte, eu 
particulier, des principes exposés par M. Lamé, que si, n étant un nombre 
premier et A , B deux quantités entières , on nomme 

M , M,, M 2 ,..., M„ 

les n facteurs connus de A"+ B", représentés par des fonctions linéaires de 
A et de B, savoir, 

A-bB, Ar+B, A/' 2 + B, kr n ~ K + B, 

ces facteurs seront tous divisibles par tout diviseur complexe qui diviserait 
deux d'entre eux. 

46.. 



( 348 ) 

« Si l'on se propose , avec M. Lamé , d'appliquer ce principe à la démonstra- 
tion du dernier théorème de Fermât, on pourra se borner à considérer le cas où 

A et B étant premiers entre eux, le rapport " + *f est premier à A+ B; et, 

dans ce cas, pour démontrer la proposition établie "par M. Lamé, il suffira 
de faire voir que h, k étant deux quelconques des nombres entiers i, %, 3,.-. . 
n— i, tout facteur commun de M A , M A . divisera nécessairement M . Or 
cette dernière proposition peut être démontrée très-aisément de la manière 
suivante : . 

« Pour vérifier l'équation 
(0 M h u + M k v = M , 

il suffit de poser 



ur k ~hvr k = -i, « + (!=!; 



par conséquent , 



u = r- h - 



ou , ce qui revient au même , 
(a)' u-r~ h - 



y.t — h. .. , -À—/. 



,-/. 



i _ r l:+ax 



x étant un nombre entier quelconque. Or, en choisissant ce nombre entier, 
de manière à rendre h -H nx divisible par la valeur numérique de k — h, on 
obtiendra évidemment pour u et v des facteurs complexes. Cela posé, il ré- 
sultera immédiatement de la formule (i) que tout diviseur complexe de M /( 
et de M k divisera M . Il y a plus : le produit 

a* + fi- 



ai, M 2 . . . M 



n- 



A + B 



étant, par hypothèse , premier à A + B, les facteurs M A , M A seront nécessai- 
rement premiers entre eux, c'est-à-dire qu'ils ne pourront avoir d'autres 
diviseurs communs que les diviseurs complexes de l'unité. » 

physique mathématique. — Mémoire sur les mouvements des systèmes de 
molécules ; par M. Aggostck CAccHrr 

<■ Dans mes anciens et nouveaux Exercices') ai donné les équations d'équi- 
libre et de mouvement d'un système de points matériels sollicités par des 



( 349 ) 
forces d'attraction et de répulsion mutuelle , ou même de deux semblables 
systèmes qui se pénètrent mutuellement; et, après avoir spécialement consi- 
déré le cas où les mouvements sont infiniment petits, j'ai montré ce que de- 
venaient alors les équations différentielles quand elles acquéraient une forme 
^dépendante de la direction des axes coordonnés. J'ai ainsi obtenu des 
équations générales et très-remarquables , qui représentent les mouvements 
isotropes d'un ou de deux systèmes d'atomes ou points matériels. J'ai, de 
plus, dans un Mémoire présenté à l'Académie le 4 novembre i83g, étendu 
à un nombre quelconque de systèmes d'atomes les formules générales que 
j'avais précédemment établies ; et j'ai obtenu , de cette manière , les équations 
propres à représenter les mouvements vibratoires ainsi que les mouvements 
atomiques des corps cristallisés , dans lesquels je considérais chaque molé- 
cule comme composée d'atomes de diverses espèces, qui, soumis eux-mêmes 
à diverses forces d'attraction ou de répulsion mutuelle, pouvaient s'appro- 
cher ou s'éloigner les uns des autres en faisant varier la forme de la mo- 
lécule. Toutefois, quand on se propose d'étudier, d'une part, les mouve- 
ments généraux de translation et de rotation des molécules, d'autre part, 
leurs changements de forme, ou, en d'autres termes, les mouvements ato- 
miques, il°peut être utile de transformer les équations que je viens de rap- 
peler, en prenant pour inconnues trois espèces de variables qui sont pro- 
pres à exprimer ces trois espèces de mouvement. Tel est l'objet que je me 
suis spécialement proposé dans mes nouvelles recherches. Des neuf incon- 
nues que mes équations renferment , trois représentent les déplacements du 
centre de gravité d'une molécule , mesurés parallèlement aux axes coor- 
donnés; trois autres déterminent les directions des plans mobiles et rectan- 
gulaires auxquels il faudrait rapporter le mouvement pour que la vitesse 
de rotation moyenne et apparente de la molécule se réduisît constamment à 
zéro; enfin les trois dernières déterminent les déplacements de chaque atome 
mesurés parallèlement aux directions des axes suivant lesquelles se cou- 
pent ces plans mobiles. D'ailleurs, de ces neuf inconnues, les six premières 
peuvent être regardées comme fonctions de quatre variables indépendantes 
qui représentent le temps et les coordonnées du centre de gravité d'une 
molécule. Les trois dernières inconnues dépendent en outre des trois coor- 
données qui déterminent la position qu'occupe, dans eette molécule, l'atome 
que l'on considère. 

» Les neuf équations du mouvement , propres à déterminer les neuf incon- 
nues que nous venons de mentionner, sont aux différences mêlées. Ces équa- 



( 3ôo ) 

lions renferment, avec les dérivées des inconnues prises par rapport au 
temps, les accroissements qu'acquièrent les inconnues, lorsqu'on passe d'un 
atome à un autre, ou d'une molécule à une autre; et se partagent en 
trois groupes correspondants aux trois espèces d'inconnues , de telle sorte 
que les trois équations appartenant à un même groupe renferment les dé- 
rivées d'une seule espèce d'inconnues, prises par rapport au temps. 

» Les six premières équations qui renferment les dérivées des six pre- 
mières inconnues à l'aide desquelles s'expriment les mouvements généraux 
de translation et de rotation des molécules , sont celles que nous appellerons 
les équations du mouvement moléculaire. Les trois autres, qui renferment 
les dérivées des inconnues propres à représenter Les déplacements des . 
atomes dans les diverses molécules, seront nommées les équations du mou- 
vement atomique. 

» Au reste, il est juste de le reconnaître, on peut déduire directement les 
six équations du mouvement moléculaire, de celles à l'aide desquelles M. Go- 
riolis a représenté dans le XV e cahier du Journal de l'École Polytechnique, 
le mouvement d'un corps considéré comme au système de points matériels. 
Il suffira, pour opérer cette déduction, de substituer à un corps envisagé 
comme un système de points matériels, une molécule considérée comme 
un système d'atomes, et de substituer pareillement aux forces qui représen- 
teraient les actions exercées par d'autres corps, les forces qui expriment 
les actions exercées par d'autres molécules. 

« Le cas où les divers atomes sont uniquement sollicités par des forces 
d'attraction ou de répulsion mutuelle mérite une attention spéciale. Déjà 
Lagrange avait observé que, dans un système de points matériels qui s'atti- 
rent ou se repoussent, les composantes de Sa force totale appliquée à chaque 
point peuvent être représentées par les trois dérivées partielles d'une seule 
fonction, relatives aux trois coordonnées de ce point; et M. Ostrogradsky 
a montré le parti que l'on peut tirer de cette observation, lorsque l'on con- 
sidère, non plus un nombre 6ni, mais un nombre indéfini de points maté- 
riels. Or je trouve que, dans le même cas, les équations du mouvement mo- 
léculaire peuvent être réduites à une forme très-digne de remarque, et que 
les seconds membres de ces équations peuvent être exprimés symbolique- 
ment à l'aide d'une seule fonction qui renferme, avec la distance des centres 
de gravité de deux molécules, des lettres Symboliques à l'aide desquelles 
s'indiquent des différentiations effectuées par rapport aux trois variables qui 
représentent les projections de cette distance sur les axes coordonnés. 



( 35 1 ) 

» Si les distances qui séparent les molécules les unes des autres sont sup- 
posées très-grandes par rapport aux dimensions de chacune d'elles; si d'ail- 
leurs les actions mutuelles des atomes décroissent très-rapidement, quand 
la distance augmente; si enfin, chaque atome est en équilibre à l'instant où 
le mouvement commence; ce mouvement pourra être tel, que chaque mo- 
lécule conserve une forme sensiblement invariable. Alors, les mouvements 
atomiques venant à disparaître, on aura seulement à s'occuper des six 
équations qui exprimeront les mouvements de translation et de rotation de 
chaque molécule , et qui , comme l'a observé M. Savary, dans la séance du 
4 novembre i83g, pourront être facilement déduites des principes de la 
mécanique rationnelle. On se trouvera ainsi ramené par exemple aux for- 
mules que j'ai présentées à l'Académie le 5 décembre 1842, ou bien encore 
à celles qu'a données M. Laurent dans son beau Mémoire sur les mouve- 
ments infiniment petits d'un système de sphéroïdes. 

» Il importe d'observer que la fonction symbolique renfermée dans les 
six équations du mouvement d'une molécule est le produit de trois facteurs. 
De ces trois facteurs, le dernier dépend uniquement de la distance comprise 
entre le centre de gravité de cette molécule et le centre de gravité d'une 
autre molécule; il est donc fonction des accroissements que prennent les 
coordonnées du premier centre de gravité quand on passe de ce pre- 
mier centre au second. Quant à chacun des deux autres facteurs, il ren- 
ferme trois lettres caractéristiques qui indiquent la formation de dérivées 
prises par rapport à ces accroissements , avec les quantités variables qui 
expriment les différences entre les coordonnées des atomes dont se compose 
une molécule, et les coordonnées de son centre de gravité. 

» Il peut arriver qne l'un de ces deux facteurs, par exemple celui qui 
correspond à la molécule dont on détermine le mouvement, soit , au pre- 
mier instant, une fonction isotrope des variables qu'il renferme, c'est-à-dire 
une fonction dont la valeur soit indépendante des directions assignées aux 
trois axes coordonnés, supposés rectangulaires. Alors, si toutes les molé- 
cules sont de même forme, le second facteur, c'est-à-dire le facteur corres- 
pondant à une autre molécule, sera lui-même, au premier instant, une 
fonction isotrope des variables qu'il renferme, et les mouvements molécu- 
laires pourront se réduire à des mouvements de translation des centres de 
gravité des molécules, les rotations étant réduites à zéro. Par suite aussi , les 
équations du mouvement seront de la forme de celles qu'on aurait obtenues 
en réduisant les molécules à des points matériels. Ainsi se trouve généralisé 



( 35a ) 

un théorème que j'avais établi dans le Mémoire du 5 décembre ibTj.^, et que 
j'ai rappelé dans la séance du 27 mai r844 {voir le Compte rendu de cette 
dernière séance, page 970). 

» Dans mes nouvelles recherches, j'ai spécialement considéré le cas où les 
mouvements de rotation deviennent infiniment petits. Dans ce cas, les trois 
inconnues correspondantes au mouvement rotatoire d'une molécule peuvent 
être réduites aux angles infiniment petits qui représentent les rotations 
moyennes de la molécule autour des axes coordonnés. 

» Dans un autre article, je développerai, à l'aide du calcul, les consé- 
quences des principes que je viens d'exposer, et des formules qui s'en 
déduisent. 1» 

analyse mathématique. — Note au sujet de la démonstration du théorème 

de Fermât; parM.Juxwk. 

« Les observations que M. Liouvillea faites au sujet du Mémoire que j'ai 
présenté dans la dernière séance, observations dont nous nous sommes en- 
tretenus depuis avec plus de détails , portent principalement sur la brièveté 
des préliminaires qui accompagnent la démonstration générale que j'ai don- 
née du théorème de Fermât. La définition et les caractères principaux des 
nombres complexes sont sans doute insuffisants, si l'on ne prouve pas que 
ces nouveaux nombres jouissent des propriétés de divisibilité qui appartien- 
nent aux nombres entiers, et si l'on ne se met pas à l'abri de l'embarras pro- 
venant des facteurs qui , comme /• ou z, , se présentent dans la composition 
du nombre 1. Sous ce point de vue, il existe effectivement une lacune dans 
la communication que j'ai faite, mais je ne tarderai pas à la combler. Les 
théorèmes qui servent de lernmes à ma démonstration donnent un moyen 
facile de trouver les sous-facteurs complexes d'une infinité de nombres en- 
tiers, premiers ou composés, et je pourrai bientôt en présenter une table 
assez étendue. La comparaison de tous ces nombres confirme pleinement les 
propriétés que j'ai simplement énoncées , et sur lesquelles je me suis appuyé. 
Or, entre une vérification aussi complète et la démonstration même de ces 
propriétés, il ne me paraît pas qu'il puisse se présenter aucun obstacle in- 
surmontable. » 

M. Arago, qui était inscrit pour une communication relative à un nouvel 
instrument d'astronomie, renonce, à raison du grand nombre des pièces de 
la Correspondance , à prendre la parole dans cette séance. 



( 353 ) 



MÉMOIRES LUS. 



anatomie pratique. — Sur un moyen de fermer exactement les vases des- 
tinés aux collections d'histoire naturelle (procède applicable à la conser- 
vation des substances alimentaires); — et sur l'installation convenable pour 
l'étude des objets danalomie exposés et conservés dans les liqueurs ,■ pat 
M. J. Maissiat, agrégé, à la Faculté de Médecine de Paris. (Extrait.) 
(Commissaires, MM. Dumas, Milne Edwards, Valenciennes.) 

« Première question. — Glauber (Furni novi phiios., Amst., 1661, pars 
quinla, p. i3), Réaumur surtout (Mémoires de l'Académie des Sciences, 1 746; 
et Daubentou (Histoire naturelle, générale et particulière y Buffon et Dau- 
benton, Paris, 1750, tome III, page 176), sont les principaux auteurs qui 
aient fait de sérieuses recherches pour parvenir à fermer exactement les 
vases à large orifice. C'est là une condition d'existence pour des collections 
durables, et « les collections, dit Réaumur, servent de base aux sciences na- 
» turelles qui exigent qu'on voie et qu'on ne raisonne que sur ce qui a été 

» bien vu. » 

» D'un autre côté, une fermeture exacte des vases économiserait une 
dépense incessante d'alcool et beaucoup de travail : « Il n'y a personne, dit 
.. encore Réaumur, qui, ayant des bocaux à remplir, ne dût accepter 
.. comme un fort bon marché, la proposition qui lui serait faite de les 
» remplir et rendre clos de manière à ce qu'il n'y aurait jamais à y re- 
» toucher, si l'on voulait en payer le double de ce qu'il en coûte ordinai- 
» rement. » 

» Toute la peine que prit Réaumur à cette question, n'ayant abouti qu'à 
des résultats encore imparfaits, il finit par conclure que si l'on n'était pas 
arrêté par l'énorme dépense, un bon moyen serait de fermer les vases des 
collections avec des bouchons de verre rodés à lemeri, comme sont fermés 

les flacons. 

,1 Daubenton arrive finalement à la même conclusion que Réaumur. 

» Moyen proposé. — C'est, en réalité, ce moyen même, simplement 
modifié quant à la forme , mais nullement quant au fond , et exécuté de même, 
qui est proposé dans ce Mémoire, avec la condition désirée du bas prix de 
main-d'œuvre. En un mot, on propose une véritable fermeture à lemeri, 
dans laquelle les surfaces de contact se sont un peu déplacées, et sont, pour 
ainsi dire, sorties du goulot pour venir sur le bord même du vase. 

C. R., 1847, i cr Semestre, (T XXIV, N° 10.; 47 



( 354 ) 

» Pour que ce procédé soit applicable, il faut et il suffit qu'un vase ait 
son orifice sur une surface de révolution; l'obturateur peut être de figure 
quelconque, plan par exemple: il suffit aussi que sa surface de contact soit 
de révolution. 

» L'exécution consiste sommairement à faire tourner sur son axe de figure 
l'une des pièces (obturateur ou vase), et à présenter l'autre en position de 
fermer, en interposant de l'émeri. Par cette manœuvre, les premiers points 
de contact sont bien vite détruits, peu à peu le contact s'étend ; enfin il arrive 
à devenir continu et très-exact, les surfaces s' épousant réciproquement. 

» Mastic unissant. — Pour maintenir l'obturateur adbérent en place, et 
aussi pour clore exactement la fissure annulaire qui persiste généralement 
entre un bouchon rodé et son vase, on peut employer un mastic, qui consiste 
essentiellement en du caoutchouc dissous et en partie combiné avec de la 
chaux. Voici sa préparation : On fond le caoutchouc (a parties) à l'aide de 
la chaleur; on remue la matière et l'on règle le feu de manière à n'avoir 
jamais beaucoup de fumée dégagée; on ajoute par portions la chaux (i à i 
parties, selon la consistance désirée) délitée et tamisée; on peut aider la 
fusion au début par une petite quantité de suif. Une partie de minium 
ajoutée (avant la chaux) rend ce mastic susceptible d'une dessiccation super- 
ficielle dans l'espace d'une année. Il est sans odeur de caoutchouc, inso- 
luble dans l'eau, l'alcool étendu, etc. Il persiste mou durant des années, 
il est très-plastique. Pour l'appliquer, on le malaxe au préalable, et puis on 
l'applique à froid avec un couteau. 

» Il est présenté comme preuve, outre divers vases anatomiques , un mar- 
teau a" eau fait avec V alcool le plus concentré du commerce dans un vase 
ainsi fermé. 

» Seconde question. — Considérons que si les objets d'anatomie com- 
parée se trouvaient, dans les collections, ordonnés et exposés de manière à 
pouvoir être facilement trouvés et étudiés en place même, sans qu'il fût 
besoin de les extraire des bocaux, on aurait là comme un livre de la nature 
toujours ouvert à qui voudrait y lire. 

» Telle est la raison sérieuse de s'occuper plus, peut-être, qu'on ne l'a 
encore fait, de l'installation des pièces anatomiques dans leurs vases. 

» On s'est à peu près contenté de fixer les pièces, et certaines pièces 
seulement, sur des plaques de liège, de bois, de cire, etc. Tous ces supports 
offrent des matières solubles dans l'alcool qui le colorent, et souvent altèrent 
par des dépôts adhérents la couleur et les détails de la pièce. 

» On pare à tous ces inconvénients en usant de cadres ou échafaudages 



( 355 ) 

faits avec des baguettes de verre courbées à la lampe et de forme variable 
selon les cas. On y suspend et assujettit la pièce avec des fils noirs de soie : si 
l'on ajoute à cela de noircir le vase lui-même par-derrière, à l'extérieur, avec 
un vernis noir, on aura un fond pour la vue de la pièce, et tout l'artifice 
disparaîtra. 

» Pour les objets qui exigent d'être piqués, on peut faire un cadre de 
verre avec un gros tube , et tendre sur ce cadre une étoffe de soie noire re- 
pliée de manière à offrir deux plans tendus à distance de l'épaisseur du 
cadre, comme \es deux peaux d'un tambour. » 

mécanique. — Mémoire sur les dispositions propres à annuler complètement 
ou en partie l'influence de l'espace nuisible . dans les machines à vapeur; 
par M. Combes. 

(Commissaires, MM. Pouillet, Lamé, Morin.) 

« I/espace compris entre le piston d'une machine à vapeur arrivé à 
l'extrémité de sa course, le fond du cylindre et l'orifice d'admission, nuit 
eu .raison 'de la vapeur qui doit s'y loger, avant que la pression initiale 
s'exerce tout entière sur le piston; il peut encore favoriser l'entraîne- 
ment de l'eau liquide par la vapeur qui s'y précipite avec une grande 
vitesse. On atténue ce dernier inconvénient, en réglant les tiroirs de 
manière que la communication avec le condenseur soit interrompue avant 
la fin de la course; l'espace nuisible demeure alors rempli de vapeur plus 
dense que celle du condenseur. Mais, pour que son influence fût entièrement 
détruite dans les machines à un seul cylindre, deux conditions seraient né- 
cessaires , savoir : i° que la détente de la vapeur motrice fût poussée jusqu'à 
ce que sa tension devînt égale à celle du condenseur ; 2° que la commu- 
nication avec le condenseur fût interrompue, an moment où la capacité com- 
posée de i'espace nuisible et du reste de la course du piston, serait à la capa- 
cité de l'espace nuisible dans le rapport de la pression initiale à la pression 
du condensenr. Dans une machine où la pression initiale serait de 3 atmo- 
sphères, la pression dans le condenseur de -& d'atmosphère, et l'espace 
nuisible de -^ du volume engendré par l'excursion du piston , la détente de la 
vapeur dans le cylindre devrait être poussée jusqu'à -^d'atmosphère, ce qui 
exigerait que la vapeur ne fût admise que pendant ^ de la course du 
piston; et la communication avec le condenseur devrait être interrompue, 
dès que le piston aurait parcouru les -^ de sa course. Il est pratiquement 

47» 



( 356 ) 

impossible de satisfaire à ces conditions , ou même de s'en rapprocher, dans 
les machines à an seul cylindre et à condenseur. 

» Il rien est pas de même des machines à simple effet : dans celles-ci, 
l'espace contenant la vapeur motrice n'est jamais en communication directe 
avec le condenseur, dont iî est isolé par le piston et par la soupape d'équi- 
libre. Pendant la course rétrograde du piston, le cylindre n'est pas en com- 
munication avec le condenseur, et ii suffirait de fermer !a soupape d'équi- 
libre , après une fraction de la course qu'il est facile de déterminer, pour que 
la vapeur fût comprimée dans l'espace nuisible jusqu'à la pression initiale. 
Par exemple, dans une machine à simple effet, où l'espace nuisible serait 
■fa du volume engendré par l'excursion du piston, et la capacité du tuyau 
d'équilibre fa du volume total du cylindre, la pression initiale de la vapeur 
étant supposée de 3 atmosphères, et la détente étant poussée jusqu'à | at- 
mosphère, il faudrait fermer la soupape d'équilibre, lorsque le piston aurait 
parcouru les 0,73 de sa course. La vapeur serait admise pendant le huitième 
de la course. 

» Il est évident que si deux machines à simple effet étaient accouplées, 
de manière à agir, comme une seule machine à double effet, sur un arbre 
dont le mouvement serait régularisé par un volant, la fermeture des sou- 
papes d'équilibre aux positions de la course rétrograde des pistons déter- 
minées comme je viens de le dire , ferait disparaître complètement l'in- 
fluence des espaces nuisibles: ceux-ci se trouveraient, lors de l'ouverture de 
la soupape d'admission , remplis de vapeur à la pression initiale ; on ne con- 
denserait, à chaque excursion du piston, que la quantité de vapeur intro- 
duite dans le cylindre. Le travail résistant développé par la compression de 
la vapeur, à la fin de ia course rétrograde, serait intégralement restitué par 
la détente de cette même vapeur, dans l'excursion directe suivante: 

» Dans les machines à simple effet dû comté de Gornwall , qui ne sont pas 
accouplées, la vapeur est aussi comprimée dans l'espace nuisible, vers la fin 
de la course rétrograde du piston, par le poids des tiges des pompes; mais la 
pression de cette vapeur, qui fait simplement équilibre au poids de ces tiges , 
reste nécessairement inférieure à la pression initiale: l'influence de l'espace 
nuisible n'est, en conséquence, détruite qu'en partie. 

» J'ai cherché à appliquer le principe de la compression de la vapeur 
dans l'espace nuisible aux machines à deux cylindres, dites de Woolf, aux- 
quelles plusieurs habiles constructeurs reviennent aujourd'hui , et qui n'au- 
raient jamais été délaissées , si les détails de leur construction eussent été bien 



( 35 7 ) 

étudiés. Pour annuler l'influence de l'espace nuisible dans le petit cylindre . 
il suffit de fermer la communication entre les extrémités opposées du petit 
et du grand cylindre, lorsque le premier contient encore une quantité de 
vapeur" suffisante pour remplir cet espace à la pression initiale. La posi- 
tion du piston pour laquelle la fermeture devra avoir lieu , ne dépendra, dans 
chaque cas, que de la grandeur de l'espace nuisible et de la fraction de la 
course pendant laquelle l'orifice d'admission sera resté ouvert. Les passages 
de la vapeur étant ainsi interceptés à l'instant convenable, il n'y aura plus 
d'autre cause de perte de travail provenant des espaces nuisibles, que celle 
qui sera due à la détente de la vapeur lors de la mise en communication des 
extrémités opposées des deux cylindres, à l'origine de chaque excursion des 
pistons, et cette perte pourra encore être atténuée, en confinant dans les 
tuyaux de communication, de la vapeur sous une pression supérieure à celle 
qui a lieu sur le grand piston à la fin de sa course. 

» Les calques , joints an Mémoire , montrent les dispositions générales des 
soupapes dans une machine à deux cylindres de vingt à trente chevaux de 
puissance, construite par M. Farcot pour le dépotoir de la Villette, et à la- 
quelle cet habile constructeur a appliqué le système de distribution que je lui 
avais fait connaître. 

« La sortie de la vapeur du petit cylindre peut être arrêtée par un 
système de trois pistons fixés sur une même tige, et contenus dans un 
même cylindre vertical. Ces pistons sont déplacés, aux instants convenables, 
par des taquets adaptés à une poutrelle , et dont le mécanicien peut régler 
à volonté lecartement. A chaque extrémité du grand cylindre sont établies 
deux soupapes à double siège: l'une, pour l'entrée de la vapeur, est placée 
à l'extrémité du conduit qui vient du petit cylindre; l'autre, pour la sortie, 
est placée à l'extrémité d'un large tuyau aboutissant au condenseur. 

.. Avec les dimeusions adoptées dans cette machine, le passage de la va- 
peur du petit dans le grand cylindre doit être intercepté aux ^ de la course 
des pistons, lorsque la vapeur est admise dans le petit cylindre pendant la 
course entière; aux -j%, lorsque la vapeur est admise pendant la moitié de 
la course; aux -j%, lorsque la vapeur est admise pendant le quart de la 



course. 



» Il convient, en outre, que la soupape d'entrée de la vapeur dans le 
grand cylindre, placée à l'extrémité du tuyau de communication, soit 
fermée aussitôt après que le passage de la vapeur est intercepté , afin que 
le tuyau de communication reste rempli de vapeur à une tension supérieure 
à la pression finale, et que la perte de travail due à la détente de la vapeur. 



( 358 ) 

lors de la mise en communication des extrémités opposées des deux cylin- 
dres, soit la plus petite possible. Pour une pression initiale de 3 atmo- 
sphères , une pression dans le condenseur de -^ d'atmosphère correspondante 
à une température de 46 degrés centigrades, et une admission de vapeur 
pendant un quart de la course du petit piston, le calcul donne, pour les 
quantités de travail transmises aux pistons par une même quantité de va- 
peur, dépensée dans la machine pourvue du système qui fait l'objet de ce 
Mémoire, et dans la même machine où ce système serait supprimé, des 
nombres qui sont entre eux dans le rapport de io5,8 à roo. 

» Les avantages résultant du nouveau système croissent d'ailleurs avec 
l'étendue de la détente et avec le rapport de la pression initiale de la vapeur 
admise à la pression du condenseur. 

» L'économie réalisée dans la pratique nous paraît devoir être supérieure 
à celle que le calcul indique, en raison des circonstances favorables qui 
résultent de l'existence de la vapeur comprimée dans l'espace nuisible au 
moment de l'ouverture des orifices d'admission. » 

PIÈCES DR LA SÉANCE DU I e * MARS 1847. 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

chimie. — Note sur la forme cristallographique du suljophosphate 

tribasique de soude décrit par M. Wurtz; par M. de la Photostate. 

(Commission nommée pour le Mémoire de M. Wurtz.) 

-■ Le sulfophosphate de soude, qui m'a été remis par M. Wurtz, est cris- 
tallisé en lamelles très-minces qui appartiennent au système rhomboédrique. 

» Le rhomboèdre primitif R a ses deux sommets tronqués par des faces 
basiques très-larges OR, et ses arêtes culminantes sont modifiées tanp-entiel- 
lement par le rhomboèdre équiaxe — |R, 

» Angle du rhomboèdre primitif, io4° 20'; 

» Inclinaison d'une facette du rhomboèdre équiaxe sur chacune des faces 
voisines du rhomboèdre, i27°5o'; 

» Angle des faces du rhomboèdre R et de la face basique : 

Mesuré. Calculé. 

n4°3o' à peu près, n4°i7' 

« Angle des faces de l'équiaxe avec les faces basiques : 

Mesuré. Calculé. 

1 32 à 1 33 degrés, i32°3o'. 



( 35g ) 

physiologie. — Résultats obtenus en examinant, sous le point de vue 
chimique, le sang veineux d'un animal avant et après l'inhalation de 
l'air chargé de vapeurs d'éther,- par M. Lassaicive. (Extrait d'une Lettre 
à M. F/ourens.) 

(Commission de 1 ether.) 

« Ces expériences ont été entreprises dans le but de rechercher s'il arri- 
vait des changements notables dans la constitution élémentaire de ce li- 
quide. Les portions de sang qui ont été analysées ont été recueillies sur uu 
fort chien , en bonne santé, et qui avait été stupéfié, au bout de trente mi- 
nutes, par son séjour dans une boîte en bois bien close, dans laquelle on 
faisait arriver de la vapeur d'éther sulfurique. 

» Les faits observés dans ces recherches peuvent se résumer ainsi: 

» i°. Les deux échantillons de sang veineux, recueillis avant et après 
l'inhalation des vapeurs éthérées , n'ont pas présenté de différences sensibles 
dans leur couleur, ni dans le temps de leur coagulation spontanée; le pre- 
mier avait l'odeur fade du sang, le second possédait une odeur d'éther très- 
prononcée. 

» 2°. Les sérums et caillots de ces deux espèces de sang, isolés aussi 
exactement que possible, après vingt-quatre heures de leur extraction, se 
sont trouvés dans les rapports suivants: 

Sang veineux avant l'inhalation . Sang veineux après l'inhalation . 

Caillot 65,46 Caillot 09,69 

Séni™ 34,54 Sérum 40, 3. 

I00 > 00 100,00 

» 3°. fie rapport des principes immédiats de ces deux échantillons de 
sang a été déterminé par les procédés employés d'abord par MM. Dumas 
et Prévost, et en second lieu, dans ces derniers temps , par MM. Andral et 
Gavarret. On a constaté que le sérum du sang , après l'inhalation , avait une 
légère teinte rougeâtre qu'il a conservée pendant plusieurs jours. 

» 4°. Le caillot du sang, avant l'expérience, a paru un peu moins con- 
sistant que celui du sang éthérisé. 

» 5°. L'analyse a démontré que ces deux espèces de sang veineux , à part 
la petite proportion d'éther que renfermait celui extrait après l'inhaiation, 
étaient formées des mêmes principes, comme l'indique le tableau comparatif 



( 36o ) 
établi sur iooo parties de chaque sang: 

Composition du sang veineux Composition du sang veineux 

avant l'inhalation de Pair éthéré. après l'inhalation de l'air éthéré. 

Eau 723,6 Eau avec éther 77^)9 

Fibrine a, 4 Fibrine 1,7 

Globules ï83,i Globules i47>7 

Albumine et sels de Albumine et sels alcalins 

sérum.,... go, g du sérum 72,0 

1000,0 !O0O,O 

» 6°. En faisant abstraction de l'excès d'eau qu'on retrouve dans le sang 
après l'inhalation, le calcul fait reconnaître que h fibrine, les globules et 
ïalbumine sont entre eux , à peu de chose près , dans les mêmes rapports 
que dans le sang avant l'inhalation : ainsi, le calcul donne 1,9 de fibrine au 
lieu de 1,7; 146,4 de globules au lieu de 147,4, et 72,7 d'albumine au lien 
de 72. 

» 7 . La proportion d'éther contenue dans le sérum du sang éthérisé est 
si faible, qu'il n'a pas été possible de la déduire directement sur la petite 
quantité de sang soumise à l'examen. On a cependant essayé de la déter- 
miner en étudiant comparativement, dans les mêmes conditions de tempé- 
rature et de pression barométrique, la tension de la vapeur du sérum du sang 
avant et après l'inhalation, et comparant ces deux tensions à celle d'une so- 
lution d'éther dans l'eau faite dans des proportions connues. Les résultats 
obtenus autoriseraient d'admettre que la proportion d'éther, absorbée et dis- 
soute dans le sang veineux, formerait environ 0,0008 de sa masse, et que, 
sous ce rapport, sa composition serait ainsi établie : 

Sang veineux gg,gi9 

Éther sulfurique o , 08 1 

100,000 

physiologie. — Effets produits par l'inhalation de l'éther,- expériences 
faites par M. Joly sur lui-même. ( Extrait d'une Lettre à M. Flourens, ) 

(Commission de l'éther.) 

« .... Deux fois,jemesuis soumis aux vapeursde l'éther. Ma première expé- 
rience a eu lieu le 19 de ce mois, en présence de M. Bonner , secrétaire de 
l'École royale vétérinaire de Toulouse. L'appareil dont je me suis servi, ce 
jour-là. n'était rien autre chose qu'un simple verre à liqueur à demi rempli 



( 36 1 ) 
d'éther. J'aspirais les vapeurs en tenant le verre à moitié renfermé dans ma 
bouche. Tant que je me suis borné à des aspirations, lether n'a rien produit. 
Au bout d'un quart d'heure d'efforts inutiles , je me suis mis à avaler (i) les 
vapeurs. Alors, après quelques minutes, des effets singuliers ont commencé 
à se manifester : gaieté bien prononcée , rire convulsif, saccadé, d'un carac- 
tère tout particulier, que l'on a comparé à X aboiement d'un petit chien; 
figure décomposée comme dans l'ivresse alcoolique, yeux égarés et roulant 
dans leurs orbites; mais, du reste, intelligence à peu près entière, sensi- 
bilité générale presque complète; sens, surtout ceux de la vue et de l'ouïe, 
obscurcis pendant trois ou quatre secondes, au point que je ne voyais et 
n'entendais plus que très-imparfaitement; faiblesse musculaire bien mar- 
quée. 

» Peu satisfait de ce résultat, je voulais en obtenir un plus parfait; mais 
au moment où je m'apercevais que les vapeurs étbérées commençaient à 
embarrasser mon cerveau, lether me manqua tout à coup, et tout à coup 
aussi je sentis mon encéphale moins alourdi et comme dégagé de l'influence 
qui semblait l'affaisser. Pendant la durée et à la fin de cette seconde expé- 
rience, mes extrémités s'étaient singulièrement refroidies; je demandai qu'on 
me couvrît davantage. En ce moment, mes dents s'entre-choquaient comme 
dans le frisson de la fièvre; mes lèvres frémissaient, et des tremblements 
convulsifs me faisaient sauter sur mon lit , comme si j'eusse été galvanisé. 

» Il était sept heures du soir lorsque je commençai à inspirer de l'éther; 
à huit heures et demie, je ne sentais plus qu'un peu de faiblesse générale et 
un mal de tête assez violent. Je me couchai à neuf heures, après avoir pris 
une légère collation. Ma nuit fut assez bonne, mon sommeil assez calme. 
A mon réveil, je n'éprouvais plus qu'une pesanteur de tête à peine marquée. 

» Hier 24 février, je me suis soumis de nouveau à l'inhalation des vapeurs 

éthérées. 

» L'appareil destiné à l'expérimentation avait été confectionné d'après 
les dessins de M. le docteur Estevenet(a). Après avoir indiqué à plusieurs 
savants professeurs, qui avaient bien voulu se rendre chez moi, les points 
principaux sur lesquels je désirais les voir porter plus particulièrement leur 
attention, et l'ordre dans lequel je souhaitais qu'iia procédassent à leurs 
expériences, je constatai avec eux l'état de mon pouls et de ma respiration 

(1) Je me sers de ce mot pour indiquer l'espèce de déglutition au moyen de laquelle je 
cherchais à faire entrer dans mes poumons le plus de vapeurs possible. 

(a) L'appareil Charrière , au moment où j'écris , ne se trouve pas encore à Toulouse. 

C. R., 1847, i« Semestre. (T. XXIV , N° 10.) 4° 



( 36a ) 

(quatre-vingts pulsations et vingt-neuf inspirations par minute). Un thermo- 
mètre tenu quelque temps dans ma main marquait seulement + aa°6'. 

» Expérience commencée à cinq heures précises. — Après une minute 
d'inspiration, sensation particulière au cerveau; battement des artères plus 
développé, plus fréquent. Au bout de trois minutes, coloration de la face et 
moiteur de la peau. Jusqu'à la sixième minute, intelligence intacte. Notez 
que jusqu'à ce moment je m'étais borné à respirer les vapeurs. Je com- 
mence dès lors à les avaler. À la huitième minute, refroidissement; abatte- 
ment, détente générale; moins de force musculaire, fréquence égale du 
pouls, alourdissement de l'intelligence, sensibilité complète (j'ai senti un 
léger pincement) , parole libre. Seizième minute : Rien de nouveau , si ce 
n'est une disposition à la gaieté. 

» Ce qui suit est une simple transcription des notes prises par mon ami, 
M. le professeur Combes, qui avait bien voulu se charger de faire la partie 
des observations que je ne pouvais faire moi-même. 

« Dix-huitième minute : Affaiblissement intellectuel plus marqué. Ce- 
» pendant M. Joly demande de 1 etber, déclare qu'il le sent opérer, et que 
» le nouvel éther versé dans l'appareil a une certaine odeur que n'a pas le 
» premier, rectifié avec soin. 

» Vingt-deuxième minute : M. Joly dit qu'il se sent bien bête; il rit 
« convulsivement, se rappelle que ce rire ressemble à celui que, dans sa 
» première expérience , on a comparé à Vaboiement d'un chien, et le déclare 
« à ceux qui l'entourent. Pendant cette courte explication, les effets s'affai- 
» blissent du côté du cerveau ; mais la respiration devient de plus en plus 
» difficile , et, bien que M. Joly insiste pour continuer l'expérience avec i'ap- 
» pareil qu'il a préparé lui-même, la prudence nous fait un devoir de nous 
» opposer à ses désirs. Le pouls accuse quatre-vingt-huit pulsations par 
« minute. » 

» J'avais alors inspiré plus de ioo grammes d'éther. Il est vrai que l'ap- 
pareil que j'ai employé a dû laisser perdre une bonne partie des vapeurs 
fournies par ce liquide. 

» Au bout de vingt-cinq minutes, on m'invite à me lever. Je sens, comme 
la première fois, mes jambes faibles , ma tète alourdie , ma démarche chan- 
celante. A 6 h 3o m , j'allais et venais dans la maison, conservant le souvenir , 
je crois pouvoir dire complet, de tout ce qui s'était passé. Un léger mal de 
tète ne m'a pas empêché de travailler jusqu'à neuf heures du soir (depuis 
sept heures). Ma nuit a été passablement agitée. Des rêves de natures diverses 
et même opposées ont occupé mon sommeil. Mais, tout en rêvant, j'avais 



( 363 ) 
conservé le souvenir de mes inhalations éthérées , dont j'avais d'ailleurs la 
bouche encore toute remplie. Bien plus: j'avais, ce me semble, le désir 
formel de pouvoir, à mon réveil, me rendre compte de mes songes, et je 
me les suis, en effet, rappelés dans toutes leurs circonstances. 

.. En résumé, bien que, dans les expériences auxquelles je viens de me 
soumettre, la sensibilité générale n'ait été chez moi nullement abolie, l'in- 
telligence a éprouvé de singulières modifications à la suite des inspirations 
éthérées. Je suis donc convaincu, en ce qui concerne mon individualité, que 
l'éther en vapeur agit incontestablement sur le système nerveux, et par lui 
sur le système circulatoire et sur l'appareil musculaire. 

». J'ai senti mes forces défaillir au moins autant que j'ai senti mon cervean 
s'affaiblir; mais le premier de ces effets a été évidemment consécutif au 
second. Malgré l'état d'ivresse des mouvements (i) à laquelle m'avaient réduit 
les inhalations éthérées, j'ai conservé pendant la durée de l'expérimentation 
une délicatesse de sensation et une dose d'intelligence qui paraissait peu en 
rapport avec les effets produits sur l'encéphale, effets que j'ai parfaitement 
suivis jusqu'à la fin de l'expérience. Seulement, au bout de vingt-cinq mi- 
nutes, jetais comme anéanti au physique. Je sentais un impérieux besoin de 
repos, un éloignement , une espèce d'aversion pour tout travail intellectuel. 
Mais cet état n'a été que passager, et aujourd'hui je m'en ressens à peine (il 
s'est écoulé vingt-quatre heures;. » 

physiologie. — Note sur la durée de la vie des grenouilles en automne 
et en hiver, après l'extirpation de la moelle allongée et de quelques 
autres portions du centre nerveux cérébrorachidien j par M. Browx- 
Séquard. (Extrait.) 

(Commissaires, MM. Duméril, Flourens, Valenciennes.) 

« Tous les physiologistes savent combien , en été , l'extirpation de la moelle 
allongée amène promptement la mort chez les grenouilles : une demi-heure , 
une heure, deux heures au plus, voilà quelle est, en général, la durée 
de la vie après l'extirpation de ce centre nerveux dans la saison chaude. Une 
fois, cependant, j'ai trouvé une exception à cette règle : j'ai vu (le a5 juin 
dernier) une belle grenouille verte survivre à l'opération cinq heures et un 
quart. 

(i) Cette ivresse ne prouverait-elle pas que le cervelet est peut-être plus intéressé dans 
la question qu'on ne paraît l'avoir pensé jusqu'à présent ? Elle m'a tout naturellement rappelé 
vos belles expériences alcooliques sur les animaux. 

48.. 



( 364 ) 
» Durant les trois mois d'été de l'an dernier, j'ai vu, très-souvent, des 
grenouilles être comme foudroyées par cette opération, et ne plus avoir 
qu'une action réflexe très-faiblè et promptement évanouie; mais, depuis les 
derniers jours de septembre , j'ai obtenu des résultats différant complètement 
des précédents. En effet, depuis cette époque, j'ai vu la moitié ou le tiers, 
au moins, des grenouilles auxquelles j'ai extirpé la moelle allongée, survivre 
à cette opération deux , trois , quatre et même cinq semaines. Pendant pres- 
que tout ce temps, la plupart des fonctions subsistent chez ces animaux. 

» Les nombreuses expériences que j'ai faites, et que j'expose sommaire- 
ment dans le Mémoire que j'ai l'honneur de soumettre au jugement de 
l'Académie, me permettent d'établir les propositions suivantes: 

» i°. En automne et en hiver, après l'extirpation , soit de la moelle al- 
longée seule, soit de la moelle allongée et du reste de l'encéphale , soit des 
parties de l'encéphale antérieures à la moelle allongée , soit encore de l'encé- 
phale tout entier et de la portion de moelle épinière qui est en avant des 
racines de la seconde paire de nerfs, les grenouilles peuvent encore vivre 
plusieurs semaines. Elles conservent, dans cet- état de mutilation, toutes 
ou presque toutes les fonctions de la vie organique, et, de plus, la faculté 
réflexe et la tonicité musculaire. 

» i°. Avec une moitié, un tiers et même un quart de la moelle épinière, 
tout le reste du centre cérébrorachidien étant détruit, les grenouilles peu- 
vent encore vivre, dans les saisons froides, une ou deux semaines. Elles con- 
servent alors presque toutes les fonctions de la vie organique. 

» 3°. La moelle épinière paraît plus utile à la conservation des fonctions 
de la vie organique, que la moelle allongée et le reste de l'encéphale, il existe 
même une partie de la moelle épinière (celle qui donne naissance à la 
deuxième et à la troisième paire de nerfs), qui contient moins de substance 
nerveuse que la moelle allongée , et qui cependant peut entretenir la vie plus 
longtemps, ou au moins aussi longtemps que la moelle allongée. 

» 4°- Toutes les parties du centre cérébrorachidien , excepté les lobes 
cérébraux, paraissent servir à la conservation des fonctions de la vie orga- 
nique. En effet, d'une part, quelle que soit celle de ces parties qu'on en- 
lève, la vie cesse au bout d'un temps qui varie entre quelques jours et cinq 
semaines; et, d'une autre part, quelle que soit celle de ces parties qu'on laisse 
subsister seule, la vie dure encore au moins trois jours, et ordinairement 
davantage. » 



( 365 ) 

physiologie. - Nouvelles observations sur les effets que produit, chez les 
animaux, l'inhalation de l'éther. (Extrait d'une Note de M. Amussat., 

(Commission de l'éther. ) 
« i°. Dès que l'insensibilité existe, le sang artériel est brun et tous les 

tissus offrent une couleur analogue. Ce fait est facile à constater par une 

simple section de l'oreille faite avant l'expérience , et pendant que l'animal 

est sous l'influence de l'éther. 

» a". Non-seulement le sang artériel devient brun , mais le sang veineux 

prend une couleur à peu près semblable, à tel point qu'il est difficile de les 

distinguer l'un de l'autre. Les parois de ces deux vaisseaux présentent à peu 

près la même couleur. 

,, Cet état du sang veineux s'explique par le défaut de transformation du 

sang artériel à son passage dans les capillaires de la périphérie. 

>. 3°. Lorsqu'on a cessé l'inhalation, le sang artériel reprend très-promp- 

tement sa couleur propre; il n'en est pas de même du sang veineux, qui reste 

plus longtemps altéré. 

» 4°. Des caillots se forment à l'extrémité des artères , que l'on divise , chez 
les animaux, peu de temps après qu'on a cessé de leur faire inspirer de 

l'éther. 

» 5°. L'écoulement d'une certaine quantité de sang artériei m'a paru 

favoriser la disparition des effets de l'éther. 

„ 6°. Lorsqu'on examine les animaux vingt-quatre heures après qu'ils ont 
succombé aux effets prolongés de l'inhalation de l'éther, on trouve que les 
poumons sont roses ou plutôt rouge cerise foncé, tant à l'extérieur qu'à Tinté- 
rieur. Le cœur < st gorgé de sang dans ses quatre cavités, et il existe des cail- 
lots moins noirs dans le ventricule gauche que dans le ventricule droit. 

, Tous ces faits me paraissent confirmer la proposition que j'ai émise, 
savoir, que les effets de l'éther produisent une sorte d'asphyxie par le défaut 
de conversion du sang noir en sang rouge. » 

Nous ne reproduisons pas ici les parties de la Note relative à des expé- 
riences destinées à éclairer la question de l'éther dans les accouchements, 
ces expériences faisant l'objet d'une seconde Note qui appartient aux pièces 
de la Correspondance du 8 mars 1847- 



( 366 ) 

physiologie. — Nouveaux faits observés sur des animaux soumis à 
l'inhalation de l'éther. (Note de M. BIandl.) 

(Commission de l'éther.) 

« Après avoir produit, par l'inhalation de l'éther, l'insensibilité la plus 
complète d'an chien, j'ai ouvert les, parois abdominales, et j'ai fait sortir les 
intestins de l'animal. J'ai pu alors observer la cessation complète des mou- 
vements péristaltiques ; les battements artériels du mésentère se voyaient 
distinctement. Les irritations mécaniques ne produisaient aucun- effet sur 
les intestins. Le seul résultat que j'ai pu obtenir, fut le renversement des 
parois musculaires, après avoir coupé transversalement l'intestin. 

« Pendant dix minutes à peu près, l'animal resta complètement étbé- 
risé; voyant ensuite la respiration s'accélérer, et le ehien exécuter quelques 
mouvements musculaires, je l'ai tué par la section de la moelle allon.o'ée. 
J'ai observé alors les phénomènes décrits par M. Flourens, à savoir, un fré- 
missement marqué de tout l'animal, en même temps que des contractions 
dans les muscles cervicaux. Mais j'ai constaté, en outre, l'apparition des 
mouvements péristaltiques , lesquels, comme à l'ordinaire, quoique plus fai- 
bles, ont persisté quelque temps après la mort. 

» Il résulte de cette expérience , que le système ganglionnaire peut être 
complètement éthérisé, comme le système cérébrospinal, et que l'on trouve 
dans les effets de l'éther une nouvelle preuve de l'opinion qui regarde le 
système ganglionnaire indépendant des fonctions de la moelle allongée. En 
effet, la respiration et la circulation, qui dépendent, d'après M. Flourens, 
des fonctions de cette portion du système nerveux central, persistent pen- 
dant l'éthérisation, tandis que les mouvements péristaltiques cessent complè- 
tement. 

» Je rappellerai, à cette occasion, que M. Longet dit avoir vu les mou- 
vements péristaltiques des intestins diminuer de force et de durée, après 
avoir tué les animaux éthérisés. Mais il n'est nullement question de la cessa- 
tion complète de ces mouvements pendant la vie. 

» Parmi les autres faits que j'ai pu observer, je rappellerai seulement les 
effets de l'éthérisation observés sur les animaux inférieurs, comme, par 
exemple, les sangsues. Les effets très-prompts se voient sur les petits oiseaux 
(moineaux), qui tombent sans mouvement au bout de quarante à cinquante 
secondes, et qui périssent après avoir respiré l'éther pendant deux à trois 
minutes. » 



(36 7 ) 

physiologie. - Remarques sur un passage du Mémoire présenté dans la 
séance au 8 février, par M. Gruby; passage relatif à Vêpithélium 
vibratoire dans le péritoine de la grenouille. (Extrait d'une Lettre de 

M. Pappenheim. ) 

(Commission de 1 ether.) 

« Parmi les nombreuses observations récemment communiquées à l'Aca- 
démie, relativement à l'influence de 1 ether sur l'économie animale, il en 
est une qui parle de l'existence d'un épithélium vibratoire sur la partie péri- 
tonéale du foie, chez la grenouille, comme si ce fait constituait une décou- 
verte. ., 

„ Après que M. Mayer, de Bonn, eut découvert le mouvement vibra- 
toire des membranes séreuses dans le péricarde, j'indiquai sur d'autres 
parties du même système le phéuomène en question ; et depuis ce temps , 
les publications et les observations sont devenues plus nombreuses. Dans 
toutes les parties du péritoine, le mouvement vibratoire a été observé un 
graud nombre de fois. » 

anatomïe. - Sur la structure de la langue. (Extrait d'une Note de 

M. Pappenheim. ) 

('Commission chargée de l'examen d'un Mémoire de M. Bourgerj, sur la 

structure de la langue. ) 

, Si l'on pratique une coupe perpendiculaire, au milieu et sur toute la 
longueur de la langue humaine , on reconnaît sur cette coupe, même a l'œil nu , 
mais mieux encore avec un grossissement quelconque , les parties suivantes : 

„ i°. Lepiderme plié à l'extérieur et diminuant de la base à la pointe ; 

,. a . Les papilles du derme, enchâssées dans l'épiderme, comme les 
doifts dans un gant et diminuant de hauteur dans la direction indiquée; 

»° 3°. La couche horizontale du derme : dans cette couche on distingue 
quelquefois une strie transversale, qui paraît diviser le derme en deux cou- 
ches; mais en réalité, il n'existe aucune séparation : cette division apparente 
reconnaît pour cause la présence des fibres musculeuses dans la partie pro- 
fonde, fibres dont la présence donne à cette couche un aspect différent de 
celui de la partie supérieure; 

„ 4°. Les fibres horizontales du muscle dit lingual longitudinal, qui vont 

se perdre vers la pointe ; 

» 5°. Les fibres perpendiculaires des autres muscles , qui entrent dans la 



( 368 ) 

composition de la langue. Elles ont un aspect différent suivant les diverses 
régions où on les examine. 

» Mais il y a, en outre, une formation très-curieuse qui a échappé à 
M. Bourgery. Fies fibres musculeuses perpendiculaires traversent les couches 
horizontales du muscle lingual longitudinal et se terminent en de petits cônes f 
dont les points se continuent dans les fibres du derme et se conduisent exac- 
tement comme d'autres fibres musculeuses, vis-à-vis de leurs tendons. » 

anatomie. — Sur l'organisation du cerveau (premier Mémoire, ajant pour 

objet les formations ciliaires); par M. Pappenheim. 

(Commission du prix de Physiologie.) 

M. Stahl adresse une Note relative à Y emploi du chlorure de zinc dans 
[art du moulage. 

Lorsqu'on se trouve dans la nécessité de prendre, au moyen du plâtre, 
l'empreinte d'une pièce anatomique qui a été conservée dans l'esprit-de-vin, 
cette empreinte, en général, manque de netteté, parce qu'une portion du 
plâtre qui se trouve eu contact avec la pièce, reste à l'état pulvérulent. Les 
gens du métier désignent sous le nom defarinage ce résultat , qui est pour eux 
très-fâcheux, et ils avaient jusqu'ici cherché vainement les moyens de l'éviter. 
M. Stahl, employé au Muséum d'Histoire naturelle, dans les ateliers du mou- 
lage, a été plus heureux. Ayant eu l'occasion de remarquer que certaines 
préparations anatomiques qui avaient été conservées dans une solution de 
chlorure de zinc lui donnaient des empreintes très-belles, il s'est assuré 
que la réussite, dans ce cas, n'était pas un simple effet du hasard. Les essais 
auxquels cette remarque l'a conduit lui ont fait reconnaître, en effet , dans 
le chlorure de zinc, une substance de la plus grande utilité pour l'art du 
mouleur, non-seulement quand il s'agit de prendre les empreintes en creux, 
mais encore quand on veut obtenir, au moyen de celles-ci , les reproductions 
en relief; car, "ainsi que le savent tous ceux qui se sont occupés de ce genre 
de travail , quand il s'est écoulé un certain temps entre les deux opérations, 
on est exposé, dans la seconde, à un farinage qui non-seulement gâte les pre- 
mières épreuves , mais même altère notablement les moules. 

La Note de M. Stahl est renvoyée à l'examen d'une Commission com- 
posée de MM. Alex. Brongniart, Flourens et Serres. 

M. Plotjviez adresse un supplément à son Mémoire sur les propriétés du 
sel commun (chlorure de sodium) comme substance alimentaire. 
(Commission précédemment nommée.) 



( 36 9 ) 

M. Ahblard prie l'Académie de vouloir bien se faire rendre compte d'un 
appareil qu'il lui a précédemment présenté sons le nom de respirateur, ap- 
pareil destiné à porter dans les poumons des personnes privées de sentiment, 
de l'air atmosphérique pur ou chargé de vapeurs diverses. 
(Renvoi à la Commission précédemment nommée, dans laquelle M. Velpeau 

remplacera feu M. Breschet.) 

M. Ducros soumet au jugement de l'Académie trois Mémoires, dont deux 
sont relatifs à l'emploi des courants magnéto-électriques, comme moyen de 
rappeler à la vie des hommes ou des animaux privés de sensibilité, soit par 
l'inhalation de l'éther, soit par suite d'asphyxie due à la privation d'air 
ou à l'inspiration du gaz acide carbonique; le troisième concerne l'emploi 
du même moyen pour préveuir la mort des animaux sur lesquels on a fait 
agir l'acide hjdrocjanique. 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée pour d'autres communica- 
tions du même auteur.) 

Un Mémoire adressé pour le concours relatif aux mouvements généraux 
de l'atmosphère terrestre est parvenu au secrétariat de l'Institut le 27 fé- 
vrier 1847, par conséquent avant le jour fixé pour la clôture. Ce Mémoire , 
écrit en latin et enregistré sous le n° 1 , est réservé pour la Commission qui 
sera chargée d'examiner les pièces adressées pour ce concours , Commission 
qui n'a pas encore été nommée. 

M. Porta adresse, conformément à la décision prise par l'Académie rela- 
tivement aux ouvrages présentés au concours pour les prix de Médecine et 
de Chirurgie, un résumé de ses recherches sur les altérations pathologiques 
des artères à la suite de la ligature et de la torsion. 

(Renvoi à la Commission du prix de Médecine et de Chirurgie.) 

M. Remak adresse, dans le même but, une analyse de son travail sur le 
développement du poulet, et notamment sur le développement du système 
nerveux intestinal. 

(Renvoi à la Commission de Physiologie expérimentale.) 

CORRESPOND A3VCE 

M. le Directeur général de l'Administration des Douanes adresse, pour 
la bibliothèque de l'Institut , un exemplaire du Tableau général des mouve- 
ments du cabotage pendant l'année 1 845. 

C. R., i8' 47l i« Semestre. (T. XXIV, N° 40.) ^9 



(3 7 o) 

M. Gcérin-Méneviixe prie l'Académie de vouloir bien comprendre son 
nom parmi ceux des candidats pour la place vacante dans la Section d'Éco- 
nomie rurale, par suite du décès de M. Dutrochet. 

M. Couverchel adresse une semblable demande. 

Ces deux Lettres sont renvoyées à la Section d'Économie rurale. 

économie domestique. — Sur la fabrication d'un pain composé de- 
betterave, de pomme de terre et de son. (Extrait d'une Lettre de M. Siret, 
pharmacien à Meaux.) 

« On prend 100 kilogrammes de pulpe de betterave, 5o kilogrammes de 
pomme de terre cuite à la vapeur, et l'on y ajoute aoo kilogrammes de son 
de froment. On mélange ces trois substances, et on les façonne en tourteaux 
qu'on place au-dessus d'un four de boulanger ou dans une étuve. En cinq 
heures le tout est parfaitement sec. On casse les tourteaux et on les passe sous 
la meule d'un moulin. On obtient une farine fine, d'un goût agréable, que le 
boulanger pétrit avec du levain et de l'eau, à une température de 3o degrés. » 
M. Siret annonce que ce pain, dont il adresse des échantillons, revient à 
22 centimes le kilogramme. 

chirurgie. — Sur un cas d'ostéosarcôme observé à l'hôpital de la Marine 
de Brest. (Extrait d'une Note de M. Roux. ) 

«... J'ai fait l'analyse d'un ostéosarcôme enlevé par M. Reynaud, pre- 
mier chirurgien en chef de la marine, à un jeune commis d'administration. 

». I^ tumeur a son siège sur la partie supérieure de l'humérus , dont elle 
change complètement les rapports. Son poids est de i kU ,68o, celui de l'os 
entier étant de 1^,770; elle est entourée d'une couche fibreuse continueavec 
l'extrémité de l'os dont elle paraît être le périoste. Cette enveloppe est 
mince, peu résistante, incrustée vers la partie correspondant à la tête de 
l humérus, d'une lame osseuse de 1 à 1 millimètres d'épaisseur. La partie 
intérieure présente des cellules irrégulièrement hexagonales circonscrites par 
des vaisseaux sanguins ; une faible pression en sépare de nombreuses gra- 
nulations. La tumeur crie sous le scalpel ; sa consistance est cartilagineuse , 
sa couleur grisâtre, son aspect marbré; des filets de phosphate et de car- 
bonate de chaux sillonnent de distance en distance le tissu. 

» Une tranche mince d'ostéosarcôme, étudiée au microscope de M, Ras- 
pail , offre l'aspect du blanc d'oeuf coagulé ou d'un mucilage de gomme 



( 3 7 i ) 
adragante; l'opacité de la masse est interrompue ça et là par des bulles et 
des flocons rougeâtres de fibrine contenus dans les sillons qui entourent les 
cellules. Le microscope dOberhauser fait connaître dans ce tissu des my- 
riades d'ntricules remplies de liquide; leur réunion donne à la tumeur sa 
teinte opaque caractéristique. 

» Sa composition est représentée par : 

„ 87 ,86 

Eau " 

Cartilage passant à l'état de choudnne. . • • • 9 >°° 

Albumine ' 

Stéarine , margarine et matière grasse phosphorée o ,28 

CatW&ate de chaux ° '"7 

Phosphate de chaux ° ' 5 9 

Sulfate de soude et sulfate de potasse °> 21 

Carbonate de soude ° ' ' 4 

Chlorure de sodium et de potassium ° > ' ° 

Phosphate de magnésie \ 

Alumine y traces. 

Silice I 

Fer ' 

100,00 

La portion considérable d'eau trouvée s'explique facilement si l'on se rap- 
pelle que l'investigation microscopique montre la masse criblée de cellules. 
Ces cavités, remplies de liquide, distendent le tissu, en font une espèce 



d'épongé et lui donnent son aspect particulier. 

, Sous l'influence de l'affection cancéreuse , un phénomène remarquable 
produit. L'os, perdant peu à peu sa trame inorganique , n'a plus conservé 
le réseau cellulaire dont le développement et la dégénérescence consti- 



Sous l'inf 
s'est] 

que le réseau 

tuent la tumeur. L'élimination des matières calcaires paraît reconnaître pour 
cause la formation d'un acide dans l'organisme. Je livre cette hypothèse a 
l'appréciation des médecins. » 

économie rurale.- Lois que suivent, dans leur succession, les lésions faites 
aux plantes par les ophidiens ou pucerons. (Extrait dune ÎNote de 
M. A.. Smee.) 
Ne pouvant reproduire ici les résultats généraux auxquels l'auteur a été 

conduit par des observations sur de nombreuses espèces d'Apb.d.ens et sur 

des plantes diverses , nous nous contenterons d'indiquer les application, qn .1 

en fait à la pomme de terre. 



( 3 72 ) 
« Conformément à ces lois, dit M. Smee, je trouve que V J phis vastator 
vient d abord sur des plantes en état de vigueur et de santé dont il suce les 
jus, après avoir perforé l'épiderme; qu'il endommage ainsi les propriétés de 
iaseve, laquelle ne peut dès lors remplir ses propres fonctions, et la for- 
mation du tissu fibreux et de la fécule est, par suite, retardée. - Le 
tissu imparfait et mal nourri est sujet à mourir, soit localement à la 
part.e lésée, soit au loin, au collet, au rhizome, ou à la racine; la mort 
du collet peut causer la séparation de la feuille, de la racine, et détruit 
ainsi la plus grande partie de la plante, - L a pomme de terre dite 
sauvage, et les plantes qui croissent dans un terrain pauvre, et dans un 
heu où l'atmosphère est sèche, résistent mieux que les variétés de la 
pomme de terre dont la culture a été forcée, et des plantes qui crois- 
sent dans un sol riche en engrais, ou dans un lieu froid, humide et obscur- 
le dommage a lieu surtout quand la fécule est sur le point d'être dé- 
posée dans les tubercules. - Un rejeton provenant d'une plante qui avait déjà 
eu la maladie est sujet a présenter la maladie dans toutes ses croissance* 
futures. - Quand la plante commence à dépérir, les larves des Aphidiens se 
métamorphosent en insectes parfaits, qui s'envolent commettre leurs ravages 
ailleurs - Les plantes de la pomme de terre qui sont malades présentent 
un nombre considérable de parasites fongueuses. >• 

physiologie. - Réclamation de priorité relative à l'emploi de l'éther 
administré par les voies de la respiration, pour suspendre la sensibilité 
chez les individus destinés à subir des opérations chirurgicales. [Extrait 
d'une Lettre de M. Wbb , chirurgien dentiste à Hartford (Gonnecticut). ] 
« ... Guidé par diverses considérations , et entre autres par celles que sug- 
gère l'observation des individus enivrés au moyen des liqueurs alcooliques je 
commençai, dès le mois de novembre ,844 , à faire des expériences sur moi- 
même. Après avoir inhalé le gaz protoxyde d'azote et la vapeur d'éther sul- 
furique, je ne tardai pas à me convaincre que ces deux substances pro- 
duisaient des effets identiques sur l'économie animale, agissant d'abord 
comme stimulants, puis comme sédatifs, et enfin amenant, lorsqu'on pro- 
longeait suffisamment leur action, une insensibilité complète. Je me décidai 
à me soumettre à l'extraction d'une dent; cette opération fut faite sans 
que je ressentisse la moindre douleur. Je la pratiquai à mon tour douze ou 
quinze fois sur d'autres personnes, et j^obtins les mêmes résultats. Je me 
rendis alors à Boston (au mois de décembre 1844 ), afin de faire con- 
naître ma découverte à la Faculté : je la communiquai alors à MM les 



|g?p--.;'*T4*;-' 



( 3 7 3 ) 

docteurs Warre, Hayward, Jackson et Morton. Sur l'invitation expresse 
du docteur Warre, je fis une leçon à la classe d'élèves, en essayant d'é- 
tablir les faits dont l'existence m'était déjà attestée. Les élèves se mon- 
trèrent fort sceptiques sur l'exactitude de ma découverte, et la première 
expérience n'ayant pas réussi, par l'éloignement trop précipité de l'appareil 
à inhalation, la curiosité que ma découverte avait excitée se refroidit, et nul 
ne songea plus à m'encourager. 

» Je fis alors une maladie qui dura plusieurs mois, et après mon réta- 
blissement, voyant que la Faculté de Boston ne m'accordait plus aucun en- 
couragement, je me bornai à faire les opérations dans mon cabinet. Jusqu'au 
mois de février 1 845 , je pratiquai l'avulsion des dents à vingt-cinq malades, 
sans qu'ils ressentissent de douleur; toutefois, je fis surtout usage du gaz 
protoxyde d'azote, comme étant plus agréable à respirer que l'éther 

» La découverte que j'ai faite, ne consiste donc pas uniquement dans 
l'emploi de l'inhalation de l'éther, mais dans le principe même qui établit la 
possibilité de la production d'état d'insensibilité, par l'usage de divers agents, 
tels que gaz protoxyde d'azote, vapeur d'éther sulfurique, etc. 

» Je produirai incessamment toutes les pièces qui établissent, d'une ma- 
nière irrécusable, que cette découverte m'est due; mais, en attendant, j'ai 
voulu annoncer à l'Académie des Sciences le droit que je fais valoir, afin 
qu'elle ne se hâte pas de prononcer sur le véritable inventeur, avant d'avoir 
entendu les témoignages. » 

M. le Secrétaire ajoute que c'est seulement lorsque M. Wells aura produit 
les pièces qu'il annonce , que sa réclamation pourra être soumise à l'examen 
d'une Commission. 

M. Eue de Beaumoxt fait remarquer que la date déjà éloignée à laquelle 
remonte la réclamation tendrait à elle seule à en diminuer la valeur, du 
moins au point de vue des applications à la chirurgie. En effet , de 1 844 à ta 
fin de 1846, il s'est écoulé deux ans, et, pendant ce laps de temps, aucun 
chirurgien n'a appelé la vapeur d'éther à son aide; tandis que, dans les 
quatre mois qui se sont écoulés depuis le mois de novembre 1846, époque 
à laquelle M. Jackson a commencé à s'occuper de l'application de son heu- 
reuse idée, des opérations ont été exécutées, sous l'influence de 1 ethérisation, 
dans toutes les parties du mQnde civilisé. Le véritable bienfaiteur de l'hu- 
manité paraît être ici bien évidemment celui qui, le premier, a engagé un 
dentiste à essayer d'extraire une dent à une personne placée sous l'influence 
de l'état particulier que produit l'inhalation de la vapeur d'éther. 



("374) 

M. Jackson adresse des remarques relatives aux intervalles des sons mu- 
sicaux. 

(Commissaires, MM. Pouillet, Babinet, Despretz.) 

M. Maret-Mosge demande et obtient l'autorisation de reprendre un Mé- 
moire sur les aérostats, qu'il avait précédemment soumis au jugement de 
l'Académie, et sur lequel il n'a pas encore été fait de Rapport. 

M. de Bbière propose divers moyens qu'il a imaginés pour dissiper le 
malaise qui suit quelquefois l'inhalation prolongée de l'éther. 

PIÈGES DE LA SÉANCE DD 8 MARS 1847. 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

paléontologie. — Recherches sur l'Hippariihérium , nouveau genre de la 
famille des Solipèdes; par M. de Christol. (Extrait.) 

(Commissaires, MM. Duméril, Flourens, Geoffroy-Saint-Hilaire.) 

k Dans son travail sur les Paléothériums, publié en décembre dernier, 
M. de Blainville a réuni en une seule espèce les Palœotheriums aurelianensë 
et monspessulanwn de Cuvier, et le Palœotherium hippoides de M. Lartet; 
il désigne ces trois espèces ainsi réunies sous le nom de Palœotherium aure- 
lianensë , et classe, sans discussion et sans hésitation, cet animal dans le 
genre Paléothérium. 

n Or il est facile de démontrer, i° que le Palœotherium hippoides , la 
seule de ces espèces dont j'aie l'intention de m'occuper actuellement, non- 
seulement n'appartient pas au genre Paléothérium, mais même n'appartient 
pas à la même famille que les Paléothériums, si l'on adopte les divisions de 
genres et de familles établies par Cuvier; a° que cet animal n'appartient pas 
davantage au groupe des Paléothériums, si l'on admet ce groupe tel que le 
conçoit M. de Blainville, qui y comprend les Paléothériums, les Lophiodons, 
les Anthracothériums , les Chéropotames; 3° que cet animal est un Cheval , 
ou pour mieux dire, un Solipède de petite taille, et que, par conséquent, 
ses os, sauf ceux des doigts latéraux, ressemblent complètement, d'une ma- 
nière générique, à ceux de l'Ane, et ne ressemblent pas plus à ceux des 
Paléothériums que les os de l'Ane ne ressemblent à ceux de ces derniers. 

» Ce solipède diffère génériquement du seul genre vivant que renferme 
la famille des Solipèdes ; il se rapproche d'un genre de solipède fossile, 



(3 7 5) 

l'Hipparion, au même degré que le Dugong se rapproche du Lamantin et 
du Stellère : il est tridactyle, comme l'Hippariou, et, probablement, ne 
Test, comme ce dernier, qu'aux pieds de devant (i); il a tous les os des 
membres génériquement semblables à ceux du Cheval et de l'Hipparion, et 
ne diffère "gnère de ce dernier que par les dents, qui sont très-différentes 
de celles de l'Hipparion, mais qui le sont cependant moins, au fond, qu'on 
ne serait tenté de le croire au premier abord (i). 

» Ce nouveau genre de solipède, que je nomme Hipparlthérium , pour 
rappeler ses rapports avec l'Hipparion, a, comme le Daman et tant d'autres 
animaux, des molaires qui rappellent celles du Rhinocéros, mais qui retien- 
nent aussi quelque chose de celles des Chevaux et des Hipparions. Il est a 
l'Hipparion et aux Chevaux ce que les Mastodontes sont aux Éléphants , ce 
que les Phacochœres et Ses Pécaris sont aux Cochons, ce que les Lamantins 
sont aux Métaxythériums, aux Dugongs, aux Stellères. Pour M. de Blain- 
ville, qui, d'après ses principes de zooclassie, doit considérer l'Hipparion 
comme une simple espèce de Cheval, ÏHipparithérium devra être aussi 
une simple espèce de Cheval, mais un Cheval de la division des Chevaux 
tridactyles, c'est-à-dire de la division des Hipparions. En définitive, cet 
animal est un Cheval qui a trois doigts aux pieds de devant, comme l'Hip- 
parion, et qui a des molaires qui rappellent celles des Damans, des Paléo- 
thériuras et des Rhinocéros, mais qui, pour avoir des molaires qui rappellent, 
jusqu'à un certain point, celles des Paléothériums, n'est pas plus pour cela 
un Paléothérium , que le Daman n'est un Paléothérium ou un Rhinocéros, 
pour avoir des molaires qui rappellent celles de ces deux genres (3). Ses os 
des membres ressemblent à un tel degré à ceux de l'Ane et du Cheval, qu'on 
en trouve une description très-étendue et très-rigoureuse dans les Traités 
d'anatomie vétérinaire, et qu'on peut suivre sur ces os de prétendus Paléo- 
thériums les descriptions myologiques des vétérinaires aussi complètement 
et aussi sûrement que sur un squelette d'âne ou de cheval (4). 



(i) On a des exemples de chevaux, même adultes , qui sont tridactyles; leurs péronés du 
canon, comme les nomment les vétérinaires, portent un doigt complet, mais très-petit. 

(2) J'ai fait connaître les caractères génériques de l'Hipparion, dans les Annales des 
Sciences et de l'Industrie du midi de la France (numéro de février i83a). Je n'ai, depuis, 
rien trouvé à modifier à ce que j'ai dit à cette époque. 

(3) Il y a unité de composition dans la forme des molaires des Ruminants, des Anoplothe- 
riums , de tous les Pachydermes à doigts impairs , et , par conséquent , des Solipèdes. 

(\) Comme on le pense bien , il doit y avoir et il y a , en effet , dans les os de VHippan- 
tkêrium, quelques caractères de valeur au moins spécifique. Et , par exemple, entre autres 



(3 7 6) 

» On doit rendre à M. Lartet cette justice, que, tout en faisant de Son 
animal un Paléothérium , il a annoncé que ce Paléothérium, qu'il a nommé 
Htppoides, offrait de nombreux traits de ressemblance avec le Cheval 

» Dans le courant des descriptions qu'il donne des nombreux ossements 
de ce Palœotherium hippoides envoyés au Muséum, par M. Lartet, M. de 
Blainville n'indique que pour trois d'entre eux des ressemblances avec les os 
correspondants du Cheval et d'un petit Ane; tandis qu'en réalité tous ces os, 
*f ns f* Ce P tIon > reSSeDlblent complètement à ceux des Solipèdes, et offrent 
des différences fondamentales avec ceux des Paléothériums. Ceci n'est pas 
seulement une question de fait; c'est, au plus haut deqré, une question de 
principe. » ' - 

physique. - Recherches sur la conductibilité électrique et la résistance 
au passage des solides et des liquides ; par M. Edmond Becquerel 
Deuxième Mémoire. (Extrait.) 

(Commissaires, MM. Biot, Pouillet, Babinet.) 
On peut résumer comme il suit les résultats auxquels l'auteur est parvenu 
dans ce second Mémoire, en mesurant les résistances à la conductibilité 
au passage de l'électricité d'un corps dans un autre : 

« .°. Lorsqu'un courant arrive à la surface de séparation de deux 
métaux, la rés.stance ou la perte au passage (qu'il conviendrait mieux 
dappeler la facilité de transmission de l'électricité d'un corps dans un 
autre) est de l'ordre de grandeur du changement de résistance provenant 
des effets caloriBques qui se manifestent dans cette circonstance. On sait 
en effet, d'après les résultats consignés dans le premier Mémoire, que la' 
résistance des corps pour l'électricité est fonction de la température On ne 
peut donc pas décider si la résistance au passage est due an changement 
de température, ou si l'inverse a lieu. 

» 2 °. Lorsqu'un courant électrique passe d'un solide dans un liquide , et 
vice versa, s'd n'y a pas polarisation et que la température ne change pas, 
on n observe aucune perte au passage. Si, par suite d'une polarisation, des 
gaz ou des matières sont transportés à la surface de séparation , alors 

particularités, le cubitus doit probablement se continuer sans interruption dans toute la 
longueur du radius, comme cela a lieu dans l'Hipparion : ce cubitus, d'ailleurs, s'articulait 
çertamementaveclescaphoïde, comme dans l'Hipparion , et même comme cela a lieu dans 
les chevaux, b.en que ce dernier fait soit resté inconnu à tous les auteurs de Traités dWo, 
mie vétérinaire. 



(3 7 7) 
une résistance naît immédiatement, et peut être évaluée très- exactement 
par la méthode exposée dans ce travail, indépendamment de la résistance 
propre du solide et du liquide. 

» 3°. La résistance au passage, dans ce dernier cas, est fonction de 
l'intensité du courant; elle diminue à mesure que celle-ci augmente, mais 
de manière que, toutes choses égales d'ailleurs , le produit de la résistance 
Bar l'intensité n'est pas un nombre constant. Quoique les valeurs obtenues 
ne soient pas exprimées exactement par une loi simple, cependant la for- 
mule R = C + t, dans laquelle R est la résistance, i l'intensité du courant, 
A et G deux constantes , représente assez bien les résultats , sans qu'il 
soit nécessaire d'admettre dans le second membre de cette formule em- 
pirique un troisième terme de l'ordre du carré de i. 

„ 4° F/expérience de Poret, et d'autres du même genre, dont les ré- 
sultats ont été attribués à une différence dans les actions mécaniques, 
suivant le sens du courant électrique, paraissent n'être que des cas par- 
ticuliers du phénomène d'endosmose. Toutes les expériences tentées dans 
cette direction, en écartant cet effet dû à l'action réciproque des liquides, 
n'ont conduit à aucun résultat touchant l'inégalité d'action mécanique du 
courant électrique, suivant le sens de sa circulation. » 

architecture hydraulique. - Mémoire sur le canal de Marseille; 

par M. de Montricher. 
(Commissaires, MM. Dupin, Dumas, Morin.) 
« L'avant-projet de ce canal , rédigé par M. de Montricher, d'après 
des bases arrêtées de concert avec M. Kmaingaint, a été adopté par le Con- 
seil municipal de Marseille, le i4 novembre i836, et approuve en 1 838, a 
la suite d'une longue instruction, par le Conseil général des Ponts et 

Chaussées. . , , , , 

. Ce projet a servi de base à la loi du 4 juillet i838, qui concède a la 
ville de Marseille la faculté d'emprunter à la Durance un volume de 5-,t5 
d'eau par seconde, à l'époque de l'étiage, équivalant à 2 6ooo pouces de 
fontainier. Ce volume se trouve à peu près doublé lorsque les eaux de la 
Durance atteignent la hauteur de 5o centimètres au-dessus de letiage, c est- 
à-dire pendant la plus grande partie de l'année. 

» Dès le i» juillet i838, le Conseil municipal de Marseille prit les me- 
sures nécessaires pour la réalisation de cette entreprise, et en confia 1 exé- 
cution à M. de Montricher. 

C. R., 1847 , i" Semestre. (T. XXIV, N° 10.) 



(378) 
» Le canal, entrepris d'après les conseils définitifs de cet ingénieur est 
presque entièrement achevé aujourd'hui : il prend son origine™ la 'rive 
gauche de la Durance, près du pont de Pertnis, à une hauteur de r8 7 mètres 
au-dessus du niveau de la mer; il parcourt , sur 8 kilomètres , la belle plaine 
du Puy-Samte-Reparade, et s'attache ensuite, sur ao kilomètres, aux flancs 
des coteaux accidentés qui bordent la vallée de la Durance. Sur cette lon- 
gueur, on rencontre sept souterrains, présentant ensemble un développement 
de 7 3o mètres, et les ponts-aqueducs de la Juconrelle et de la Valbonnette 
de 20 mètres de hauteur et degoà, IO mètres de longueur 

- A Port-Royal , le canal quitte la Durance et perce , au moyen d'un sou- 
terrain de 0670 mètres de longueur, la chaîne des Taillades qui sépare la 
Durance du bassin de la Touloubre, petit affluent de l'étanp de Berre 

de"n^ traVer t d " baSSiD ^ ^ T ° Hl0llbre —P^d, indépendamment 
de, parties a c.el ouvert, six souterrains d'une longueur ensemble de 817 mè- 
tres, qui coupent les contre-forts de plusieurs vallons secondaires, et,' en 
outre, un pont-aqueduc sur la Touloubre, de a? mètres de hauteur et de 
2 oo mètres de longueur, composé de dix-sept arches de 8 mètres d'ouverture 
» Le canal arrive ainsi à la chaîne qui sépare la vallée de la Touloubre 
de celle de lArc. Il la traverse au moyen de onze souterrains d'une lon- 
gueur, ensemole de 2 866 mètres, et séparés par de faibles parties à ciel 
ouvert, se développe sur le versant nord de la vallée de l'Arc, en coupant 
quatre mamelons secondaires au moyen de petits souterrains de 44 1 mètres 
de longueur ensemble, et atteint, à Roquefavour, les bords escarpés de cette 
rivière. r 

, C'est en ce point que se trouve établi l'ouvrage le plus important du 
canal de Marseille. Le tracé atteignait, en effet, le bord de la vallée à une 
hauteur de 8, mètres au-dessus des eaux de l'Arc, et, à ce niveau, les mon- 
tagnes qu, bordent les deux rives présentaient, à leur point le plus rap- 
proche, une distance de 4oo mètres. Pour franchir cet obstacle, on a dû 
etaohr un pont-aqueduc à trois rangs d'arcades, composés, le premier de 
douze arches de .5 mètres d'ouverture et de 34 mètres de hauteur- le se 
eond de quinze arches de 16 mètres d'ouverture et de 38 mètres de hau 
teur; le troisième, de cinquante- trois arches de 5 mètres d'ouverture sur 
1 1 mètres de hauteur. 

. En quittant la vallée de l'Arc, le canal se développe sur les collines 
arides du vallon de la Mérindolle, perce, au moyen de quatorze souterrains 
dune longueur totale de i4o 2 mètres, un grand nombre de petits contre-" 
forts secondaires, et rencontre la chaîne de l'Étoile, qui sépare la vallée de 



( 3 7 9) 
l'Arc du bassin de Marseille. Il traverse les deux rameaux de cette chaîne 
au moyeu des souterrains de l'Assassin et de Notre-Dame, l'un de 3474 mè- 
tres, et l'autre de 3 492 mètres de longueur, puis se développe sur i4 ki- 
lomètres dans le territoire de Marseille , perce sept mamelons secondaires , 
au moyen de petits souterrains de 244 mètres de longueur ensemble, et 
arrive enfin à lentrée de la ville, après un parcours total de 96 kilomètres. 

» En résumé, on rencontre sur la ligne du canal cinquante-deux sou- 
terrains, présentant ensemble une longueur de 1 7 1 36 mètres, le grand 
pont-aquéduc de Roquefavour, trois autres aqueducs à un seul rang d'ar- 
cades de neuf à dix-sept arches, cinq aqueducs de deux à cinq arches, et, en 
outre, deux cent vingt ouvrages d'art , consistant en aqueducs ou ponts d'une 
seule arche, prises d'eau, déversoirs, etc. 

■•> Nous avons dit que la loi du 4 juillet 1 838 autorisait la dérivation d'un 
volume de 5 m ,75 par seconde à letiage de la Durance. La section et la 
pente du canal ont été calculées de manière à débiter ce volume d'eau avec 
un mouillage de i m ,5o et une vitesse moyenne de o m ,84 environ par se- 
conde. On a rempli cette condition en donnant au canal une largeur de 
3 mètres à la cuvette, de 7 mètres à la ligne d'étiage, et une pente de o m ,3o 
par kilomètre. La profondeur totale du canal est, d'ailleurs, de a m ,4o, et sa 
largeur de 9™,4o au niveau des banquettes. » 

MÉCANIQUE. — Mémoire sur les appareils fumivores ; par M. Combes. 
(Commissaires, MM. Pouillet, Dufrénoy, Regnault.) 

« Ce Mémoire est le résultat d'un travail sur les divers appareils fumi- 
vores connus, dont la Commission centrale des machines à vapeur a été 
chargée par M. le sous-secrétaire d'État des travaux publics. Les expériences 
ont été faites par M. Combes, comme secrétaire de cette Commission, avec 
l'assistance de M. Debette, aspirant ingénieur des Mines. 

» Le Mémoire renferme un grand nombre d'analyses de l'air puisé dans 
les carneaux des foyers, lorsque la cheminée émettait une fumée plus ou 
moins épaisse, ou nulle. Les volumes d'air qui traversent la grille à divers 
intervalles après le chargement du combustible ont été mesurés directement 
avec un anémomètre. 

» On indique les conditions moyennant lesquelles les divers procédés que 
l'on a expérimentés sont efficaces. » 



5o.. 



("38o ) 

ÉCONOMIE rurale. — Mémoire sur l'emploi des sels ammoniacaux comme 
engrais; par M. Schattenmann. 

(Commission précédemment nommée.) 

économie rurale. — Expériences faites à Mulhausen sur l'emploi du 

sulfate d'ammoniaque comme engrais; par M. Gail. 

(Même commission.) 

économie rurale. — Mémoire sur l'agriculture du royaume Lombarde- 

Vénitien; par M. de Challaye. 

(Commissaires, MM. Boussîngault, de Gasparin, Payen.) 

économie rurale. "- Mémoire sur le peigne moissonneur du riz et des autres 

grains, inventé par 'Ml. Bianco, de Vérone; par M. de Challaye, 

(Même Commission.) 

mécanique appliquée. — Addition à un précédent Mémoire sur un nouveau 
système de chemins de fer; par M. Dericqcehem. 

(Commission précédemment nommée.) 

physiologie. — Apparitions des phlyetènes par suite de brûlure sur des- 
cadavres. (Extrait d'une Note de M. JBodçhçt.) 
(Commission du prix Manni.) 

« Dans une communication récente, M. Mandl a recommandé, pour 
constater la mort, une expérience facile à répéter, et dont l'exécution peut 
être^ dit-il, confiée an premier venu. 

» J'ai répété cette expérience déjà indiquée par plusieurs auteurs, et j'ai 
obtenu des résultats qui ne permettent pas d'accorder à ce moyen la con- 
fiance qu'il a inspirée au médecin que j'ai eu le plaisir de citer. Voici un ré- 
sumé de quelques-unes de mes expériences : 

h Première expérience : sur une femme maigre et sèche, affectée de 
cancer au foie. — Des brûlures, faites vingt-deux heures après le décès, 
produisirent des bulles parfaites remplies de sérosité jaunâtre, sans que 
d'ailleurs il y ait la moindre coloration de la peau. 

» Deuxième expérience : sur un homme atteint d'emphysème pul- 
monaire et de bronchite capillaire aiguë. — Il présentait une légère infil- 
tration séreuse des membres inférieurs. Des brûlures en grand nombre , 
faites douze heures après la mort, présentèrent le lendemain, sur quelques- 



( 38i ) 
unes seulement, et principalement sur celles situées dans des parties 
déclives ou infiltrées, présentèrent, dis-je, des bulles remplies de sérosité 

jaunâtre. 

» Troisième expérience : sur une femme morte d'un purpura hemorra- 
gica. - Une seule brûlure, faite douze heures après le décès, sur la partie 
externe de la cuisse, donna lieu à une ampoule remplie de sérosité sangui- 
nolente. 

» Quatrième expérience : sur un homme mort de néphrite albummeuse 
chronique et dont le corps était généralement infiltré de liquide séreux. - 
Dix-huit heures après la mort, je fis une vingtaine de brûlures, et le 
lendemain , quinze d'entre elles, celles situées à la face interne des cuisses et 
sur les parties déclives, étaient recouvertes de bulles remplies par de la 
sérosité incolore et transparente. 

„ Il résulte de ces faits, dont je pourrais augmenter le nombre, que 
l'épiderme peut se décoller de la peau de certains cadavres et former des 
ampoules séreuses sous l'influence de la brûlure. A cette occasion, je rap- 
pellerai que M. Magendie a parlé de faits semblables dans ses cours du col- 
lége de France, et que M. Leuret a rapporté un fait de même nature, dans 
lequel on vit, avec surprise, la peau d'un cadavre se couvrir de bulles sé- 
reuses, parce qu'on avait laissé près de lui, par mégarde, un fourneau 

rempli de feu. 

,, L'Académie sait d'ailleurs que Jean Prévost avait aussi regardé le dé- 
veloppement des ampoules sous l'influence des vésicants comme un signe dis- 
tinctif de la vie et de la mort, et que Louis acceptait le résultat de cette 
expérience lorsqu'il écrivit en i 7 5a : « Si le vésicatoire appliqué suivant 
.. les règles de l'art excite des vessies, c'est un signe certain de vie , car il 
» n'agit°pas sur des personnes mortes. ». Elle sait également que les doc- 
teurs iDuncan et Cbristison se sont beaucoup occupés, à propos de deux 
procès célèbres, de la question des brûlures sur le cadavre, et sur l'homme 
vivant, dans le but de déterminer leurs analogies ou leurs différences. 

» J'ajouterai que si l'ampoule produite sur la peau par la chaleur n'est 
pas un caractère positif de la persistance de la vie, la rougeur immédiate 
qui accompagne le premier degré de la brûlure, ou l'auréole qui se déve- 
loppe secondairement autour des autres degrés de la maladie, en est un signe 
plus constant et de plus de valeur. 

., Quoi qu'il en soit de ces signes et de leur valeur, je ne crois pas que le 
médecin puisse en trouver de plus certain ou de plus infaillible que celui que 
donne l'auscultation suffisamment prolongée de la région du cœur. Ce mode 



( 38a ) 

d'exploration est, en définitive, le meilleur moyen que nous ayons pour 
distinguer la mort réelle de la mort apparente. » 

Médecine. - Réclamation de priorité relativement à un moyen proposé 
comme propre à faire distinguer la mort réelle de la mort apparente 
(Note de M. Levy. ) 

(Commission du pris Manni.) 
» Je lis dans le Compte rendu de la séance du 22 février de l'Académie 
des Sciences, que M. MandI a proposé, comme pouvant concourir à résoudre 
la question de la mort apparente et de la mort réelle, l'examen des phé- 
nomènes organiques qui se produisent à la suite de la brûlure, et surtout de 
celles du second degré. 

«Permettez-moi de réclamer la priorité de l'application de ce moyen 
au diagnostic de la mort réelle et de la mort apparente. Il y a plus de huit 
ans que j'ai fait, à l'amphithéâtre du Val-de-Crâce, où j'étais alors profes- 
seur des expériences tendant à constater les effets différents qu'on obtien* 
sur le cadavre et sur le vivant, à l'aide de divers modes d'adustion et de cau- 
térisation Les résultats de ces expériences, très-favorables au but que 

f '1 ? St r° P03é C ° mme moi ' ° nt été sommairement consignés dans 

la Thèse qu un de mes anciens élèves, M. Ménestrel, a soutenue à la Faculté 
de Pans, il y a plus de sept ans; ils sont aussi rappelés dans le second vo- 
lume de mon Traité d'Hygiène, publié en i845; voici ce passai : « Nou* 
.» avons constaté que l'action du fer rouge sur les tissus d'un cadavre n'y 
» determme jamais d'escarre, ni de rougeur en forme d'auréole, ni de 
» ligne rouge; pour produire un effet sensible sur une partie morte, il v 
» faut accumuler une quantité plus considérable de calorique, et prolonger 
-. 1 application du cautère : avec l'intensité et la durée d'action du cautère, 
» qui suffiraient pour désorganiser sur le vivant toute l'épaisseur de la peau 
» on produit à peine sur le cadavre le dessèchement de l'épiderme et la 
« flétrissure de la superficie du derme. Plus intense, plus prolongée I'ac- 
.. tion du fer rouge sur le cadavre ne produit qu'une simple carbonisation 
» sans aucune trace d'bypérémie ou de phlogose à ses limites. » 

chirurgie - Sur V emploi de V inhalation des vapeurs éthérées comme 
moyen de distinguer les affections simulées des affections réelles. (Extrait 
d une Note de M. Baudeks.) 

(Commission de l'éther.) 
« On sait que des conscrits, dans le but de se soustraire à la loi du re- 



( 383 ) 

erutement, simulent certaines affections avec tant d'adresse et d'opiniâtreté, 
qu'il leur arrive assez souvent de mettre en défaut les lumières des hommes 
qui composent le jury de révision. D'un autre côté, on sait aussi que des 
affections réelles peuvent parfois être prises pour des maladies simulées, et 
entraîner le conseil de révision dans des erreurs non moins regrettables. Je 
vais avoir l'honneur d'appeler l'attention de l'Institut sur des faits appar- 
tenant à l'une et à l'autre de ces deux catégories. 

" Premier fait. — Un soldat du 25 e régiment, incorporé depuis dix-huit 
mois, s'est présenté au corps avec une voussure du dos des plus prononcées. 

» Placé sur une table et couché sur le dos , ce militaire, dont la colonne 
vertébrale décrivait un demi-cercle, affectait une position telle, que la région 
lombaire prenait seule un point d'appui sur la table. En prolongeant cette 
position très-pénible, on serait peut-être parvenu à vaincre la contracti- 
lité musculaire; mais j'avais annoncé qu'il n'y aurait point lutte, et ie fis 
mettre un traversin sous la tète de ce militaire pour la soutenir et ne pas le 
fatiguer. 

» Quatre minutes après l'inspiration des vapeurs éthérées, survint l'insen- 
sibilité avec perte de connaissance , et bientôt après la résolution complète 
des membres. Je fis alors retirer doucement l'oreiller, et l'on vit la tète, le 
col, les épaules et le dos redressés tomber naturellement en arrière, par leur 
propre poids, et poser d'aplomb sur la table: le mensonge était dévoilé. 

» Deuxième fait. — Le i er mars, un jeune soldat récemment incor- 
poré entrait au Val-de-Grâce, comme atteint d'une ankylose complète de 
l'articulation coxo-fémorale du côté gauche. 

» Quand on palpait le membre, on sentait une contraction spontanée qui 
semblait volontaire; ce qui portait à considérer l'affection comme simulée. 
Ce militaire se soumit sans hésitation à l'épreuve de l'éther. Au bout de cinq 
minutes, les phénomènes de somnolence commencèrent à se produire; l'in- 
sensibilité fut complète, après huit minutes; mais la contractilité persistait, 
et la résolution absolue du système musculaire ne survint qu'après douze mi- 
nutes. Je pus alors me convaincre que la maladie n'était pas simulée et qu'il 
existait une ankylose complète de l'articulation coxo-fémorale. Il était, en 
effet, impossible de faire exécuter à celle-ci aucun mouvement, et, en sou- 
levant le fémur, on imprimait en même temps un mouvement de totalité au 
bassin: l'articulation sacro- vertébrale suppléait à celle du fémur avec l'os 
coxal. Il me fut dès lors permis d'assurer avec une conviction absolue que le 
premier de ces militaires avait une infirmité simulée, et que le second, im- 
propre au service, devait être rendu à sa famille. » 



r m ) 

physiologie. — Effets de l'inhalation de l'éther sur des fœtus contenus 
dans V utérus. (Extrait d'une Note de M. Amwssat.) 

(Commission de l'éther.) 

« Sur une lapine pleine, arrivée presque au terme de la gestation, j'ai 
extrait par une incision pratiquée à l'abdomen, trois fœtus qui ont respiré, 
crié et fait des mouvements. J'ai soumis ensuite la mère à l'inhalation de 
l'éther, et au bout de trente minutes (la sensibilité ayant beaucoup tardé à 
disparaître), j'ai enlevé cinq autres fœtus plus bruns que les premiers, plus 
engourdis, mais qui ont respiré, agité leurs pattes, après avoir été ré- 
chauffés. Ayant cessé l'inhalation, j'ai enlevé deux fœtus qui restaient et qui 
étaient également vivants. Au bout d'une heure, huit fœtus, mis auprès du 
feu, respiraient encore; deux seulement, qui avaient été laissés à dessein 
sur une table, étaient morts. 

» Sur une chienne pleine , j'ai obtenu des résultats semblables, mais moins 
prononcés , parce que l'animal n'était arrivé qu'au tiers environ du temps 
de la gestation. 

» Ainsi ces faits, dans lesquels l'influence de l'éther a été évidente sur les 
fœtus, confirment l'idée que j'ai avancée, savoir: que les expériences pour- 
ront contribuer à éclairer la question de l'inhalation de l'éther dans les 
accoucbemeuts. 

» Enfin, j'ai constaté dans plusieurs opérations^ notamment dans une 
amputation du sein sur une femme, que le sang est plus fluide, moins coagu- 
lable après l'inhalation de l'éther. Cette circonstance m'a paru très-impor- 
tante à signaler, car elle favorise beaucoup la recherche des vaisseaux de 
petit et de moyen calibre dans lesquels il ne se forme pas instantanément 
des caillots, comme cela arrive ordinairement dans les opérations faites sans 
employer l'éther. 

» Quant à l'inhalation de l'éther considérée d'une manière générale , elle 
nous paraît présenter trois avantages : 

» Elle détruit la sensibilité ; elle rend le sang plus fluide, moins coagu- 
lable; elle semble modérer la réaction consécutive aux opérations chirurgi- 
cales. 

» Quant à la question obstétricale , les expériences sur les animaux prou- 
vent jusqu'à présent que l'influence de l'éther s'exerce aussi sur les fœtus ; 
mais leur état d'asphyxie se dissipe assez facilement. » 



( 385 ) 

physiologie. — Effets produits sur une femme enceinte par l'inhalation de 

ïéther. (Note de M. J. Cabdan.) 

(Commission de Téther.) 

« Une jeune femme, enceinte de six mois et demi à sept mois, fut soumise 
à la respiration de l'éther; l'intoxication fut très-longue à s'établir : le pouls 
était dur, sans que le nombre des pulsations fût notablement augmenté ; elle 
était prise d'une hilarité assez désordonnée, ainsi qu'on l'observe souvent. 

» Après dix à douze respirations, l'enfant se mit à faire des soubresauts 
et des mouvements convulsifs très-douloureux pour la mère : ces mouve- 
ments devenaient plus violents et se succédaient avec plus de rapidité à me- 
sure que l'éther était absorbé; mais, comme la mère devenait en même 
temps insensible , elle finit par ne plus en avoir conscience que d'une 
manière vague : revenue à son état normal, elle éprouvait de !a gène et 
de la douleur dans toute la région de l'utérus; elle comparait cette douleur 
à celle qui résulterait de coups et de meurtrissures. 

»> Le cœur de l'enfant battait avec une rapidité extrême ; cette rapidité des 
pulsations paraissait être dans un rapport assez direct avec les mouvements 
et les soubresauts : elle était telle quelquefois . qu'on ne pouvait plus guère 
distinguer une pulsation d'une autre ; on aurait presque dit un frémissement 
continuel. Le bruit placentaire avait perdu ses caractères habituels; ce n'é- 
tait plus qu'un frémissement informe, qui variait suivant que ies secousses 
du foetus étaient plus ou moins fortes et rapides. 

» S'il est permis de conclure d'une seule expérience, je crois que la respi- 
ration de l'éther peut produire des résultats fâcheux, sinon dans toute la 
grossesse , du moins dans la dernière moitié Dans le cas que je viens de 
rapporter, si nous n'avons eu aucun accident, c'est peut-être parce que nous 
avons arrêté l'opération avant d'arriver à un évanouissement complet. Malgré 
cette précaution , la femme est restée fatiguée et dans un état de malaise gé- 
néral, qui s'est dissipé d'ailleurs sans laisser aucune trace. » 

chirurgie. - Observation de luxation de l'épaule, réduite avec facilité 
sous l'influence des inhalations d'éther. (Extrait d'une Note de 

M. BorRGUET. ) 

(Commission de l'éther.) 
« Observation. - P. Blanc, charretier, âgé de trente-deux ans, d'une 
forte constitution , à système musculaire développé, se luxe l'épaule droite, 

le ii février 1847, au villa S e de Suines ' sur la r0ute dAi * à Marseille - he 
jour même de l'accident, un chirurgien très-distingué est appelé et se rend 

C. R. , 1847, '" Semestre. (T. XXIV, IN" 10.) 5 ' 



( 386 ) 

sur les lieux , accompagné d'un autre praticien. Après plusieurs heures de 
manœuvre, ils ne parviennent pas à obtenir la réduction. 

» Le lendemain, le malade se décide à se rendre à l'hôpital d'Aix. Au mo- 
ment de son entrée, le chef interne attaché au service chirurgical essaye à 
son tour, mais inutilement, d'obtenir la réduction; ses tentatives restent 
encore infructueuses. 

» Le surlendemain, à ma visite , j'examine le malade; après avoir constaté 
le déplacement, je prescris un bain général et fais recouvrir l'épaule d'un 
cataplasme. A trois heures après midi , je me rends de nouveau auprès du ma- 
lade, accompagné de M. le docteur Ghaudon, ancien chirurgien de la marine, 
et de M. le docteur Féraud, médecin en chef à l'hôpital d'Aix : après avoir 
disposé mes aides pour pratiquer l'extension et la contre-extension, je cherche 
à assoupir la sensibilité, et surtout la contractiiité musculaire, au moyen des 
inhalations d'éther. Le malade commence à inspirer; mais il a si peu d'in- 
telligence, qu'il ne peut comprendre la manière dont il faut qu'il inspire, 
et qu'il le fait fort mal. Cependant, au bout de quinze minutes environ \ 
nous nous apercevons qu'il présente les signes de l'ivresse éihêrée. Ce mo- 
ment nous paraissant favorable pour tenter la réduction , je donne l'ordre 
aux aides de commencer leurs tractions. A peine celles-ci sont-elles com- 
mencées, que je sens la tête de l'humérus abandonner la place qu'elle est 
venue occuper en dessous de l'apophyse coracoïde; les muscles, de leur 
côté, n'opposent qu'une résistance extrêmement faible: de sorte que, rien 
n'entravant la réduction de la luxation , cette dernière se trouve obtenue, 
dans l'espace de deux à trois minutes au plus, sans secousses, sans douleur 
et sans que le malade s'en soit douté. 

» Les suites en ont été extrêmement simples : le malade, qui n'a éprouvé 
ni fièvre ni céphalalgie, est sorti de l'hôpital le cinquième jour. » 

M. Mayor adresse, de Lausanne, un appareil qu'il a imaginé pour déter- 
miner ^inhalation de l'éther chez des enfants, des idiots ou des aliénés, qu'on 
veut priver de sensibilité avant de les soumettre à des opérations chirur- 
gicales. 

( Commission de l'éther. ) 

M. Ad. Vincent, pharmacien en chef de la Marine, adresse à l'Académie 
un Mémoire sur la matière textile du Phormium tenax. L'auteur, après avoir 
examiné les caractères distinctifs de cette substance végétale comparée au 
chanvre et au lin , fait remarquer particulièrement la couleur rouge pro- 
duite par l'action de l'acide nitrique sur la matière organique azotée conte- 
nue dans les fibres de la plante; d'après M. Vincent, cette coloration pour- 



(38 7 ) 
rait ainsi conduire à reconnaître la présence du phormium dans les divers 

tissus. 

(Commissaires, MM. Gaudicbaud, Boussingault, Payen.) 

M. Brunner soumet au jugement de l'Académie un théodolite qui, pour une 
«randeur donnée du cercle répétiteur et sans augmentation du volume de l'in- 
strument, présente tout ce qui est nécessaire pour les observations de décli- 
naison et d'inclinaison de l'aiguille aimantée et pour celles d'intensité. 
(Go. moussai res, MM. Arago, Duperrey, Mauvais.) 

M. Pigoni adresse la description d'un télégraphe hydraulique. 
(Commission des télégraphes. ) 

M. Anqcetil présente une Note sur la cause des mouvements de l'aiguille 
aimantée, et une boussole de son invention. 

(Commissaires, MM. Duperrey , Laugier, Mauvais.) 
M. Montigny soumet au jugement de l'Académie un nouveau fusil de son 
invention, se chargeant par la culasse. 

(Commissaires, MM. Morin, Piobert, Seguier.) 

M. Dégenétais adresse un Mémoire ayant pour titre : Protestation contre 
la réception des viaducs en courbe établis dans les vallées de Barentin et 

de Mirville. 

(Commission des chemins de fer.) 

CORRESPONDANCE. 

MM. les Membres du bureau de l'Association britannique pour l'Avance- 
ment des Sciences annoncent que la prochaine réunion aura lieu à Oxford à 
dater du 23 juin 1847- 

physiologie. — Sur les expériences faites par différents physiologistes, 
relativement aux propriétés des nerfs. (Lettre de M. Longet.) 

« Ce n'est qu'après avoir relu la Note de M. Flourens (1), après en 
avoir bien pesé les conséquences, que je me suis décidé à adresser à l'Aca- 
démie qui, en 1841, m'honora du prix de Physiologie expérimentale , la 
présente réclamation. Mon but est de démontrer qu'en me décernant ce prix, 
l'Académie n'a nullement été induite en erreur par le silence de M. Magendie 

( 1 ) Sur la découverte du siège distinct de la sensibilité et de la motricité . ( Voir les Comptes 
rendus des séances de l'Académie des Sciences du I er mars 1847 •) 

5i .. 



(388) 

è cette époque ; et que, dans les expériences qu'elle a bien voulu couronner, 
dans ma personne, elle n'a nullement couronné celles déjà connues de ce 
physiologiste. Il suf£ra de mettre en parallèle quelques-uns de nos résultats, 
et même les procédés d'expérimentation , pour voir qu'ils sont totalement 
différents. 

» En effet , pour M. Magendie , les racines spinales antérieures sont très- 
sensibles , et les faisceaux antérieurs de la moelle ont une sensibilité très- 
manifeste {Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveur, 
tome II, pages 343 et i53) : pour moi, ces racines et ces faisceaux sont 
complètement insensibles (Recherches expérimentales sur les fonctions 
des faisceaux de la moelle épinière et des racines des nerfs spinaux; r 84 r . 
pages 127 et i3i). 

» Suivant M. Magendie, les racines antérieures qui donnent le mouve- 
ment ne sont pas étrangères à la sensibilité [Journal de Physiologie expé- 
rimentale, tome III-, page 188); et plusieurs de ses expériences tendent à 
établir que le mouvement n'est pas exclusvement dans ies racines antérieures 
{Op. cit., tome II, pages 368 et 36g) : suivant moi, les racines antérieures 
sont exclusivement motrices, et les postérieures exclusivement sensitives 
{Loc. cit.). ..'.'... 

» Il résulte des recherches de M. Magendie {Journal de Pkjsiologie ex- 
périmentale, tome III, page i54), que les faisceaux antérieurs de la moelle 
président plutôt à la motilité, que les faisceaux postérieurs président plutôt 
à la sensibilité, tout eu influençant le mouvement : il résulte des miennes, 
que les colonnes antérieures de la moelle ne sont en rapport qu'avec la mo- 
tricité, et les postérieures qu'avec la sensibilité ( Op. cit., page i3i"-. 

" Enfin, pour déterminer les attributions de ces différentes parties, M. Ma- 
gendie les coupe et les divise : pour arriver à ce but, je fais surtout usage du 
courant électrique que je crois avoir appliqué, le premier, à k détermi- 
nation des fonctions , non des racines spinales , mais des cordons anté- 
rieurs et postérieurs de la moelle épinière. ~ -■---.. 

« Qui à raison, qui a tort? Ge n'est point le lieu de discuter pareille 
question. II m'importait seulement, -pour le motif énoncé plus haut, de 
prouver en ce moment à l'Académie que les expériences et les résultats de 
iun n étaient point les expériences et les résultats de l'autre. » 

chimie. — Recherches sur l'acide sulfoxiphosphoi'inique et sur ses 
composés. (Extrait d'une Note de M. Cloez.) 

« Dans un Mémoire que nous avons' eu l'honneur de communiquer à 
l'Académie, M. Bouquet et moi, nous avons fait connaître un nouveau 



( 38 9 ) 
genre de sels, dont l'acide, que nous avons désigné sous le nom d'acide 
mlfoxiarsénique, renferme à la fois de l'arsenic, de l'oxygène et du soufre, 
abstraction faite de l'eau. 

» Le sulfox'iarsèïùate de potasse, que nous avons obtenu en faisant passer 
de l'hydrogène sulfuré à travers une dissolution darséniate de potasse , a 

pour formule 

AsCFSS KO 4- 2 HO. 

» La grande analogie qui existe entre les composés correspondants de 
l'arsenic et du phosphore faisait prévoir, jusqu'à un certain point, l'exis- 
tence des sulfoxiphospbates. Après bien des tentatives, je suis parvenu à 
produire ces sels en décomposant le chlorosulfure de phosphore de Sérullas 
par une lessive alcaline. 

»i Le chlorosulfure de phosphore, traité par l'alcool ordinaire, donne un 
acide analogue à l'acide phosphovinique de M. Pelouze. D'après mes ana- 
lyses , cet acide a pour formule 

Ph0 3 S% CBPO, 2(H0); 
c'est l'acide sulfoxiphosphovinique. Avec l'esprit-de-bois on obtient l'acide 
sulfoxiphosphométhylique. L'alcool amyiiqne doit produire le -composé 
correspondant, l'acide sulfoxiphosphamylique. 

» En saturant l'acide sulfoxiphosphovinique par les carbonates de baryte , 
de chaux, de strontiane, etc. , on obtient des sels cristallisés et bien définis; 
celui de baryte a pour formule 

Ph0 3 S 2 , C'H'O, aBaO + Aq. 

« Les sels de potasse et de soude s'obtiennent facilement en décomposant 
le chlorosulfure de phosphore par une dissolution alcoolique de potasse ou 
de soude; ils sont solubles dans l'alcool. L'équation suivante rend compte de 
la réaction qui a lieu avec la potasse: 

PhCl 3 S J + C*H 6 :; + 5(R0)=:Ph0 3 S% C'IPO a(RO)-t- 3(KC1) -t-HO. » 

CHIMIE. — Recherches sur l'équivalent du titane; par M. Isidore Pierre. 

(Extrait.) 

« L'auteur s'est servi, pour la détermination de l'équivalent, du titane de 
la méthode imaginée par M. Gay-Lussac pour l'analyse des alliages d'argent, 
et appliquée par M. Pelouze à la recherche des poids atomiques de plusieurs 
corps simples et particulièrement du phosphore, de l'azote, de l'arsenic et 
du silicium. 

» Il résulte des faits consignés dans la Note de M. Pierre, que l'équivalent. 



(3go) 

du titane doit être notablement augmenté; car l'auteur propose de substituer 
le nombre 314,69 au nombre 3o3,686 généralement adopté, d'après 
M. Henri Rose. » 

chimie. — Mémoire sur la composition de Fessence de thym ( thymus 
vulgaris des Labiées); par M. Léosard Doveri, de Florence. (Extrait par 
l'auteur. ) 

« L'essence de thym est composée de deux huiles distinctes, dont l'une 
bout à 180 degrés, l'autre à 235 degrés. La composition de la première 
peut être exprimée par la formule G 3i H 20 O ; celle de la seconde, par la 
formule C 40 H 3 °O T (4 vol.). La densité de sa vapeur est de 5,5n. 

» Cette dernière essence, soumise à l'action de l'acide phosphoiique 
anhydre, se déshydrate; mais, tandis qu'elle a une grande facilité à perdre 
ses deux premiers équivalents d'eau, elle perd les deux derniers avec diffi- 
culté. Toutefois, après plusieurs distillations sur l'acide phosphorique an- 
hydre, elle se transforme en un carbure d'hydrogène, dont la composition 
s'accorde avec la formule G 40 H 26 . .. 

chimie. - Sur divers produits analogues à la scjloïdine et à lapyroxyline; 
par MM. Flores Domoste et Mésard. 

« Nous soumettons aujourd'hui au jugement de l'Académie des Sciences, 
les résultats des travaux que nous avons entrepris sur les produits fulmi- 
nants formés par l'action de l'acide nitrique fumant sur les matières li- 
gneuses , amylacées et sucrées. 

« Le coton-poudre, réduit à un état de division extrême, et abandonné 
plusieurs mois dans de l'éther rectifié, ne se dissout pas; plongé dans de 
î'éther alcoolisé, il se dissout, an contraire, immédiatement, mais d'une 
manière incomplète. La matière soluble du coton nous a fourni la compo- 
sition suivante : 

Première analyse. Deuxième analyse. 

Carbone 28,4 2 8,6 

Hydrogène 3. ? 3j2 

à* 01 * 1 u,7 1 1 ,4 

d'où l'on tire la formule 

C'=H S 5 +2N0». 

Cette formule est , d'après nos expériences , identique à celle de la xyloïdine. 
» L'analyse de la matière insoluble nous a donné la formule 

C ,2 H 5 3 h-3KO s . 



(39» ) 

» L'addition de ces deux formules donne pour résultat la formule assi- 
gnée par M. Pelouze à la pyroxyline, 

C«H"0"-f-5NO à . 

» D'après le système et la notation de MM. Laurent et Gerbardt , la 
xyloïdine et le coton soluble présenteraient la composition d'un ligneux qua- 
drinitrique G <2 (H 16 4N0 2 ) 0'°, et le coton insoluble correspondrait au glu- 
cose sextinitrique C ,2 (H ,8 6N0 2 ) ,a . 

» Pour vérifier, s'il était possible , l'exactitude de cette manière de voir, 
nous avons traité par l'acide nitrique fumant les corps de la famille du 
sucre. Nous avons obtenu ainsi plusieurs produits fulminants analogues à 
la xyloïdine et à la pyroxyline. Le sucre de canne, le glucose, le sucre 
de lait et la mannite nous ont fourni des matières blanches, d'un aspect plus 
ou moins glutineux, très-solubles dans l'éther et l'alcool, et d'une amer- 
tume remarquable. La dextrine et la gomme donnent des corps semblables, 
par leur aspect, à la xyloïdine. Toutes ces matières ont été précipitées de 
leur dissolution nitrique, non par l'eau, mais par l'acide sulmrique. Nous 
n'avons réussi à en faire cristalliser qu'une seule, la mannite nitrique, qui 
nous a fourni à l'analyse les nombres suivants : 

Première analyse . Deuxième analyse . 

Carbone 17, 3 17,1 

Hydrogène » ,8 ' ,9 

Azote 17 >5 ,l 3»° 

d'où l'on tire la formule 

C' ! 0'H'-4-5NOS 

ou, suivant le système de MM. Laurent et Gerhardt , G 6 (H 7 5N0 2 ) O c , c'est-à- 
dire de la mannite quintinitrique. » 

chimie. — Sur une question de priorité relative à la préparation de la 
pyroxyline au moyen de l'amidon. (Extrait d'une Lettre de M. Cottebead.) 

« Le 8 février 1847, J ai eu l' aonneur ^e vous adresser une Note concer- 
nant la production indirecte de la pyroxyline au moyen de l'amidon. M. Pe- 
louze, à cette occasion , déclara que l'expérience avait été faite antérieure- 
ment par M. de Vrij , des travaux duquel il avait lui-même rendu compte 
dans la séance du 4 janvier 1847. Cette assertion ne me paraît pas exacte. 

» En effet , j'ai préparé de la pyroxyline au moyen de l'amidon, et voilà 
en quoi mon expérience diffère de celle de M. de Vrij, qui a préparé de la 
pyroxyline et de la xyloïdine à volonté, mais en prenant le coton pour point 



( 3 9 2 ) 
de départ. Or, dans ma communication, j'ai fait observer que la cellulose 
devait se trouver dans deux états différents d'hydratation, soit qu'on la 
prenne dans le coton, soit qu'on la considère comme amidon. Je per- 
siste , en conséquence , à dire que mon expérience diffère entièrement de 
celle de M. Vrij. » 

CHiaiiE. — Note sur la pyroxyline- par M. Richieb. 

« J'avais annoncé à l'Académie que la pyroxyline (coton-poudre) est en- 
tièrement soluble dans les acétates d'éthyle et de méthyle. M. Payen ayant 
contesté l'exactitude de mes premiers essais, j'ai dû les reprendre; les résul- 
tats que j'ai obtenus ont pleinement confirmé ce que j'avais annoncé. Tou- 
tefois ces résultats ne s'appliquent qu'an coton qui a été purifié par des trai- 
tements successifs avec les acides, les alcalis étendus, l'alcool et iether. 
L'étber acétique doit aussi être très-pur. 

» La dissolution de la pyroxyline,, dans ces éthers, est transparente, et 
peut être facilement filtrée; le filtre ne retient rien, car un filtre, peu avant 
et après la filtration, a conservé le même poids. Cette dissolution, abandon- 
née à elle-même pendant plusieurs jours, n'a rien laissé déposer. 

» En résumé, la solubilité complète de la pyroxyline dans les acétates 
d ethyle et de méthyle, ainsi que l'a indiqué- M. Pelouze, peut servir pour 
reconnaître la pureté de cette substance. « 

M. V. Paquet adresse quelques réflexions sur les avantages qu'il y aurait 
à renouveler par semence les pommes de terre, dans le but de prévenir le 
retour de l'affection qui s'est manifestée depuis deux années par l'altération 
des tubercules. 

L'Académie accepte le dépôt de trois paquets cachetés, présentés par 
M. Ddcbos, par M. Faure, et par M. Hutev. 

A 5 heures un quart l'Académie se forme en comité secret. 

COMITÉ SECRET. 

La Section de Mécanique propose de déclarer qu'il y a lieu d'élire à la 
place vacante par suite du décès de M. Gambej. 

L'Académie étant consultée par voie de scrutin sur cette proposition , 
sur 37 votants, 

U y a 34 oui. 

1 non. 

Et un billet blanc. 



( 3g3 ) 

L'Académie, en conséquence, déclare qu'il y a lieu de nommer à la place 
vacante. La section est invitée à présenter une liste de candidats dans la 
prochaine séance. 

La séance est levée à 6 heures trois quarts. F. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

L'Académie a reçu, dans la séance du i er mars 1847, ' ed ouvra ges dont 
voici les titres : 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie royale des Sciences 
I er semestre 1847» n ° 8; in-4°. 

Annales de Chimie et de Physique; par MM. Gay-Lussac, Arago, Che- 
vreul, Dumas, Pelooze, Boossingault ef Regnault; 3 e série, tome XIX; 
mars 1847; lD -^ a - 

Précis de l'Histoire de l'Astronomie planétaire, écrit à l'occasion de la dé- 
couverte de M. Le Verrier ; par M. BiOT ; in-4°. 

Bulletin de l Académie royale de Médecine; février 1847; in-8°. 

Encyclopédie moderne. Dictionnaire abrégé des Sciences, des Lettres, des 
Arts, etc.; nouvelle édition, publiée par MM. DlDOT, sous la direction de 
M. L. Renier; 62 e et 63 e livraisons; in-8°. 

Précis analytique des Travaux de l'Académie royale des Sciences, Belles- 
Lettres et Arts de Rouen, pendant l'année 1846 ; in-8°. 

Maladies des femmes. — Traitement rationnel et pratique des ulcérations du 
col de la matrice ; par M. Prichard, avec figures; 1 vol. in-8°. 

Statistique générale, méthodique et complète de la France, comparée aux 
autres puissances de l'Europe; par M. SchnitZler; 4 vol. in-4°. 

Annales forestières ; février 1847; ia ^°- 

Rapport présenté à M. le Ministre de l' Agriculture et du Commerce, par l'A- 
cadémie royale de Médecine , sur les Vaccinations pratiquées en France pendant 
l'année 1 844 j in-8°. 

Annales scientifiques , littéraires et industrielles de l'Auvergne ; novembre et 
décembre 1846; in-8°. 

Annuaire de Chimie, comprenant les applications de cette science à la Méde- 
cine et à la Pharmacie; par MM. Millon et Reiset; i vol. in-8°. 

Note sur un nouveau fait de coloration des eaux de la mer par une algue mi- 
croscopique; par M. Montagne; in-8°. 

G. B., i»47, i"Semeslre. (T. JiXIV, P.° 10 ; 5a 



(3g4) 

Note sur le genre Godoja et ses analogues, avec des observations sur les limites 
des Ochnacées, et une revue des genres et espèces de ce groupe; par M. Planchon ; 
brochure in-8°. 

Ninive et Babjlone expliquées dans leurs écritures et leurs monuments par les 
livres emportés en Chine, et qui sont d'origine assjrienne ; par M. DE PARAVEY ;